Skip to main content

Full text of "L'Industrie des tulles & dentelles mécaniques dans Le Pas-de-Calais, 1815-1900"

See other formats


Exposition Unherselle de 1S00 
Médaille d'Or Hors Concours 



C/assd 108 Gliiêt 1i 




-<^l5?^^t^>^I.t..:^^^^z5^^t_^^^^^^^| 




L'INDUSTRIE / . ^f/yy/^/ 

r,E3 

TULLES & DENTELLES MÉCANIQUES 



DAXS LE DEPARTEMENT DU PAS-DE-CALAIS 



1815-1900 



■ ^^^ L'INDUSTRIE 

TULLES & DENTELLES 

MÉCANIQUES 

DANS LE PAS-DE-CALAIS 
1813-1900 



l'AK 

M. Henri HÉNON, «, p, 

PRIiSIUENT DE l'association SYNDICALE DES FAlilttCANTS DE TULLES ET DENTELLES 

DE CALAIS 

SECnÉTAIliE DU COMITÉ DÉPARTEMENTAL DE l'eX POSITION UNIVERSELLE 
INTERNATIONALE DE 1900 



^~- :^S.,I^'^^^^âK®'^ï^^— -' 



PARIS 

BELIiN FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS 

Rue de Vaugirard, 52 

1900 



-( 

/f 




Cet oiirraf/e est. veiulii au profil de la souscriplion oiwerte sous le 
patronage de la Chambre de Commerce et de la Chambre syndicale des 
Fabricants de tulles et dentelles, en vue de l'érection d'une statue monu- 
mentale, sur l'une des places publiques de CALAIS^ au célèbre inventeur 



JACQUARD 



-->'T:^5 i fe^^- 







m 




Armes d'Arras. 





Armes de Calais. 



Armes de Saint-Pierre-les-Calais. 



AVANT-PROPOS 



Désigné par M. le Député Ribot, ancien président du 
Conseil des ministres, président du Comité départemental 
pour TExposition de 1900: par M. le Préfet du Pas-de-Calais 
et par la réunion des bureaux, comme président do ['Asso- 
ciation syndicale des fabricants de Calais, pour rédiger la notice 
relative à l'industrie des tulles et dentelles, nous nous sommes 
fait un devoir d'accepter cette mission. 

Nous avons donc à rappeler dans quelles conditions s'est 
implantée cette industrie dans le département du Pas-de-Calais ; 
comment elle s'y est développée, transformée, et enfin quelle 
est sa situation actuelle, à la fin de ce grand siècle, par rap- 
port à celles qu'elle a pu successivement atteindi'e, au cours 
des diverses phases de son existence. 



* 
* * 



Nous nous sommes efforcé de donner le plus de clarté 
possible à notre travail et avons apporté le plus grand soin 
dans le contrôle des chiffres, des dates et des faits que 
nous avons été amené à relater. 



AVANT-PROPOS. 

11 nous a fallu consulter de nombreux documents dans 
les archives de la Ville, de la Chambre de commerce, de 
l'ancienne Chambre consultative et recueillir des rensei- 
gnements dans les journaux, bulletins, notices et almanachs 
de la région du Calaisis. 

Nous avons pu également puiser des indications précieuses 
et utiles dans les divers ouvrages, brochures, opuscules et 
rapports qui ont traité de la fabrication des tulles et des 
dentelles mécaniques, depuis ses origines jusqu'à la fin du 
dix-neuvième siècle. 




* 

* * 



Il nous a ainsi été donné de pouvoir suivre, pas- à pas et 
dans ses progrès incessants, cette industrie si intéressante, 
émanée et partie, — il y a plus d'un siècle, — du simple métier 
à bas; améliorée chaque jour par des modifications et des 
transformations nouvelles ; rendue plus précieuse et pleine 
d'avenir par l'invention de la bobine; consacrée comme une 
puissance de création, par l'addition du Jacquard, cette œuvre 
de génie si française et enfin arrivée de nos jours, avec des 
machines puissantes de plus en plus perfectionnées, à pou- 
voir produire des merveilles, soit dans les imitations des 
diverses dentelles classiques faites à la main, soit dans les 
produits spéciaux qui lui sont propres et qu'inspirent aux 
producteurs les besoins de la mode et de la consommation. 



AVANT-PROPOS. 



Nous avons aussi été amené à reconnaître que l'œuvre 
du mécanicien, les combinaisons habiles et délicates du met- 
teur en œuvre, vont de pair et pour ainsi dire parallèlement 
avec les données intelligentes et indicatrices du fabricant, 
s'occupant du produit à créer et du metteur en carte, com- 
binant le travail de ses fils, les passes et les torsions néces- 
saires, etc., etc. 

Il est bon de tenir compte, dans une certaine mesure, 
de ceux qui guident le praticien technique ; de ceux qui lui 
signalent quels doivent être les effets et les résultats à ob- 
tenir, en lui fournissant les bases et les renseignements qui 
lui permettent alors, de donner carrière à ses a[»titudes et à 
ses talents d'inventeur. 

Il est juste de constater que, dans l'œuvre commune, 
chacun a pu apporter sa part de travail, de volonté et 
d'imagination. 

Il nous a paru d'un haut et puissant intérêt de pouvoir 
suivre et apprécier l'accroissement successif d'une industrie 
si compliquée, sous les efforts persistants de ses pionniers, 
pour arriver graduellement, par de fécondes et pacifiques 
conquêtes, à la fabrication mécanique de tissus légers et 
délicats, jusqu'alors si lentement difficiles à exécuter à la 
main et par conséquent d'un prix toujours fort élevé. 



AVANT-PROPOS. 



* * 



Les nouveaux produits mécaniques mirent, petit à petit, 
et au fur et à mesure de leur degré de perfection, le luxe 
de la dentelle à la portée de toutes les bourses. 

Toutes les classes de la société purent en profiter, et 
l'expansion de cet ornement, dans la mode générale, loin 
de nuire, tout d'abord, à l'emploi de la dentelle véritable, 
lui donna, au contraire, plus de faveur encore et contribua, 
par l'effet de la concurrence, à faire perfectionner de plus 
en plus ce produit riche et dispendieux, auquel les favo- 
risés de la fortune restèrent longtemps fidèles. 

La dentelle vraie survit même encore de nos jours à son 
brillant passé et conserve une fervente clientèle, malgré 
l'immense concurrence des nombreux articles de toute es- 
pèce qui lui disputent les faveurs de la mode. 



N. B. Ayant été amené à réduire dans des limites beaucoup plus restreintes l'étendue 
du travail que nous avons destiné au livre que doit consacrer le Conseil général du Pas- 
de-Calais à l'histoire de toutes les branches de l'activité humaine dans le département, 
pendant le dix-neuvième siècle, nous avons cru instructif et intéressant de publier au 
complet dans cet ouvrage spécial toutes les notes, indications et renseignements que 
nous avons pu réunir, concernant Yindustrie des tulles et dentelles dixns le département 
du Pas-de-Calnis. 



Dentelles d'Arras. 



m 



DENTELLES D'ARRAS 



La renommée de la dentelle d'Arras, exécutée à la main, DcntcUcs d'Anas. 
est très ancienne. 

C'est sous le règne de Charles-Quint, vers le milieu du quin- 
zième sii'CLE, qu'on commença, dans cette ville et aux environs, à 
faire de la dentelle dans les monastères de femmes et dans les 
établissements de cha- 
rité fondés pour l'édu- 
cation des jeunes filles 
pauvres. 

Les nonnes des cou- 
vents, et particulière- 
ment celles de la Com- 




DonLcllc d'Ai-ras à lu main. 



munauté de Sainte-Agnès, excellaient dans tous les genres de 
travaux à l'aiguille et travaillaient surtout pour l'ornement des 
églises et des vêtements sacerdotaux. 

En dehors des couvents, on apprenait aussi dans les écoles à 
faire de la dentelle aux femmes et aux jeunes filles. La confection 
et la vente de ce produit étaient centralisées par la confrérie dite : 

DES LiNGERS. 

La dentelle d'Arras se faisait au moyen de fuseaux et de 
carreaux ; — elle imitait, dans une qualité inférieure, la Malines 
et la Valenclennes . On en faisait aussi avec fonds clairs. Presque 

13 



14 L'INDUSTRIE DES TULLES 

identique à celle de Lille, elle était cependant moins fine et géné- 
ralement plus étroite. Les plus basses s'appelaient mignonnettes ; 
elles avaient toujours un débit large et assuré. 

Un peu moins solide aussi que la Valenciennes, elle était néan- 
moins d'un bon usage et était adoptée par les fortunes modestes. 
Cette dentelle un peu commune trouvait un écoulement très facile 
en Angleterre. 

Elle était d'un blanc ferme et solide et aucune autre dentelle 
ne réunissait les mêmes qualités, pour un aussi bas prix. 



La fabrication de la dentelle d'Arras commença à prendre 
un développement appréciable sous He.nri IV, et c'est vers la fm du 
règne de Louis XIV qu'elle parvint à sa plus grande renommée. 
Elle conserva toute son importance sous Louis XV et était encore 
très florissante à la fm du dix-huitième siècle. 

Les ouvrières gagnaient peu et cependant, sous la première 
République, cette branche de l'industrie était alors la seule qui 
servait à alimenter la majeure partie de la population d'Arras et 
de ses environs. 

A cette époque, les ouvrières durent faire de l'agitation et 
réclamer contre le prix exagéré du fil à dentelle. 

La matière employée était le fil de lin provenant en grande partie 
de Lille; bien qu'Arras eût aussi ses filateurs spéciaux, parmi lesquels 
se distinguaient MM. Dufoiir-Danten, Beladerrière et Crespin Fmi- 
cùmpret qui obtinrent une mention honorable à l'Exposition de 
l'an X. 

- La filature Dufour-Danten occupait 70 ouvrières, tant auprès 
dé ses moulins que pour la préparation des fils ; outre ce nombre, 
plus de 400 femmes travaillaient au filage du lin. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 15 



* 




Ce fut sous le premier Empire, de 1804 à 1812, que la fabrica- 
tion de la dentelle à la main atteignit à Arras son plus haut point 
de prospérité. 

On évaluait au chiffre de 4500, c'est-à-dire à plus de la moitié 
de la populatiou féminine de la 
ville, le nombre des femmes ou 
filles qui en faisaient leur princi- 
pale occupation. 

En 1806, une seule maison 
d'Arras occupait dans ses ate- 

^ .^ Dentelle d'Arras à la main. 

liers io ouvrièi^es et plus de 

300 autres travaillaient chez elles, à leur domicile et pour son 

compte. 

Il y avait très peu de variété dans les dessins, de sorte que, 
faisant presque toujours le même travail, les ouvrières arrivaient à 
acquérir une dextérité de main tout à fait extraordinaire. 

Cette industrie prospéra jusqu'en 1835; depuis elle a considéra- 
blement décliné. 

Avant cette époque, elle donnait lieu, cliaque année, à plusieurs 
millions de francs d'affaires. 

Il y avait encore en 1851, à Arras et dans un rayon de douze kilo- 
mètres autour de la ville, à Dainville, Anzin, Sainte-Catherine, Saint- 
Nicolas, Beaurains et Mareuil, près de 8000 dentellières, femmes et 
filles. 

Leur salaire journalier ne dépassait pas à 0",65 à 0'^%75 pour 
celles qui faisaient les dessins courants; mais les bonnes ouvrières 
pouvaient gagner jusqu'à 2 francs par jour. 

Exécutées en pur fil de lin, les dentelles d'Arras pouvaient 



16 L'INDUSTRIE DES TULLES 

encore lutter avec celles de Valenciennes et de Belgique; mais 
l'emploi du fil de coton, qui survint vers 1830, et la préférence 
donnée aux dessins riches et compliqués, fut le prélude de sa déca- 
dence. 

Et en effet, lorsque les filés de coton firent invasion en France 
et que le coton se substitua au fil de lin dans la fabrication de la 
dentelle, les blondes, les malines, les neuvilles et autres den- 
telles mécaniques portèrent un coup des plus funestes à la dentelle 
d'Arras. 




Prises dans leur ensemble, les dentelles d'Arras ont subi, 
suivant les époques, l'influence des modes régnantes. 

Au SEIZIÈME SIÈCLE, Ics formcs sont simples et pures et les dessins 

harmonieux. D'élégantes ara- 
besques, des ornements géomé- 
triques pleins de variété, démon- 
trent que le goût et le souffle de 
la Renaissance a dîi les inspirer. 
Plus tard, vint le triomphe 

Dentelle d'Arras à la main. 

de la fleur. On la traite d'abord 
largement dans les grandes lignes; puis, le dessin devient plus 
compliqué, plus mouvementé. 

Les modèles ont plus de fini; on essaie de leur donner la délica- 
tesse des formes de la fleur et la ténuité de sa structure. 

Sous Louis XVI, les semis de pois commencent à remplacer les 
compositions exubérantes du style rocaille. 

Sous LE PREMIER Empire, la cousommation de la dentelle devient 
prodigieuse, et, comme il faut Hvrer vite et beaucoup, on réduit les 
dessins à une simplicité qui frise la nudité. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



17 




De nos jours, après s'être mis à refaire les patrons des dessins 
qui ont contribué au renom de la Malines, du Bruxelles et de la 
Valenciennes, on crée des modèles plus artistiques qui l'emportent 
sur ces vieilles redites monotones. 

Malheureusement, malgré tous les efforts déployés pour soutenir 
la production de la den- 
telle à la main, cette 
branche importante de 
l'industrie locale a dis- 
paru, peu à peu, dans 
la région d'Arras. Ce 
résultat est dîi, en par- 
tie, au manque d'initiative des fabricants et négociants du pays et 
beaucoup plus encore à la concurrence de la dentelle mécanique. 

Aussi, la plupart des dentellières ont-elles dû se livrer à d'autres 
occupations, l'industrie de la dentelle ne leur fournissant plus assez 
de travail pour subvenir à leurs besoins. 

Le chiffre d'affaires, qui était encore vers 1850 de 600000 à 
800000 francs, se trouve aujourd'hui réduit à quelques milliers 
de francs. 



Dentelle d'Arras à la main. 



En 1883, l'Académie d'Arras, voulant essayer de raviver l'industrie 
de la dentelle autrefois si florissante et à laquelle cette ville dut 
longtemps une partie de sa prospérité, c'est-à-dire un certain bien- 
être profitable surtout aux classes les moins aisées de la population, 
ouvrit un concours entre les ouvrières dentelhères artésiennes. 

102 jjièces ou échantillons de dentelles diverses étaient pré- 
sentées au Comité par 84 ouvrières appartenant à 13 communes diffé- 
rentes. — 21 primes de première classe et 1?> primes de deuxième classe 



L'INDUSTRIE DES TULLES ET DENTELLES MIÏCANIQUES. 



furent décernées aux concurrentes qui avaient montré le plus de 

goût, de finesse et de régularité 
dans le travail. 

C'est dans le rapport présenté, 
le 23 août 1883, par M. A. de Car- 
devacque à l'Académie d'Arras 
que nous puisons ces renseigne- 
ments. 

Nous en devons aussi à l'ai- 
mable obligeance de notre hono- 
rable collègue M. Leloiip, président de la Chambre de commerce 
de l'ancienne et historique capitale de l'Artois. 




Dentelle d'Arras à la main. 



-^■s^SRyr^.. 



LE TULLE ET LES DENTELLES IBÉfANIOllES 



HISTORIQUE 



B-Elè 



i586-181l> 



L'industrie du tulle et de la. dentelle mécanique nous est venue Oriaincdcrindustiic. 
d'Angleterre en 1816. Jusqu'alors cette contrée avait le monopole 
de ce genre de fabrication et elle en était si jalouse, que, s'inspirant 
du système de Colbert, en matière de protectionnisme, elle avait 
édicté des lois qui punissaient de bannissement et même de mort 
quiconque transporterait des métiers à l'étranger. 

Pour trouver l'origine des choses, il faut remonter à l'année 1586. 

A cette date, le Révérend William Lee invente le métier à bas, à 
Galverton, près Nottingham. Il le compléta en 1589. 

En 1656, J. Eindres et le frère de Lee transportent et montent 
en France un premier métier à bas perfectionné. — Les inven- 
teurs s'étaient inspirés de l'ancien métier à tisser primitif, en 
appliquant à leur machine un système correspondant à celui de la 
navette. 

19 



20 



L'INDUSTHIE DKS TULLES 



Dentelle à la main. 



Les historiens ne sont pas d'accord au sujet de cette découverte. 
— Quelques-uns affirment que l'ingénieuse machine à tisser les bas 
a été réellement inventée à Nimes, au commencement du dix-septième 
siècle, par un Français; mais, que cet inventeur ayant trouvé dans 
son pays, de la part des bonnetiers et des fabricants de bas tricotés, 
une vive opposition à l'étabhssement de sa machine, et que n'étant 
soutenu, ni encouragé par le gouvernement, il était allé porter en 
Angleterre son utile et précieuse invention. 

En 1758, Strutt produit sur le métier à bas une espèce de point 

de tulle, à mailles ou- 
vertes, et commence à l'ap- 
pliquer en faisant des bas 
à jours et à côtes. 

C'est vers 1760 qu'on 
commença à faire méca- 
niquement et à bon mar- 
ché le tulle à réseau, imi- 
tant et pouvant remplacer 

Premier essai de réseau clair sur mclicr à bas (1760). , . n /. •- v i 

le tulle fait a la main. 

A cette époque, la vraie dentelle n'ornait pas seulement les autels, 
les simarres, les surplis et les épaules des dames de condition ; elle 
agrémentait aussi les jabots des seigneurs et jusqu'aux bottes à en- 
tonnoirs des mousquetaires. Dans le même moment, les apôtres de 
la philosophie commençaient à répandre les idées d'égalité et les 
classes dédaignées recherchaient, dans la toilette, le plaisir de s'illu- 
sionner, en essayant de rapprocher, par la similitude des costumes 
et de leurs ornements, les limites apparentes de la hiérarchie sociale. 

On put alors voir le luxe de la dentelle s'étaler, non seulement 




ET DENTELLES MÉCANIQUES. 21 

sur la veste et les culottes de Voltaire, mais aussi sur les manchettes 
du célèbre Jean-Jacques. 



* 



En ce temps-là, la dentelle à la main était d'un prix trop élevé 
pour permettre aux gens du tiers état de rivaliser d'élégance avec les 
gens de noblesse, les abbés mondains et les courtisanes titrées. 

Sans chercher à faire tort aux dentellières, ne travaillant que 
pour les hautes classes, il fallait bien trouver le moyen de satisfaire 
le goût et la coquetterie des foules. — Et c'est ainsi, pendant qu'en 
France le privilège des jurandes et des maîtrises faisait obstacle à 
toute espèce d'innovation, en matière de production mécanique, 
qu'un grand nombre d'industriels et de mécaniciens anglais, parmi 
lesquels nous citerons : Crâne, Hammond, John Llmjley, Narwey et 
beaucoup d'autres, furent amenés à rechercher et à trouver le sys- 
tème de faire produire le réseau tulle au métier à lias, transformé et 
perfectionné. 



Plus tard, de 1763 à 1767, divers chercheurs et inventeurs Sysièmes divers de 

métiers. 

combinèrent dmerents systèmes et purent obtenu' d autres sortes 
de points de tulle; mais ces produits étaient encore imparfaits et 
surtout très irréguliers. 

En 1768, on commence à imiter le réseau hexagonal et même 
à fabriquer une petite bordure ayant une certaine apparence de den- 
telle. Des agents du gouvernement français vont alors étudier en 
Angleterre les machines employées à ce genre de fabrication. 

C'est seulement en 1777 que parut le point net, — réseau 
hexagonal bien fait, au moyen de pointes et d'aiguilles. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



En 1778, ce point avait encore été un peu perfectionné, et, 
en 1786, il fut rendu plus solide encore, au moyen d'un système 
dit : Double pi'ess (pression double); puis apparut un autre fond, 
dit : le Barley corn net, autrement dit : 
Tulle grain d'orge. 

Jusqu'alors les attaches des mailles 
avaient l'inconvénient d'être lâches, et le 
"v^,^,,^.^ seul moyen d'y remédier était 
d'appliquer sur le tissu un 
apprêt très raide, qui nuisait 




au toucher de la marchandise. 



Réseau 

hexagonal 

sur 

métier 
circulaire. 




Vi '! •v^.jSf V/'v.v,v,v.ia 



Tulle araignée (1770), 



Tulle uni coton, brode à la 
main (1790). 



En 1780, Robert Frost, en faisant l'application du Tickler sur 
le métier à bas, et au moyen d'une sorte de cylindre d'orgue, réussit 
à produire une espèce de toile léger. 

Le tissu obtenu ainsi était ensuite complété et agrémenté par 
des broderies à la main, et ce fut là le premier pas fait vers la den- 
telle mécanique, qui devait plus tard arriver à des résultats mer- 
veilleux. 

A cette date, on comptait déjà une vingtaine de métiers pouvant 
fabriquer \e point net, et, en 1810, il y en avait plus de 1500. 

Cette production occupa bientôt un grand nombre d'ouvrières 
brodeuses. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



* 
* * 




D'après Fergmson et Felkin, d'autres fonds, tels que le Square net inventions diverses. 
{tulle carré) et le Spider net (tulle araignée), etc., furent exécu- 
tés successivement sur le métier 
Point net, à l'aide d'une modi- 
fication apportée dans la forme 
des pointes, ainsi que dans le 
mouvement des barres de pointes, 

Tulle araignée (1""0). 

opéré par l'ouvrier. 

Pour exécuter son point, ce dernier devait apporter une très 
grande précision dans la manœuvre et tenir son métier avec un 
soin extrême. La difficulté consistait à bien faire mouvoir les pla- 
tines; mouvement qui servait à dégager le fil au-dessus des aiguilles, 
plus ou moins régulièrement. 

C'est la difficulté d'opérer ce mouvement, avec la précision vou- 
lue, qui faisait apprécier si fort les bons et rares ouvriers pouvant 
travailler sur le Point net. 



La nécessité de perfectionner le tulle et de remédier à cer- 
tains inconvénients amena la découverte successive de divers sys- 
tèmes pour lesquels il était pris brevet sur brevet. 

D'abord le métier Warp, qui produisait le tulle au moyen d'une 
chaîne; puis le système de Crâne, qui permettait de faire un réseau 
carré semblable à celui de la Valenciennes. Ce métier Warp est à 
peu près celui qu'on appelle à Lyon : métier à la chaîne. En France, 
on affirme qu'il a été inventé par un ouvrier de Nîmes. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 

Les mouvements du métier à tulle étaient, au début, opérés par 
des pédales, à l'aide des pieds et des mains; mais, en 1796, Dawson 
réussit à lui appliquer le mouvement rotatif et imagina, pour faire 

mouvoir les barres de guides, des 
roues taillées qui avaient pour effet 
de maintenir les fils de chaîne à 
égale distance les uns des autres 
et de les actionner suivant les exi- 
gences de la torsion. 

Un peu plus tard, Brown et 
GoPESTAKE créèrent, sur le métier 
Warp perfectionné, le tulle Mechlin, 
ainsi dénommé, sans doute, à cause de sa ressemblance avec le 
point de Malines. 

Le métier Warp, ainsi modifié, prit lui-même le nom de métier 
Mechlin. 

Ce nouveau tulle fut bientôt imité au moyen de divers procédés, 
notamment par le two course net. Ce nom lui vient de ce que la 
maille était double de celle du tulle ordinaire. 




Tulle Warp (1800). 



* 
* * 



Inventeurs français. 



Depuis l'invention du métier à bas, la France avait pris une part 
beaucoup moindre que l'Angleterre dans les travaux et les re- 
cherches qui se faisaient pour créer une industrie qui devait bientôt 
se développer d'une façon extraordinaire. 

Cependant, en 1776, M. de Laplace présentait en son nom et au 
nom de ses collègues MM. de Montigny, de Vaucanson et Vandermoîsde, 
à l'Académie des sciences de Paris {ainsi que le constate un procès- 
verbal du 27 mai's de la même année), un rapport sur l'examen d'un 
métier propre à faire du réseau de dentelle et inventé par M. Leturc, 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 

professeur de fortitications à l'École royale militaire. Ce rapport, 
très favorable, concluait en disant que cette machine méritait l'ap- 
probation et les éloges de l'Académie, et son auteur tous les encou- 
ragements du ministère. 

Deux ans plus tard, en 1778, un Français nommé Caillon par- 
vint à faire un fond tricot-dentelle pour lequel il obtint de l'Académie 
une gratification et la maîtrise de bonnetier. Néanmoins l'invention 
fut abandonnée, en tant que réseau tulle, à cause de l'irrégularité 
et de l'imperfection du produit. 

Plus tard encore, en 1784, de nouveaux délégués du gouver- 
nement français allèrent étudier sur place, à Nottingham, les mé- 
tiers à bas et à tulle, et rapportèrent en France le procédé d'un 
système de métier dit : Pin machine (métier à épingles) ; on aurait 
pu dire plus exactement : métiei^ à aiguilles. 

Ce métier primitif, qui ne produisait qu'un tulle imparfait, fut vite 
abandonné en Angleterre, en raison des perfectionnements apportés 
chaque jour au mécanisme, surtout après l'invention du métier 
Warp, sans cesse retouché, modifié et amélioré lui-même. 

En 1777 et en 1780, Holmes et Robert Frost découvrent le Nouveaux réseaux. 
moyen d'obtenir la maille carrée, et les 
choses vont ainsi se développant en An- 
gleterre jusqu'à l'avènement de la Révo- 

Fond carre. 

lution française. 

Cette industrie ne fit naturellement en France que peu de 
progrès pendant la période révolutionnaire, et il est particulièrement 
curieux de constater que malgré ses bouleversements à l'intérieur 
et ses guerres à l'étranger, la première République ne voulant pas 
perdre de vue les intérêts de l'industrie et du commerce français, 
devenus libres, offrait des primes pour stimuler l'introduction, en 
France, des procédés mécaniques en usage chez nos voisins d'outre- 
Manche ; pendant que, de son côté, le gouvernement anglais menaçait 
toujours de ses foudres tout exportateur de ses machines à tisser. 




26 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Rhumbolt, qui avait travaillé à Nottingham et qui avait réussi à 
importer un petit métier produisant le tulle simple et double, reçut 
en effet une prime de 11 000 francs du gouvernement français. 



Emploi de la bobine. 



Coton file. 




En 1799, J. LiNDLEY fils eut le premier l'idée d'employer comme 
navette une bobine ; ce qui lui permit d'obtenir exactement la maille 
de la vraie dentelle. 

Le procédé laissait néanmoins encore beaucoup à désirer, 

lorsqu'un ouvrier régleur nommé 
Heathcoat l'appliqua à une mécanique 
si bien comprise et si bien organisée, 
qu'il put enfin obtenir pratiquement 
la maille hexagonale, claire, unie et 
régulière; ce que jusqu'alors personne 
n'était encore arrivé à produire aussi 

Chariot primitif (R. Brown). IDICU. 

Ce fut là le point de départ d'une 
ère nouvelle et féconde; aussi Heathcoat est-il considéré comme 
le véritable inventeur du métier pouvant produire réellement le 
point de tulle. 

k la fin du siècle dernier et au commencement du dix-neu- 
vième, en 1802, il y avait à Lyon et à Nîmes plus de 2000 métiers 
à tulle, tandis qu'on en comptait ,1200 en Angleterre. C'est seu- 
lement en 1808 que cette fabrication prit un développement réel et 
sérieux, surtout à Nottingham. 

Il n'avait jusqu'alors été employé, comme matière première, que 
du fil de lin, produit peu souple et assez difficile à travailler. On lui 
substitua le filé de coton, qui donna des résultats inattendus et infi- 
niment meilleurs, sous beaucoup de rapports. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



27 



Plusieurs brevets avaient été pris en France pour le perfection- 
nement du tulle Mechlin au moment même oii ce système était aban- 
donné en Angleterre, à cause de la supériorité du tulle bobin qui 
parut en 1809. Ce dernier fut dès lors préféré à tous les anciens 
points. 



L'invention du métier Bobin, par Heathcoat, apporta une trans- 
formation complète dans la fabrication du 
tulle uni en soie et en coton. Le système, 
emprunté au métier à tisser, était composé 

d'une chaîne et d'une 
''""' "S^l^t '"■■" iKKKKK1-| trame, avec cette dif- 





férence que la chaîne 

était placée dans un ^^^m^ l'ond dcscLiuiu du 

métier. 

sens vertical. 

Le nom de tulle Bobin provient de ce 
que le réseau se produit au moyen de bo- 
bines en cuivre se déroulant dans des 
chariots, au lieu d'aiguilles et de platines. 

Michel Alcan, dans son Essai sur l'industrie des métiers tex- 




Cliariot primitif (Heathcoat). 




Tulle Hobin. 



Fond uni (premier brevet Ileatlicoat, ISOS) 



tilcs, en donne une description très exacte et très intéressante. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 

L'ingénieuse invention du chariot et de la bobine fut le point 
de départ d'une série de progrès incessants dans la construction 
des machines à tulle. 
Inventions nouvelles. De nouYcaux et uoiTibreux systèmcs de métiers surgirent coup 




Chariot du métier cir- 
culaire. 





Sa bobine. 



Fond uni (deuxième brevet Ileathcoat, 

1813). 



sur coup, imaginés par nombre d'inventeurs qui ne trouvèrent pas 

toujours la fortune au bout de leurs études et de leurs recherches. 

A la suite de l'invention de ce métier bobin, breveté en 1808, les 

imaginations continuèrent de se mettre en fièvre, 

et quantité d'innovations nouvelles apparurent 

encore de tous côtés. 

Les chariots, placés sur une seule rangée, 
étaient mus par des pnshers (pousseurs), indé- 
pendants les uns des autres. Il y en avait autant 
que de chariots et ils agissaient sur ces derniers. 
Autre modèle de ciia- tantôt partiellement, tantôt tous ensemble, selon 

riot pour métier cir- 
culaire, les besoins de la torsion. 




ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



29 



Peu de temps après, en 1814, parut enfin le système de Systèmes Leavci-s. 
Leaver, qui tenait du Pusher et du Lowjhborough. Son invention était 
due à trois membres de la même famille : Leaver père, fils et neveu. 

Il n'avait qu'une seule rangée de chariots-navettes et les fils 
poussés par des slumb -barres 
(barres à diviser) étaient rame- 
nés par des fetchers (ramo- 
neurs). 

C'est ce système, constam- 
ment perfectionné, qui fut le 
plus généralement adopté jus- 
qu'ici pour la fabrication des 
dentelles mécaniques, surtout 
depuis l'invention et l'adaptation 
du système Jacquard. 

On peut encore citer : le 
métier Rotary Leaver tra- 
verse "Warp, qui n'eut pas de 
durée. 

Le métier Circulaire Boit, avec 
deux rangées de chariots, fonc- 
tionnant au moyen de pousse- 
barres, et enfin le métier RoUing-Locker qui permit, avec Tap- 
plication du système rotatif et de la vapeur comme force motrice, 
de travailler à une assez grande vitesse. 

Ces Rolling-Lockers ont été inventés par Saywell. Ils sup- 
primaient les pousse-barres et les remplaçaient par des Lockers qui 
venaient s'engrener dans les queues des chariots et leur commu- 
niquer le mouvement de va-et-vient. 




Coupe du travail intérieur 
{métier cireulairej. 



30 L'INDUSTRIE DES TULLES 



En 1809, Heathcoat et son associé Charles Lacey prirent un 
nouveau brevet pour l'invention du métier dit : Old Loughborough. 
Ce métier à double jeu de chariots permettait d'obvier à la difficulté, 
qu'on avait alors, de pouvoir faire des bobines et des chariots assez 
minces pour passer entre les fils de chaînes. Les catch barres étaient 
aussi modifiées et, plus tard, il lui fut encore apporté diverses amé- 
liorations, parmi lesquelles on peut citer celle de l'application per- 
fectionnée du mouvement rotatif. 



Vint ensuite le métier Traverse Warp, inventé en 1810 par 
J. Brown et J. Freemann. 

Il se distinguait des autres systèmes par le croisement des fils, 
dû au mouvement de la chaîne sur de grosses bobines contenant 
autant de fils qu'il en fallait pour la largeur des bandes. 

Il se fit successivement plusieurs types modifiés de ce même 
métier. 




Plomb de pointes de métier circulaire. 

Puis encore le métier Straight-Bolt, imaginé en 1811 par Wil- 
liam MORLEY. 

Mais cette machine avait le grave inconvénient qu'évitaient les 
combs circulaires : celui de produire des treilles inégales et irrégu- 
lières. De plus, le mécanisme de ce métier présentait des difficultés 
qui amenèrent forcément l'abandon du système. 

En 1812 fut aussi créé le métier /^e/s/«^r par S. Ci.âiu.k et J. Mart 



ET DENTELLES MECANIQUES. 31 

de Nottingham. Ce métier eut beaucoup de succès, malgré les 
inconvénients qu'il présentait, notamment celui de ne pouvoir faire 




Plomb de combs de métier circulaire. 

que des pièces très courtes, la bobine (navette), très mince, ne pou- 
vant contenir que très peu de fil de trame. 

Notlingham et les pays circonvoisins étaient entrés, depuis 
quelques années, dans une ère de prospérité véritablement extraor- 
dinaire; et cela peut se concevoir, si l'on songe que le tulle méca- 
nique trouvait à se vendre, en 1809, au prix de 125 francs le mètre 
carré. 

* 
* * 

Il y avait bien à Lyon et à Nîmes des métiers produisant aussi du 
tulle; mais ils pouvaient bien difficilement rivaliser avec les métiers 
anglais nouveaux, qui leur étaient infiniment supérieurs. 

Ayant son attention appelée par cette riche et abondante pro- 
duction anglaise, le gouvernement français, moins sans doute pour 
protéger son industrie et augmenter les recettes de son budget, que 
pour empêcher les capitaux de sortir du pays et forcer les industriels 
anglais à importer des métiers en France, se décida à frapper de 
prohibition les tulles venant d'Angleterre. 

La conséquence de cette mesure fut que, bientôt, quelques 
sujets anglais, au risque de leur vie et pour tenter la fortune, cher- 
chèrent à introduire des métiers de leur pays sur le sol français. 



32 L'INDUSTRIE DES TULLES 



Nous en arrivons maintenant à l'année 1816, époque de l'intro- 
duction sérieuse et effective, sur le continent, du métier à tulle pou- 
vant produire un tissu vendable. 

C'est principalement à Calais, puis à Lyon et dans la région de 
Cambrai qu'il s'en installa. 

Nous sommes heureux de constater qu'on n'était pas resté 
inactif en France, pendant que Nottingham continuait ardemment ses 
découvertes et ses perfectionnements. 

Déjà les brevets pour l'amélioration du tulle bobin étaient pris, 
dit Fergusson : 

En 1802, par Joukdan père et fils, de Lyon. 

En 1806, » BoNNARD père et fils, de Lyon. 

En 1809, » Bernard Legrand et C''^, de Lyon. 

» » Jaxnix, de Lyon. 

» » Dervieu et Piau, de Saint-Etienne. 

En 1810, » Dessussv, de Lyon. 

» » JoLiVET, Cochet et Pehronv, de Lyon. 

En 1812, » PiNET, de Lyon. 

En 1813, » CouTAN, de Paris. 

Et plus tard : 

En 1818, par Maynard, de Nimes. 

» » Alais, de Lyon. 

En 1821, >i Cochet, de Lyon. 

» » Galmot, de Paris. 

En 1823, » Dervieu et Piau. 

En 1825, » UoBiMsoN et Masly. 

En 1827, » V™ CiioEL, de Lyon. 

Ces brevets et beaucoup d'autres, moins importants, prouvent 
et démontrent qu'on se préoccupait aussi sérieusement, en France, 
des améliorations à apporter dans l'Industrie du tulle et de la 
dentelle mécanique. 



ET DMNTELlJiS MEC/VMQUES. 3:5 



1816-1817 



En présentant k M. le Ministre de l'Agriculture et du Commerce, importation de rin- 

, „, . ,n^^^ , • i i , i i •< clustric tuUièreclans 

au mois de février 1851 , un certain nombre de types des produits le Pas-de-Caiais. 

de l'industrie tullière du Galaisis, la délégation de la Chambre 

de commerce de Calais lui déclarait qu'elle n'avait encore pu se 

procurer un renseignement bien précis sur l'époque exacte de 

l'importation de cette industrie dans notre pays et que des versions 

différentes circulaient en fabrique, en ce qui concerne les noms 

réels des premiers importateurs. 

Les documents se rattachant à ce point intéressant sont, en 
effet, peu nombreux. 

De courtes notices insérées dans les almanachs de la localité, 
f[uelques recherches aux archives municipales de la ville de Saint- 
Pierre et un certain nombre de renseignements, puisés auprès d'an- 
ciens fabricants, ont permis à MM. Fergusson fils, en 1862, et Reboul, 
en 1885, dans leurs intéressants mémoires sur le tulle, de faire un 
peu de lumière sur cette période encore obscure de notre histoire 
industrielle. 



Est-ce en 1817 ou en 1819 que fonctionna le premier métier à 
tulle, dans notre région? 

Est-ce à Calais ou à Saint-Pierre-les-Galais que fut monté 
ce premier métier? 

Est-ce James Clark, comme le prétendent certains auteurs; Ro- 

3 



34 L'INDUSTRIE DES TULLES 

SERT Webster, suivant les autres; Thomassin, s'il faut s'en rapporter 
à certains documents; Derbyscheare ou Taylor; Bonnington ou 
PoLHiLL? Quel est celui d'entre eux qui, trompant la vigilance des 
agents de la police maritime anglaise, réussit le premier à intro- 
duire en cachette, sur notre sol, ces pièces de fer qui, assemblées 
ensuite, formèrent et constituèrent la souche de notre industrie? 
Nous croyons pouvoir résoudre ces questions. 
On sait que Napoléon I" avait prohibé en 1802 l'importation du 
tulle. 

Cette prohibition du tulle anglais en avait naturellement aug- 
menté le prix en France, où on l'introduisait en contrebande sur nos 
rivages, au moyen de longues barques spéciales appelées Smugglers. 
Lorsque, vers 1809, le tulle Bobin parut en Angleterre, sa 
supériorité sur le tulle Mechlin devint telle, par la suite, que les mé- 
tiers Warp furent abandonnés et n'eurent bientôt plus que la valeur 
du vieux fer. 

C'est alors que, vers la fin de 1816, plusieurs ouvriers méca- 
niciens et tullistes anglais, comprenant le profit qu'ils pouvaient 
réaliser en France, résolurent de s'expatrier et d'implanter l'industrie 
tulUère dans notre région. 



* 



Est-ce la proximité des communes du Calaisis avec leur pays 
d'origine, en vertu de leur situation géographique, qui fut la cause 
de leur choix, ce qui semble probable? Est-ce une autre raison qui 
décida les importateurs de Vindustrie du tulle à venir se fixer dans 
notre région de préférence à une autre? C'est ce qu'il est difficile 
d'étabhr. 

Ce que nous pouvons dire, c'est que sous le gouvernement impé- 
rial on s'était appliqué à repousser les étrangers ; tandis qu'au con- 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 35 

traire, dès le retour de Louis XVIII, on mit tout en œuvre pour les 
attirer. 

Les formalités et les formes acerbes, disent les mémoires du 
temps, avaient fait place envers eux à toute la tolérance et à toutes 
les prévenances possibles. 

Aussi, à partir de cette époque, voit-on nombre d'étrangers, et 
surtout des Anglais, se fixer dans le Calaisis. 

De 1815 à 1830, on ne compte pas moins, en effet, de 80 in- Premières fabriques 

établies ù Calais. 

diistriels, mécaniciens, patentés ou commerçants, qui obtiennent 
l'autorisation d'établir leur domicile à Calais ou à Saint-Pierre 
et d'y jouir de leurs droits civils. 

Cette autorisation nécessitait, tout comme la naturalisation 
[qu'elle précédait le plus souvent), un certain nombre de formalités à 
remplir par l'intéressé. Le Maire de la commune, sur la demande du 
Sous-Préfet, émettait son avis sur la moralité et la situation de for- 
tune du postulant. 

C'est dans un registre de correspondance de la mairie de Saint- 
Pierre que l'on trouve, à l'occasion d'une demande de ce genre, 
une indication suffisamment précise sur l'arrivée, dans cette com- 
mune, du véritable importateur de l'industrie tullière en France. 

« Le sieur R. Webster, y lit-on, arrivé à Saint-Pierre-les-Calais, 
» en décembre 1816, venant d'A7igleierre^ est l'un des p)remiers qui 
» ont établi dans la commune une fabrique de tulles, etc » 

Dans ce même registre et à la date du 27 avril 1818, nous 
trouvons la copie d'une lettre adressée par le Maire à M* Tétut, 
notaire à Calais, pour l'informer qu'un sieur Clauk a fait sa décla- 
ration de résider à Saint-Pierre, où il est, écrit-il, depuis' le 
15 mars 1817, et que ses co-associés Bonnlngton et Webster, 
venus depuis peu, n'ont pas encore fait leur déclaration de domi- 
cile. La patente de 1817 est, ajoute le Maire, au nom seulement 
du sieur Clark, etc 

Dans les registres de contributions, on trouve effectivement, 



3G i;i\DUSTRIE ni'S TULLES 

SOUS la date du 13 août 1817, rinscription, au rôle, de « Clahiv 
James, fabricant et marchand de tulle gaze, à Saint-Pierre ». 



* 



C'est donc bien à Saint-Pierre et non à Calais que fut monté 
le premier métier à tulle, vers le milieu de l'année 1817. 

M. Webster, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, agissant en sa 
qualité d'associé de la maison Clarke, Bonnington et Webstet', était 
venu, le premier, à Saint-Pierre-les- Calais, en décembre 1816, 
pour y étudier les voies et moyens propres à l'installation d'une 
fabrique de tulle. 

M. Clark, habile mécanicien, aidé de ses compatriotes Robert 
West, Eenry Siddons et Macarther, monta le premier métier 
importé; métier qui tenait à la fois du Piisher et du Traverse-Warp, 
dans un magasin à l'angle de la rue de Vie et du quai du Commerce. 
Robert PTesHravailla dans cette fabrique, de 1817 à 1820, époque 
oij il s'installa à son tour pour son propre compte. 

MM. Bonnington et Webster, qui étaient alors en Angleterre pour 
surveiller l'expédition difficile et dangereuse du matériel, revinrent 
en France, vers la fin de l'année 1817. 

Saint-Pierre-les-Calais avait, à cette date, une population de 
3559 âmes. 

L'infatigable activité de ses habitants, en apportant d'étonnants 
et ingénieux progrès à l'invention mécanique de la machine à tulle, 
allait décupler, en quelques années, le chiffre de sa population. 



I 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 37 



1818-1819 



D'après une statistique intéressante et par des renseignements Premières mécani- 
ques construites à 

fournis par le Maire de Sainl-Piore à la sous-préfecture de Boulogne, Caiais. 
il résulte que plusieurs métiers (des mécaniques comme on les appe- 
lait alors) furent construits à Saint-Pierre, dès l'année 1818. 

A cette époque et indépendamment des métiers Warp qu'il avait 
fait venir d'Angleterre, M. Robert Webster construisit, dans ses ate- 
liers deux métiers Warp et un métier Circular-Bolt dont l'intérieur 
arriva d'Angleterre par fraude. 

En 1819, deux métiers Warp furent importés par M. William 
Tyler et deux autres construits à Saint-Pierre par M. Robert West. 

La société Clarh^ Bonnington et Webster, formée à Saint-Pierre 
en 1817, fut dissoute le 28 octobre 1818. MM. Bonnington et 
Webster continuèrent ensemble la fabrication, mais le premier se 
retira aussi de l'association en mai 1819, et se rendit h Paris avec 
un ou deux métiers. M. Webster resta donc seul à s'occuper de sa 
fabrique. 

Le 13 avril 1819, Jamls Clark s'associa h. Calais avec MM. Bich. 
Polhill, Thomas Pain, Edm. Pain et Th. Daivson, pour la fabrication 
du tulle Warp et Tivist, Mecldin et Bobin. La déclaration de cet acte 
de formation de société figure dans l'un des registres, aux arrêtés 
municipaux de la mairie de Calais. 

Le 2o août, une Exposition générale et publique s'ouvrit au Exposition générale 

y . n • et publique à Paris. 

Louvre, a Pans. 

Sur les instances du Sous-Préfet, le Maire de Saint-Pierre enga- 
gea M. Webster à lui remettre des échantillons des tulles provenant de 



38 



L'INDUSTlilE DES TULLi;S 



sa fabrique, pour être envoyés à cette Exposition; mais M. Webster 
refusa, donnant pour motif « qu'il n'avait pas assez bien réussi 
» avec les pièces qu'il avait en confection et qu'il ne pouvait en 




Tulle uni brodé à la main. (Thomas Pain-M'cst, 1S20.) 



» retirer des échantillons assez beaux pour être soumis à l'examen 
» d'un jury ». 

Le nombre des exposants qui figurèrent à cette Exposition, qui 
dura trente-cinq jours, fut de 1662. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



39 



1820-1821 



Au commencement de 1820, MM. Thomas et William Shipman Suite des premiers 

, établissements fon' 

montèrent un métier dans un magasm rue de la Pomme-d Or, a dés ù Caiais, 
Saint-Pierre. 

Le 17 avril, James Clarke déclara à la mairie de Calais « qu'il ces- 
» sait, à compter de ce jour, de faire partie, comme associé, de 
» l'établissement créé en cette ville pour la fabrication du tulle ». 
M. John Oswin, rentier, le remplaça; mais il mourut quelque temps 
après et laissa quatre métiers à sa veuve et à son fils James, 
]\l"ie yve Og^yfjy s'installa rue Saint-Denis, n" 18, avec deux métiers, et 
son fils avec deux autres, rue Saint-Michel. 

Au cours de cette année, Robert West s'associa avec M. Maxton 
et leur établissement eut son siège au n° 38 de la rue Française. 

En 1821, apparurent deux 
métiers StraigJit-Bolt et trois mé- 
tiers Pusher, le tout construit, soit 
à Saint-Pierre chez M. Webster, 
soit à Calais, dans les ateliers de 
M. John Derbvsheare. 

Syner fut le premier à exécu- 
ter, sur le métier Pusher, un point 
de tulle dit : Grécian (grec), au 
moyen de pousseurs qu'il faisait 
mouvoir par des roues de moulin, 
taillées et disposées de telle ma- 
nière que les chariots, mus par ces pousseurs, passaient entre les 




Type tulle grec. 



40 L'INDUSTRIE DES TUI.LES 

fils de chaîne, tournaient autour et arrivaient à produire ce réseau 
spécial. 

Nous trouvons, à cette même époque, dans les archives, la copie 
d'une intéressante statistique sur l'état de l'industrie tulUère à Ca- 
lais et à Saint-Pierre, en septembre 1821. 

Ce document inédit nous paraît devoir être reproduit en partie 
dans le tableau ci-contre : 

M. Farrands attendait alors sa première mécanique, pour former 
aussi un atelier. 

Le nombre d'ouvriers occupés en général indistinctement était 
de 210. C'est au cours de cette même année que Leaver père, fds 
et neveu, poursuivis par Heathcoat et Lacey qui revendiquaient 
leurs brevets pour l'emploi du chariot et de la bobine, quittèrent 
l'Angleterre et vinrent établir, à Grand' Co^iromie (près de Rouen), 
des métiers de leur système, pour le compte de M. Lefort. 



* 
* * 



Marques de fabrique. Une loi, cu date du 28 avril 1816, ayant prescrit aux manufac- 
turiers de revêtir leurs produits d'une marque de fabrication, le 
Sous-Préfet de Boulogne-sur-Mer écrivit, le 5 décembre 1821, aux 
Maires de Calais et de Saint-Pierre pour inviter les fabricants de 
tulles à s'y conformer et à déposer à la sous-préfecture les modèles 
ou empreintes de leurs plombs et cachets, 

« Veuillez leur notifier, disait ce fonctionna;! re, que, par l'effet de 
)) leur négligence à remplir cette formalité, les marchandises gui sont 
» chez eux peuvent se trouver dans le cas d'être considérées comme 
» produits de fabriques étrangères et saisies comme tels par les pré- 
» posés de la douane. » 

Les fabricants de tulles s'empressèrent d'obtempérer à l'ordre 
de l'autorité "supérieure, et c'est dans ces déclarations de dépôts 



ET DENTKIJ.ES MÉGANIQUES. 



41 



■aaiBinpjO 



•liOJia 



•aiiauiqoq 



çj iM l^ iC X 



cjD lO 






C 



O 
G 
O 






ce 
c« 



•ajiinup.io 



Q LO C O 

O '~S: "<* "~^ 

i-O c^ lC 01 

^ PH r^ ^ 



O 

o 



•)iojia 

'Oliauiqoq 



O 
C 



•jiiaSjiq apuKjr) 
■oijauiqoq 



00 



o 
o 






'JOpiAOp 



^' ^ ^ c^i ce ^' co ^ 



•jopouiuioyoca 



M.5p(ijq 



00 Cl 



i.'^ Cl "^ Ci v? 






O 



su3iuAno.a busuion 



^- l^ vr- X 



•;)|h]13B 119 SSnblUBMdl 8p 

^uauioN 






C3 - - 



CJ 



o 



c/j 






y) 



— - X 



o 
3m 






G ~ 
ce o 



^ -^ 3 G 

■« .s ^2 "^ 



ce 

o 



03 

O 



O 



o 

eu 



ô 1 

> 2 

3 "S 



I 7 " 





G 






C3 












C 




G 


Cl, 




re 


jS 


'X 


X 


C/. 


^ 


- ^ 


G 


a 


H ^ 


O 


r* 








'^ O 


-^ 




■^ '-5 


r-i 





42 L'INDUSTRIE DES TULLES 

que nous trouvons des indications précises sur les noms des pre- 
miers fabricants de tulle français qui s'installèrent, à cette époque, 
dans le Calaisis. 

Un règlement d'administration publique prescrivait également 
aux fabricants d'avoir à soumettre certaines pièces de comptabilité 
au visa du Maire de la localité. 

A la sortie de la commune, un certificat émanant de ce magistrat 
devait être présenté. Il en résultait souvent de nombreux incon- 
vénients, notamment lors de l'expédition des tulles à la blanchis- 
serie de Guines. 



1822-1823 



CerLificats d'oiiginc. A l'occasiou dcs formalités dont il est question précédemment, 
une pétition fut adressée par les intéressés au Préfet du Pas-de- 
Calais. Il y fut répondu qu'aucune suite favorable ne pouvait être 
donnée à cette demande; mais qu'en l'absence du Maire, les certi- 
ficats d'origine pouvaient être délivrés par l'adjoint de la mairie. 

Cette pétition était signée par les fabricants dont nous avons 
déjà cité les noms et, de plus, par MM. Dubout et Austin, John 
Maxton, Cliff et Storer, fabricants à Calais. 
Nouvciiux labiicants. M. DuBOUT s'était associé, le 31 janvier 1832, avec M. Wuj.iam 
AusTiN, mécanicien; cette société fut dissoute le 14 mai 1823. 

L'Association Cliff et S. Storer fut également dissoute en sep- 
tembre 1823. 

M. Cliff alla s'établir à Saint-Quentin, où il fonda une fabrique 
de tulle qui existe -encore au nom de ses fils et qui a été trans- 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 43 

formée, il y a quelques années, sous la même raison sociale, en 
société anonyme. 

C'est aussi à cette époque que M. H. Black, un des meilleurs 
fabricants connus, arriva à Calais et y monta un métier pour faire du 
tulle uni en bandes. 

Un ffrand nombre de transformations survenues dans l'industrie Nouveaux constiuc- 

" tours. 

du tulle et les nombreux perfectionnements apportés dans l'outil- 
lage provoquèrent alors l'installation dans les deux communes d'un 
certain nombre de mécaniciens-constructeurs. 

Derbysheare, à Calais, et Samuel Dobbs, ancien maréchal-fer- 
rant, à Saint-Pierre, rivalisèrent pour la construction des intérieurs 
destinés aux métiers C ircidar-Bolt et Straight-BoU. 

Le 8 novembre 1822, un fabricant du nom de La Glotte prit un Brevet, 

brevet pour un procédé propre à donner aux étoffes de soie, de 
laine et autres, l'aspect du réseau de la dentelle. 

Les métiers du système Pus/ter commençaient aussi à lutter avec MéUcr système 

/ . • 7 7 T Piisher. 

les métiers Straight-Bolt et Warp. 

A Calais, sous l'habile direction de M. Dubout et de ses collabora- 
teurs Lievin Delhaye et Méhaiit, le premier métier, véritablement de 
construction française, était monté dans un atelier situé rue de 
l'Etoile. 

C'est aussi dans cette période que l'on voit apparaître les noms 
estimés des Boot et des Smith, simples mais intelligents praticiens, 
coopérant, l'un à Calais et l'autre à Saint-Pierre, à l'assise de 
notre cité industrielle qui ne comptait alors que 4007 habitants 
dont 3 129 agglomérés. 

L'augmentation de matériel résultant de tous ces efforts com- 
binés devait forcément produire, à un moment donné, un surcroît 
de fabrication. 

D'autre part, les bruits de guerre avec l'Espagne furent sur le 
point d'arrêter dans son essor la prospérité naissante de l'indus- 
trie tullière. 



L'INDUSTRIR DKS TULLES 

Conseil de Piudhom- Le 24 Septembre 1823, la plupart des fabricants de tulle de 
Calais pétitionnent, à l'effet d'obtenir l'établissement d'un Conseil 
de Prud'hommes. 

Le 17 novembre suivant, la Chambre de commerce de Boulogne 
émet, à cet égard, un avis favorable. 
Exposition de 1S23, Le 25 aoùt 1823, une nouvelle Exposition était ouverte dans 

la cour du Louvre. On y remarqua pour la première fois du tulle 
de coton fabriqué dans notre département. 

Ce tulle de coton 4/4 et 6/4 coûtait alors de 20 à 40 francs l'aune; 
quatre ans plus tard, ces prix avaient baissé de 55 à 60 7o- 

Dans une note de cette époque, il est dit que l'on peut faire, en 
une semaine, sur un métier, trois pièces de tulle de T aunes de lon- 
gueur sur 2 aunes 1/2 de large. 

On comptait alors quarante-trois fabriques de tulle, dans l'en- 
semble des départements du Pas-de-Calais, de la Seine- In fériewc, 
du Nord et du Calvados. 

M°" V'" Oswm de Calais avait désiré prendre part à cette Exposi- 
tion, mais les échantillons types envoyés par elle furent jugés de 
trop petite dimension pour pouvoir être exposés. 
Crise iidiièie. L'année 1823 fut presque nulle pour Calais et pour Saint- 

Pierre, sous divers rapports. 

Le tarif des douanes, avec ses applications fausses et exagérées, 
portait au commerce un coup terrible. 

D'un autre côte, les ouvriers étaient devenus très exigeants, 
non seulement pour le prix de la main-d'œuvre, mais aussi en 
ce qui regarde certaines libertés d'allures, au sujet des heures de 
travail. 

Les patrons, ne voulant pas rester sous cette espèce de dépen- 
dance, s'entendirent entre eux et imposèrent leurs conditions. 

Il y avait encore les vexations continuelles dont la fabrique était 
l'objet de la part de l'administration supérieure et la tolérance de la 
douane à laisser entrer en France de grandes quantités de tulles de 



ET [)ENti:m.es mécaniques. 

coton d'origine anglaise; ce qui nuisait considérablement aux affaires 
du pays. 

Ces mauvaises conditions, ajoutées aux difficultés natives d'une 
industrie à son début, ne devaient naturellement amener que des 
résultats très peu satisfaisants. 

Ce fut heureusement, grâce h l'esprit d'entente et de solidarité 
des fabricants, à leur ténacité et à leur persévérance, que la fabrique 
put se relever et sortir de ces embarras. 

Déjà, depuis 1819, les fabricants de Calais, d'un commun 
accord, n'opéraient de ventes que sous le contrôle de délégués 
chargés de maintenir les prix à des cours réguliers et raisonnables. 



1«Î14 



D'après un état très détaillé du nombre de métiers construits à x.uiviaux mciicis. 
Ca/a?5 pendant l'année 1824, six Circular-BoU avaient été livrés à 
la production de la place. 

Dans le même temps, MM. Sailly et Jenny importèrent en France, 
à Saint-Pierre, un autre métier Circular-Bolt perfectionné dont 
ils confièrent le montage et la mise en marche à M. S. Fergitsson. 

Peu de temps après, un premier métier Leavers fut introduit à 
Saint-Pierre-les-Calais, et les avantages que présentait ce nou- 
veau système amenèrent les plus heureux résultats. Cette innovation 
décida de l'avenir de la fabrique, qui prit, dès lors, le plus rapide 
développement. 

Les métiers construits à cette époque n'avaient que 56 pouces 



46 L'INDUSTRIE DES TULLES 

de travail et fonctionnaient lentement. Ils n'avaient pu, jusqu'alors, 
produire des dessins avec motifs, sur le tulle uni à chaîne. Ce fut, 
assure-t-on, en premier lieu à Lyon, que MM. Colas et Delompré 
parvinrent à exécuter ce premier perfectionnement, en appliquant, 
au petit et modeste métier Mechlin, le système de Jacquard. 
Renseignements sta- Dcux statistiqucs dcs manufactures établies à Calais et à Saint- 
Pierre, en novembre 1824, donnent de curieux renseignements 
sur le nombre, la qualité et la valeur des produits de l'industrie 
tullière dans ces deux communes. 

Nous en extrayons les détails suivants : 

A Saint-Pierre : 20 fabricants ; 45 métiers occupant 
620 personnes dont 68 hommes et 552 femmes. 

Salaire moyen annuel des ouvriers : 3 600 francs. 

Salaire moyen annuel des ouvrières occupées au raccommodage 
et à la broderie : 315 francs. 

Prix moyen du tulle Bobin : 22 francs l'aune, en grande largeur, 
et 10 francs pour l'aune du tulle Mechlin. 

Quantité présumée des produits : 

40000 aunes en grande largeur; très peu de tuUe Mechhn. Valeur 
brute des produits : 850000 francs. 

A Calais : \'^ fabricants; 40 métiers, dont 26 pour le tulle Bobin 
et 14 pour le tulle Mechlin; 69 ouvriers, 346 ouvrières. Salaire des 
ouvriers : de 10 à 15 francs par jour; ouvrières, l'^%25. Prix de 
l'aune de 44 pouces, pour l'uni fin : 17 francs; brodé, 26 francs; 
pour le gros, dit Mechlin uni : 9 francs; brodé, 13*^', 30, Quantité : 
37600 aunes; valeur: 785000 /rawcs. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. /|7 



1825 



Au cours des quelques années précédentes, un grand nombre de Mécaniques diverses, 
métiers Circidar-Bolt, avec des intérieurs anglais (chariots et bo- 
bines), introduits comme toujours en contrebande, furent expédiés 
dans d'autres départements, notamment à Paris^ Lyon, Saint-Quen- 
tin, Grand' Couronne, Douai^ Cambrai, etc. 

Ce n'est qu'à partir de l'année 1825 que les pièces composant 
le mécanisme intérieur, nécessaire pour la construction, au complet, 
des métiers destinés à la fabrication du tulle Bobin, purent être 
entièrement exécutées à Calais. Un avantage considérable en résulta 
pour l'industrie locale. 

« Les mécaniques construites clans la commune, dit un rapport de 
l'époque (c'est le nom sous lequel on désignait alors les premiers 
métiers), sont maintenant entièrement finies par les ouvriers qui les 
ont commencées, et, leur construction étant otxlinairement très soignée, 
elles ne laissent rien à désirer, alors quil en est souveiit autrement 
lorsqu'elles arrivent toutes faites d'Angleterre. » 

Les métiers Pusher se vendaient environ 43000 francs; les Circu- 
lar-Bolt venaient ensuite, dans les prix de 10000 francs, et les métiers 
Warp, si décriés et si disqualifiés en Angleterre, valaient encore, en 
France, dans les 2500 à 3000 francs. 

Une ordonnance royale du 19 janvier 1825 autorise l'établisse- Conseil de Piudiiom- 
ment d'un Conseil de Prud'hommes, dans la ville de Calais. 
Ce conseil aura pour mission de statuer sur toutes les contestations 
se rattachant à la fabrique de tulles et pouvant survenir entre les 
fabricants et leurs ouvriers. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 

L'article 1" de cette ordonnance porte que le sus-i'it conseil 
sera composé de sept membres, dont quatre choisis parmi les mar- 
chands fabricants de tulles et dentelles, et les trois autres parmi les 
chefs d'atelier, contremaîtres ou ouvriers patentés dans ces deux 
branches d'industrie. 

D'après l'article 3, il est dit que la juridiction du conseil devra 
s'étendre sur tous les marchands, fabricants, chefs d'atelier, contre- 
maîtres, commis, apprêteurs, ouvriers, compagnons et apprentis, 
travaillant pour les fabriques de la ville de Calais et de ses environs, 
. quel que soit l'endroit de la résidence des uns et des autres. 
Lii duchesse de Beny - La Supériorité de Saint-Pierre, sur Calais, pour ce qui concerne 
l'industrie tullière, se manifestait déjà d'une façon évidente le 
27 août 1825. 

jyfme j^ Duchesse de Berry, avant de faire son entrée dans la 
ville de Calais, s'arrête à Saint-Pierre et visite l'hospice. 

Au sortir de cet établissement, la princesse exprime le désir de 
voir une fabrique de tulles. On la conduit dans celle de M. Webster, 
où elle passe une heure, s'intéressant aux moindres détails de la 
fabrication, et adressant au fondateur de l'industrie tullière, dans le 
Calaisis, beaucoup de questions qui prouvaient tout l'intérêt qu'elle 
prenait à ce travail ingénieux et déhcat. 

En souvenir de cette visite, M. Webster envoya, par l'intermé- 
diaire de l'autorité administrative, quelques pièces de tulle à sa 
royale visiteuse. 
Nouveaux peiieciion- Eu Frauce, commc en Angleterre d'ailleurs, la vente du tulle 
s'était considérablement accrue. Un grand nombre de fabricants 
émigraient chez nous, et chacun apportait une nouvelle ardeur à 
découvrir les moindres perfectionnements dans le mécanisme des 
métiers à tulle. 

En dehors de l'activité qui se manifestait de plus en plus dans 
la région du Calaisis, l'industrie du tulle se répandait sur plusieurs 
autres points de la France. M. Widdowson construisait et moulait, 



ET DENTELLES MÊCA^UQUES. 49 

à Douai, des métiers Traverse-Warp qu'il forgea, dit-on, lui-même 
et dont un de ses aides, nommé Cantelot, fit les chariots et les 
bobines. 

Il s'associa avec M. Bailey pour faire du tulle uni coton, sur des 
métiers Circular-Bolt et des tattings sur des métiers Traverse-Warp. 

M. BoNSOR-MoRRis qui, d'après M. Fergusson, avait travaillé avec 
M. Macarther au premier métier introduit à Calais en 1817 et qui 
était reparti en An- ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^_ 
gleterre en 1819, se ^^^^^^Pr^^^S^^^^^SSBÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊ^^k 

blit une fabrique avec ^ÊS^^^^^^^^^^^^^^^^^ÊSÊ^ 
des métiers Warp et ^BH^^^^^^^^^^^HH^BH^B^^H 

_ Ti r> , '1 Picot mécanique. 

Leavers. 11 lut, parait- 
il, le premier qui produisit, en France, le picot mécanique sur un 
métier Warp. Cependant il est acquis que, dans le même mo- 
ment, William Austin faisait également, à Calais, ce même picot 
sur deux métiers venant d'Angleterre. 

M. Carpriau montait à Caiidry un premier métier circulaire venant 
iS^ Anvers. 

Il s'en installait encore à Amiens., à Corbie, à Abbeville, à Seclin, 
à Fontaine-aux-Bois, etc., etc.. 

C'est aussi vers cette époque que, constatant la supériorité du 
jjoint net, M. S. C. Dognin de Lyon, élève de M. Bonnard, eut l'idée 
de fabriquer des tulles de soie sur les métiers Bobin qu'il avait 
fait venir de Calais. 

Au moyen d'une soie, dite grenadine, filée spécialement en tor- 
sion doublée pour obtenir une grande élasticité et un certain grenu, 
M. DoGNiN produisit un article spécial, très apprécié, qui prit le 
nom de tulle Bobin grenadine. 

Mais ce tulle grenadine étant trouvé un peu épais, ce même 
fabricant créa alors, avec des soies beaucoup plus fines, un tulle 
dit Illusion, à cause de son extrême légèreté. 



50 L'INDUSTRIE DES TULLES 



La journée de huit Profitant de l'augmentation de plus en plus active de la vente 

Il cure S 

du tulle, les ouvriers tuUistes de Nottingham se groupèrent et prirent 
diverses résolutions, à l'effet d'obliger les propriétaires de métiers 
et autres chefs d'atelier de réduire à huit heures seulement la 
durée de la journée de travail. Cette décision, disait le Me?xure 
de Noltingham, sera communiquée aux comités des ouvriers tisseurs 
et filateurs de Calais et autres villes de France. 

A la suite d'une demande de renseig'nements à cet égard, • le 
Maire de Saint-Pierre tranquillisa la sous-préfecture, en lui faisant 
savoir qu'il n'existait aucun comité de ce genre dans la commune, 
et que les ouvriers qui y résidaient étaient trop sérieux pour s'oc- 
cuper de combinaisons pouvant nuire, en quoi que ce soit, à leurs 
patrons et par suite à eux-mêmes. 
Introduction des tui- Nous avous déjà dit que des lois très sévères punissaient en 

les de fabrication ., ,, . ,. » -,■, r ■ 

étrangère. Angleterre 1 exportation des machines et même 1 émigration des 

manufacturiers. Il n'en était pas de même pour l'introduction, par 
la fraude, des tulles anglais en France. 

Une g-rande quantité de ces tulles était importée dans notre pays, 
grâce à la complaisance ou à la tolérance de la douane française 
qui, de temps à autre, pour donner le change, saisissait une partie 
de marchandises à leur entrée, la mettait en vente au plus offrant 
et dernier enchérisseur, à charge par les acquéreurs de la réexporter 
dans les trois mois à l'étranger, soit par mer, soit par terre, par les 
bureaux de Dunkerque et de Ingdcootte. 

Les fabricants de Calais, alarmés par le développement extraor- 
dinaire de cette fraude et ne pouvant facilement soutenir, quant aux 
prix, la concurrence des tissus étrangers, crurent devoir implorer 
l'appui du gouvernement. Ils firent appel à la bienveillance du Maire, 
en le priant d'intervenir pour eux auprès du ministère. 



ET DENTIîLLES MÉGANIQUES. 51 

// est bien connu, écrivaient-ils, que ce commerce clandestin se fait 
journellement et qu'il est pratiqué en partie par des iîidividus qui, 
pour cacher leur fraude, ont chez eux des métiers qu'ils laissent sans 
emploi et qui apposent leur marque de fabrique sur les tulles qu'ils 
réussissent à importer de l'étranger. 

Pour remédier à cette situation, les pétitionnaires réclamaient 
de l'Administration des mesures vexatoires et inquisitoriales aux- 
quelles il fut impossible de donner suite. Les choses en restèrent là. 

Parmi les nouveaux fabricants établis dans la région en 1825, Nouveaux tabiicants. 
nous signalerons les noms de MM. L. Crèvecœur et C'" (décla- 
ration du 5 avril) et Herbelot fds et Genet-Dufay (déclaration du 
21 mars 1825). 

Le 3 novembre 1825, le Maire de Saint-Pierre-les-Calais adressait 
à la sous-préfecture un état donnant la liste des fabricants de tulles 
et des métiers qu'ils occupaient. Nous croyons inutile de reproduire 
au complet ce document, qui parait cependant avoir été très scru- 
puleusement dressé. 

Il peut se résumer ainsi : 

r 15 fabricants, occupant 57 ouvriers et possédant dans leur 
ensemble 25 métiers Bobin et 8 métiers Mechlin. 

2° 9 fabricants, constructeurs de métiers, occupant 98 ouvriers 
et possédant en train de travail et sur chantiers : 19 métiers Bobin 
(deux de ces constructeurs fabriquaient des intérieurs de métiers : 
chariots, bobines, combs, droppers, etc., etc.). 

3° 3 mécaniciens, constructeurs de métiers, occupant 38 ou- 
vriers, notamment M. Sheperd qui demeurait rue de la Cloche. 

Ces 12 mécaniciens patentés avaient alors leur établissement 
principalement à Saint-Pierre et y avaient déjà construit 82 me- 
tiers. Ces ateHers, à l'exception de celui de M. Derbysiieare, 
en activité depuis 1821, avaient été ouverts en 1824 et 
en 1825. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 

l. DoRNiSHORP et G'" commencèrent, cette même année, à cons- 
truire entièrement les métiers à tulles : bâtis, pièces d'action et 
intérieurs. 
PopuLition de Saint- Dcpuis FétabUssement des fabriques, la population de Saint- 

Picn'c-les-Calais. / t • i 

Pierre avait sensiblement augmente. Le prix des loyers des mai- 
sons, comparé entre les années 1818 et 1835, présentait une 
majoration des deux tiers, en faveur de la dernière. La population 
totale de la commune s'élevait à 4937 âmes et celle de l'agglomé- 
ration à 3942. 

La population flottante, accidentelle, était de 600 personnes envi- 
ron, chaque année. Un certain nombre de propriétaires et de ren- 
tiers étrangers étaient venus se fixer à Saint-Pierre et dans les 
environs. 

Calais renfermait alors 9459 habitants. 



1826 



Améliorations appor- Dans Ic cours dc mars 1826, une polémique s'engagea dans le 

tées aux métiers à i,-,,. hit^-t. t l-^ ii 

tulle. journal de Calais entre MM. P. Dubouï et L. Lrèvecoeur, tous deux 

fabricants et mécaniciens-constructeurs, au sujet de la mise en œuvre 
d'un métier. 

Les collaborateurs de M. Dubout étaient alors MM. Delhmje^ 
Méhaut et Rosey; ceux de M. Crèvecœur étaient MM. P. Sauner, 
Velland et Sannier. 

C'est surtout à cette époque que les métiers Bobin subirent 
le plus de transformations. En consultant les annonces des journaux, 
on est surpris de voir l'importance que prenait, de plus en plus, la 
fabrication. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 53 

On construisit, à Calais, des machines des systèmes Leavers, 
Longbo"w, Gircular-Bolt, Traverse-"Warp, etc., etc. 

Les mécaniciens Elliot et Pool, établis rue de la Douane, à Calais, 
combinaient un métier sur un nouveau système adapté à un mouve- 
ment de rotation. 

Les bobines, servant à ce métier, pouvaient contenir assez de fil 
pour faire 30 racks et produire, d'après les inventeurs, des bandes 
d'une qualité susceptible de rapporter dix pour cent de plus que 
tout autre métier. 

Parmi les ventes de métiers annoncées dans les journaux de 
l'époque, on en trouve de différentes sortes et de différentes lar- 
geurs. Par exemple : 

Des Leavers de dix quartiers faisant vingt-huit racks par jour; 
des Circular-Bolt de 75 pouces 11 points; des Pusher de 72 pouces 
10 points; des Straight-Bolt de 56 pouces 12 points, etc., etc.. 
A la suite d'un mémoire présenté au gouvernement anglais, les Expoi-uuion du tuiic 

,.,,,.,,.,,„ . , , IVançiiis en Angle- 

droits d entrée des tulles français en Angleterre avaient ete fixes lerie. 
antérieurement à 75 7o de la valeur; taux qui fut appliqué jusqu'en 
1826. Mais un nouveau tarif ayant été mis en vigueur, ces droits 
de douane furent réduits à 30 % fJ<l valorem. 

Les premiers droits avaient aiusi été élevés dans le but de proté- 
ger la fabrication anglaise contre les tulles français, principalement 
les tulles de soie qu'on préférait pour la quaUté de leurs apprêts 
ainsi que pour le brillant et la richesse de leurs couleurs. 

Cette réduction des droits à 30 % fut on ne peut plus favorable 
aux fabricants français et porta un tel coup à l'industrie de Nottin- 
gham, que plusieurs membres du Parlement s'en émurent et obtinrent 
que les dames de la cour (et leur exemple fut suivi par le reste de 
la population) ne porteraient désormais que des tulles de fabrication 
anglaise. 

Alors, la production considérable de la fabrique dans les deux 
communes de Calais et de Saint-Pierre devint telle, en raison 



54 L'INDUSTRIE DES TULLES 

du nombre de personnes de toutes conditions qui s'y installaient 
fabricants, que les prix de la marchandise commencèrent à s'avilir 
et que, faute de débouchés suffisants, l'industrie eut à subir une crise 
qui faillit compromettre l'avenir. 



1827 



Nouveaux fabricants. Parmi Ics uouveaux fabricants installés à Calais et à Saint- 
Pierre dans le courant de 1827, nous notons MM. Ribotte, Haillot 
et C''^, Pecquet-Beaurepaire et C'% Maniez, Legrand, Foissey, Sanner 
FRÈRES, etc. 

L'industrie des den- Lcs habitants du vîeiix Cahiis, aux habitudes de calme et de 

telles ^''GiieG clflns 

son actFon. tranquillité, voyaient d'un mauvais œil l'activité industrielle se déve- 

lopper et se produire dans l'enceinte de la ville. Des réclamations 
nombreuses, de leur part, nécessitèrent l'intervention du Maire et, 
par suite, de la justice. Dans l'audience du tribunal de police du 
canton, en date du 23 février, un fabricant de tulle fut en effet con- 
damné à il francs d'amende et aux dépens, comme ayant troublé la 
tranquillité du voisinage et pour bruit nocturne causé par une de 
ses mécaniques. 

On verra, par la suite, le résultat ruineux qu'eurent, pour l'an- 
cien Calais, ces mesures restrictives et dommageables au fonction- 
nement du travail. 
Exposition nationale. Le 1" août 1827, une Expositiou nationale fut ouverte dans le 
palais du Louvre, à Paris. Un certain nombre de maisons y expo- 
sèrent des tulles mécaniques brodés en soie et en coton, pour robes 
et parures. Durée : 62 jours, 1693 exposants, 1254 récompenses 
diverses. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



55 



MM. Wasse et Dupré transportent de Calais à Amiens leurs mé- Essai de déccntiaii- 
tiers circulaires, pour y faire du tulle uni en laizes et en bandes. 

De même qu'à Corbie, des essais de fabrication sont faits à Abbe- 
ville par M. Atkin, qui y importa deux métiers circulaires faisant du 
tulle de coton en bandes; mais cette tentative fut de courte durée 
et ces métiers furent bientôt démontés et revendus quelques années 
plus tard. 



1828 



M. S. Fergusson, l'un de ceux qui ont le plus contribué au per- 
fectionnement du métier circulaire, crée sur ce métier le Bullet Hole 
(trou à jour) qu'on en- 
tourait ensuite d'un fil 
à la main, au moyen 
d'une aiguille. Il trouva 
aussi le fond dit square 
net (réseau carré) et le 
vjire (jround, dit point 
de champ ou de Paris. 

A Nottingliam , on 
se met à abandonner 
les métiers dits Point 
net, Warp et Mechlin. 
Bientôt ces machines n'eurent plus de valeur et alors que leur 
nombre était, en 1809, de 1480, il n'en restait plus, en 1828, 
qu'une trentaine qui furent vendues et transportées à Lyon. 

A Calais, on commence à construire des métiers ayant 82 pouces 
de travail. 




Point de champ, brodé à la main. 



Perfectionnements 
apportés à la fabri- 
cation et aux nié- 
lier.s. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 

Une annonce dans les journaux indique comme étant à vendre : 
« Une mécanique au tulle de 72 pouces, désignée sous le nom de 
Tatting-Machine . » 

Le sieur Paulus Dominique, domicilié à Paris et possédant à Ca- 
lais, 6, rue de la Douane, un métier fabriquant du tulle en bandes, 
charge M. William Henry Stevenson, demeurant 5, rue Neuve, d'agir 
en son nom. 
Limitation des heures Afin d'empêclier la coustructiou de nouveaux métiers, plusieurs 

de travaiL à Not- 

tingham. fabricants de Nottingham décident la création d'une société ayant 

pour but de limiter les heures de travail. Ce projet ne réussit pas 
tout d'abord; mais il fut plus tard suivi de succès, grâce à la direc- 
tion et à l'influence de M. Felkin. Cette entente eut pour résultat 
une augmentation de bénéfices estimée à plus de 6 millions de 
francs. 

Malheureusement et malgré les décisions prises, la plus grande 
partie de ces bénéfices fut employée à construire de nouvelles ma- 
chines; ce qui rendit absolument nulles et sans efl'et les premières 
mesures adoptées. 

La prohibition des Depuis 1819 il y avait prohibition des cotons filés retors an- 
cotons. 

glais, servant à l'industrie du tulle; prohibition d autant plus étrange 

qu'elle ne protégeait personne, puisque la filature française ne filait 
ni les numéros, ni les genres usités. 

La fabrique tulhère, qui ne pouvait obtenir ces cotons filés retors 
que par fraude, se vit souvent presque paralysée, faute de matière 
première. 

Comprimée dans son essor par ces mesures inexplicables, elle 
dut momentanément céder la place à l'Angleterre sur presque tous 
les marchés étrangers et renoncer au rang auquel elle avait incon- 
testablement le droit de prétendre. 
Statistique. D'après une lettre adressée en décembre 1828 par le Claire tic 

Calais au Sous-Préfet, il résulte qu'il s'est suecessivenient établi 
nouvellement à Calais et Saint-Pierre depuis six ans : 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



&6 fabriques de tulles, comptant 160 à 170 métiers et occupant 
700 à 800 personnes. Tous ces métiers sont en activité, mais les fa- 
bricants se plaignent amèrement de la baisse survenue dans le prix 
du tulle et ils attribuent cet état de choses principalement à l'intro- 
duction considérable qui se fait du tulle anglais, en grande partie 
par la Belgique. 

Pour remédier à ces difficultés et permettre à la fabrique de 
Calais de soutenir la concurrence contre les tulles étrangers, il fau- 
drait, disait le magistrat précité, admettre à un droit, qui serait à 
fixer, le coton filé d'Angleterre, dont les fabricants ne peuvent se 
passer et qu'ils sont obligés de se procurer quand même, par la 
fraude, à des prix très élevés. 

La liste ci-après donne l'état exact des fabricants établis dans 
l'enceinte de Calais, avec le nombre respectif de métiers pour 
chacun d'eux. (Archives de la Chambre de commerce.) 

Reporl. . . 5i métiers. 

MM. Salembicr 3 » 

Lafontaine i » 

Decroix et C''. . . 2 » 

Cardon-Labitte . . i » 

Audry i « 

Sanner frères ... 2 » 

Gest et G''" i » 

Teisseire et G'*". . 2 » 
Bodart et Denem- 

pont 1 » 

Sailly 3 » 

^'aillant 3 » 

Bonnet Nicolas. . . i » 
Dubout et fils. ..11 » 
Herbelot et Ge- 
nêt 4 " 

Grèvecoeur 2 » 

Ducrocq i » 

\'™ Petit 2 

Pollet 1 » 



[M. Baudron 


7 métiers. 


Mancel et Fourret. 


1 » 


Foissey 


2 » 


Rosey 


2 » 


Legrand 


1 » 


Delhave 


1 » 


Andrieux 


1 » 


Menil et Bonnet. . 


1 » 


Spiers 


1 » 


Pilieu 


1 » 


Morlev 


i6 » 


Dégardin 


1 » 


Maniez 


3 » 


Spiers et Lelong. . 


1 » 


Jouare Ledez. . . . 


1 » 


Venelle-W'arniez . 


1 » 


Ribotte et Haillot. 


4 '^ 


Brenelle 


1 » 


Hauchecorne. . . . 


1 )) 


Pecquet Beaure- 




pairc 


4 


A reporter. . . 


.^)i métiers. 



Total 



. 93 métiers. 



58 L'INDUSTRIE DES TULLES 

Le même recensement, fait pour Saint-Pierre et les communes 
environnantes, réunit 207 métiers; soit en tout pour la région du 
Calaisis, en 1828, un ensemble de 300 machines à tulle occupant en- 
viron'4000 ouvriers et ouvrières. 



1829-1830 



Conseil des Prud'- Le 6 juillet 1829, et conformément à l'ordonnance royale du 

hommes. . r» • • i /i i /^ -i i T^ m 

19 janvier 1825, les électeurs pour le Conseil des Prud nommes se 
réunissent au Palais de Justice et nomment conseillers juges : 

MM. MoRLEY, Pegquet de Beâurepaire, Dubout père, Bodârt-Leleu, 
marchands et fabricants; Genet-Dufay, chef d'atelier; Ducarnoy et 
Maniez, ouvriers patentés. 

MM. LicKE et SpiERS sont nommés suppléants. 
Journées de Juillet. La Révolutioii de 1830 ne semble pas avoir suspendu le 
développement de la fabrique de tulle à Saint-Pierre. 

Le 25 août, les ouvriers tuUistes anglais offrent à la ville de 
Calais un drapeau tricolore et une somme d'environ 800 francs à la 
ville de Paris; résultat d'une collecte faite entre eux, au profit des 
victimes des 27, 28 et 29 juillet. 
Brevet. M. Black prend à Calais un brevet pour un point de tulle dit 

fjrecian (tulle grec) qui avait déjà été produit en 1820, par M. Syner, 
sur un métier Piisher. 

W se trouvait alors, tant à Calais qu'à Saint-Pierre, 429 mé- 
tiers qui occupaient en temps ordinaire plus de 5 000 personnes, 
hommes, femmes et enfants du pays ou des environs. 



i 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 59 



[. Thomas et Jonathan Boot construisent, pour le compte de Métier circulaire 

Boit. 

]y[me yve Delahaye, uu métier Circular-Bolt de 70 pouces 11 points, 



pour le prix de 5000 francs. 



* 
* * 



La fabrique de tulles de la région de Calais se trouvant dans Société de consigna- 
tion. 
une situation fâcheuse, il se forme une association pour la prise en 

consignation et la vente des tulles écrus, afin de pouvoir faire des 

avances aux fabricants sur leurs stocks de marchandises. 

Cette association fait une demande, appuyée par la Chambre de 
commerce, à l'effet d'obtenir, à titre de prêt, un secours de 
300000 /r«^zc5, sur les 30 millions affectés par le gouvernement à la 
protection du commerce et de l'industrie. 

Il lui est accordé 100000 francs, à la condition qu'il sera 
déposé, dans un local désigné par la Chambre de commerce, un 
nombre de pièces représentant une valeur de 120000 francs, au 
minimum. 

Les membres de cette association, dont le président était 
M. Champailler, avisent la Chambre de commerce qu'il a été déposé 
dans la petite rue de Guise, n" 13, au premier, 1378 pièces de tulles 
dont la valeur s'élève, d'après le cours du jour, à la somme de 
120064 fr. 45 centimes. 

Ce dépôt se trouve placé sous la garde de M. Hippolyte Maressal 
DE Marsilly. 



60 L'INDUSTRIE DES TULLES 



I 



1831 



Prix des cotons filés. A titre documentaire, voici quels étaient alors les prix des cotons 
filés français : 

N°^ 150% 12 francs; 160% 14^'-,50; 170% 16%75 ; 180%i8%75; 
N°^ 110'-, pour lisières, 7%25; 110% T%15, et 120% 9%50. 

Une société en nom collectif, en vue de créer à Calais une fila- 
ture de coton filé, est en projet depuis le commencement de cette 
année. La raison de commerce serait : Champailler, Bodart, Abel 
Chojsnard et G\ 

Dans le but de venir en aide aux fabricants si éprouvés de la 
région de Nottingham, la Reine Adélaïde, dans un grand bal donné 
en l'honneur de la Princesse Victoria, sa nièce, devenue plus tard 
reine d'Angleterre, porte une toilette en tulle de soie aiiglais et met 
ainsi à la mode l'emploi de cet article national. 
Le ciicuiai--Boit mo- A ccttc époquc, bcaucoup de systèmes de métiers avaient dis- 
paru, remplacés par les métiers bobins. Lorsqu'on appliqua le 
mouvement rotatif au Circidar-Bolt, ce métier produisit le tulle uni, 
d'une façon tellement supérieure et à si bas prix, en comparaison 
avec les autres machines, qu'il resta à peu près seul maitre de ce 
genre de fabrication. 

Le Leaver et le Pusher furent alors employés à faire, au 

moyen d'extra-barres, de guides et de ponsseurs indépendants les 

uns des autres, des tulles fantaisie en coton, des imitations de 

petites blondes et des petites bandes, avec motifs appelés Tattings. 

Tulle l'aniaisie. Syner, dout uous avous déjà parlé, avait, en 1820, posé le 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



Gl 



preaiier jalon de la fabrication des tulles fantaisie, sur le métier Bobin. 

Une voie pour le progrès se trouvait ainsi grande ouverte et 
chaque jour amenait une nouvelle découverte. 

MM. Sneath et Lichtfield exécutèrent ce qu'on appela le spot 
(point d'esprit), sur le Circidar-BoU, et Freemann fit ensuite le même 
article sur le Tr avers- Warp. Plus tard, William Croft et R. Berkin 
arrivèrent à le produire également sur le Leaver. 

M. GuÉRiN prend, cette même année, la direction d'une nou- Blanchisserie, nou- 

. , , ,, - /-i • veaux l'abi'icants. 

velle blanchisserie de tuhes, a Guines. 

Parmi les fabricants nouveaux à cette date, nous signalerons : 
M. John Lee, à Saint-Pierre, et M. Crespin-Capelli:, quelques mois 
plus tard. 

Au cours de cette année, la fabrique souffre d'un grand malaise, dise tuUièie. 
la demande étant presque nulle et les affaires, par conséquent, pour 
ainsi dire arrêtées. 

Les marchandises restent dans les magasins sans trouver d'ache- 
teurs et il est excessivement difficile de pouvoir les vendre ou de 
les écouler à n'importe quel prix. 

11 est constaté que le dépôt de l'Association contenait : Société de consigna- 

lion. 



Au 1" janvier 1831 


: 2971 


piè 


ces 


de ti 


Lilles 


Au 7 février 


» 


3120 




» 




» 


Au 21 


» 


3508 




» 




» 


Au 14 mars 


» 


3935 




» 




» 


Au 11 avril 


» 


4034 




» 




» 


Au 2 mai 


» 


3531 




» 




» 


Au 31 août 


)) 


1733 




» 




» 


Au 25 septembre 


» 


520 




» 




» 


Au 2 octobre 


» 


76 




» 




» 


Au 26 décembre 


» 







» 




» 



La mission de l'Association étant terminée, les 100000 francs 
prêtés par le Trésor lui sont rendus, ainsi que l'établit un procès- 
verbal en date du 26 décembre 1831. 




L'INDUSTRIE DES TULLES 



1832-1833 



Le bruit des métiers. Par UD arrêté municipal du Maire de Calais, M. Leveux, en date 
du 5 juillet de cette année, approuvé par le Préfet du Pas-de- 
Calais, le 15 du même mois : 

« Tout bruit nocturne^ troublant le repos public^ est défendu, et 
» les ouv7'iers des professions bruyantes, telles que les métiers à mar- 
» teaux et les mécaniques au tulle, ne jjeuvetit commencer leurs 
» travaux qu'à cinq heures du matin et ils sont tenus de les cesser 
)) à dix heures du soir. » 

Tracassés par les habitants à cause du bruit de leurs métiers 
et ne pouvant travailler la nuit, les fabricants allèrent se fixer à 
Saint-Pierre où ils trouvèrent beaucoup plus d'espace et de 
facilités. 

En 1832, M. H. Black quitte Calais pour aller s'installer à 
Lille, où il continue à créer de nouveaux systèmes pour lesquels 
il prend successivement divers brevets. 
Droits de douane sur Le 1" décembre, M. le Ministre, comte d'Argout, présente à 

les cotons filés. 

la Chambre des députes un projet de loi sur la levée des prohi- 
bitions. Dans ce projet, les droits sur les filés de coton au-dessus 
du n° 170, importés par les seuls bureaux de Calais et du Havre, 
sont fixés à 30 p. 100 de leur valeur. 

Ces prohibitions procédaient d'un décret impérial du 18 juil- 
let 1809. En tolérant, comme nous l'avons dit précédemment, 
l'introduction des cotons filés en contrebande, le gouvernement 
supposait que cette tolérance suffirait aux besoins des fabriques 
de tulles et que l'apparence du maintien de la prohibition stimu- 



ET DENTELLES MECANIQUES. 63 

lerait suffisamment les filatures françaises à produire des numéros 
plus élevés : c'est-à-dire des cotons fins, afin de pouvoir soutenir 
la concurrence étrangère; mais ces espérances ne furent pas 
réalisées. 

Les fabricants de tulle, disait M. le comte d'Argouï, acquit- 
teront avec empressement un droit plus élevé que la prime d'assu- 
rance de fraude; car ils aimeront toujours mieux se pourvoir par 
les voies légales que par la contrebande. Cela s'explique, en effet, 
car lorsque la douane parvenait à saisir les marchandises assurées, 
le fraudeur payait bien la somme convenue, mais le métier était 
arrêté, l'ouvrier manquait de travail et il en résultait une perte 
sensible pour le fabricant. 

Sur la demande du Conseil des F nuV hommes, la Chambre de 
commerce de Calais adresse un mémoire au Ministre du commerce 
et au président de la Commission de la Chambre des députés, 
chargée de l'examen du projet de loi, sur les douanes, en vue 
de réclamer des modifications en rapport avec les intérêts de la 
fabrique. 

M. S. Fergusson, qui avait déjà contribué au perfectionnement 
du métier circulaire, invente en 1833 un système qui lui permet, 
au moyen de l'addition du Jacquard, de faire une imitation 
assez parfaite de ressemblance avec la dentelle noire de Chantilly. 

D'après une adresse envoyée à la Chambre des députés, on 
estimait alors le chiffre de la consommation du tulle en France 
à 25 millions de francs environ. 



(>'i L'INDUSTRIE DES TULLES 



1834 



Nouvelle crise tui- Divei's rapports signalent l'état de malaise et d'inquiétude de 

lièrc 

la population ouvrière. Une diminution, d'abord graduelle, puis 
ensuite une cessation presque subite des demandes avaient amené 
le chômage d'un grand nombre de métiers, menaçant ceux qui 
travaillaient encore; ce qui avait rendu nécessaire le renvoi de 
beaucoup d'ouvriers, en même temps que la baisse des salaires 
pour tous. Le cours de la marchandise en était lui-même sérieu- 
sement atteint. Aussi, en raison du bas prix auquel s'effectuait 
la vente du tulle, les fabricants préférèrent-ils ne plus produire 
jusqu'à nouvel ordre. 

En présence de cet état de choses, le Conseil municipal fut 
d'avis qu'il n'y avait pas lieu d'augmenter de moitié, ainsi que le 
proposait l'assemblée cantonale, les évaluations mobilières des 
maisons et des usines de la commune de Saint- Pierre. 
Exposition nationale Uuc nouvclle Expositiou uatioualc dcs produits de l'industrie 
française a lieu le 1" mai de cette année, place de la Concorde. 

Dans le rapport fait au nom du jury central par M. le baron 
Ch. Dupin, membre de l'Institut, nous trouvons qu'un très grand 
progrès s'est manifesté, depuis 1827, dans le tissage des articles 
coton. 

Ces progrès, y est-il dit, sonl dus, non à des inventions ex- 
traordinaires, mais à un ensemble de perfectionnements secoiidaires 
qui, réunis, ont conduit à de très sérieux résultats. Les améliora- 
tions du filage, la meilleure construction des métiers, leur emploi 
mieux compris, ont rendu les opérations plus économiques et les 
produits plus réguliers. Par là, s'est accrue la consommation intérieure 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 65 

et la concurrence étrangère est devenue moi?is difficile à soutenir. 
Chaque jour en effet, en France, la fabrication du tulle prend 
une extension nouvelle, parce que chaque jour les usages de 
ce produit se multiplient, à mesure que son prix diminue. La 
broderie sait l'approprier à mille usages et même à la tenture 
pour meubles. Déjà on évalue à plus de 24 millions la consom- 
mation du tulle en France. Il s'en vend à l'étranger pour près 
de 2 millions. 

Les cotons lilés étrangers, à numéros élevés, pouvant désor- 
mais entrer, moyennant un droit, donneront des facihtés nou- 
velles à cette fabrication qui cherche encore dans la contrebande 
une partie de ses ressources. 

Un tel avantage ne peut qu'être favorable aux consommateurs 
et par conséquent à la consommation. 

Le blanchiment et l'apprêt peuvent être comptés parmi les 
améliorations apportées depuis la dernière Exposition à l'industrie 
des tissus. Cependant il reste encore beaucoup à faire. Il est 
reconnu par le grand commerce, que lorsque les Anglais arrivent 
à une certaine supériorité, ils la doivent, moins à la perfection 
du tissage, qu'aux soins donnés au blanchiment, à l'apprêt; à ce 
qu'ils font pour parer leurs pièces de chefs élégants, pour bien 
plier leur marchandise et lui donner enfin ce fini, cette dernière 
main qui, sans ajouter à sa valeur intrinsèque, lui procure l'appa- 
rence de la supériorité et cet aspect qui séduit l'acheteur, surtout 
dans les pays étrangers, où ces détails accessoires sont le plus 
appréciés. 

Vaunage, constamment régulier, des pièces constitué même 
une amélioration qui favorise beaucoup la vente à l'étranger. 

Le nombre des métiers s'est accru considérablement et les 
ouvriers ont appris à les manœuvrer avec plus d'habileté ; les fils 
de coton, mieux travaillés, plus réguliers et moins cassants, occa- 
sionnent moins de déchets et de perte de temps aux ouvriers 



66 L'INDUSTRIE DES TUI,LES 

tuUistes. Ces perfectionnements se constatent dans les chiffres 
officiels de l'exportation française qui donnait, pour les tulles 
exportés, la comparaison suivante : 

Pour d827 . . 981600 francs. 

» 1832 1712800 francs. 

» 1833 2087600 francs. 

Nous avons dit plus haut, dans quel état de malaise industriel 
se trouvait la place de Calais à cette époque ; aucun fabricant de 
la région n'avait pris part, sans doute pour cette raison, à cette 
Exposition. 

Parmi les récompenses obtenues, nous avons à signaler la 
maison L. C. Lefort, de Grand'Couronne, la maison Malezieux 
FRÈRES, de Saint-Quentin, et M. Ch. Renaut, de Caudry (Nord). 

Toutes les autres dentelles figurant à cette Exposition étaient 
des dentelles véritables, faites à la main. 



tion des cotons. 



Cotons filés. Le comité des fabricants et ouvriers adresse à M. le Ministre 

du Commerce une pétition, à l'effet d'obtenir l'admission immé- 
diate des filés de coton en France. 
Levée de la prohibi- Le 2 juiu 1834, uue Ordonnance royale lève la prohibition 
sur les filés de coton pour tulles et la remplace par un droit de 
douane dit protecteur, sans doute parce que cette mesure avan- 
tageuse ne pouvait être, en même temps, que préjudiciable à 
l'importation des tulles et des moussehnes. 

Le gouvernement fixe le droit à 7 francs par kilogramme 
pour les cotons simples et à 8 francs le kilogramme pour les retors ; 
ce qui représente environ de 30 à 40 p. 100 de la valeur des 
numéros les plus employés. 



ET DENTEELES MÉGANIQUES. 67 

Néanmoins, l'effet de cette décision produisit par la suite 
d'excellents résultats pour la fabrique, dont la situation se trouva 
considérablement améliorée. 

Jusqu'alors la fabrication exigeait des filés de coton de 
150000 à 200000 mètres au kilogramme; mais les filateurs 
français avec leur vieil outillage primitif, jamais amélioré, 
n'avaient encore pu dépasser le titre de 70000 mètres au kilo- 
gramme. 

Stimulés par la concurrence dont ils étaient menacés, ils 
comprirent qu'il était temps d'améliorer leur matériel et finirent 
par pouvoir suffire, en grande partie, à la consommation du 
pays. 



C'est vers cette époque que la fabrique de Saint-Pierre com- 
mença à créer un genre particulier, d'un goût spécial, qui acquit 
bientôt une supériorité marquée, et qu'ils purent même com- 
mencer à vendre leurs articles fantaisie de qualité Une sur les 
marchés anglais. 

L'industrie des dentelles mécaniques de Calais prit alors un 
rapide essor et il en fut de même à Lyon, pour la fabrication 
des tulles unis. 

Dans sa séance du 13 août 1834, le Conseil municipal de la La lainicution du 
ville de Gidnes est appelé à émettre son avis sur une pétition des 
fabricants de tulles de cette localité, tendant à réclamer la libre 
entrée des cotons retors anglais, n"' 170- et 180^ 

La fabrication du tulle, dit la délibération, occupait à Guities, 
il y a deux ans, environ 400 ouvriers et contribuait au bien-être 
de toute la population. 

Maintenant les trois quarts des métiers sont abandonnés et le 
quart qui reste n'est employé qu'en partie ; encore, est-ce pour 



(38 . L'INDUSTRIE DES TULLES 

satisfaire à des eiigagements pris entre les maîtres et les ou- 
vriers. 

Bientôt, si cela continue, cette belle industrie sera tout à 
fait perdue, ne laissant à sa place que la ruine et la banque- 
route. 

Toutes les mesures coercitives que pourrait prendre le gouver- 
nement pour empêcher l'introduction en France du tulle anglais 
échoueront toujours devant les moyens de corruption, et surtout 
avec les sociétés d'assurances qui garantissent l'exécution des 
marchés frauduleux. 

La fabrication du tulle n'a pu et ne peut encore se maintenir 
dans notre pays que par la consommation du coton anglais n"' ITO' 
et 180". La fixation du droit d'entrée, sur ces fds, portée à 
8 francs le kilo par l'ordonnance royale en date du 2 juin 1834, 
équivaut à une prohibition, puisque le tulle français, fabriqué avec 
ces filés, ne pourrait être vendu qu'avec perte. 

Dans la position tout exceptionnelle des tuUistes français, il 
ne peut être question du tort qu'éprouveraient les filateurs natio- 
naux, par la libre entrée des cotons anglais n"' 170 et 180, 
puisque, sans cette condition, la ruine complète de nos fabriques 
ne permettra plus l'emploi d'aucun fil. 

Et le Conseil municipal de la ville de Gidnes estimait, comme 
conclusion, qu'il était impossible que le gouvernement veuille 
ainsi consommer la ruine de la fabrique en maintenant à la fila- 
ture française un privilège qui lui était inutile et qui profitait 
seulement aux filateurs, aux fraudeurs et aux tullistes anglais. 
Il était unanime pour prier M. le Ministre du Commerce de vou- 
loir bien prendre les mesures nécessaires pour permettre l'entrée, 
en franchise de tous droits, des cotons anglais n°' 170 et 180. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



69 



On commence à utiliser à Calais le procédé du Bullet Hole Nouvoaux pcnrc 
(trou à jour) qu'on entourait d'un fil brodeur à la main au moyen 
d'une aiguille. 




Bullct Ilole. 



Une nouvelle sorte de tulle apparaît aussi vers cette époque : 
c'est le Nock-Twist, imitation de tulle tressé, qui fut le point de 
départ des petites dentelles, dites Tattings, qui eurent tant de 
vogue pendant une certaine période. 

A Lille, M. H. Black produit sur un métier circulaire le point 
grec déjà créé par Syner, en 1820, sur un métier Pusher. 

La variété des fonds obligeait alors à des recherches cons- 
tantes, et les ePTorts se portaient sans cesse sur les moyens d'ob- 
tenir des dispositions nouvelles. 

L'industrie tuUière, grâce à ces transformations successives, 
put supporter moins difficilement les crises qu'elle eut encore à 
subir pendant les années qui suivirent. • 




L'INDUSTRIE DES TULLES 



Brevets d'invention. KiRK, mécanicien de très grand mérite, apporte des perfec- 
tionnements au métier Leavers et prend divers brevets pour 
améliorer le système. 

Le 17 octobre, MM. Champailler fils aîné et Pearsoiv, fabri- 




Point d'esprit. 

cants à Calais, prennent un brevet d'invention pour un métier 
propre à faire du tulle de coton à jjoint d'esprit. 

Les 17 et 24 octobre 1835 et le 30 décembre 1837, les 
mêmes fabricants prenaient encore un brevet de perfectionnement 
pour ledit métier. 



* 



statistique. Parmi les 50 nouveaux fabricants de tulles établis à Saint- 

Pierre-les-Calais à cette date, nous relevons les noms suivants : 

MM. Joseph Licke, Noël Houzel, Mullié et Sergeant, fabricants de 
frivolités ou Tattings, André Lheureux, Joseph Lavoisier et Ruet fils. 

Parmi les étrangers non encore domiciliés : MM. Stubbs, 
J. Franges, Th. Clorân, H. Blagk, etc., etc. 

Il y avait dans la région de Calais, en 1834 : 

A Calais, 136 fabricants, 1186 ouvriers, 286 métiers. 

A Saint-Pierre, 109 « J 097 » 228 

Aux environs, 57 » 397 » 76 » 



Totaux 



302 fabricants, 2680 ouvriers, 590 métiers. 



ET DENTEIXES MECANIQUES. 71 

Certains de ces métiers, venant d'Angleterre, ont dû être payés 
jusqu'à 20000 francs; mais, depuis qu'il s'en construit à Calais, ils 
reviennent tout au plus à 5000 francs pour les métiers à bras, et 
de 10000 à 11000 francs pour les métiers dits à rotation. 

On tire encore d'Angleterre la plus grande partie des intérieurs 

[chariots, bobines^ pointes et combs), en payant une prime de fraude 

considérable ou un droit de 15 p. 100 à leur entrée en France. 

Une enquête commerciale est ouverte à Paris, concernant la Enquête commer- 
ciale, 
levée de certaines prohibitions parmi lesquelles figure le tulle. 

MM. Vaillant, délégué de la Chambre de commerce, et P. Smith, 

délégué de 63 fabricants de tulles, sont chargés d'aller y défendre 

les intérêts de la fabrique et de protester contre la levée de la 

prohibition. 



1835 



Les tulles de fabrication française qui s'étaient exportés dans Exportation des 
une certaine proportion en Angleterre, de 1831 à 1833, sont 
moins demandés, en raison de la concurrence acharnée que leur 
fait actuellement la fabrique de Nottingham. 

Les fabricants anglais, se rendant compte, en effet, des pro- 
grès incessants faits en France, depuis plusieurs années, dans le 
perfectionnement des métiers et dans l'application de nouveaux 
procédés de fabrication, déployèrent, à leur tour, toute l'activité 
possible et finirent par reconquérir une partie de leur suprématie, 
au prix des plus grands sacrifices. 

Sentant leur production devenir, petit à petit, inférieure à 



72 L'INDUSTRIE DES TULLES 

celle de la France, ils n'hésitèrent pas à briser et à démolir une 
grande partie de leurs anciens métiers, qui furent vendus comme 
vieux fer, et ils les remplacèrent par des métiers mieux traités 
de 100 à 122 pouces de travail; alors que les anciens n'avaient 
que de 56 à 82 pouces. 

Ils obtinrent ainsi, on dut bien le reconnaître, une fabrication 

supérieure avec des prix de revient plus avantageux, en raison de 

la rapidité et de la qualité de leurs métiers, qu'ils s'attachèrent 

aussi à améliorer sans cesse. 

La producUon du D'après uu rapport de M. Felkin de Nottingham, il y avait en 

hillo en Europe. /-.o'a ' • 

Europe, en 1835, 6850 métiers fonctionnant soit à la vapeur, 
soit à la main et produisant environ 30 millions de mètres carrés 
de tulle bobin, représentant une valeur de 62 millions de francs. 

Ces 6850 métiers se répartissaient ainsi : 
5000 en Angleterre, à Nottingham et dans les environs, dans le 
Derbyshire et le Leicestershire, ainsi que dans l'Ile de 
Wight ; 
4 585 en France : à Calais et à Saint-Pierrc-les-Calais ; le reste à 
Boulogne-sur-Mer, à Saiiit-Omer, Douai, Lille, Saint- 
Quentin, Caen et Lyon, etc. ; 
50 en Suisse; 
70 en Saxe ; 
60 en Autriche ; 

35 en Belgique (Termonde et Bruxelles) ; 
20 en Prusse et en Bussie; 
30 en divers autres pays; soit en tout : 



Nouvelle blanchis- 
serie. 



6850 métiers de divers systèmes. 

Plusieurs fabricants fondent à Guînes, sous la raison sociale : 
Blanchisserie Calaisienne, un établissement sous la direction de 
M. Ch. Sergeant. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 73 

L'importation des cotons filés a été cette année, pour Calais, importation des co- 
de 55079 kilogrammes pour les fils retors et de 19596 kilo- trèrs à tiiires'." '"'^ 
grammes pour les fils simples. 

Le 24 octobre, M. Crèvecceur, fabricant à Calais, prend un Brevet, 

brevet d'invention, d'une durée de trois ans, pour une roue 
applicable à toutes sortes de métiers à tulle et particulièrement 
à ceux du système circulaire faisant le tulle bobin. 

Un brevet de perfectionnement de cette même invention fut 
encore pris, par ce fabricant, le 29 avril de l'année suivante. 

Le 31 décembre 1835, sur la convocation des maires de Projet de consiiiu- 

. tion d'une chambre 

Calais et de Saint-Pierre, les fabricants de tulles des deux syndicale. 
villes se réunissent au Palais de Justice, à l'effet de constituer 
une Chambre syndicale. 

Un Comité, composé de neuf membres, est nommé avec mis- 
sion de rechercher quelles pourraient être les meilleures mesures 
à prendre dans l'intérêt de la fabrique. Les membres pour Calais 
étaient : M\I. F. Petit, CH\MPAiLr.ER, H. Saf.embier, E. Mallet et 
Maniez; et pour Saint-Pierre : MM. Smith, LaberCxUerv, Valde- 
LiÈVRE et Webster. 

La Chambre de commerce et le Conseil des Prud'hommes de Drawhack. 
Calais adressent à M. le Ministre du Commerce une pétition 
dans le but d'obtenir qu'il soit accordé, pour les tulles exportés, 
une prime équivalente aux droits payés sur les cotons filés, en 
même temps qu'une diminution de ces mêmes droits. 

La grande majorité des fabricants de tulle réclame le retrait de Estampillante, 
l'ordonnance du 27 septembre 183j, concernant l'estampillage ou 
tout au moins un meilleur mode de procéder pour cette opération. 



74 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



1836 



Estampillage des tul 
les réglemente. 



Commission d'exper- 
tise. 



Brevets. 



Sur les observations présentées par divers fabricants de tulles 
au sujet de l'ordonnance du 23 septembre 1818, modifiant le système 
d'application des marques pour les tulles de coton, une nouvelle 
ordonnance royale, en date du 3 avril 1836, prescrit aux fabricants 
de faire, soit au greffe du Tribunal de commerce, soit au secrétariat 
du Conseil des Prud'hommes, une déclaration indiquant le nombre 
de leurs métiers, leur largeur, leur nombre de barres et de pointes 
et leur système de construction. 

D'après l'article 2, le fabricant est aussi tenu d'apposer aux deux 
bouts de chaque pièce écrue, aussitôt démontée du métier, une 
étiquette avec inscription, indiquant son nom, celui de la commune 
de sa résidence, le numéro d'ordre de son registre de fabrication et 
le numéro du métier. 

Indépendamment de cette première estampille, les pièces de 
tulle, destinées à être divisées en bandes, doivent en porter une 
seconde aux deux bouts de chaque bande. 

De plus, une empreinte de ces marques doit être déposée, par le 
fabricant, aux deux sièges indiqués ci-haut, pour y être conservée. 

MM. Wn.LiAM Webster, Pierre-François Valdelièvre et Adolphe 
MuLLiÉ sont nommés, le 10 août, par le Maire de Saint-Pierre, 
membres de la commission d'expertise chargée d'examiner, avec 
M. l'inspecteur principal des douanes, tous les tulles soupçonnés 
d'avoir une origine étrangère. 

Le 29 janvier, M. Webster, fabricant à Saint-Pierre, prend 
un brevet de cinq ans, pour le perfectionnement du métier à tulle 
connu sous le nom de machine circulaire. Le 9 novembre suivant, il 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 75 

devient encore titulaire d'un brevet d'addition au brevet primitif déjà 
pris pour ce même métier. 

Le 27 mai, MM. Sailly, Herbelot fils et Genet-Dufay, fabricants 
à Calais, prennent également pour cinq années, un brevet d'invention 
et de perfectionnement pour un nouveau procédé de fabrication du 
tulle dit : point d'esprit. 

Le nombre des métiers, qui est resté à peu près le même en France, 
est tombé, en Angleterre, de 5000 à 3 712. Nous en avons pré- 
cédemment expliqué la raison. 

Le gouvernement rejette la demande de création d'une Chambre chambre syndicale. 
SYNDICALE DES FABRICANTS, estimant que la Chambre de commerce 
est précisément instituée pour en tenir lieu. 

Les fabricants se réunissent et nomment un Comité dit « Co- comité dos Ussus. 
MITÉ DES TISSUS », chargé de la défense des intérêts généraux de 
la fabrique. 



1837 



Le 15 juillet 1837, les membres du Conseil des Prud'hommes La situation indus- 
de Calais adressent à la Chambre de commerce un travail statis- 
tique sur la situation actuelle de la fabrique de Calais et environs. 
Ces documents devaient servir aux opérations de la prochaine ses- 
sion du Conseil d'arrondissement. 

Nous extrayons de ce rapport très complet, les passages les plus 
intéressants, tout en regrettant que le cadre de ce travail ne 
nous permette pas de le reproduire in extenso. 

D'après le recensement qui venait de se terminer. Calais 
comptait 255 métiers, et Saint-Pierre, 234; soit 489 pour les 
deux villes. 



7G L'INDUSTRIE DES TULLES 

Le recensement de la campagne, réparti entre treize communes, 
donnait le résultat ci-après, pour le nombre des fabricants et des 
métiers : 



Ambleteuse : 


3 fabricants, 


b 


Audinghen : 


T) 


» 


5 


Saint-Inglevert : 


2 


» 


3 


Sangatte : 


14 


» 


16 


Coquelles : ) 
La Chaussée : \ 


4 


» 


5 


Coulogne : 


d 


» 


1 


Marck : 


4 


» 


4 


Peuplingues : 


5 


» 


5 


Guînes : 


23 


» 


33 


Tournehem : 


4 


)) 


10 


Ardres : 


8 


» 


12 


Audruick : 


4 


» 


4 


Escalles : 


1 


» 


1 



(Marquise et Hardingheu n'ont plus de métiers); soit en tout: 
pour la campayne, 78 fabricants et 104 métiers. 

En y ajoutant les métiers de Boulogne-sw-Mer, de Dunkerque 
et de Saint-Omer qui s'élevaient au nombre de 46 environ, et qui 
tous provenaient des fabriques de Calais ou de Saint-Pierre-les- 
Calais, écoulant du reste leurs produits sur ces deux places, on 
arrivait à un total de 639 métiers pour la région. 

Le nombre des fabricants et des ouvriers se rattachant à la 
fabrique de tulles se répartissait comme il suit : 

Pour Calais ; 86 fabricants, occupant 709 ouvriers. 

» Saint-Pierre : 85 » » 571 » 

» la campagne : 78 » » 318 » 

Totaux : 249 fal)ri('ants, occupant 1598 ouvriers. 



l'JT DEiNTELLES MÉCANIQUES. 

Si nous comparons cette statistique avec celle de l'année 1834, 
nous constatons pour l'année courante : 

E?i inouïs : 53 fabricants; 
» 1082 ouvriers; 

» 9 métiers. 

Le rapport explique ainsi cette diminution : 

D'abord, Calais et Saint-Pierre ont perdu un certain nombre de 
fabricants et la campagne, au contraire, en a gagné, à cause du 
refuge que quelques-uns d'entre eux sont allés y chercher, par 
raison d'économie. 

La différence considérable qui existe ensuite entre le nombre 
comparatif des ouvriers, de 1834 à 1837, provient du long chô- 
mage d'un grand nombre de métiers. 

Le rapport suppute ensuite le nombre des ouvriers employés 
actuellement avec ce qu'il en serait, si, les affaires reprenant, les 
métiers devaient marcher en plein. Il constate qu'en ce cas il 
manquerait 3850 ouvriers et ouvrières; soit plus de deux fois le 
nombre de ceux encore occupés en ce moment. 

Il mentionne aussi que la fabrique, après beaucoup de re- 
cherches et de dépenses, est arrivée à produire une quantité de 
tulles de diverses sortes ; à faire des dessins plus beaux et que plu- 
sieurs fabricants jouissent, depuis longtemps déjà, des avantages 
que leur procurent des brevets d'innovation et d'invention. C'est 
surtout, ajoute-t-il, depuis qu'une espèce de crise frappe durement 
la place, que les fabricants ont déployé le plus d'efforts pour 
relever l'activité de la vente, par l'attrait de la nouveauté de 
leurs articles de mode, en variant la forme, le travail et les 
dessins de leurs produits. 

110 métiers faisaient en 1837 du tulle fantaisie, et 10, du tulle 
plein. Les autres métiers faisaient du tulle ordinaire en bandes 
et à mailles hexagonales. 



78 L'INDUSTRIE DES TULLES 

Les 593 métiers de Calais, Saint-Pierre et environs se décom- 
posaient ainsi : 

27 métiers Leavers, 14 de ceux dits Mechlin et 7 Pusher; 
le reste appartenait au système circulaire. La campagne ne pos- 
sédait qu'un seul Leavers. 

Le Conseil des Prud'hommes concluait en indiquant, comme 
remèdes à apporter à la diminution croissante qu'elle venait de 
signaler dans l'état des affaires : 

1° L'octroi d'un Draw-Back pour les marchandises exportées; 

2° La diminution et même la suppression des droits frap- 
pant, à l'entrée, les cotons filés; 

3° La possibilité qu'aurait la fabrique, moyennant l'obtention de 
ces deux conditions, de soutenir la concurrence anglaise et de tarir 
ainsi la fraude, en lui enlevant toute possibilité de bénéfices. 
Le tulle Bruxelles. M. Càmille Dognin FILS, associé dcpuis 'J83i de la maison 

J.-C. Dognin de Lyon, crée le tulle Bruxelles qui eut le même 
succès que le tulle dit « Illusion », créé par son père. Le sys- 
tème de torsion adopté pour fabriquer ce tulle est connu sous le 
nom de Hank net (tulle, point de chaînette). 

Les tulles de soie et de coton s'employaient de diverses 
façons : tantôt légers et transparents, avec un apprêt impalpable 
pour les modes, les voilettes et la toilette des dames; tantôt avec 
un apprêt épais, dit tinple ou quadruple, qui leur donnait la con- 
sistance du carton. Dans ce dernier cas, les tulles servaient 
surtout pour établir les formes des chapeaux de dames. 
Abandon des anciens Si, eu raisou de SOU systèmc qui permettait d'entourer méca- 
iiVrs. niquement les motifs de gros fils, le métier Leavers faisait 

presque exclusivement les tulles fantaisie, il n'en était pas de 
même des anciens métiers, qui ne pouvaient produire que le 
fond, les mâts et les jours et dont le gros fil d'entourage devait 
être passé à la main après le finissage; ce qui augmentait beau- 
coup le prix de revient. 



ET DENTELLES Ml'iCANIQUES. 

La conséquence de cette infériorité fut que le métier circu- 
laire ordinaire dut se restreindre à ne plus faire que du tulle 
uni et que le métier Pusher et divers autres systèmes furent 
graduellement abandonnés. 

En Angleterre, M. Draper trouve le moyen d'appliquer le sys- Application du Jac- 

, . - - quard au métier à 

teme Jacquard au métier Warp. tuiie. 

Un fabricant français, M. Champailler, ayant acheté et trans- 
porté à Calais ce nouveau genre de métier, lui fit produire 
une sorte de dentelle blanche, qui eut d'abord peu de succès. 

Vers la même époque, M. S. Fergusson vint en France et 
s'associa avec MM. Jourdan et C" de Cambrai, il avait déjà 
réussi à appliquer le Jacqxiard au métier Circidar-Bolt ; il com- 
pléta cette invention et prit un brevet au nom de ses associés. 
Cet établissement put alors produire des tulles à dessins, des 
blondes brochées, ainsi qu'un tulle en soie noire broché d'un 
caractère particulier, qui prit le nom de dentelle de Cambrai. 

C'était une imitation de la dentelle de C/tantilly. 

Ces diverses appUcations permirent à un grand nombre de 
fabricants de continuer à utihser leurs métiers Circular-Bolt et 
de rendre à beaucoup de ces anciennes machines une partie de 
leur valeur première. 

Voici, par ordre de date, la liste des fabricants des deux Bicvcis. 

villes qui prirent des brevets pendant le cours de l'année 1837. 

26 août. — Invention et perfectionnement de cinq ans à 
MM. Taylor et C'", à Saint-Pierre, pour une machine propre à 
faire sur tulle une mouche, dite à jjoint d'esprit. Le 30 janvier 
suivant, brevet de perfectionnement et d'addition aux mômes. 

20 septembre. — Prise de brevet d'invention de cinq ans par 
MM. Saillv, Herbelot fils et Genet-Dufay, à Calais, pour perfec- 
tionnements apportés au métier à tulle, système Leavers, devant 
servir à la fabrication des tulles unis et brodés. 

25 octobre. — Prise de brevet d'invention de cinq ans par 



L'INDUSTRIE DES TULLES 

[. Champailler et Pearson, à Saint-Pierre, pour la fabrication sur 
métier à tulle Leavers, du tulle uni ou façonné, en soie, fil ou 
coton, imitant les blondes de Chantilly. 

28 octobre. — Prise de brevet d'invention de cinq ans par 
M. Victor Bertrand, de Saint-Pierre, pour perfectionnement dans 
la fabrication des tulles à pois, dits à points d'esprit. 

46 décembre. — Prise de brevet d'invention et de perfection- 
nement de dix ans à MM. Hazard, Meyns, Bruxelles, à Calais, 
pour mécanisme propre à broder le tulle en le fabriquant. 
iniporiaiion des L'importatiou dcs filés de coton, constatée en 1837, est de 

53459 kilogrammes pour les cotons filés retors et de 10712 kilo- 
grammes pour les cotons simples. 



1838 



Bi-cveis. i3 février. — 11 est pris un brevet d'invention de cinq ans, par 

M. AusTiN, de Saint-Pierre, pour perfectionnements apportés au 
métier à tulle. 

27 mars. — Prise de brevet d'invention par MM. Bertrand et 
Lakin, de Saint-Pierre, pour fabrication de tulle à mouches, dit 
Point d'esprit, par un nouveau procédé. 

24 août. — Prise de brevet de cinq années par MM. Mallet 
FRÈRES, pour invention et perfectionnement, dans la fabrication 
sur métier à tulle bobin, d'un tulle avec toiles et d'un tulle à 
grain d'orge, dit tidle lamé. 
impdiiaiidii des On signale une diminution sensible dans l'importation des 

cotons filés retors. Elle n'atteint cette année que 40158 kilo- 
grammes; tandis qu'au contraire les fils simples sont en aug- 
mentation de 8108 kilogrammes sur l'année précédente. 



colons niés. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



1839 



Le 1" mai, une Exposition nationale est ouverte dans le carré Exposition, nationai& 
des fêtes, aux Champs-Elysées. La classe des tulles, dentelles 
et broderies y est beaucoup moins importante, que celle de la pré- 
cédente Exposition, en 1834. 

Nous ne voyons, en effet, figurer parmi les 3281 exposants et 
les 2305 récompensés, aucun des fabricants de la région. Il n'a 
été exposé, à ce nouveau concours, dont la durée était de 
soixante jours, que des dentelles vraies, de la Haute-Loire et de 
la Normandie. 

Un nouveau système de Circidar-Bolt est inventé par M. Crofts. Nouveaux pcrfecUon- 
D'autre part, M. Wright applique le système Jacquard au métier 
Piisher, inventé en 1812 par MM. Clarck et J. Mart, ce qui permet 
de produire des dessins, des motifs et des semis; alors que 
jusque-là on n'était encore parvenu à faire sur ce métier, que du 
tulle uni ou moucheté. L'article obtenu ainsi imite la dentelle de 
Chantilly; mais il est un peu épais de fond; ce qui ne permet 
pas au dessin de se détacher assez nettement. 

11 est question de l'application exclusive du système métrique Sysièmc métrique. 
pour le pliage des tulles. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



1840 



Premicie machine à La première machine à vapeui' pour actionner des métiers à 

apcui. tulles est installée chez MM. Pearson et Webster, à Saint-Pierre. 

Brevets. 8 jubi. — M. Pearson prend un brevet de dix ans pour la 

fabrication d'un nouveau point de dentelle ou tulle bobin avec 

broderie, imitant le point et la dentelle de Valenciennes, et pour 

l'application à cette fabrication nouvelle du métier à tulle bobin. 

15 juin. — M. Vendroux, de Calais, prend un brevet d'inven- 
tion de cinq ans, pour perfectionnements apportés dans les mé- 
tiers à tulle bobin, dits à chevilles droites (straight bolts). 

31 aoiït. — M. AusTiN, de Saint-Pierre, prend un brevet d'in- 
vention de cinq années, pour perfectionnements apportés aux 
métiers Warp et Mechlin. 

30 novembre. — Nouveau brevet de dix ans pris par MM. Pearson 
et Wackland, de Calais, pour perfectionnements apportés au mé- 
tier à tulle et consistant à guider les fils de chaîne. 

28 décembre. — M. Bertrand, de Saint-Pierre, prend un brevet 
de cinq ans, pour fabrication, par métier à tulle système circu- 
laire et métier dit à rotation, du tulle jjoint de champ, brodé et 
à pois, 
iniporiation des L'importation dcs cotous filés retors, qui avait été de 30629 ki- 

logrammes en 1839, n'est plus cette année que de 26748 kilo- 
grammes. Les cotons filés simples descendent de 15036 kilo- 
grammes à 8841 kilogrammes. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 83 



1841 



Jusqu'alors, les représentants, dans les fonctions principales Conseil des Pmd'- 

hommes. 

du Conseil des Prud'hommes, avaient été choisis parmi les indus- 
triels habitant Calais. En raison de l'importance considérable 
que prend à Saint-Pierre l'industrie tullière, M. A. Hermant, 
fabricant de tulle h Saint-Pierre, est nommé vice-président de 
cette assemblée. 

M. HooTON Deverill arrive à produire, sur un métier de son Le Piatt. 

invention, à peu près ce que peut faire le Leavers, à l'aide de 
barres extra-guides, imaginées par Bagally. 

Ce dernier avait déjà fait breveter son système au moyen 
duquel il imitait le réseau et les mats 
de la Valenciennes. Il donna à son pro- 
duit le nom de Platt-net et vendit son 
brevet à M. Fisiier, en se réservant le 

Premier lond PlatL 

droit de s'en servir pour lui-même. 

Dans la même année, M. H. Black, de Lille, prend un brevet 
pour faire également une imitation de la Valenciennes; c'est 
aussi une espèce de Platt-net qu'il obtient. 

Les premiers métiers Straight-Bolt et circulaires de 56 pouces, Le pHx des métiers 
qui avaient coûté ioOOO francs, sont pour ainsi dire abandonnés 
et vendus aux meilleurs prix qu'on peut en tirer, c'est-à-dire 
à la somme dérisoire de 30, 50 ou 100 francs, tout au plus. 

Ceux de 80 pouces qui, au début, avaient été payés environ 
6000 francs, sont conservés en partie pour fabriquer du tulle 
uni; mais leur prix se trouve néanmoins réduit entre 600 et 
800 francs. 




84 L'INDUSTRIE DES TULLES 

Le système le plus adopté est maintenant le Leavers et 
même les métiers de ce système, qui n'ont que 56 à 80 pouces, 
sont-ils aussi délaissés et à peine vendus 1000 francs, après avoir 
coûté quinze fois plus. 

Les métiers de 100 à 122 pouces ont aussi perdu les deux 
tiers de leur valeur et se cèdent dans les environs de 4000 à 
5000 francs. Ils coûtent 2000 francs de plus, lorsque le système 
Jacquard leur a été appliqué. 

Les nouveaux Leavers Jacqiiardés, de 150 à 170 pouces, 
mis de préférence en usage, coûtent de 15000 à 20000 francs. 
Les intérieurs de ces métiers, c'est-à-dire les chariots, les bobines, 
les combs et les pointes, viennent en partie d'Angleterre, en 
raison de l'impossibilité matérielle dans laquelle se trouvent les 
constructeurs de pouvoir en faire fabriquer la totalité, en France. 
statistique. Le nombre des mé.tiers employés en France pour la fabrication 

du tulle était en 1830 de 1000 environ; ce chiffre arrive à dépasser 
celui 1800 en 1841. 

Le produit de cette industrie peut être évalué à 12 milhons de 
francs, dont un tiers pour la main-d'œuvre, les frais et les béné- 
fices. Ces 1800 métiers occupent près de 40000 ouvriers et ou- 
vrières. 

D'après le recensement officiel, la fabrique de tulles de Calais 
compte à peu près 850 métiers dans la circonscription attribuée 
aux Conseils de Prud'hommes (cantons de Calais, Guhies, Ardres, 
Audridcq et Marquise). Ces métiers représentent une valeur de 
5 millions et demi et sont la propriété de 268 fabricants qui 
occupent 6193 ouvriers et 1766 commis, contremaîtres, méca- 
niciens, brodeurs, etc. 

3000 à 5000 personnes sont employées pour la broderie à la 
main des tulles qui proviennent de la fabrique de Calais. Ce 
nombre se modifie suivant les saisons et la variété des dessins. 

La fabrique de tulles de Calais et environs, d'après le calcul 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 85 

des chiffres qui précèdent, occupe donc de 11000 à 13000 ou- 
vriers et ouvrières. 

Bien que s'étendant dans cinq cantons, la fabrication se trouve 
pour ainsi dire concentrée à Calais et à Saint-Pierre. Ces 
deux places réunissent ensemble 147 fabricants et 618 métiers, 
avec une production de 10 millions de francs environ. 

De nombreuses descentes ont eu lieu dans les ateliers depuis La fraude sur les 

, . „ . 1 , cotons. 

un an, par suite des saisies préventives, faites par la douane, 
des produits de la fabrique. 

La fraude sur les cotons filés s'exerce avec une grande. inten- 
sité et même avec une audace qui n'est pas sans risques ni dangers. 

La quantité de coton filé, consommée annuellement par les 
850 métiers de la fabrique de tulle de Calais, s'élève à 143000 ki- 
logrammes, au prix moyen de 30 francs. 

L'importation des cotons filés retors a été, pour cette année, 
de 32974 kilogrammes, et celle des cotons simples, de 16578 ki- 
logrammes. Aussi les fabricants sollicitent-ils instamment et de 
plus en plus l'abaissement des droits d'entrée sur ces cotons. 

6 février. — Un brevet d'invention de cinq ans est pris par Brevets. 

M. Andriès, ouvrier mécanicien à Calais, pour le moyen de fa- 
briquer du tulle à point d'esprit et autres tissus brodés, à l'aide 
d'un métier du système unique, dit Straùjht-Bolt. 

iO Juin. — Un autre brevet d'invention et de perfectionnement 
de cinq ans est pris par M. Debette-Wissocq, à Calais, pour amé- 
liorations apportées au métier à tulle, système Leavers, et au moyen 
desquelles on peut produire, sur ce métier, du tulle dit Platt-net 
ou tulle tressé, uni ou à broderie. 

26 juillet. — M. Augustin Isaac, de Calais, prend aussi un bre- 
vet d'invention et de perfectionnement de quinze ans, pour l'ap- 
plication d'un brodeur à la Jacquard, dit brodeur Isaac, applicable 
à toute espèce de métier à tulle bobin. 

La dentelle produite par ce brodeur est désignée sous le nom 



86 L'INDUSTRIE DES TULLES 

de « dentelle de Finance ». Elle imitait là dentelle mate espagnole. 
Plus tard, la maison Dognia' et Isaac trouva le moyen d'exé- 
cuter, sur ces mêmes métiers, une imitation de dentelle Chan- 
tilly, dans le genre de celle qui se fabriquait déjà à Cambrai. 
Métiers Jacquard à Avcc l'iieurcuse et presquc générale application du Jacquard, 

un horizon nouveau s'ouvrit pour l'industrie tuUière. Sans ce 
merveilleux système, les métiers à tulle primitifs seraient tou- 
jours restés dans l'ornière, limités à la production du simple ré- 
seau, agrémenté tout au plus, de quelques effets d^armures, de 
grillés, de jours et autres petits fonds divers de peu d'impor- 
tance. A partir de ce moment, grâce aux recherches constantes 
et aux efforts intelligents de plusieurs fabricants et mécaniciens 
de Calais, la fabrication fit des progrès considérables. On put 
bientôt varier à l'infini les dessins, employer simultanément plu- 
sieurs grosseurs de fils et faire des hilles brochés et brodés ayant 
toute l'apparence de la dentelle vraie faite aux fuseaux. 

Inspecteurs du A propos de l'exécutiou de la loi sur le travail des enfants 

dans les manufactures, le Conseil des Prud'hommes émet un avis 
sur le meilleur mode d'inspection à adopter pour la fabrique 
de tulles. 



Eï DENTELLES MÉCANIQUES. 87 



1842-1843 



7 mai. — Prise de brevet, pour cinq ans, par MM. Herbelot fils Brevets. 

et Genet-Dufay à Calais, pour procédé nouveau propre à la fabrica- 
tion des tulles bobin et tatting, quel que soit le système des métiers 
employés à cette fabrication. ' 

31 octobre. — Prise de brevet, pour cinq ans, par M. Morel, 
tourneur en bois et en métaux, pour rouleaux inflexibles, propres 
à la fabrication des tulles. 

En vue d'empêcher plus sérieusement l'introduction, par la i.cs luiies nngiais on 

^ Fi'aiice. 

fraude, des tulles anglais en France, le Conseil des Prud hommes 
de Calais émet un vœu relatif à la visite corporelle. Le conseil 
général, dans sa session suivante, appuie ce vœu; mais à la con- 
dition, toutefois, que cette visite soit faite avec les précautions et 
les égards voulus, pour lui ôter tout caractère humiliant pour les 
personnes qui en seraient l'objet. 

Sous l'année 1832, nous avons dit que le Maire de Calais avait Le t. iviiii do nuit. 
pris un arrêté concernant le travail de nuit dans les fabriques. 

Cédant à de nouvelles plaintes irréfléchies, M. le Maire Legros- 
Devot confirme de nouveau ce même arrêté, rendant ainsi plus 
complète et plus définitive l'émigration de l'industrie tullière vers 
Salnt-Pierre. 

Il est juste d'ajouter que l'espace manquait dans la cité calai- 
sienne, pour y créer de vastes établissements avec force motrice, 
pouvant recevoir, à des prix relativement bas, un certain nombre 
de métiers. — D'autre part, dans une brochure que nous avons sous 
les yeux, M. le Maire Legros-Devot déclare n'avoir laissé dresser en 




Platt, imitation de Valenciennes (1843) 



L'INDUSTRIE DES TULLES 

sept ans qu'un seul procès-verbal, en vertu de cet arrêté, et cela 
dans une circonstance tout à fait exceptionnelle. 
statistique. Les métiers les plus employés actuellement sont : i° Le Leavers, 

d'une largeur de travail de 450 
à 200 pouces anglais, pesant 
environ 3 à 4000 kilogrammes 
et d'une valeur minimum de 
12000 francs, pour 150 pouces. 
2° Le Circulaire^ de 75 à 
120 pouces, du poids de 2000 ki- 
logrammes, vendu environ 1000 francs, sur la base de 75 pouces. 
3° Le Warp, de 60 à 120 pouces, pesant dans les 2000 kilo- 
grammes, pour 120 pouces et valant 500 francs, pour 60 pouces. 

Le prix de ces métiers augmentait proportionnellement à leur 
grandeur et à leur largeur. 

Ce matériel comprenait beaucoup de métiers de peu de valeur, 

■notamment des Leavers de QQ pouces, de 15 à 20 barres, des 

■Leavers de 80 et de 100 pouces, de 30 à 40 barres, et quelques 

anciens métiers Mechlin. 

Naturalisation. M. WiLLiAM Webster, fils de l'uu dcs premiers importateurs des 

métiers à tulle en France, fait sa demande de naturalisation. 
Métiers à tulles. Le gouvernement anglais saisit le Parlement d'un projet de loi 

Levée de prohibition. , i • , i i . i n i -i -i- ± l i 

ayant pour objet la levée de la prohibition sur toutes les méca- 
niques et par conséquent sur les métiers à tulles, etc. 

Cette loi est votée pour être exécutoire le 10 novembre 1843. 



ET DENTELLES MLGANIQUES. 



89 



1844 




Une Exposition nationale a lieu à Paris, carré Marigny (Champs- 
Elysées), le 1" mai 1844. 

Les dentelles, les tulles et les broderies ont vivement frappé 
l'attention publique. 

Ces élégants produits y figurent en grand nombre et avec une 
variété remarquable, tout à la 
fois sous le rapport du goût et 
de l'exécution. — Le fait capital 
de cette Exposition, en ce qui 
concerne cette industrie, c'est 
l'invasion du tulle et la transfor- 
mation de la dentelle de fil, en 
dentelle de coton. 

Grâce aux progrès de la fila- 
ture, les cotons retors sont aujourd'hui si parfaits dans les numé- 
ros appropriés, que leur apparence est égale à celle des plus beaux 
fils de midquineric et qu'ils servent; à produire des réseaux d'une 
perfection égale à celle des plus riches dentelles. 

La tendance est aux imitations qui permettent de vendre moins 
cher et de satisfaire la grande consommation. 

Si l'on considère qu'à l'aide de coton on peut fabriquer, au prix 
de 10 à 15 francs le mètre, des tulles assez richement brodés, pour 
remplacer les dentelles de fil de 100 à loO francs le mètre, on com- 
prendra la vogue désormais assurée des imitations de tous genres 
et le remplacement général des fils de midquinerie, qui coûtent 



Exposition nationale 
à Paris. 



Laize fantaisie colim. (^'eu^■e Cardon 
et C'\ 18-16.) 




90 L'INDUSTRIE DES TULLES 

5 000 francs le kilogramme, par les retors de coton, beaucoup 
plus faciles, d'ailleurs, à travailler. 

Parmi les producteurs récompensés, nous citerons : 
M. DoGiNiN, de Lyon, médaille d'argent pour son tulle dit : de 

France, qui est la première 
application de la mécanique 
Jacquard au métier à tulle 
bobin ; 

MM. Herbelot fils et Genèt- 
DuFAY, de Calais, médaille d'ar- 
gent; 

M. Champauj.er, de Saint- 
Pierre, médaille de bronze 

Fantaisie fond cari'é Bailey. (1812.) 

pour ses voilettes, ses échar- 
pes, ses tulles et ses tissus pour robes; 

M. Pearson, de Saint-Pierre, médaille de bronze, pour ses imi- 
tations de valenciennes, de guipure et ses tulles brodés admira- 
blement confectionnés. 
Les droits d'importa- Au cours de sa scssiou, le Cousc-il général du Pas-de-Calais 
demande à ce que les droits d'importation, qu'il appartient au 
gouvernement d'établir sur les produits de fabrication étran- 
gère, soient augmentés en ce qui concerne les métiers à tulle 
anglais. 

Il exprime encore le vœu : Que, dans la vue de neutraliser la 
fraude, on adopte une mesure complémentaire relative à l'estam- 
pillage du tulle et que le mode fixé par la loi du 2 septembre 1835, 
reconnu insuffisant, soit remplacé par un mode plus sûr et offrant 
plus de garanties; 

Qu'un draw-back soit établi en faveur des tulles français soumis 
à la réexportation ; 

Que les droits d'entrée, imposés sur les cotons filés anglais, 
soient diminués de moitié. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



91 



Le Conseil des Prud' homm.es fait parvenir, en janvier, au Ministre statistique indus- 

tri clic 

de l'Agriculture et du Commerce, un important travail statistique 






■>y*7#;*'.*-,.- Xv*;-»,**/.- 'XvX^V.;' >;»>'*;*>'^.' .* 

■••■ ■'»>.•;•:■■ '•♦■' ■•;•»;•:•:'• •>> '•>:♦>>■•*■*■ •;•> •';«;*i*;»;«:'' ■■^*' 

iii' 

Platt imitation ^'alenciennes. (Veuve C-ardon et C'', ISKj.) 






sur l'état actuel de la fabrique de tulle de Calais, Saint-Pierre 
et environs. 

Il résulte de cet exposé que la région possédait 893 métiers de 
systèmes divers répartis comme il suit : 



GOUMIKES 


t— 

■X 

u 

oc 

OQ 

•3 


ce 

UJ 

l— 
tu 

E 


UJ 

oç & 

<t ■= 

il 

E 
u 


1X1 

oc î; 

3 1 

= c 
OC bu 


oc 

UJ 
UJ 


OC 

•a 
3 


oc 

UJ 

a. 




Calais 


52 


210 


(;g 


(12 


(i(i 


I 1 


5 




Sainl-Picrre-les- 


















Galais .... 


ll/l 


469 


58 


174 


T90 


46 


1 




Villes et com- 


















munes envi- 


















ronnantes (i). 
Totaux. . . 


125 


21/i 


181 


«9 


2 


2 


n 




291 


893 


.3o5 


265 


2.58 


59 


6 





L'importation des cotons filés retors a été, cette année, de Décroissance de lim- 
38138 kilogrammes et de 10 250 kilogrammes pour les cotons tons fîié" 
filés simples. 



(l) On comptait alors à Sangnllc 10 métiers à tulle appartenant à 28 fabricants. 
Depuis six ans, l'industrie du tulle avait pénétré également dans la commune de Peu- 
plingues, qui comptait aussi neuf métiers circulaires. 



n 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



On indique trois causes à cette décroissance successive des 
importations des cotons retors : d'abord et avant tout, les progrès 
réalisés par la filature française; ensuite, la continuation de la 
fraude et, en dernier lieu, la crise momentanée et les souffrances 
de l'industrie tullière. 



1845 



Les ciroiLs de douanes. Afin de développer le commcrcc d'exportation, absolument 
nécessaire pour écouler le trop-plein de la production et éviter 
les crises périodiques, la Chambre de commerce, le Conseil des 




Laize mat bobines. (Mallet frères, 1S46. 



Prud'hommes et une Commission spéciale des fabricants de tulles 
de Calais transmettent une adresse aux Conseils généraux de 
l'Agriculture, du Commerce et des Manufactures, pour réclamer une 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



93 



diminution des droits de douanes sur les n°' 170- et loO- ainsi 
qu'une prime de drawback sur les tulles de coton exportés. 

MM. Farrands frères et Bridge Baeker font construire une usine 
avec force motrice actionnée par la vapeur. 

Le Conseil des Prud'hommes de la ville de Calais adresse, au 
mois de mars, un long rapport aux membres de la Commission 
de la Chambre des pairs, chargée de l'examen des projets de loi 
sur les modèles ou dessins de fabrique et sur les livrets 
d'ouvriers. 



Nouvelle usine. 



Livi-ets d'ouvriers. 



1846 



M. William Livesay invente un système qui permet d'arriver à Nouveau genre, 
la production de motifs sur un réseau appelé Siraiglit doicn loop 

(boucle verticale) et à la fabrication 
d'un genre guipure pour rideaux. 

Le Maire de la ville de Saint- Pesage et mesurage. 
Pierre, se faisant l'écho des fabri- 
cants, demande à M. le Préfet qu'il 
soit établi un peseur et un mesu- 
reur jurés, munis des appareils voulus 
pour reconnaître l'exactitude du poids 
et des métrages des fils de coton 
vendus sur place. 

La fabrique sollicite de nouveau la création d'une chambre Création dune cham- 

. . , j . . 1 r /• . il ' 1 ''l'c consultative. 

consultative des Arts et Manufactures et, dans sa séance du 




Tulle Slraight-Loop. (Début du 
Bdbinot, 1816.) 



94 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Brevets d'invention. 




Platt imitation Valencicnncs. 
(Herbelot, 1816.) 



12 mai 1840, le Conseil municipal de Saint-Pierre prend une déli- 
bération dans le même sens. Une ordonnance du 4 octobre en 

prescrit l'organisation. 

Cette chambre aura pour fonctions 
de faire connaître les besoins et les 
moyens d'amélioration dont peuvent 
être susceptibles les manufactures, les 
fabriques et les Arts et métiers. 
25 notables commerçants concourent à l'élection de cette 
chambre, qui se trouve composée de : MM. J.-P. Champailler, pré- 
sident; H. Leblond, secrétaire; 
A. Valdelièvre fils, Caillette, 
Ad. Mullié et Fermant, membres. 
i6 juillet. — M. Pearson prend 
un brevet de quinze ans pour un 
procédé de fabrication de tulle, 
imitation de dentelle vraie. 

29 décembre. — M. Martyiv, 
mécanicien à Calais, prend un brevet de quinze ans pour un 
système de Jacquard, à l'usage des métiers à tulles et des métiers 
à tissus. 




Imitation de Alalines brodée au métier. 
(Pearson, 1846.) 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



95 



1847 




PlutL iinilalidii tic ^'alc■^cion^cs. 
(Veuve L. Cardon cL C"', isi7.) 



Le 19 mai, la Ciiambre de commerce de Calais adresse, à son Projet de loi de 

douanes. 

tour, une pétition à la Commission de la Chambre des députés 
chargée de l'examen du projet de 
loi de douanes. 

Cette pétition a pour objet d'ob- 
tenir : 

1° L'abaissement du droit- actuel 
sur les cotons retors, propres à la 
fabrication des tulles ; 

2" L'établissement d'un drawback 
des droits payés sur les matières premières employées à la 
fabrication des marchandises exportées. 

Le 4 décembre suivant, la 
Chambre de commerce est infor- 
mée, par lettre officielle, que le 
Gouvernement s'est prononcé pour 
le maintien du régime actuel et 
que rien ne sera changé aux 
règlements en vigueur. 

M. H. Black, de Lille, crée un imitation de chan- 
métier nn-Circulaire, mi-Pusher, 




sur lequel il exécute une imita- 
tion de Chantilly. Il engage cet 
article à la maison Monard de 
Paris, qui le vend sous son nom, comme « dentelle Monard ». 



Dentelle ^Lllincs, brodée à la main. 
(Dubont, 1816.) 



96 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Conseil des Prud'- 
hommes. 



Brevets. 



Une ordonnance du 25 décembre étend la juridiction du Con- 
seil des Prud'hommes de Calais sur les fdatures de lin et de 
chanvre et sur les industries qui en dépendent. 

16 mars. — Prise de brevet, pour quinze ans, par M. Rosey 
FILS, de Calais, pour simplification et perfectionnement du sys- 
tème Jacquard, propre à être appliqué aux métiers à tulle, dits 
circulaires à rotation et à mains. 

5 wouew^re. — Prise de brevet, pour quinze ans, par MM. Her- 
BELOT et Geneï-Dufay, de Calais, pour un système de fond et de 
broderie applicable à tous les tulles bobins, dits à chaîne simple. 



1848 



Dentelle de laine. La maisou DoGNiN et IsAAc, de Calais, et la maison Jourdan et 

C'% de Cambrai, commencent à 
fabriquer une imitation de la 
dentelle de laine à la main, 
faite au Puy. 
Crise tuiiière. Après la révolution de Février, 

l'industrie du tulle eut à suppor- 
ter une crise assez- longue. Il' y 
avait, à cette époque, environ 
900 métiers répartis dans la ré- 
gion et employant de 10000 à 
12000 ouvriers et ouvrières, sans 
compter le personnel des indus- 
tries accessoires , qui se ratta- Fantaisie colon. (Rébier, IS IS.) 

chaient à Paris, Lille, Saint-Quentin, Caen, Nancij, Li/on, etc., 




ET DRiNT:îU.ES MÉCANIQUES. 97 

pour le blanchiment, l'apprêt, la broderie, le pliage, etc., etc. 

M. Martyn, mécanicien à Saint-Pierre, prend un certificat d'ad- Brevet, 

dition de brevet, pour un système Jacquard fonctionnant sans 
cartons, applicable aux métiers, à tulles et à tous les métiers à 
tissus. 



1849 



Dans sa séance du 6 mars, la Chambre consultative des Arts Poids et mesures. 
et Manufactures de Saint-Pierre décide de soumettre au Ministre 
du Commerce les inconvénients éprouvés par la fabrique avec 
l'ancien mode suivi jusqu'ici par les filatcurs, pour les cotons re- 
tors. Ces industriels n'adoptent pas, pour ces fils, la mesure 
métrique, ainsi que la loi fexige. Cependant, pour les fils 
simples, ils les vendent bien au poids et à la mesure métrique. 




Point d'esprit. 

Le Ministre répond, le 19 mai suivant, qu'il soumettra cette 
demande aux Conseils généraux du commerce et des manu- 
factures. 

La Chambre consultative envoie une adresse au même ministre, Les droits d'entrée sur 
pour demander au nom des intérêts de la fabrique de tulles, 



98 L'INDUSTRIE DES TULF.ES 

qualifiée Industrie nationale, à ce que les droits d'entrée sur 
les filés de coton, du n" 170" au n" 220% soient réduits de moitié; 
c'est-à-dire ne paient plus que 4 fr. -40 le kilogramme, au lieu 
de 8 fr. 80 ; la filature française abusant de la protection dont 
elle jouit, pour vendre ses filés, dans ces numéros, à des prix 
par trop exagérés. 
Fabrique de tulles M. D. KiRK, fabricant de tuUes à Caen, va établir son fils à 

Barcelone^ où il installe deux métiers Leavers, un métier circulaire 
et un métier Warp. 
Dentelle Pusiicr. M. Léonard James importe, d'Angleterre à Saint-Pierre, le mé- 

tier Pusher jacquardé et commence la fabrication de l'imif.ation 
de Chantilly, dite dentelle Pusher. Cet article a le défaut d'avoir 
un fond trop épais, souvent ligné et sur lequel les mats se dé- 
tachent difficilement. 11 exige, en outre, que les dessins ou motifs 
soient ensuite entourés d'un gros fil à la main, au moyen d'une 
aiguille. 
Brevets. - \fy juillet. — MM. Mautyn et Farrands frères, fabricants à Saint- 

Pierre, prennent mi brevet d'invention pour un liseur applicable 
à tous les métiers à tisser et pour un système de Jacquard. 

M. AcKLiN avait déjà fait breveter une invention destinée à 
supprimer les cartons du Jacquard et à les remplacer par du 
papier mince, bien que consistant, prenant beaucoup moins de 
place et présentant une grande économie. 

11 crée, en même temps, un système de lisage et de repi- 
quage, c[ui est le complément de son invention. 

MM. Maillot et Oldknow, de Lille, inventent et appliquent le 
système de barres à trous, en remplacement des barres à guides. 
Exposition nationale Le \" juiu de Cette année s'ouvre aux Champs-Elysées une 
Exposition nationale d'une durée de soixante jours. 4532 expo- 
sants, dont 3738 récompenses. 

Vente peu active dans les premiers mois de 1849; reprise 
en juillet. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



99 



La Chambre de comaierce de Calais adresse à M. le Ministre Cuisse de retraites. 
du Commerce un mémoire concernant rétablissement d'une caisse 
de secours et de retraite pour les ouvriers. 



1850 




Fantaisie coton. Point 
de Paris. 



De 1841 à 18j0, il s'est opéré une j^irande transformation Tiansioimation con- 

/ . , , 1 p 1 . T ' • • tinue du matériel. 

dans le matériel de la fabrique de tulles. Les métiers circu- 
laires et autres analogues ont été vendus à vil 
prix, pour Caudnj, Inclnj^ Lyon, etc.. et l'em- 
ploi du métier Leavers est devenu général. 
Cependant, si ce matériel a diminué en 
nombre, on peut dire qu'il a considérable- 
ment augmenté en valeur et en qualité. 

Le métier Pusher est employé exclusivement à faire une 
espèce d'imitation de Chantilly en bandes, volants, châles, écharpes, 

mantilles et voilettes. Quant aux Lea- 
vers et aux métiers du système Hooton 
Deverill, ils servent à la fabrication 
des blondes, des fjaipures, des valen- 
ciennes-platts et des fantaisies. 

MM. Triboulet et C'° installent à 
Calais des métiers circulaires, trans- 
formés d'après le système Livesay. 

Afin d'empêcher le chômage des chambi-e consulta- 
tive, 
métiers et pour permettre à la fabrique 

française de faire concurrence aux produits similaires de l'étran- 




Fantaisie résille coton. 
iMallet frères, 1852.) 



100 L'INDUSTRIE DES TULLES 

ger, la Chambre considtalive des Arts et Manufactures de Saint- 
Pierre désigne M. Liévin-Delhaye pour la représenter au Conseil 
général de l'Agriculture, des Manufactures et du Commerce. 
Elle se plaît à reconnaître son honorabilité, son dévouement et 
sa compétence et le charge de défendre les intérêts de l'industrie 
tullière près le gouvernement, de signaler les abus et de réclamer 
de sages et justes améliorations à la législation surannée à laquelle 
l'industrie tullière est encore soumise. 



18^1 



Charbons. Dan S uu rapport adressé à M. le Ministre de l'Agriculture et du 

Commerce, la Chambre consultative proteste contre la décision du 
Conseil municipal de Saint-Pierre, frappant d'un droit d'octroi les 
houilles employées pour l'industrie. Elle expose les nombreuses 
raisons qui mihtent en faveur du maintien de la faculté d'entrepôt. 
De plus, elle adresse un vœu analogue à M. le Préfet du Pas-de- 
Calais, pour que le combustible nécessaire aux établissements 
industriels, dont la production est destinée au commerce général, 
soit exonéré de tout impôt ou droit d'octroi. 



M. BoiNSOR-MoRRis fabiique, sur le métier Leavers jacquardé 
système Livesay et C'°, un article genre guipure pour rideaux. Plus 
de cent de ces métiers fonctionnent déjà, dans les environs de Not- 



tingham. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



10 1 




Iiiiitaliiiii Ijliinde soie, dite 
Laiiicu. MalK'l IVèrcs, isôî.) 



M. Malaper vend, le premier à Paris, un article Piisher, sous le Dentelle de Paris, 
nom de dentelle de Paris. 

M. C. DoGmN avait déjà exposé en 1844 un genre similaire sous 

le nom de dentelle de France. 

Tlne seule maison, la maison Mallet frères, de Calais, va repré- Exposition univer- 
selle de Londres, 
senter la fabrique française à cette Exposition. C'est peu, pour un 

centre industriel qui comprenait alors, avec Saint-Pierre, près 
de 120 fabricants possédant ensemble plus de 500 métiers. 

Une délégation composée de trois membres de la Chambre de 
commerce de Calais, trois membres de 
la Chambre consultative de Saint-Pierre 
et trois membres du Conseil des Prud'- 
hommes est nommée, avec mission 
d'aller étudier à cette Exposition les 
inventions et les progrès réalisés dans 
\ Industrie des dentelles mécaniques. 

A leur retour de Londres, M. Liévin-Delhaye remet en son nom 
et au nom de ses collègues, MM. Ed. Mallet, Rexard, Dhilly, délé- 
gués de la Chambre de commerce; Hochedé, A. Mullié et A. Yal- 
DELiÈVRE, délégués de la Chambre consultative, et Tribouillârd et 

Dagbert, 'délégués du Conseil 
des Prud'hommes, son rapport 
concernant l'industrie tuUière 
en France et en Angleterre. 

Ce rapport signale des 
articles ': Chantilhj., Pusher; 
des Malines et des Neuvilles, 
avec motifs entourés à l'ai- 
guille; des tattings, des Valen- 
ciennes-Platts, des petits genres cotons, des blondes de soie, dont 
quelques-unes entourées de fil d'or; des tulles pour rideaux et 
des tulles unis; sans cependant que la Commission ait remarqué 




Platt fin. (Mallet frères, 1SÔ2.) 



102 



L'INDUSTRIP] DES TULLES 



Ucconipcnscs 



quoi que ce soit de transcendaut ou de supérieur à ce qui se fait 

dans la fabrique de Calais. 

Calais et Saint-Pierre ont eu le tort de ne pas participer 

plus largement à cette 
exposition. 

Le rapport se résume 
en constatant que l'indus- 
trie des tulles à Saint- 
Pierre -les -Calais est 
placée au moins aussi haut 
dans le progrès, que l'in- 
dustrie similaire anglaise. 
Les tulles français, d'un 
prix généralement plus 
élevé, sont aussi d'un meil- 
leur goût et d'une fabrica- 
tion beaucoup plus soi- 



11 a été constaté que 
l'Expositioi^ univer- 
selle de Londres avait 
donné une grande impul- 
sion à la fabrication des 
dentelles au métier et par- 
ticulièrement à celle des 
dentelles de soie. 11 s'ou- 
vrit, pour ces dernières, 
une ère de prospérité qui 
donna lieu, en France 

comme en Angleterre, à une augmentation considérable du nombre 

des métiers. 

La maison Mallbt frioues y obtint la même récompense que 




ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



103 



celle accordée aux produits de Nottingham. Plus tard, M. Mallet 
AÎNÉ fut nommé chevalier de la Légion d'honneur. 

La filature française de coton, stimulée par la fraude qui nuisait Cotons filés. 
a ses intérêts et par les besoins, de plus en plus accentués, de la 
fabrique, se met enfin à améUorer son matériel et fait des progrès 
tellement sensibles que le chiffre des importations de cotons filés 
qui était, en 1836, de 80407 kilogrammes, valeur 2090202 francs, 
n'était, en 1849, que de 2816 kilogrammes, valeur 78468 francs. 
Différence en moins : 2011 734 francs. 

En 1851 la circonscription de Calais comprenait : 143 fabri- siatL-iiquc. 
cants possédant 603 métiers de divers systèmes se répartissant 
comme ci-après : 



cou»u\i:s 


1— 

■a 
u 

ce 

GQ 

«a 


ce 

LU 
1— 


00 

SE - 

et ■'= 

^ :é 

OC - 




UJ 

■a -ï 
— J w 

OC '— 
C3 


en 

oc 

laJ 

=» 
«a 

UJ 

—1 


a. 
oc 

ex 

3 


oc 

LU 

z 
tn 

=3 

a. 


Calais 

Saint-I-*icri-e-les- 

Calais . . . . 
Communes cn- 

vironnanLcs. . 

Tolau.x. . . 


1^1 

lOO 

29 


9<> 

82 


2(1 
18 
80 


3.5 

10.5 

1 


.3,-) 

28.5 

1 


1^. 


3 

» 


.43 


6o3 


V2\ 


141 


321 


l\ 


3 



Il résulte de cet état qu'en 1851 il y avait 148 fabricants et 
290 métiers de moins qu'en 1844. 

Cette décroissance apparente cachait en réalité un progrès 
manifeste. Beaucoup de métiers, disséminés entre les mains d'ou- 
vriers peu aptes à traiter les affaires, s'étaient concentrés dans un 
plus petit nombre de mains. 

Quant aux métiers, la différence en nombre n'avait rien d'inquié- 
tant, en ce sens que beaucoup d'anciens métiers avaient été vendus 



10 i I/INDUSTIÎIE DES TUFXES 

OU mis au rebut et qu'ils avaient été remplacés, en grande partie, 
par des métiers Leavers, valant en moyenne de 9000 à 12000 fr. 
et d'une plus grande puissance de production. 

Presque tous les métiers circulaires furent vendus à des fabri- 
cants de Lyon, pour faire des tulles unis en soie. 

A diverses reprises depuis 1817, la fabrique, au prix des plus 
grands sacrifices,, avait dû renouveler plusieurs fois son ma- 
tériel. 

Le 27 janvier 1851, une notice officielle de la Chambre de 
commerce donnait, pour les places de Calais et de Saint-Pierre, 
la statistique suivante. 

Valeur du matériel : 10 millions; personnel occupé : environ 
6000 ouvriers et ouvrières. 

Production : 11000000 de francs, représentés par 144 millions 
de mètres de dentelles. 

7 usines à vapeur, 5 ateliers d'apprêt; 2 établissements pour 
le blanchiment des tulles de coton fondés à Guînes. 

L'industrie du tulle occupe 2101 ouvriers, dont : 
315 pour Calais, 
1659 pour Saint-Pierre, 
et 127 dans les communes voisines; 

soit environ 1200 hommes, 403 femmes et 407 enfants et jeunes 
gens. 

Dans ce chiffre, les esquisseurs, metteurs en carte, fabricants 
de rouleaux, mécaniciens régleurs, etc., comptent pour environ 
500 unités. 

A cette époque, 5 maisons achetaient les tulles fantaisie en 
écru et les finissaient elles-mêmes. Elles occupaient un grand 
nombre d'employés et d'ouvrières pour le raccommodage^ Yeffdage, 
Vécaillage et même pour la broderie de certains articles lins. 

Avec ces 603 métiers, la production était alors plus importante 
que celle des SOI métiers qui fonctionnaient en 1834 et, cepen- 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 105 



dant, la fabrique traversait, en 1851, une crise assez intense; 
les stocks regorgeaient de marchandises. 

Beaucoup de métiers furent montés à la soie au cours de la 
même année. 

En 1851, la population de Saint-Pierre, qui était de 4003 âmes 
environ en 1816, dépassait le chiffre de 11009 habitants. 



1852 



Il est question, dans certains milieux, de la suppression du Projet de suppression 

• 7 7 -1 1 f> 1 • T p 1 • i ' 1 '^" travail de nuit. 

travail de mat dans les iabriques. Les tabricants, émus de cette 
mesure, adressent leurs observations à la Chambre consultative 
des Arts et Manufactures de Saint-Pierre, qui s'est prononcée, 
comme ci-après, contre son adoption. 

Répondant à une circulaire du Ministre de l'Agriculture et du 
Commerce, cette Chambre émet le vœu que, tout en maintenant 
le travail de douze heures, le travail de nuit continue d'être 
autorisé pour la fabrique de tulles et autres établissements méca- 
niques, dès qu'un double relai d'ouvriers pourra être organisé; 
autrement, le matériel perdrait immédiatement la moitié de sa 
valeur. 

Il est évident que la production se trouverait diminuée de 
moitié et, d'autre part, les fabricants se verraient dans la néces- 
sité de renvoyer un ouvrier sur deux, et de les mettre ainsi sur 
le pavé, sans ouvrage, ce qui serait un acte d'excessive inhu- 
manité. 



106 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Dentelle Lama. 



Blanchisserie. 



M. S. Fergusson crée à Douai la dentelle Lama, qui n'est 
autre chose que la dentelle de Cambrai, fabriquée avec une es- 
pèce de filé fait en poil de chèvre et appelé Moliair. 

M. Ch. Sergeant-Bimont fonde à Saint-Pierre, rue Neuve, une 
blanchisserie pour son compte. 

M. Mayer, Maire de Calais, abroge et rapporte l'arrêté de 

1832, repris en 1843, interdisant le travail de miit, de 10 heures 

du soir à 5 heures du matin, aux mécaniques à tulle et aux 

métiers à marteaux, dans l'enceinte du vieux Calais. 

Pciition concernant La Chambre Consultative de Salnt-Pierre-lrs-Calais envoie à 

les tulles de soie „ . ■ • i 

étrangers et les co- Faris, pour se joindre a M. LlÉVl>(- 

tons lilés. T^ -ijiiiT TT ' • 1 . 

Delhâye, mm. Hermant, son président, 
Champailler fils aîné, Webster et Bi- 
MONT, pour protester, auprès du Gou- 
vernement, contre le projet de loi 
qui s'élabore au Conseil d'Etat, pour 
l'admission, au droit de 15 p. 100, 
des tulles de soie étrangers jusqu'ici 
prohibés, et pour réclamer un abais- 
sement des droits d'entrée sur les cotons filés écrus, blanchis 
et teints, spéciaux à la fabrication des tulles. 

La- Chambre consultative, en désignant M. Liévlx-Delhaye 

comme délégué pour représenter près 
le Ministre de l'Agriculture et du Com- 
merce les intérêts de l'industrie tul- 
Hère, particulièrement dans l'enquête 
orale qui doit se faire à Paris sur la 
situation de la filature de coton en 
France, proteste contre la nomination imposée par la Chambre de 
commerce de Calais, de M. Legros-Devot. Elle dit que son incom- 
pétence, en matière d'industrie et de fabrication de dentelle, est 
manifeste et qu'il n'a pas les connaissances pratiques indispen- 




Fantaisie, point de Paris, coton. 
(E. Bimont, 1Sj2.) 




Dentelle do soie, dite Lamct 
(1S52). 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



107 



sables pour soutenir la discussion qui doit s'ouvrir; connais- 
sances que possède à fond M. Likvlx-Delhaye. 
Ont signé en ce sens, MM. : 



Robert Brown. 
De Corte. 
Maniez. 
G. Pulsford. 
F. Bacquet. 
J. Gaillard. 
L. Cordier. 
J. Hembert. 



L. Tribouillard. 
J. Smith, 
Wackland. 
A. Prilliez. 
F. Valois. 
Champaillcr. 
TiUier. 
T. Watré. 



J. Wr a gg. 
Robert Maxton. 
L. Foube. 
J. Dévot. 
Farrands frères. 
L. Rébier. 
Pearson. 
Pierre Bruxelles fils. 



Une pétition, signée de 75 fabricants et négociants, est en 
même temps remise, par les mêmes délégués, à M. le Président 
de la Républif[ue, pour appuyer les 
réclamations de la Chambre consul- 
tative de Saint-Pierre et de la 
Chambre de commerce de Calais. 

Cette pétition réclame également, 
au nom des grands intérêts et de la 
prospérité de la fabrique de Saint- 
Pierre-les-Calais : 

1" « L'abaissement des droits sur 
les cotons filés retors et une meil- 
leure assiette de ces droits, par rapport aux numéros. » 

Il y est dit que, loin de faire tort à la filature française, cet 
abaissement de droits serait au contraire un stimulant, pour la 
faire progresser encore plus rapidement. Il est reconnu que la 
filature fait des bénéfices énormes et exagérés. 

2" « Le maintien, pendant trois ou quatre ans encore, de la 
prohibition pour les tulles et dentelles de soie étrangers. » 

11 est assez étrange de voir cette contradiction de principes 




Blonde soie. (Maniez père, lSâ2.l 



108 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



qui se manifesLc par une demande d'abaissement de droits sur 
la matière première en même temps que celle de la prohibition 
sur la matière fabriquée ! 

En novembre 1852, la fabrication des métiers et celle du 





Platt. (Maxton, lbiô2. 



Neuville brode au métier (1852). 



tulle et de la dentelle augmentent chaque jour. Les commissions 
arrivent importantes et nombreuses. 

Sur la proposition de M. Legros-Devot, le Conseil général du 
Pàs-de-Galais, dont il est membre, s'associant aux craintes de 
l'industrie tullière, appelle sur elle toute la sollicitude du gou- 
vernement, et appuie la demande et la pétition adressées aux 
pouvoirs publics par la Chambre de commerce, le Conseil des 
Prucr hommes de Calais et la Chambre consultative de Saint-Pierre. 

D'autre part, la Chambre de commerce de Lyon exprime des 
idées très libre-échangistes, en ce qui concerne les tulles et les 
dentelles de soie. 



ET DKNTELLES MÉCANIQUES. 



109 



18l>3 



L'inventeur Lasserre, qui avait fait breveter, en 1846, un sys- Brevet, 

tème de métier perfectionné, meurt sans avoir pu exploiter sa 
découverte. 

Ses deux fils lui succèdent et arrivent à produire des imita- 
tions d'une telle perfection, qu'on peut difficilement les distinguer 
de la dentelle à la main. 

A la suite de la protestation adressée au Ministre de l'Agri- Nomination d'un dé- 
lègue, M. Henri Le- 
culture et du Commerce en décem- hiond. 

bre 1852, la Chambre consulta- 
tive est appelée à élire, de con- 
cert avec la Chambre de commerce 
de Calais, son délégué à l'enquête 
sur les fdés de coton. 

D'un commun accord, M. II. 
Leblond, fabricant de tulles. Maire 
de Saint-Pierre, est nommé délé- 
gué. M. H. Leblond accepte la mis- 
sion qui lui est confiée ; il se rend à Paris dans les premiers jours 
de décembre, pour déposer devant la Commission d'enquête et 
réclamer l'entrée en France des cotons blanchis, aux mêmes 
droits que les cotons écrus. 

La Chambre consultative émet un vœu, dans le même sens que Conseil des Prud'- 

, . hommes. 

ci-dessus, et par un autre vœu réclame l'étabUssement d un Conseil 
des Prud'hommes, à Saint-Pierre-les-Calais, comme étant d'un 
intérêt de premier ordre. Des démarches sont faites à cet effet. 




Blonde soie (lS5-i). 



110 I/INDUSTRIE DES TULLES 

Cotons nies. r)e plus et en raison des erreurs fréquentes qui se produisent 

au détriment des fabricants, dans le dévidage des cotons, elle dé- 
cide de faire procéder à la formation d'un tableau comparatif du 
dévidage des cotons filés et empaquetés, en fdature, par torques et 
par écheveaux. 

Les articles fabriqués étaient, à cette époque, principalement des 
points de Paris, du Gros-champ, des filets et des torchons. 

M. Champailleu, fabricant, fait procéder, dans sa ferme du 
Beau-Marais, à des essais de sériciculture, qui lui donnent d'assez 
bons résultats. 

Beaucoup d'inventeurs s'occupent de rechercher les moyens 
d'appliquer l'électricité à la marche des métiers à la Jacquard. 
Une prime de 50000 francs est promise par l'Empereur à celui 
qui en trouvera les moyens effectifs d'application. 

Machines à vapeur. LcS maisOOS EuG. BlMONï Ct C" Ct AuG. QuiLLACQ et C" fout, 

les premiers, mouvoir leurs métiers par la vapeur, remplaçant 
ainsi petit à petit le travail à bras, si fatigant, des ouvriers 
dits : tourneurs. Les machines à vapeur sortent des ateliers de 
la maison Alexis Valdelièvre qui en a fourni, par la suite, un 
nombre considérable sur la place. 
Visite de rEmpereiii- Lwidi 26 décembre. — L'Empereur et l'Impératrice visitent Ca- 

et de l'Impératrice 

à Calais. lais. Daus une des salles de la gare, ornées pour leur récep- 

tion, étaient exposés les produits des principales industries de 
la circonscription; principalement celle des tulles. C'est la pre- 
mière fois qu'une semblable exposition avait lieu à Calais. L'éclai- 
rage était féerique et les panneaux préparés étaient chargés 
de dessins et de types de tulle, depuis l'origine de la fabrication 
dans la région. 

La chambre de l'Impératrice, à l'hôtel Dessin, avait été trans- 
formée en véritable boudoir de dentelles. Elle était tapissée et 
décorée de magnifique tulle en guipure. Ravie et extrêmement 
satisfaite du tableau enchanteur que présentait cet appartement, 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 111 

la souveraine exprima le désir que des échantillons des diverses 
espèces de tulles et de dentelles fabriquées dans le Calaisis lui 
fussent envoyés aux Tuileries. 

Quelques jours plus tard, elle donna ordre de faire garnir 
ainsi, de tulles et de dentelles, l'un de ses appartements du 
château de Compiègne. 

A l'occasion de ce voyage, M. Liévin-Delhaye, ancien fabricant, 
conseiller général. Maire de Calais, avait reçu des mains de 
l'empereur Napoléon III la Croix de la Lé(/ion dlionneur, en ré- 
compense de ses longs services et comme étant l'un des orga- 
nisateurs de l'industrie du tulle à Calais et l'un de ceux ayant 
le plus contribué à son développement. 

Une Exposition universelle des produits de l'industrie s'ouvre Exposi(i,in univci 

„ .^ . selle à Diiljlin. 

à Dublin, le 12 mai 1853. 



18154 



En janvier 1854, on comptait à Saint-Pierre-les-Calais, siaiisiique. 

137 fabricants de tulles et 606 métiers répartis comme il suit : 

Circulaires ordinaires 69 

Circulaires fantaisie 122 

Leavers 374 

, Warp 27 

Pusher 14 

Le nombre des fabriques mues par la vapeur, qui était de 7 



llî L'INDUSTRIR DES TULLES 

en 1851, s'élève, en 1854, au nombre de 16; plusieurs sont 
encore en construction. 

La quantité de cotons filés retors anglais qui était, en 1842, 




Petite blonde soie. (Mallet, 185-i.) 

de 47503 kilogrammes contre 29648 kilogrammes de cotons fran- 
çais employés dans la fabrication, ne se trouve plus être que de 
9971 kilogrammes, alors que la filature française arrive à fournir 
plus de 60000 kilogrammes. 

L'importance des tulles de coton français exiiortés, qui était 
de 1501200 francs en 1844, s'élève, en 1853, au cliiirre de 
3585879 francs. 

La fabrication des tulles de coton est cependant en légère 
diminution, non seulement à cause de la stagnation des affaires, 
causée en partie par les bruits de guerre en Orient; mais aussi 
en raison de ce que, depuis 1851, la fabrication des tulles et des 
dentelles de soie, sur métiers Leavers et Pushers, a pris, à Calais, 
un développement considérable. 

Ainsi, l'importation des soies filées, à Calais, présente pour les 
années 1844 et 1854 les différences suivantes : 

Pour 1844 Pour 1854 

Soies grèges écrues. . 6567 kilogr. . . 5274 kilogr. 

Soies moulinées écrues. 1256 kilogr. . . 12604 kilogr. 

Soies teintes. ... 57 kilogr. . . 1204 kilogr. 

Bourre de soie écrue. . 34385 kilogr. . . 45954 kilogr. 

A l'exception donc de quelques fabricants privilégiés, la fabri- 
cation des cotons est très ralentie et les achats deviennent rares à 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



113 




Neuville blanc fil (ISôi). 



ce commencement de Tannée 1854. Les acheteurs se réservent 
et entendent n'acheter qu'avec des rabais considérables sur le prix 
de marchandise. 

11 arrive que des fabricants se trouvent obligés d'arrêter leurs 

métiers, faute de coton blanc. On en 
conclut que cet inconvénient n'exis- 
terait pas si une filature de coton 
était montée à Calais. 

24 juin. — Un brevet d'invention Ui-evets. 

de quinze ans est pris par MM. Rl- 
BiER et Valois, fabricants à Saint- 
Pierre, pour un tulle à double chaîne. 

Les principaux constructeurs-mécaniciens étaient, à cette épo- CunsUncieups méca- 
que : MM. Etienne Gest, Novon et Lavolne, Crochez, Coste, Barton, 
Constant Delannov, Lulis et Joseph Salembier, Fergusson, Aug. Vidal. 

Dans le courant de juin et en vue de la première grande Exposition univei-- 

. . .,.,.,,,. selle de 1X35 à Paris. 

Exposition universelle qui devait s ouvrir 1 année suivante, au 
Palais de l'Industrie, les fabricants de Calais conviennent d"y exposer 
un métier à tulle. A la suite de plusieurs réunions, il est décidé 
que ce métier sera construit par la maison Novon et Lavoine, pour 
le gros œuvre et certaines autres parties, et par M. Fergusson, 
l)our l'intérieur (chariots et bobines). 

Ce métier, qui avait coûté environ 18000 francs, fonctionna pen- 
dant tout le temps de cette Exposition, fabriquant un article coton 
blanc, brodé fil de lin. 

Une souscription, ouverte pour couvrir les frais nécessités 
pour ce métier, fut couverte et au delà, très rapidement. 

A la suite d'une circulaire envoyée par M. le Préfet du Pas-de- 
Calais, il est procédé à l'organisation, à Saint-Pierre, d'un sous- 
comité local chargé de renseigner l'Administration de l'Exposition 
et de provoquer la participation de la fabrique. Une liste de douze 
personnes, prises dans les diverses industries de la ville, est 

8 



114 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



transmise au Préfet qui désigne trois délégués pour 'faire partie 
de la Commission départementale. 

La Chambre de commerce de Calais proteste contre la décision 
du Comité de l'Exposition permettant aux maiso?is d'achat de tulles 
d'exposer, en leur nom et en prenant la qualité de maisons de 
fabrique, des produits achetés par elles et fabriqués, même sur 
leurs indications. 

Elle vote une somme de 1 500 francs, destinée à faire les 
frais d'envoi d'une délégation de contremaîtres et d'ouvriers à 
l'Exposition, afin de leur permettre d'étudier, par comparaison^ 
l'état des progrès accomplis par nos produits nationaux, par rap- 
port à ceux des produits étrangers. 
Etat des adaiies. Une lég'ère reprise se produit à partir du mois de septembre 

Droits de douane, de l'année 1854. Le Conseil d'arrondissement appuie la demande 

faite par le Conseil des Prud'hommes 
de Calais et la Chambre consultative 
de Saint-Pierre, en vue de l'abais- 
sement des droits sur les métaux 
employés dans la fabrication des 
métiers à tulles. 

M. Ed. Mallet, de la maison Mal- 
Ict frères, pubhe, dans le Journal des 
Débats, un article très documenté, 
établissant combien la protection 
anormale accordée à la filature fran- 
çaise a été préjudiciable à l'industrie 
du tissage en général et à celle des dentelles au métier en par- 
ticulier. 

Ce régime, soi-disant protecteur, donne à quelques-uns des 
bénéfices souvent énormes, prélevés au détriment de beaucoup 
d'autres industriels, entravés dans leur œuvre de production, et 
lèse le public, qui paie plus cher les produits confectionnés 




Imitation Bruges, (llcl'ier, 1!Sj 



ET denteli.es Mécaniques. lis 

ainsi que le- Trésor qui se trouve, par conséquent, privé des droits 
auxquels aurait pu donner lieu l'existence d'un tarif modéré. 

Singulière façon de favoriser le travail et de développer la 
prospérité nationale! 



18^5 



La Commission, chargée de constater les usages locaux du Usages locaux, 
canton de Calais, est d'avis que le mode de paiement à jour 
fixe et dans la huitaine au plus tard, de ses livraisons de tulles 
vendus en fabrique, mérite d'être signalé comme sauvegardant 
les intérêts du fabricant, qu'il soustrait aux chances aventureuses 
des longs crédits. 

Il est, de nouveau, question de créer à Saint-Pierre une Filature. 

filature de coton qui fabriquerait tous les numéros propres à 
l'industrie tuUière. 

On s'occupe d'en dresser les plans. 

M. Augustin Vidal fabrique maintenant, dans ses ateliers de intérieurs de métiers. 
Saint-Pierre, les chariots, les bobines et les combs que les 
fabricants étaient, jusqu'alors, obligés de commander le plus 
souvent en Angleterre. 

Le nombre des mécaniques va toujours en augmentant. 
40 métiers à tulles, représentant une valeur de 500000 francs, 
sont actuellement en construction. 

Les usines actionnées par la vapeur s'élèvent, h. Saint-Pierre, 
en 1855, au nombre de 20. 



ne 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Exposition univer- 
selle de Paris (1855) 




Blonde soie noire. (Maniez [lère, 1855. 



La Chambre de commerce de Calais prend une délibération 
protestant de nouveau contre l'admission, comme exposants à 

YExpositio7i universelle de Paris, des 
maisons d'achat ne possédant aucun 
métier et qui se présentent sous la 
rubrique : entrepreneurs de fabrica- 
tion; même lorsqu'elles se sont ren- 
dues, en les achetant, propriétaires 
des esquisses et des dessins repro- 
duits. Il y est dit que les simples 
marchands de tulles ne sauraient 
être admis à exposer, concurrem- 
ment avec les véritables producteurs. 

Néanmoins, deux maisons d'achat et d'apprêt : les maisons 
Vêtit et Quarez et Brunot et Lefebvre sont reeues et admises sous 
la dénomination : « maisons de fabrique », 
ce qui est absolument anormal et irré- 
gulier. 

Ainsi que le projet en avait été émis, 
en 1854, un groupe de fabricants asso- 
ciés décide définitivement l'envoi du 
métier modèle devant fonctionner à cette 
Exposition. 

La fabrique, en dehors du métier exposé, était représentée 
par un certain nombre de maisons et méritait les récompenses 
suivantes : 

1 Médaille d'honneur (or) collective; 

8 Médailles de 1" classe, attribuées à : 

MM. : Champailler fils aîné, de Saint-Pierre, pour ses joUes 
blondes de soie, ses guipures soie noire, ses châles et pointes, ses 
tulles à point d'esprit et ses beaux tissus de laine; 




Imitation Duchesse coton. 
A^cuxe Cardon et C''", 1855.) 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 117 

Herbelot fils et Genet-Dufay, de Calais, pour leurs den- 
telles Chantilly exécutées sur métiers Pusher, pour une belle 
pointe brodée fil de lin, leurs blondes de soie et divers autres 
produits ; 

Dubout fils aîné, de Calais, pour ses valenciennes, ses beaux 
articles en neurille et sa collection de dentelles brodées à 
l'aiguille ; 

L. Rébier et Valois, pour leurs parfaites imitations de 
valenciennes ; 

M"" V™ Cardon, "Watré et C'°, pour leurs beaux articles 
en neuville, leurs malines brodées à l'aiguille et leurs gnijno'es 
entièrement brodées au métier; 

Mullié, Bénard et Hermant, pour leurs dentelles de soie; 

Dognln fils et Isaac, pour une exposition distinguée de 
dentelles Chantilly, fabriquées sur des métiers à bobines; 

Robert Bellin et C'% pour un choix varié de blondes au 
métier et pour grands volants en dentelle, dite de Chantilly, et 
pour ses giiipnres. 

4 Médailles de 2° classe, accordées à : 

MM. Brunot et Lefebvre, pour un bel assortiment de den- 
telles Malines, brodées à la main, des neiœilles et de jolies blondes 
faites au métier; 

Lagache et Dessin, pour leurs valenriennes-platts au mé- 
tier; 

J. Dévot, pour ses jolies valenciennes-plalts au métier, de 
qualité courante et fine; 

Ed. Petit et E. Quarez, pour leurs valenciennes-platts et 
leurs fantaisies en divers fonds. 

Mention honorable à MM. Debaeker et Deslandes, pour 
leur belle collection de rideaux de tulle bobinot en jobs des- 
sins. 



118 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Coopérateurs récompensés 



Louis Renard, dessinateur, metteur en carte. 
P. Marion, » » » 

P.-J. Rey, » » » 

Aug. de Corte, » » » 

A. Bruenne, mécanicien. 
Debuck, mécanicien. 




Blonde de soie. (J. Franccs. 



Statistique. On Comptait alors, à Calais et dans le ressort de la Chambre 

de commerce, 620 métiers d'une valeur de 14 à 16 minions en- 
viron, occupant 5000 ouvriers et 
ouvrières et produisant un chiffre de 
marchandises s'élevant de 15 à 
'16 imllions de francs. 

A la suite de l'Exposition de 
1855, comme après celle de Lon- 
dres, en 1851, la fabrique reprend 
un nouvel essor et le nombre des métiers continue de s'ac- 
croître, malgré les droits élevés dont se trouvent encore frappés 
les cotons filés. 

M. Liévin-Delhaye dépose, au sujet de cette Exposition, un 
rapport très intéressant sur l'industine des tulles et dentelles 
mécaniques. 

Il cite tous les centres, grands et petits, où s'exerce cette 
fabrication, en faisant ressortir l'importance et la supériorité 
des produits de Saint-Pierre-les-Galais. 

Il signale aussi quelques beaux métiers d'un montage spécial 
et exclusivement affectés en Belgique à la fabrication des tulles 
clairs, pour Tapplication et la broderie à la main. 

Il nous est impossible de ne pas mentionner, en toute pre- 
mière ligne, le travail si remarquable et si documenté de M. Fkf.ix 



I 



ET DENTELLES MKCANIQUES. 



119 



AuBRY, rapporteur du dix-neuvième jury pour les dentelles, tulles 
et blondes. 

Ce rapport, qui surpasse tout ce qui a été écrit en ce genre, 
a fourni, depuis, les renseignements les plus exacts et les plus 
documentés sur l'industrie des dentelles. 

n a souvent servi de type à tous les travaux analogues qui 
ont paru à la suite des diverses Expositions. 

Mort de M. Robert "Webster à l'âge de soixante-quatorze m. Robert Wcbstcr. 
ans. Il était venu, en 1816, avec ses 
associés, MM. Clark et Bonnlngton, 
établir à Saint-Pierre un premier 
métier à tulle. 

Depuis, lui et les siens ont énergi- 
quement continué leur œuvre et con- 
tribué largement <à développer l'indus- 
trie des dentelles et à lui donner la 
belle place qu'elle occupe aujourd'hui 
parmi les industries nationales. 
Son nom mérite de rester inscrit en 
caractères ineffaçables dans les an- 
nales de la ville de Saint-Pierre, dont il a si gi-andement 
assuré le renom et la prospérité. 

Les dessinateurs-metteurs en carte réduisent leurs prix, qu'ils Mise en carte. 
fixent à nouveau comme ci-après : 

Pour les gros fils l franc. 

Pour les fines barres. . . . 0'',30. 
On dit que cette diminution n'est pas très bien accueillie par 
un certain nombre de fabricants. 

M. Champailler fils aîné est nommé Chevalier de la Légion Décoration. 
dlionneur pour services rendus à l'industrie tullière. Une grande 
fête est organisée dans son usine à l'occasion de cette dis- 
tinction. 




Blonde de soie. 
(■N'eiivc Cardon et C'«, 1855. 



120 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



18^6 



Dentelle Lama. La maison DoGNiN ET IsAAc, de Calais, produit une dentelle. 




Dentelle de soie noire. (Brunot et Lereb\i'c.) 

dite Lama, fabriquée avec du fil mohair, ou poil do chrvre, 
dans les bobines. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



121 



Cet article avait déjà été exécuté en 1852 par M. Fergusson, 
à Cambrai. 

M. Malâper installe à Créteil (près Paris) deux métiers Pushe)' 
et donne à ses produits, qu'il avait jusqu'alors vendus sous la 
dénomination de dentelle de Paris, le nom de dentelle de Créteil. 

19 juin. — M. Crèvecoeur, fabricant à Saint-Pierre, prend un Breveis. 

nouveau brevet de quinze ans pour un moyen mécanique per- 
mettant de découper très rapidement les tulles en laizes. 

23 septembre. — \Sxï brevet d'invention de quinze ans est pris 

par MM. Pearson et Topham, fabri- 
cants à Saint-Pierre, pour perfection- 
nements apportés dans la fabrication 
des tulles et dentelles. 

MM. R. ET F. BrRKFN avaient pris Riindos on finvois. 
en Angleterre un brevet pour fabri- 
quer, sur le métier Leavers, des 
bandes brodées sur la largeur du 
métier. Ils voulurent prendre aussi 
le même brevet en France. Mais, par 
une coïncidence extraordinaire, ils 
apprirent qu'ils avaient été devancés et que la maison Topham, 
de Saint-Pierre-les-Calais s'était déjà assuré le même procédé, 
par un brevet inscrit le 23 septembre 1856. 

La blanchisserie Calaisienne de tulles de coton, située à Rianc-hissoi-io. 




Dentelle de soie, bande en lra\ers. 
(Topham IVéres.) 




Platt bord dentelle. 
(Rébicr et Valois.) 



Guînes, est gérée par M. Laurent Gavelle, sous la direction de 
M. Maniez. 




122 L'INDUSTRIE DES TULLES 

Loterie. Le métier à tulle, exposé au Palais de l'Iudustrie en 1855, 

est mis en loterie, pour la somme de 30000 francs. 

Le boni laissé par cette opération devait être versé au Bureau 
de bienfaisance de Saint-Pierre; il fut de 894 francs. 
Ce métier fut gagné par M. Butler, de Nottingham. 
Population. . La populatiou de Saint-Pierre-les-Calais s'élève, en 1856, 

au chiffre de 12000 habitants. 
Récompenses. Il est procédé, à la Préfecture d'Arras, à la distribution so- 

lennelle de récompenses, en faveur des 
ouvriers et ouvrières de industrie et de 
l'Agriculture, qui se sont le plus distin- 
„, ,. ^ . , gués par un long séjour dans le môme 

Blondmette soie (1SÔ7). o i o j 

établissement ou par l'invention d'un pro- 
cédé utile à leur profession. 

Plusieurs candidats de Saint-PieiTe sont admis à participer à 
ces récompenses. 

Banque de France. Dcs déiiiarches sout faitcs pour obtcuir, à Calais, une succur- 

sale de la Basique de France. Il est dit, dans l'exposé de motifs, 
que cet établissement viendrait puissamment en aide au mou- 
vement commercial des villes de Calais et de Saint-Pierre. 

Caisse d'escompte. L'Admiuistration municipale de Saint-Pierre appuie le projet 

de l'établissement d'une Caisse d'escompte. La Chambre con- 
sultative donne aussi un avis favorable, estimant que cette insti- 
tution est appelée à rendre, à l'industrie locale, les plus grands 
services et qu'elle contribuera au bien-être et à la prospérité 
de la fabrique. 

La Chambre consvdtative proteste encore contre le projet de 
loi autorisant l'introduction des tulles de soie étrangers. 
Apprêt. M. Antoine Carret, maitre apprêteur de Tarare, fonde à 

Saint-Pierre-les-C cdais une maison d'apprêt. Il fut le premier pou- 
vant traiter et apprêter dans les conditions voulues, et de façon 
<à le rendre vendable, l'article dit « Petite blonde «. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



123 




Piiint de Paris enlacù coton. 
(Farrands frères, 18.00.) 



A l'occasion de la présentation d'un projet concernant la re- Cotons filés. 
vision du tarif des douanes, la Chambre de commerce envoie à 
Paris des délégués pour essayer d'obtenir 
l'abaissement à 8 francs du kilogramme, 
des droits dont sont frappés les cotons 
anglais, en vue surtout d'amener la fila- 
ture française à fournir les numéros em- 
ployés par la fabrique, à des prix plus 
raisonnables. 

MM. Hembert et Manfez, fabricants, font ériger une nouvelle Nom 
usine à vapeur sur un vaste terrain situé rues des Soupirants 
et du Cosmorama. Il s'élève d'autres usines à vapeur de tous 
côtés; notamment celles de MM.. Middleton frères, Henry Mevns, 
Jules Devot, Antoine D.xcbert, W. et G. Hall, Rébier et Va- 
lofs, etc., etc. 

M. HippOLYTE Raymond fonde une importante maison de vente Maison de vente. 
h Calais, 513, rue de la Douane. 



elle usine. 



1857 



Les journaux de Calais annoncent la vente d'un certain Vente de métiers. 
nombre de métiers de 132 pouces 11 points; 
116 pouces 10 points; 115 pouces 10 points 
et Q^ pouces 11 points. 

Une crise commerciale anglaise, qui dise eommciciaie. 
sévit à Nottingham, se répercute sur Calais 
et Saint-Pierre. Les métiers ne marchent plus la nuit et l'on 




l^etile j;uipure. 
(\\"' Maxton, IS50.) 



124 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Tiillos (lo soie. 



réduit les heures de travail. Néanmoins, le chiffre de la popu- 
lation atteint et dépasse même 14000 âmes. 

70 nouveaux métiers sont en construction. La fabrication des 




Potite hlondp. (IMnllet frères, 1Sj7.) 



Usine à vapeur. 



Fnlii'ication à bon 
niarché. 



tulles de soie est en souffrance par suite du renchérissement 
de la matière première et de la concurrence anglaise. 

La fabrique, dont la production s'était 
ralentie pendant un certain laps de temps, 
reprend bientôt son animation ordinaire à 
la suite d'importantes commandes remises 
sur la place. On signale qu'un seul acheteur 
a fait l'acquisition de 1500 à 1600 pièces 
é cru es. 

MM. HippoLYTE RicHEz, Jean-Baptiste 

CORDIER, ChAMPAU,LER FILS aInÉ, A. CaPELLE, 

Jane Maxton, Dubout fu.s aîné et Lheureux 
FRÈRRs, font monter des machines à va- 
peur pour actionner les métiers de leur 
fabrique. 

On raconte qu'un métier actionné par 
la vapeur et non doublé, c'est-à-dire 
n'ayant qu'un seul ouvrier [ce dernier étant 
parti le soir à son heure habituelle, en oubliant de faire tomber sa 
courroie), avait continué de marclier toute la nuit, en faisant 
sept racks sans casser de fils. Le patron, matinal, avait trouvé, à 
sa grande stupéfaction, sa machine fonctionnant toute seule de- 
puis la veille, sans son tullisto. 




Donlelle soie. (Maniez, ISô?.") 



ET DEiNTELLES MÉCANIQUES. 



nô 



18^8 



11 est question de la création, à Saint-Pierre, d'un comp- Comptoir de vente. 
toir général de vente des articles de la fabrique. 

La population de Saint-Pierre atteint presque le chiffre de 
loOOO habitants. 

La production de la place est évaluée à 18 millions environ. 

1" février. — MM. RéBIER et Brevet. 

Valois, fabricants à Saint-Pierre, 
prennent un brevet de quinze 
ans, pour application nouvelle 




Filet coton. (Eug. Biniont, 1858. 





Point de Paris Platt. 
(Rébier et Valois, 1858. 



Imitation de Malines pour être brodée 
à la main. (Quillacq, 1859.) 



de moyens connus à la fabrication des tulles et dentelles. Valeurs de douane. 

M. le Ministre du Commerce réclame, pour la Commission 
des valeurs, une série de renseignements sur le prix moyen au 
kilogramme des tulles de coton exportés. 



12(i 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Usine à vapeur. M. Leleu Fermânt fait monter une machine à vapeur dans son 

usine de la rue du Temple. 
Reprise des adaires. A la suite de la visitc de plusiours gros négociants, un 
mouvement assez marqué se manifeste de nouveau dans la fa- 
brique, principalement dans les tulles et les dentelles de coton. 
Il était temps, au dire de beaucoup de fabricants qui atten- 
daient très anxieusement cette reprise. 



1859 




Platt imilaLion Valcnciennes. 
(Marcelin- Vernalde, 1858.) 



Drawback. Une lettre, signée de fabricants et de négociants, est adressée 

à la Chambre consultative pour lui 
demander d'inviter la Chambre de com- 
merce à réclamer une augmentation 
considérable de la prime à la sortie, 
pour les exportations de tulles et de 
dentelles. 
Brevets. 3 Septembre. — Un brevet d'invention de quinze ans est pris 

par MM. Roper et Need, fabricants à Saint-Pierre, pour la fabri- 
cation de voiles et de voilettes, en tulle 

brodé, produits mécaniquement et sans 

couture. 

10 septembre. — M. Joseph Gaillard, 

fabricant à Saint-Pierre, prend un brevet 

d'invention pour un système de jeu de 

barres, propre à la fabrication des voilettes, pointes, châles, etc., 




Entre-deux Neuville coton. 
(Verrez, 1839.) 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



127 



en tulle, et pour la production de ces articles, « comme étant 
brodés sans coufure ». 

Les affaires s'étaiit ralenties, par alternatives, depuis deux an- Situaddiidusaiiaiics. 
nées, une espèce de crise continue à sévir 
et, loin de s'amoindrir, elle semble, tout au 
contraire, s'accroître de jour en jour. 

Certains fabricants, un peu découragés, 
ne sont pas éloignés de s'expatrier en Bel- 
gique où des avantages leur sont offerts au point de vue écono- 
mique. Indépendamment de ce qu'ils profiteraient d'une diminu- 
tion très sensible des droits de douane sur les matières pre- 
mières, les locaux, la force motrice et les frais généraux leur 
sont proposés à des prix beaucoup plus bas qu'en France. 



i lii)iïr,r,r^TO i -, ii ii^ ii ^i^;i i î^ 






Guipure nuire. 
(W'" MaxLon, isjîl. 



Une nouvelle requête, plus instante et plus marquée, est 
adressée ])ar la fabrique de Calais à l'Empereur Napoléon 111, 

par l'intermédiaire de la Chambre 
de commerce, en vue d'obtenir 
l'abaissement des droits d'entrée sui- 
les filés de cotx)n. 

Il y était démontré que la pro- 
tection accordée aux filateurs fran- 
çais était excessive et cela, d'autant 
plus, que ces derniers établissaient 
des prix par trop élevés, par rap- 
port à ceux pratiqués en Angle- 
terre. 

Par exemple, le n" 40% vendu 
5^'',75 à 6 francs en France, était coté 3 francs à 3'', 30 en Angle- 
terre. 

Le n" 170-, payé en France 15 à 16"-,50, était coté 8''',50 
à 8", 80 en Angleterre; ce qui permettait aux fabricants anglais 




DcnU-lle lînljinot. (^^'cst, 18ôS. 



128 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Chariots et Ijohines. 



Colons en balle 



Exposition Rouen- 
naise. 




Laize fantaisie. (Tribouillard. LSôS. 



de vendre leur marchandise 25 à 30 p. 100 meilleur marché 
que leurs concurrents français. 

Le gouvernement, qui s'occupait alors de la revision du tarif 
des douanes, tint compte l'année suivante de ces réclamations, 
soutenues et appuyées par tous les corps constitués de Calais 
et de Saint-Pierre. 

MM. John Bkown et J. Merlin, mécaniciens, fondent une 
maison pour fabriquer les inté- 
rieurs de métiers à tulles. 

11 est démontré que la con- 
sommation du coton a augmenté 
depuis quatre-vingts ans dans 
la proportion de iOO à 300 et 
que, pour cette raison sans 
doute, les stocks se sont trou- 
vés épuisés, au point de faire augmenter celte matière première 
de 50 p. 100. 

Une association s'organise pour en provoquer la culture et 

pourvoir à l'approvisiomiement des marchés de cotons en masses. 

Une Exposition de dentelles véritables et autres devant 

s'ouvrir à Rouen, la Chambre consul- 
tative de Saint-Pierre insiste auprès 
de la fabrique pour qu'elle s'y fasse 
convenablement représenter. 

Les fabricants ne peuvent que 
trouver profit à participer à cette 
Exposition. Ils doivent comprendre 
qu'il est d'un très grand intérêt pour 
eux de voir de près tous les dessins de dentelles et de blondes 
des exposants du Calvados, de l'Eure, etc. MM. Lagache et Dessin, 
H. Raymond et Yaldelièvre fils et C'°, sont les seuls industriels 
de Calais ayant répondu à cet appel. 




Puinl de Paris Platt. 
(Lagache et Dessin, 185S.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



129 



Juillel. — Quelques bonnes commandes arrivées sur place 
donnent un supplément d'activité à la fabrique. 

M. F. Stevenson, metteur en 
œuvre à Nottingliam, fonde une 
succursale à Saint-Pierre. 

M. François Bacquet fait mon- Usine à vapem 
ter dans sa fabrique, située rue 





Dentelle de soie. 
(Ti)i)liaiii IVèi'es, ls.")7.; 



PlulL lin, iniiLalion de \'alenciennes. 
yMuUet IVères, 1Nj7.) 



Lafayette, une machine à vapeur destinée à actionner ses métiers 
à tulles. 

Novembre. — Une certaine activité se fait remarquer dans 
la fabrication des tulles, à Calais. 

La reprise semble être plus franche et plus générale que 
précédennnent. 



130 L'INDUSTRIE DBS TULLES 



1860 



Traite de co.nn.eice. Cette aniiéc 1860 marquc la date d'un «raiid événement qui 
devait donner à la France un redoublement d'activité dans les 
transactions commerciales et déterminer une certaine période de 

prospérité; c'est de la conclusion du 
traité de commerce avec l'Angleterre 




que nous voulons parler. 

Saint-Pierre-les-Calais ne pos- 
iniitation guipuie coton. sédait alors quc 663 machines à tulles, 

(jouare et Riedo-, 1860.) ^^^^^.^ ^^^ Notthigham en exploitait un 

bien plus grand nombre, de tous systèmes. 

Ce traité améliora considérablement la situation de la fabrique 
du Calaisis, en obligeant les filateurs à transformer leur matériel 
et à produire enfin tous les numéros nécessaires à la fabrication 
de la dentelle mécanique. 

Le besoin d'une diminution des droits d'entrée sur les cotons 
se fait sentir plus que jamais. Le coton filé anglais qui supporte, 
à l'entrée en France, un droit de 9'',60 le kilogramme, ne paie que 
0['',05 en Belgique. 

Il est établi que cette matière première coûte à la fabrique de 
Calais jusqu'à 60 p. 100 et plus, qu'à la fabrique de Nottingham. 

Par exemple, le 40^'°'"% qui vaut en Angleterre 3'',25, revient 

en France à 5f',75 le kilogramme, et le 170-'"""% qui vaut en 

Angleterre 16 francs, revient en France à 24 francs. 

M.H.Lebiond,n>ai.e M. Henri Leblond, Maire de Saint-Pierre, délégué de la Chambre 

délégué. consultative, présente, au nom de la fabrique, à M. le Ministre 



ET DEiNTELLES MÉCANIQUES. 



131 




Point de Paris, fantaisie coton 
(Goret, ISOO.) 



du Commerce, un rapport sur la situation difticile de l'industrie 
des tulles. Ce rapport conclut à ce que le droit sur les cotons 
filés retors soit ramené aux chiiïres ci-après : 

O''',o0 le kilogramme sur les n"' 30 à lUU inclusivement. 

1 franc » » 100 à J60 

2 francs » » 170 à 240 » 
4 francs » » 2o0 et au-dessus. 

Dans la convention complémentaire intervenue avec la Grande- 
Bretagne en décembre 1860, satisfac- 
tion a été accordée, sur ce point, aux 
vœux de la Chambre de commerce et de 
la Chambre consultative. 

Une enquête parlementaire fait savoir Caudry. 

qu'en 1860 il existe à Inchy (Nord) plu- 
sieurs métiers à tulles, et que Caudry est déjà un centre assez 
important de production tuUière. 

M. Galoppe, ancien employé de M. Malapek, achète à M. Cha.m- Dentelle de France. 
PAILLER ses métiers Piishcr et trouve le moyen, par l'emploi de 
soies très fines, de donner une nouvelle et meilleure apparence 
à son article, qu'il présente sous le nom de « dcniellc de France», 
dénomination déjà adoptée par la maison Dogmx, en 1844. 

Au mois d'août de cette année, M. Edaiond Mai.let, délégué m. Ed. Maiiet, déié- 

par la Chambre de com- t^^::ir'''' 

inerce de Calais, va dépo- 
ser à Paris, devant une 
Commission présidée par 
M. ScHNLiDEK, pour foumir 

des renseignements sur l'industrie des tulles et dentelles 
mécaniques et réclamer certains avantages nécessaires à son 
développement. 

Il expose, avec beaucoup d'autres détails, qu'une machine à 




Dentelle de soie plume. ,1. Gaillard. 18G0.) 



13-2 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Chambre consulta- 
tive. 



Contributions. 



Cours du tulle en 
ccru. 



tulle, mise en route, coûte environ 12000 francs; qu'il suffit d'un 
cheval-vapeur pour faire marcher quatre métiers; que le prix du 
charbon varie de 21 à 24 francs la tonne; que le salaire des 
ouvriers conduisant ces métiers est de 25 à oO francs par se- 
maine; celui des femmes employées aux accessoires, de 10 à 
12 francs, et celui des apprentis, 5 à 6 francs; que la main- 
d'œuvre est de 32 p. 100 de la valeur du produit, et de 50 p. 100 
comparée à celle de la matière première; qu'enfin, le prix du 
blanchiment, de la teinture, de V apprêt et du finissage est de 20 à 
25 p. 100 de l'importance du tulle écru, tel qu'il descend du 
métier. 

La Chambre consultative, afin d'éviter la perturbation qui ne 
saurait manquer de résulter de l'appli- 
cation du nouveau tarif douanier sur 
les cotons filés, simultanément avec 
l'introduction des tulles, demande à ce 
que l'application de la nouvelle tarifica- 
tion sur les cotons filés précède, de 
six mois au moins, l'entrée des tulles 
anglais prohibés jusqu'à ce jour. 

Elle renouvelle aussi la demande, 
déjà formulée par elle, pour obtenir l'exemption de l'impôt des 
portes et fenêtres pour les usines à tulles. 

Elle appelle encore l'attention de l'adminis- 
tration sur l'impôt énorme et toujours croissant 
des patentes et autres contributions diverses, 
en réclamant un remaniement complet des 
chiffres servant de base à ces impositions. 
Le prix des articles platts, neuville^ etc., était en 1847 
établi sur la base de 4 centimes 1/2 à 5 centimes du pouce, 
pour la vente en écru. 

En 1859, ce prix est descendu à 3 centimes 1/4, 3 cen- 




Dentelle de soie plume. 
(Cordier frères, 1860.) 




Neuville blanc iîl. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



133 




Kntretlpiix imitation guipure ilo soie noire 
(J. Friinces. isiîo.) 



times, et en 1860, à 2 centimes 3/8 et même 2 centimes 1/8. 

Les filets (dits carrés) et les points de Paris se vendent 
2 centimes le pouce et quelquefois moins. 

La fabrique de Saint-Pierre compte actuellement environ 
660 métiers, dont 475 mus par la vapeur et 185 tournant encore 
à bras. 

Octobre. — La fabrique [de dentelles de Calais \ devient lan- 
guissante et les affaires 
sont au grand calme. Plu- 
sieurs fabricants montent à 
la soie ; d'autres réduisent 
leurs frais généraux et ne 
travaillent plus la nuit; la 
plupart profitent de ce 
temps d'arrêt pour se pré- 
parer à faire face au nou- 
vel état de choses, et s'occupent de créer des articles nouveaux. 

La levée de la prohibition pour les tulles et l'admission pro- 
chaine des cotons filés anglais jette un peu d'inquiétude sur la 
place. 

Les uns croient que l'ellét de ce traité et des conséquences 
qu'il entraîne, ne sera pas immédiat. 

Les autres estiment que les affaires vont reprendre aussitôt 
que les nouveaux règlements de douane seront mis en vigueur. 
En attendant, les démarches les plus pressantes sont faites au 
nom de la fabrique auprès du gouvernement, pour obtenir une 
grande réduction des droits d'entrée sur les filés de coton re- 
tors et sur les métiers venant d'Angleterre. 

Le Ministre répond à la Chambre de commerce au sujet des 
démarches tentées par certains capitalistes belges, en vue de 
détourner, au profit de leur pays, une partie de la tuilerie 
française. 



Elat clos affaires. 



134 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Copies de dessins. 



Nouvelle usine à va 
pcii}'. 



Brevets. 




Le Ministre fait aussi savoir qu'il a mis à l'étude la ques- 
tion de l'admission, en franchise temporaire, des fils de coton 
destinés à être réexportés sous forme de tissus. 

Depuis quelque temps, de nombreux procès en contre- 
façon ont lieu entre fabricants et 
négociants. 

Le Conseil des Prud'hommes, 
d'accord avec le Tribunal de com- 
merce, réglemente les moyens de 
déposer les dessins, afin d'enle- 
ver toute incertitude, sur la vali- 
dité de la propriété industrielle. 
On espère, de cette façon, fer- 
mer la plaie dont la fabrique 
loyale se plaint avec juste raison. 
Chacun convient en effet qu'il n'y 
a plus de respect pour la pro- 
priété des dessins, et le mal est devenu si commun et si intolé- 
rable, que les fabricants ont dû en arriver à un point de résis- 
tance et de réforme qui s'est révélé par de nombreux procès en 
contrefaçon intentés coup sur coup. 
M. EoGÈNE BouTROY fait établir, dans 
son usine située rue du Cosmorama, 
une machine à vapeur pour actionner 
ses métiers à tulle. 

28 janvier. — M. Robert Maxïon, 
fabricant à Saint-Pierre, prend un bre- 
vet d'invention de quinze ans pour 
perfectionnements apportés dans la 
fabrication des tulles et dentelles. 

9 mai. — M. Qdu.lacq, fabricant à Calais, pi'end un brevet 
de quinze ans pour appHcation du métier à tulle système 



• 



Dentelle de soie noire. (.T. (laillard, iSfiO.) 




Dentelle blmule de soie. 
(Roper, 1860.) 



ET DENTELLES MÉGANIQUES, 135 

Leavers, monté en bandes, à la fabrication des voilettes de tulle 
de formes arrondies, produites mécaniquement et sans coutnre. 
8 juin. — MM. Lheureux frères, fabricants à Saint-Pierre, 
prennent un brevet de quinze ans pour perfectionnements ap- 
portés à la fabrication du tulle. 

30 juin. — MM. Bellin et C'% fabricants à Saint-Pierre, 
prennent un brevet de quinze ans pour perfectionnements de la 
fabrication du tulle. 

14 juillet. — M. E. Bertrand, fabricant à Saint-Pierre, prend 
un brevet de quinze ans pour la fabrication sur métier à tulle 
d'une imitation de crêpe, dit crêpe de tulle, avec dessins brochés 
ou brodés. 

24 juillet. — MM. RérU'R et Valois, fabricants à Saint- 
Pierre, prennent un brevet de quinze ans, pour mat de (ulle. 

31 juillet. — M. ,1. Gaillard, fabricant à Saint-Pierre, prend 
un brevet de dix ans pour perfectionnements, sur métiers à 
tulle, i\(' la fabrication des voilettes, etc.. 



1861 



Un avis, publié dans le journal de Saint-Pierre, informe les Exposition imivcr 

, soUe de Londres. 

industriels de la circonscription de la Chambre consultative, qu une 
Exposition universelle doit s'ouvrir l'année prochaine à 
Londres et les invite à venir prendre au secrétariat tous les 
renseignements nécessaires à ce sujet. La même note ajoute 
qu'il est essentiel que la fabrique de dentelles de Saint-Pierre 
soit dignement représentée à cette Exposition. 



13G 



L'INDUSTRIE DES TULLES 




Dentelle de soie. (J. Gaillard, 1861. 



Conseil de PriKiiiom- La Chambre consultative adresse à M. le Ministre de l'Agri- 

nics. 

culture et du Commerce une pétition tendant à la création d'un 
Conseil de Prud'hom- 
mes, à Saint-Pierre, afin 
d'éviter les pertes de 
temps causées par le 
déplacement des justicia- 
bles et autres, pour se 
rendre à Calais. 

Situation de la place. MaVS. La situatioU 

difficile signalée en dé- 
cembre dernier devient meilleure. Des commandes sont données 
à la fabrique en assez grande quantité, pour qu'on puisse espé- 
rer une amélioration plus accentuée lorsque le nouveau système 

douanier sera appliqué; c'est-à-dire le 
1" octobre prochain. 

D'ailleurs, la place de Saint-Pierre a 
pour elle des auxiliaires qu'on peut diffi- 
cilement lui discuter : c'est le goût et la 
délicatesse apportés dans les dessins et 
les soins donnés à la fabrication. 

Beaucoup de maisons d'achat importantes établissent, soit 
leur siège, soit leur succursale à Calais, notamment la maison 
Sarrazin frères et Bonneyille. 

Les négociants se plaignent de ne pas trouver, parmi les 
employés de la place, assez de comptables professionnels. Les 
maisons importantes sont obligées d'en faire venir du dehors. 
Un rapport au Conseil d'arrondissement signale un fait assez 
singuUer : c'est que malgré les plaintes générales, l'incertitude 
du présent et les appréhensions de l'avenir, la population de 
Saint-Pierre s'est accrue de près de 2000 âmes pendant les 
cinq dernières années. 




Neuville coton. 
(Lafon-Lefebvre, 1861.) 



Nouveaux négo- 
ciants. 



Comptables. 



Population do Saint 
Pierre. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



137 



On y compte aujourd'hui plus de 15 000 habitants, dont 6342 ou- 
vriers et ouvrières. 

D'autre part, et bien qu'on soit, comme on veut bien le 
dire partout, en état de souffrance, la 
bâtisse est toujours en activité. 

On voit beaucoup de maisons en cons- 
truction, depuis la modeste habitation de 
l'ouvrier, jusqu'à la splendide demeure du 
maître, sans compter les usines qui s'é- 
lèvent de tous côtés. 




Dentelle de soie. 
(Ad. Mullié, 1S61.) 



Le jury central de revision pour VEx- Exposition univer 

. . , . selle de Londres. 

position de Londres en 1862, jury dont 



fait partie M. LiÉviN-DELiiAvr;, a mis à la 
disposition de la Chambre consultative, pour les exposants de 
Saint-Pierre, un emplacement de 12 mètres, 

22 janvier. — Brevet d'invention de quinze ans pris par 
MM. Hall frères, fabricants à Saint-Pierre, pour perfection- 
nements dans la fabrication des articles 
tulles, dentelles, blondes., etc., de réseaux 
et de points ([uelconques. 

2 novembre. — Certificats d'addition 
aux mômes. 

22 février. — Brevet d'invention de 
quinze ans pris par M"° Jane Maxton, 
fabricante à Saint-Pierre, pour l'adoption 
d'un système de bord pour les tulles en 
bandes en général et spécialement pour les guipures. 

5 mars. — Brevet d'invention de quinze ans pris par MM. Hall 
FRÈRES, fabricants à Saint-Pierre, pour perfectionnements dans la 
construction des métiers à tulles. 

2 novembre. — Certificat d'addition aux mêmes. 

14 juin. — Brevet d'invention de quinze ans pris par M Mi:- 




Lai/.c résille. 
(West aîné, 1S61.) 



Rrexets. 



138 



L'INDUSTRIE DES TULLES 




]"lnlredeii\ dentelle soie. 
(Toijlinni frères, 1861.) 



quinze ans pris par 



gnien-Méhaux, pour une imitation de dentelle faite à la main. 
3 juillet. — Brevet d'invention de quinze ans pris par MM. To- 
PHAM FRÈRES, de Saint-Pierre, pour la fabrication d'une certaine 
imitation de dentelle. 

7 août. — Brevet d'invention de quinze ans pris par M. E. Ber- 
trand, fabricant à Saint-Pierre, pour appli- 
cation du système Bobinot, à la fabrication 
du tulle BisJtop ou de l'imitation du tulle 
bobin, sur métier Leavers. 

M septembre. — Brevet d'invention de 
quinze ans pris par MM. Bébier et Valois, 
fabricants à Saint-Pierre, pour un genre 
de fond de tulle. 

9 octobre. — Brevet d'invention de 
Bellin et C' pour introduction, dans le 
fond du tulle, d'une sorte de mousseline dentelle ; perfection- 
nement de ce fond par le rangement 
des barres, au même stop et spécia- 
lement pour la mousseline, par l'em- 
ploi particulier d'un fil de bobine et 
d'un fil de chaîne. 

10 octobre^ — Brevet d'invention 
de quinze ans pris par M. Wakland, fabricant à Saint-Pierre, 
pour une machine destinée à pher le tulle en bande. 

17 octobre. — Brevet d'invention de quinze ans pris par 
M. Crèvecoeur, fabricant à Saint-Pierre, pour la manière de dis- 
poser le tulle pour la facilité du découpage, en le tendant 
dans le sens de sa largeur sur un métier à rouleaux, avec 
supports échelonnés. 

27 novembre. — Brevet d'invention de quinze ans pris par 
MM. Fourgaut, Leclerc et C'% fabricants à Calais, pour l'appli- 
cation, au métier à dentelle, de l'eftilage mécanique. 




Imitation guipure. 
(C. Bellin et G% 1S61.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



139 



30 novembre. — Brevet d'invention de quinze ans pris par 
M. A. Dagbert, fabricant à Saint-Pierre, pour broderie dentelle 
sur tulle uni. 

17 décembre. — ■ Brevet d'invention de quinze ans pris par 
M. Wragg, fabricant à Saint-Pierre, pour 
picotage dentelle dans les jours, imi- 
tant la dentelle au fuseau, dite vraie 
blonde. 

18 décembre. — Deux brevets d'in- 
vention de quinze ans pris M. G. Pur^STOan, fabricant à Sainl- 
Pierre, pour perfectionnements dans la fabricnlion dos (ulles 




Guipure coton. (Lafon, 1S61.) 



1862 



MM. HRRBEr.Oï Fir>S RT GRNKT-DtirAV et DinRCEe'C.O-Cr.RSPIIV, fabl-i- l'sinos à vaiiour. 

cants de tulles, font établir des machines à vapeur dans leurs 
usines respectives situées rue Saint-Denis, à Calais, et rue des 
Qnatre-Coins, ;i Saint-Pierre. 




Blonde de soie (ISf)2 



M. Antoinr Carret, apprêteui- et teinturier, monte une tein- Teintures et appi-éts. 
turerie dans sa propriété, rue des Communes, à Saint-Pierre. 



140 L'INDUSTRIE DES TULLES 

M. RiGH. Taylor monte aussi une teinturerie pour tulles et den- 
telles dans la propriété qu'il occupe, Grande Rue, n° 475, à 
Saint-Pierre. 

M. Georges Green obtient l'autorisation d'établir une teintu- 
rerie, rue Neuve, n" 765. 

M. Georges Elliot installe également une teinturerie, quai du 
Commerce, n° 684. 

M. James Wragg, fabricant de tulle, monte une teinturerie 
dans ses ateliers, rue des Prairies. 

MM. Petit et Bebray forment entre eu.x une société en nom 
collectif, pour l'apprêt des tulles de soie et de coton. Le siège 
de la société est fixé à Calais, rue de la Douane, au coin de 
la rue du Ilazard. 

M. Isaac Croft établit une teinturerie dans la propriété qu'il 
occupe, rue de Vie, à Saint-Pierre. 

Le grand développement donné à la fabrication de la dentelle 
de soie a été la cause principale de la création de ces nom- 
breux établissements de teinture et d'apprêt. 
Procès en confrefa- De nombrcux procès en contrefaçon sont encore, cette année, 
intentés et en cours d'instance, soit de- 
vant le Tribunal de commerce, soit en 
cour d'appel de Douai. W^^^MW 

EncouragcmcnLùi'in- Lc gouvcmement vient en aide, par un 

'^"'*"''' prêt de 300000 îr., h wi grand indus- Fond bishop à boi-d dentelle. 

^ ' c ^^_ Prilliez, 1862.) 

triel de Saint-Pierre, dont le capital était 

compromis par les recherches et les essais de toutes sortes 
auxquels il se livrait, pour faire faire de nouveaux progrès à 
l'industrie tullière et provoquer son développement. 

Cette intelligente libéralité n'eut pas les effets bienfaisants 
qu'on en attendait. 

Elle ne profita malheureusement gîi'à des tiers, contre les- 
quels on ne s'était pas assez prémuni, et la chute de la 




ET DENTELLES MECANIQUES. 



141 




Jacquard Sloinie. 



maison devint imminente. Cet établissement important dut dispa- 
raître quelques mois plus tard. 

M. le Préfet du Pas-de-Calais fait écrire à l'inspecteur du inspection du u-avaii. 
travail que les rapports qui lui sont parve- 
nus sur l'exécution, dans son département, 
de la loi concernant la durée du travail 
des ouvriers dans les usines, constatent 
que les prescriptions de cette loi ne sont 
pas partout observées avec Texactitudo dé- 
sirable. 

Il prie de rappeler ces prescriptions à i-^'i^<^*"i>^'«-^Vcst,is62.) 

tous les chefs d'usine ou de fabrique, intéressés à les con- 
naître. 

Un mécanicien de Calais, M. Storme, vient de trouver un procédé 
extrêmement simple et ingénieux [)our rinstallation des Jacquards 
employés dans les métiers à tulles. 

Un métier monté avec ce système de Jacquard breveté fonc- 
tionne, paraît-il, dans les meilleures conditions chez M. Eugène Bi- 
MONT, fabricant à Saint-Pierre. 

Les brevets suivants ont été pris au cours de l'année 18G2 : 

En janvier. — Par MM. Towlson, de Saint-Pierre, pour fabrica- 
tion spéciale de la dentelle sur les métiers à tulles. 

En février. — Par M. Pillaud, pour un système de rehaussage 
de la petite blonde au moyen de la colle. 

En avril. — Par MM. L'heuheux frères, de Saint-Pierre, pour 
perfectionnements apportés dans la fabrication des tissus à mailles. 

En mai. — Par MM. Topham frères, de Saint-Piërre, pour nou- 
veaux perfectionnements dans la fabrication de la dentelle. 

En mai. — Par MM. Dubout et ses fils et H. Stubrs, de Calais, 
pour un levier bascule applicable à toute espèce de Jacquard pour 
métiers à tulle. 

En juin. — Par M. Grenier, mécanicien à Saint-Pierre, pour un 



Brevets. 




142 L'INDUSTRIE DES TULLES 

système spécial de jeux de droppers dans les Jacquards des mé- 
tiers à tulles et autres. 
Exposition univei- Dix-liuit fabricants de Calais et de Saint-Pierre vont représenter 

selle de Londres 

(1862). la dentelle mécanique à cette grande et importante Exposition. 

Ils figurent dans la classe 24, qui comprend les dentelles, les 
broderies, la passementerie et la tapisserie. 
M. Félix Aubry, rapporteur pour les den- 
telles véritables, donne néanmoins quelques 
appréciations sur la dentelle mécanique. 
Fantaisie coton, dite H dit, daus SOU rapport, quc les blondes 

lilet ou carre (1862). , . 

et dentelles travaillées mécaniquement pré- 
sentent une importance manufacturière, industrielle et commer- 
ciale, des plus considérables. 

C'est, dit-il, une industrie dont l'avenir lui paraît destiné aux 
plus grands succès. 

Il constate, avec une légère amertume, les perfectionnements 
de cette fabrication, particulièrement dans l'imitation des blondes 
de soie. Il signale les dentelles genre Chantilly, faites sur métiers 
Pusher et Leavers, leurs qualités, par rapport à leur bas prix, les 
genres Lama, etc., etc. 

Mais son attention est surtout appelée sur un produit nouveau 
qui paraît avoir beaucoup préoccupé le jury et plus encore les 
fabricants de Calais et de Nottingham. 

Il s'agit d'une espèce de dentelle qui, bien que travaillée méca- 
niquement, représente à s'y méprendre de la véritable dentelle aux 
fuseaux. 

Ce produit est exposé par MM. Planche, Lâfon et Syval. Bien que 
ce ne soit qu'un essai n'ayant pas encore subi l'épreuve commer- 
ciale, le jury a considéré cette nouvelle dentelle comme un progrès 
immense, réalisé dans la fabrication des dentelles à la mécanique. 

Il a tenu à la récompenser et à la mentionner spécialement. 

M. Ed. Mallet, rapporteur pour les tulles et les dentelles à la 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 143 

mécanique, a fait, sur la Section VllI de la classe 24, un travail 
très documenté et très intéressant. 

Il y apprécie d'abord les beautés et les qualités de la dentelle 
véritable; il indique comment le prix élevé de ce produit délicat 
a naturellement poussé les inventeurs à faire intervenir la machine 
et les a amenés à essayer de résoudre le problème de remplacer par 
des organes mécaniques, la dextérité de la main et aussi com- 
ment, après un siècle entier de recherches, d'études et de tâton- 
nements, on était arrivé à créer une machine admirable de puis- 
sance et de précision mécanique, avec l'application du système 
Jacquard, au métier Pusher en 1839 et aux guide-barres du 
Leavers, en 1841. 

M. Edouard Mallet expose encore comment on put, sur celle 
machine, obtenir les réseaux les plus va- ^^^^^^^^^^^^ 
ries, les toiles les plus divers, l'écaillé, le W^^^^^^^^^^m 

de la dentelle. Il considère, avec juste rai- W^^^I^^^0^^iÊ 
son, cette invention comme un bienfait ^jjjjgjjjjjjj^jjj^^ggji^ 
véritable, ayant provoqué des consomma- Neuviiif biimc ai. 

iPrilliez, 1862.) 

lions nouvelles par l'abaissement du prix 

des produits et comme ayant, enfin, mis un arlicle de luxe à la 

portée de toutes les bourses. 

M. Edouard Mallet, se reportant à l'enquête commerciale de 
1860, rappelle qu'à cette époque il y avait à Noltingham, centre 
principal de l'Angleterre pour la fabrication de la denfelle de soie : 

Métiers Warps (à la chaîne) 000 

Métiers Bobins pour les brochés. . . . 1030 
— pour les unis 370 



Ensemble : 2000 métiers 

d'une valeur de 20 millions de francs, produisant 40 millions de 
marchandises et occupant 8000 ouvriers environ. 




atmn-%-1 



144 L'INDUSTRIE DES TULLES 

La fabrication des tulles et des dentelles de coton occupait 
1500 métiers Bobins et 300 métiers à la chaîne, d'une valeur dé 
18 millions, donnant 25 millions de produits et employant 7 000 ou- 
vriers. 

L'ensemble de ce matériel réuni comporte, pour l'Angleterre, 
un matériel de 3800 métiers, d'une valeur de 40 millions de francs, 
pouvant être portés à 60 millions et au delà, en y comprenant les 
immeubles, les moteurs, les ateliers de construction, d'apprêt, de 
teinture, etc., etc. 

H représente 70 millions d'affaires et donne du travail à envi- 
■ - • • ron 15000 ouvriers, en dehors des 

brodeuses, découpeuses, confec- 
tionneuses et autres, dont le nom- 
bre est considérable. 

En France, dit M. Eu. Mallet, 

IiniLution denlcllc de Lille. 

c'est Saint-Pierre-les-Calais et 
Calais qui sont le siège principal de la tuilerie de soie et de 
coton. On y compte, d'après l'état des contributions du mois de 
décembre 1861, 790 machines, savoir: 

Métiers Leavers 645 

— Circulaires 92 

— Bobins 20 

— Warps 18 

— Pushers 12 

— Mulets 3 

Total : 790 métiers 

d'une valeur de 12 à 14 millions, y compris les immeubles et les 
machines à vapeur qui font mouvoir ce matériel. 

La production est de plus de 15 milhons et elle occupe au delà 
de 7 000 ouvriers et ouvrières. 

A ces 790 métiers, on peut ajouter une dizaine de métiers en 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 145 

construction ; ce qui en porte le nombre à environ 800, soit à peu 
près 50 machines en plus, depuis l'Exposition universelle de 1855. 

La fabrication des tulles unis, Bruxelles et autres, en coton est 
pratiquée dans le Cambrésis; elle occupe 400 métiers, dont 13 
seulement ont un moteur à vapeur. 

La tuilerie de soie lyonnaise présente deux catégories de pro- 
duits : les unis et les brochés. 

Les unis occupent 382 métiers, la plupart circulaires, mus à 
bras d'homme ; le chiffre d'affaires est ^^^^^^^^^^^^^ 

Les brochés se font sur 350 métiers à Bf^^^^^^^^B 
de produits destinés, en presque totalité, imitatidndedentciiecrAiTas. 

(G. Pulsford, 1862.) 

à 1 exportation. 

Il y a lieu d'ajouter 100 métiers Circulaires et Pushers, fabri- 
quant à Lyon, Amiens et Lille, des châles, pointes, volants et 
des imitations de Chantilly. 

En récapitulant, nous trouvons : 

Pour l'Angleterre 3800 métiers 

Pour la France. 2020 » 

Pour les autres pays de l'Europe. . . . 400 » 

Total : 6220 métiers 

d'une valeur totale de 90 à 100 millions, donnant lieu à un mou- 
vement d'affaires de 120 milhons et occupant au delà de 60000 ou- 
vriers et ouvrières. 

L'Angleterre et la France figurent seules à l'Exposition de 
Londres pour cette grande industrie. 

M. Mallet, dans la suite de son rapport, apprécie les articles 
exposés et le résume au point de vue français en disant que nos 
fabricants ont tenu à Londres une grande et belle place; qu'ils 

10 



146 • L'INDUSTRIE DES TULLES 

se sont même distingués de leurs concurrents de Nottingliam, 
dans les genres soie, par un choix plus complet et plus parfait 
des produits de consommation générale, en même temps qu'ils 
étaient loin de se laisser dépasser dans la fabrication des articles 
riches et exceptionnels. 

Quant aux dentelles de coton, tout en payant ses cotons filés 
15 "/o plus chers que sa rivale, Saint-Pierre trouve encore le moyen 
de vendre un peu de ses platts et de ses neiivilles sur les marchés 

Anglais et même de soutenir la concur- 
rence sur les marchés étrangers. 

La fabrique calaisienne com- 
mence à se remettre de ses préoccu- 
pations à l'endroit du traité de com- 
merce, et en présence du succès de 
sa tuilerie de soie, qui dispose de 
matières premières exemptes de droits 

Dentelle de soie (1862). „ , ■,, , i , 

d entrée, elle demande le même régime 
pour sa tuilerie de coton, c'est-à-dire l'affranchissement des filés; 
même au prix de la libre entrée du produit fabriqué. 

Les récompenses obtenues par nos fabricants à l'Exposition 
de Londres sont les suivantes : 

Médailles 

A' MM. E. BiMONï, pour dentelles blanches et noires et tulles en 

laize de bonne qualité; 
Brunot et Lefebvre, pour tulles et imitations de dentelles 

d'un mérite considérable; 
CoRDiER FRÈRES, pour dentellcs noires et blanches de bonne 

qualité ; 
DuBOUT aIné et ses fils, pour variété de dentelles, articles 

d'usage et de bon marché ; 




ET DENTELLES MECANIQUES. 



147 



A MM. Herbelot fils et Genet-Dufay, pour blondes et tulles de 
soie imitant bien la vraie dentelle; 

Léon Houette, pour imitation de guipures au métier imitant 
bien la vraie dentelle; 

Th. Lefebvre, pour échantillons de très bon tulle en laizes; 

L'Heureux frères, pour dentelles et blondes blanches et 
noires et un échantillon de tulle traversé; 

Rébier et Valois, pour imitations de Valenciennes platt 
dans un bon et utile assortiment; 

Galoppe et C'% pour excellence de dessins et bonne imi- 
tation de vraie dentelle ; 




Barbe dentelle de soie (1862). 

ToPHAM FRÈRES, pour dentelles faites au métier accusant 
beaucoup de goût et d'habileté dans la fabrication. 

Mentions honorables. 



A MM. Bertrand et Linquette, pour tulle fait au métier et plu- 
sieurs bons spécimens de tulles en laizes; 
Boitel-Grandin, pour bons dessins de dentelles au métier; 
J. Gaillard, pour dentelles au métier de qualité moyenne; 
Hall frères, pour dentelles au métier de qualité moyenne ; 



148 



L'INDUSTHIR DES TUI-LES 



A MM. MuLLiÉ FRÈRES, pouv deiitelles au métier de belle qualité; 
Ch. Lecomte et C'", pour jolis dessins de tulles de soie et 

de coton; 
Champauxer, pour variété de dentelles. 



1863 



Dislinctions honori- 
fiques. 



^^^ 



Guipure coton. (Jane Maxton, 1863.) 



Par une lettre adressée à la Chambre de commerce, le 25 fé- 
vrier 1863, M. le Maire de Calais signale qu'aux Expositions 

universelles de 1851 à Londres, 
et de 1855 à Paris, la croix de 
la Légion d'honneur a été décernée 
à deux représentants de l'indus- 
trie calaisienne; mais qu'il n'en a 
pas été de même pour l'Exposition 
de 1862, à Londres. 
L'un des exposants de Calais, présenté comme doyen de la 
fabrique, s'est trouvé écarté à la 
dernière heure, au profit d'une 
autre industrie. 

Cependant, quelques mois plus 
tard, à la suite de nouvelles dé- 
marches et sur la proposition de 
M. le Ministre du Commerce, 
M. DuBOUT, l'un des plus anciens fabi 
Chevalier de la Légion d'honneur. 




Dentelle de Lille. (G. Pulsford, 1863.) 

icants de Calais, était nommé 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



149 



Une crise intense frappe l'industrie cotonnière, ce qui oblige le dise de l'industrie 

cotonnière. 

Gouvernement à saisir le Corps législatif d'un projet de loi ou- 
vrant un crédit de 5 millions pour 
venir en aide aux ouvriers sans 
travail. 

M. PouYER-QuERTiER, président 
du Comité national de bienfai- 
sance, provoque, au profit de ces 
mêmes ouvriers, des souscriptions 
dans tous les centres industriels. 

Une souscription organisée à 
Calais et à Saint-Pierre s'élève, 
dès les premiers jours, à la somme de 4539'',33. 

Une société française, dite des cotons algériens, s'était fondée 




Dcnlcllr siiic i'i IVangcs. 
(X. Legcndre el Davcnière, 1S63.) 




Blonde de soie. (Maniez père, 1863.) 



en 1862 pour la culture du coton dans notre colonie africaine. 

Déjà en septembre, la récolte du coton s'annonçait sous de bons 

auspices. La première récolte de 1863 est presque terminée 



150 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



dans les environs d'Alger et l'on espère qu'aux premières pluies, 
k sève se réveillant donnera lieu, comme l'année précédente, à 
une seconde récolte. 

Metteurs en œuvre. MM. QuiLLET FRÈiiES ouvreut un atelier pour la fabrication des 
combs, compteurs, barres, plaques, peignes et tout ce qui con- 
stitue le mécanisme intérieur des métiers à tulles. 

Conseil des Prudiiom- Un décrct, cu date du 22 novembre 1863, apporte une mo- 

mes. 

dification profonde à la composition du Conseil des Prud'hommes. 



Chevaliers d'indus 
trie. 



L'activité des rapports qui se sont établis entre la France et 
l'Angleterre, depuis le traité de commerce conclu entre les deux 




Blonde de soie. (Topham frères, 1863.) 



pays, a suscité, dans la Grande-Bretagne particulièrement, des 
associations n'ayant d'autre but que d'exploiter l'imprudence des 
industriels. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



151 



A diverses reprises, on avait prémuni les négociants, fabricants 
et exportateurs contre le danger d'expédier des marchandises à 
l'étranger, sans avoir, au préalable, pris 
des renseignements sérieux sur la sol- 
vabilité des destinataires. Malgré ces 
précautions, plusieurs d'entre eux s'y 
étaient laissé prendre. 

Le Ministre du Commerce dut signa- 
ler de nouveaux faits d'escroquerie, 
commis en Angleterre, au préjudice 
de maisons françaises qui livraient trop 
facilement leurs marchandises, pour 
exécuter des commandes venant à'éta- 
blissements supposés et n'offrant aucune 
garantie réelle. 

Il a été pris les brevets d'invention suivants : 

Janvier. — Par M. E. Bimont, de Saint-Pierre, un brevet pour la 




Dentelle de soie. 
(Cordier frères, 1863.) 



Brevets 




Dentelle de soie. (MuUié frères, 1863.) 



reproduction sur tulles, d'effets d'ombre, de lumière, de demi-teintes 
et de nuances graduées, au moyen de fils indépendants du fond. 



152 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Janvier. — Par M. Wackland, de Saint-Pierre, un brevet pour 
une machine dite : Râteau; genre de ciseau pour découper les 
tulles et autres tissus brodés. 

Février. — Par M. Flour-Marets, pour un métier Jacquard per- 
fectionné. 




Guipure de soie. (R. Maxton, 1S63.) 



Février. — Par MM. Topham frères, de Saint-Pierre, pour^ nou- 
veaux perfectionnements apportés à la fabrication des tulles et 
dentelles. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



153 



Mars. — Par M. G. PulsforD;, de Saint-Pierre, pour perfection- 
nements dans la fabrication des tulles. 

Avril. — Par MM. Topham frères, pour perfectionnements aux 
tulles ornementés et dans les métiers qui les produisent. 

Avril. — Par M. Cliff, pour perfectionnements à la fabrication 
des tulles de soie et de coton. 




Enlre-cleux dentelle soie. (Cordier frères, ISG.'i.) 



Mai. — Par M. Carver, pour perfectionnements dans les cha- 
riots employés dans les métiers à tulles et dans la manière de 
fixer les peignes dans ces machines. 

Mai. — Par MM. Maxiez père et Hembert et Maxiez, de Saint- 
Pierre, pour perfectionnements dans la fabrication du tulle. 



I5t L'INDUSTRIE DES TULLES 



1864 



Conseil des Prud'hom- En exécutioii du nouveau décret en date du 23 novembre 1863, 

mes. 

les élections pour le renouvellement intégral du Conseil des Prud'- 




Point de Paris (blanc fil). (Ducrocq-Lefebvre, 1861.) 

hommes ont lieu à Calais en avril. Peu d'électeurs répondent 
à l'appel. Ont été nommés : 

Membres patrons; première catég-orie. 
MM. A. Dagbert, J, Hembert, A. Valdelièvre et E. Petit. 

Deuxième catégorie. 

MM. Coffre et Crochez-Gavet. 

Membres ouvriers; première catégorie. 
MM. Lacour, L. Masson, Dieffenbach et Caufourain. 

Deuxième catégorie. 

MM. Leroux et Champenois. 
Nouvelles usines M. Leleu-Fermant, fabricant de tulles à Saint-Pierre, et 

à sapeur. 

MM. Petit et Debray, apprêteurs, rue de la Douane, à Calais, mon- 
tent dans leurs établissements des machines à vapeur. 

Siiuation des afiaiies. Octobre. — La fabrique est en activité à Saint-Pierre; pres- 
que tous les ateliers travaillent la nuit, et, bien que les acheteurs 
n'aient pas encore paru sur place, les expéditions vont leur train 
et se renouvellent. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



ibb 



Beaucoup d'ouvrières des villages et des villes environnantes, 
notamment Gravelines, sont occupées au découpage des tulles. 





Blondinette soie. (Maniez père, 186 1. 



Guipure soie noire. (Topham frères, 1861.) 



Il s'opère beaucoup de transactions comme ventes et achats venie de mèii 




Guipure cuton. (Jane ISla\ton, i86().) 

de métiers. En juillet et en août a lieu la vente du matériel et de 
l'établissement de la maison Champailler. 
Ce matériel se compose : 

A Saint-Pierre, de 9 Métiers circulaires; 

— 2 Circulaires Bobinots ; 

2 Leavers Bobinots; 

— 12 Leavers ordinaires; 

— 3 métiers Warp; 

— 1 métier Puslier; 

3 métiers de petites dimensions, etc.. 
A Tournehem, de 8 métiers circulaires à la main. 



156 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Nouvelles maisons. Plusicups sociétés importantes se sont encore créées au cours 

de cette année pour la fabrication et la vente des tulles. 




Entre-deux soie noire. (Hall frères, 1S64.) 



A'ente de l'abrique. 

Emprunt de jOOOOO 
francs. 



La fabrique occupée par MM. Mallet frères est mise en vente. 
Dans un rapport fait au nom de la Commission chargée d'exa- 
miner le projet de loi relatif à un emprunt de 500000 francs pro- 
posé par la ville de 
Saint -Pierre -les -Calais , 
le rapporteur. M. Pi- 
nard, député, fait res- 
sortir que Saint-Pierre 
est une ville toute nou- 
velle, dont la popula- 
tion, doublée depuis dix 
ans, s'élève aujourd'hui 
à près de 18000 habi- 
tants et tend toujours à 
s'accroître. Elle doit son 
prodigieux développement à l'activité et à la valeur industrielle 
de ses habitants, qui ont introduit dans leur ville la fabrication 
des tulles; qui lui ont donné de l'extension et qui l'ont amenée 
à un degré d'importance tout à fait remarquable. 




Application soie. (Hall frères, 1864.) 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



157 



1865 



L'année 1865 se signale par un nombre assez important de Sociétés commer 

, ciales. 

dissolutions de sociétés entre négo- 
ciants et entre fabricants de tulles 
et par quelques prorogations d'as- 
sociations arrivées à leur terme; 
beaucoup plus de dissolutions que 
de prorogations. 

On constate aussi deux ou trois associations et installations 
nouvelles. 




Point de Paris {bord dentelle). 
(A. Prilliez, 1865.) 




Blonde soie. ^Frances frères, ISCô.) 

Plusieurs procès en contrefaçon se sont aussi poursuivis, au 

cours de cette même année, pour 
des copies de dessins, et pour des 
imitations de systèmes brevetés. 

L'un de ces procès, intenté au 
sujet du Jacquard storme, a dû 
être porté en appel devant la cour 
de Douai. 

Une sentence arbitrale est inter- 
venue pour une autre question de 
brevet. Il y est dit : « Que le fait d'avoir produit un tissu qui 



Cluny coton. (Lheurcux frères, 1865.) 



Controfac on. 



158 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Exposition univer- 
selle de Paris (IS67) 



» ne diffère d'un autre tissu déjà connu que par l'aspect et 
» par l'emploi dont il est susceptible, mais nullement par la 
» contexture et le moyen de production, ne saurait donner 

» droit au privilège 
» exclusif, conservé 
» par un brevet d'in- 
» vention, soit pour 
» produit nouveau, 
» soit pour applica- 
» tion d'un procédé 
» connu pour l'obten- 
» tion d'un produit 
» industriel, a 
Le président de la Chambre consultative de Saint-PieiTe rap- 
pelle aux négociants et aux fabricants que les demandes 
d'admission pour participer à l'Exposition universelle de 
Paris en 1867 doivent être adressées avant le 31 oc- 
tobre. 




Dentelle bordure soie noire. (Bruxelle fils et Sailly,1865.) 




Entre-deux soie noire. (Cordier frères, 1S65.) 



Vente de matériel. Lcs joumaux dc Calais annoncent la mise en vente d'un ma- 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



159 



tériel de fabricant de tulles, composé de trois métiers fonction- 
nant à Argenteuil {près Paris). 

M. A. Capelle, fabricant de tulles, fait installer une machine Usine à vapeur 
à vapeur dans sa fabrique, sise rue de Vie. 



1866 



MM. Cliff frères et fils, fabricants de tulles à Saint-Quentin, 
font savoir par la voie des journaux, à MM. les fabricants de 
Calais et de Saint-Pierre, qu'ils sont tout à fait déterminés à 

poursuivre devant les tribunaux ceux 
qui copieront leurs dessins. 

Le « Moniteur de Calais » publie un 
article signé J. Mauler, dans lequel il 
est expliqué de quelle façon on peut 
produire sur le métier à tulle, aussi 
bien le tissu à corps plein, que le tissu 
ouvert à mailles. 

Un autre inventeur propose de 
vendre un procédé permettant d'imiter 
la vraie dentelle à s'y méprendre, avec un picot parfait, un 
feston bien écaillé et profond, sans qu'il soit besoin de le 
découper au ciseau. 

Une autre personne, encore, dit avoir entendu parler d'un 
projet tendant à provoquer les affaires et à chercher le moyen 
d'écouler la marchandise en opérant de grandes ventes. Par 



Conlrcraçon. 




Rond Cluny (lil). 
(Lheureu.^ frères, 1866.) 



Tulle et tissus 



160 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Crise denfelli' 




Guipure coton 
(Lafon-Lefebvre, 1866.) 



exemple : on fabriquerait une voilette spéciale, dont on enver- 
rait gratis à Paris de nombreux types pour essayer d'en faire 
venir la mode et, par suite, en propager efficacement l'emploi. 
Cette même personne propose, en outre, d'imiter la ville de 

Saint-Quentin qui est arrivée à pou- 
voir exposer des échantillons de tulles 
dans le musée de Lille. Elle croit 
que l'exemple serait bon à suivre et 
qu'il y aurait lieu de solliciter, dans 
toutes les grandes villes où il existe 
un musée, l'autorisation d'exposer, comme à Lille, divers échan- 
tillons des dentelles fabriquées à Saint-Pierre et à Calais; 
échantillons qu'on pourrait renouveler de temps à autre, afin 
de montrer et de bien faire connaître les produits de cette 
grande et belle industrie. Une Commission de négociants et de 
fabricants des deux villes serait constituée pour s'occuper parti- 
culièrement de ces expositions permanentes. 

Dans un article, signé « iin fabricant », et publié dans le 
(c Journal de Calais », il est 
dit que : la fabrique de 
tulles traverse en ce mo- 
ment l'une des crises les 
plus intenses et les plus 
longues qu'elle ait encore 
eu à supporter. On ajoute qu'il est urgent de se préoccuper 
sérieusement de remédier à cet état de choses; mais qu'en atten- 
dant, si l'on doit aux chefs de fabrique encouragement et sympa- 
thie, il est également juste de porter l'intérêt le plus vif et le plus 
profond au sort des nombreux ouvriers qui .sont en ce moment 
dans la détresse. En jetant ce cri d'alarme, l'auteur de cet article 
fait un appel chaleureux aux hommes d'initiative et de bonne 
volonté. 




Entre-deux Cluny. (Valois et Renard, 1S66.) 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



IGl- 




De son côté, la Société de secours mutuels de la villfi de Société de secom-s 
Saint-Pierre-les-Galais, se préoccu- mutuc. 

pant à juste titre des intérêts de ses 
administrés, fait savoir par voie d'a- 
dresse à MM. les fabricants, négo- 
ciants et patrons des deux villes, que, 
désirant venir en aide à ses membres 
sans ouvrage, elle vient de créer un 
bureau de placement 
divisé en succursales 
tenues par des socié- 
taires dont elle in- 
dique l'adresse. Ce 
bureau, placé sous 
la surveillance du Co- 
mité, offre les plus 
sérieuses garanties 




(uiipui'c coLiin. (.1. Muxlon, l.SGO.) 

au point de vue de la 
moralité et des con- 
naissances spéciales. 

La Société agricole Concours de la Socié- 
;,.,,„ , , te aaricole et corn- 

et industrielle iondec meixiaie. 



Médaillon dentelle soie 
(J. Gaillard, 1866.) 



en 1799, sous le pre- 
mier titre de « Socié- 
té d'Agriculture, du 
Commerce, des Scien- 
ces et des Arts de 
Calais », organise un concours sur di- 
verses questions industrielles. 

Première question : « Un prix assez 
» important est affecté à la meilleure 
» notice historique sur la fabrication 
» des tulles et des imitations de den- 
» telles depuis son origine jusqu'à ce 
» jour, en insistant particulièrement sur 
» les progrès réalisés pendant les quinze 
» dernières années. » 

La deuxième queslion imposait une 
notice descriptive sur l'ensemble ou sur 
les parties principales du métier Lea- 
vers et de son Jacquard avec légende et tracé à Tappui. 

11 




Dentelle soie frangée. 
(Tophani IVèrcs, 1866.) 



162- 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Pour la troisième qtiestion, il était promis une récompense au 

meilleur Jacquard appliqué au 
métier à tulle, système Leavers 
et ea activité de travail. 

Il a été constaté avec regret 
qu'il ne s'est présenté aucun 
concurrent pour disputer les 
prix assez importants affectés 
à ce concours. 

Pour la troisième question^ 
aucune déclaration n'a été reçue 




Blonde soie. (Topliam frères. 1SG6.) 



dans les délais fixés par le programme. 

Quatrième question : « Concours entre les dessinateurs pour la 
» meilleure série de 
» douze esquisses 
» pouvant être re- 
» produites sur le 
)) métier. » 

Cinq esquisseurs 
ont concouru et 
deux prix ont été 
décernés : 

Le 1" : une mé- 
daille d'or de 
200 francs à M. J. 

CORDIER ; 

Le 2'' : une mé- 
daille d'or de 
d 00 francs à M. Léon 
Leuillkïte. 

Dentelle de soie noire. (Bacquet père et iils, lsO(i.) 

Dans le concours 
de mise en carte de dessins pour tulles genres Cluny et dentelles 




ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



IG3 



de soie, quatre concurrents s'étaient fait inscrire pour le pre- 
mier genre. 

Un seul, M. Péron, présenta un travail achevé; il reçut néan- 
moins la médaille d'or de 200 francs. 

Pour les dentelles de soie, cinq mises en carte terminées, 
furent déposées et la médaille d'argent de 100 francs fut at- 
tribuée à M. Eugène Antoine. 

A la fin de l'année môme de ce concours, la Société agricole 
et industrielle, qui périclitait déjà, cessa pour ainsi dire d'exister 
à la mort de M. Phuvost, son secrétaire. Les réunions n'eurent 
plus lieu qu'à de très rares intervalles. 

Août 1866. — Mort de M. Dlbolt aîné, l'un des plus anciens m. Dui.,uit aine. 
fabricants de tulle de CaUis. 




Mùtlailloii soie. (Cli. Brunol, IStiO.) 

M. Didjout aîné avait été nommé • chevaliei- de la Légion 
d'honneur pour services rendus à l'industrie tullière. 

Dans une lettre adressée aux notables de Calais et de Tribunal de com- 
Saint-Pierre, on étabht qu'il serait juste, utile et pratique d'ad- 
mettre un ou deux fabricants parmi les membres du Tribunal 
de commerce. 



IG'i 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Actes de SociéLcs. 



Incendie d'usine. 



On demande à ce qu'il soit tenu compte de ce vœu aux pro- 
chaines élections consulaires. 

Un grand nombre de dissolutions et de formations nouvelles 
de sociétés se constatent encore au cours de l'année 1866 à 
Saint-Pierre-les-Galais. 

15 décembre 1866. — Une grande usine de construction ré-, 
cente, ayant appartenu à M. Champailler et actuellement la pro- 
priété de MM. Valdelièvre, Sagot et Leblond, est complètement 
détruite par un incendie. Les dégâts, répartis sur le bâtiment 
et sur le matériel de plusieurs fabricants locataires, peuvent 
être évalués à environ 600000 francs. 



1867 



Exposition uni\er- 
selle de Paris. 



M. Ad. Delhaye est nommé, par la Commission impériale, 

membre suppléant 
du Jury des récom- 
penses de la clas- 
se 33 pour les tulles 
et dentelles. 

Une lettre de 



M. l'Ingénieur en 




Dentelle soie. (Ch. Bnmot, 18G7.) 



chef de l'Exploita- 
tion du chemin de 
fer du Nord fait sa- 



voir à la Chambre de commerce de Calais que sa Compagnie n'a 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 165 

pas entendu limiter aux seuls ouvriers de fabriques proprement 
dits, envoyés à l'Exposition aux frais de leurs patrons, la con- 
cession de moitié prix faite à cette occasion. 

Les employés de fabriques, portés sur les listes des patrons, 
jouiront de la même réduction. 

Le Président de la Chambre consultative rappelle de son 
côté aux chefs d'usine et de fabrique, que le Conseil général 
du département du Pas-de-Calais a voté une subvention pour faci- 
liter la visite, les logements et les études des contremaîtres et 
ouvriers qui se rendraient à Paris sous les auspices des Comités 
départementaux et les prie de lui faire connaître les noms de 
ceux qui désirent profiter de cette faveur. 

15 juin. — Une adresse est envoyée à l'Empereur Napo- 
léon III par la Chambre consultative de Saint-Pierre, à l'occa- 
sion de l'attentat commis contre lui, l'Empereur de Russie et 
ses deux fils, pendant une promenade au bois de Boulogne. 

Le Conseil des Prud'hommes adresse à la Chambre de corn- Admissi,,n lempo- 
merce une lettre relative à une communication qui lui a été 
faite, d'une demande de M. Ch. Babey, tendant à l'admission 
temporaire des tulles de coton et de soie fal)riqués en An- 
gleterre. 

Cette lettre exprime l'opinion qu'en faisant droit à cette de- 
mande, on ouvrirait la porte à la fraude et que, pour cette 
raison, il y a lieu de la repousser. 

La Chambre de commerce, partageant la même opinion que 
le Conseil des Prud'hommes, refuse de s'associer à la requête 
de M. Ch. Babey. 

Des plaintes sont adressées à la Chambre de commerce de importations fmudu- 

Icuscs 

Calais par divers fabricants de tulle, contre les importations 
frauduleuses qui se font h l'aide de factures indiquant des prix 
inexacts. 

Des expertises, récemment faites sur les réquisitions de l'ad- 



ICG 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Exposition univer- 
selle de Paris. 
Récompenses. 




Dentelle soie. (Cordier frères, 1867.) 



rainistration des douanes, ont permis de constater des écarts de 
de 50 p. 100 entre le prix facturé et le prix réel. 

Et comme c'est seulement à Calais que la douane peut avoir 
sous la main des experts com- 
pétents, elle se trouve dans les 
autres ports complètement désar- 
mée contre la fraude. 

Ces importations frauduleuses 
se feraient, assure-t-on, par les 
ports de Boulo(jne^ de Bunkerque 
et surtout par celui de Dieppe. 

La fabrique de tulles et den- 
telles de Saint -Pierre et de 
Calais est représentée à XEx- 
position universelle de Paris par 
21 fabricants. 

Lyon, Nottingham, Saint-Quentin et Grand' Couronne y ont 
aussi envoyé leurs produits similaires. 

C'est encore M. Félix Aubry qui est le rapporteur de la 
classe 32 pour les dentelles véritables. 

M. Adolphe Delhaye a été désigné pour faire le rapport sur 
les tulles de soie et de coton, unis et brochés, fabriqués méca- 
niquement. 

Les appréciations diverses recueillies sur l'ensemble de la sec- 
tion des tulles et des dentelles de fabrication française sont 
unanimes à reconnaître, que de grands progrès se sont accom- 
plis depuis la dernière Exposition de Londres en 1862. 

Les dentelles véritables se distinguent par un goût ex- 
trême dans les dessins et par la perfection des détails et des 
effets. 

Des critiques se sont produites au sujet de certains dessins 
de dentelles comportant trop de sujets d'ornementation et de 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 1G7 

formes arcliitecturales; on y trouve trop d'uniformité dans les 
motifs, pas assez de style et presque pas de fleurs; mais la 
généralité des pièces exposées est néanmoins admirable. 




Quant à la dentelle mécanique, M. le Rapporteur constate 
que la fabrique de Saint-Pierre-les-Calais ne s'est pas arrêtée 
dans la voie des progrès que fait 
chaque jour et sans cesse cette im- 
portante industrie. 

D'autre part, il est dit que ces 
progrès n'ont pas été aussi marqués 
depuis 1862, que de 1855 à 

(îui|)urc coton. 

1862. La cause peut en être attri- ,1, , , a ,, ,^r-^ 

i (Ilnrtsnorn Arnctt, 1.S67,) 

buée à la mode qui a délaissé 

quelque peu les imitations de blondes et les valenciennes-platt, 
pour s'engouer de la passementerie. C'est seulement le Cluny 
qui représente l'article nouveauté du moment. 

Il semble cependant naturel que cet abandon aurait dû, tout 
au contraire, inciter les producteurs à faire naître des dentelles 
nouvelles pour essayer de reconquérir, près les créateurs de 
modèles, la faveur momentanément perdue. 

Le matériel de Saint-Pierre-les-Calais s'est beaucoup amé- 
lioré ; les anciens métiers sont successivement remplacés par de 
nouveaux, plus perfectionnés, plus puissants et par conséquent 
produisant mieux et davantage. 

Le nombre de ces métiers est d'environ 1500, dont les trois 
quarts sont montés pour faire des dentelles de soie : blondes, 
laizes, chantilli/, etc. Les autres métiers, montés h. l'article 
coton, font des guipures Cluny, des platts, des valencieimes, etc. 



1C8 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



La valeur de tout ce matériel, métiers, usines à vapeur, ate- 
liers de blanchisserie, de teinturerie et d'apprêt dépasse 40 mil- 
lions de francs, pour un chiffre d'affaires à peu près équi- 
valent, dont 30 millions pour l'article soie et 10 millions 
pour le coton. 



* 
* * 




Dcnlelle plunietis (Marguerite).- 
(,I. Gaillard père et fils, 1.S67.J 



Lyo7i et Nottingham sont remarquablement représentés à cette 
Exposition. 

Pour Lijan, il n'est pas question, bien entendu, de ses admi- 
rables tissus de soie qui dé- 
pendent d'une autre classe; 
mais de ses tulles de soie, 
unis, brochés, brodés et da- 
massés. 

Lyon fait un gros chiffre 
en unis. Ses apprêts et ses 
teintures sont tout à fait 
supérieurs. La maison Ba- 
BOiN est en première ligne pour cette spécialité. 

Les autres genres sont fabriqués principalement sur métiers 
Pusher et sont brodés après fabrication. Ces articles se font 
surtout en noir sous la forme de voilettes, châles, écharpes et 
fantaisies. La maison Dognin et C'" est la plus importante dans 
cette spécialité. 

Lyon coiTipte approximativement, pour cette espèce de fabri- 
cation, 800 machines diverses, dont la production annuelle peut 
être évaluée à 20 milUons. 

Nottingham, le grand centre de production anglaise pour le 
tulle, suit aussi une marche ascendante comme chiffre d'affaires 
et possède environ 3000 métiers de toutes catégories, depuis 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



1C9 



les plus vieux systèmes jusqu'aux plus modernes. 1 500 de ces 
métiers sont montés à la soie et loOO pour le coton; leur pro- 
duction annuelle est à peu près de 45 à 50 millions. 

Saint-Quentin n'a que quatre ou cinq maisons bien organisées. 

La principale est la maison Cllff frères, qui a exposé des 
-petites blondes et des f/idpiires Cluny très remarquées. 

C'est à Caudry et la région que se concentre en France la 
fabrication du tulle uni en coton. On y compte de 400 à 500 ma- 
chines, d'une valeur d'environ 2 <à 3 millions de francs y compris 
les accessoires et les fabriques. On commence à y faire des 
dentelles fantaisie. 

A Douai, la maison Bailey fabrique des tulles unis d'une su- 
périorité incontestable ; c'est la seule fabrique qui soit dans cette 
ville. 

Bruxelles et environs (et cela a déjà été signalé en 1835) pos- 
sèdent plusieurs fabriques de tulles tinis, qui rendent les plus grands 
services à l'industrie de la den- 
telle véritable pour V application. 
La plus importante est la maison 
V^" Washer. 

Lille a aussi quelques fabri- 
ques, parmi lesquelles il faut ci- 
ter la maison Mau.eot et Oldknow 
pour ses châles, ses voilettes, 
ses rideaux, ses ornements d'au- 
tel et ses guipures de soie et 
de coton. 

A Grand' Couronne, M"" V Le- 
fort mérite d'être mentionnée; 
ses blondes et ses dentelles ne 

le cèdent en rien comme travail et comme qualité à la plupart 
des articles similaires exposés. 




BloiHk 



(Tophani frûres, 1SU7 



170 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



En résumé et pour conclure, les rapports estiment que la pro- 
duction française de Saint-Pierre, de Calais, de Lyon, de Saint- 
Quentin et de Grand' Couronne qui figurent dans la classe 33 de 




Dentelle Cluny colon. (Darras et "\'aillant, 1S67.) 

l'Exposition universelle de 1867 est des plus brillantes. Les 
articles qui y sont exposés portent le cachet d'un goût parfait, 
et nous croyons pouvoir dire qu'ils ont fait l'admiration générale. 




Knti-c-deiix soie. (Ad. Mullié et C'", 1867.) 

Ils diffèrent d'ailleurs sensiblement, comme style et comme 
qualité, de ce qui se fait à Nottingham. Il est de toute évidence 
qu'ils peuvent trouver honorablement leur place, même comme 
prix, à côté des produits de ce grand centre manufacturier sur 
tous les marchés du monde. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 171 



* * 



Les récompenses obtenues par les fal^ricants de Calais et de 
Saint-Pierre sont les suivantes : 

Une Médaille d'or collective accordée au groupe d'en- 
semble de l'Industrie tuUière. 

Médailles d'argent. 

MM. DuBOUT AFNÉ EP SES iiLS, pour lours dentelles de soie. 
Herbelot, pour ses imitations de blondes blanches. 
Hembert et Maniez, pour leurs petites blondes et leurs 

autres dentelles de soie. 
CoRDiER frères, pom' leurs tulles et dentelles. 
Bacquet père ET FILS, pour leurs dentelles de soie. 
TOPHAM FRÈRES, pour leurs donlcllcs noires, blanches et de couleur. 
A. MULLIÉ ET C'°, » » 

F. Valois et Renard, » » 
Hall frères, » » 

Ch. Brunot, pour ses blondes spanish, ses jupes de soie 
de couleurs diverses et plusieurs autres dentelles de 
couleur. 

Médailles de bronze. 

MM. Lheureux frères, pour leurs imitations de guipure Cluny et 
leurs petites valenciennes avec picot retourné. 

G. PuLSFORD, pour fantaisies très bien faites. 
Rebière, Pouilly et Destombes, pour tulles. 
Gaillard père et fils, » 
DucROCQ et Lefebvre, pour guipures. 

M"« Jane Maxton, » 



17-2 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Mentions honorables. 



MM. Dhilly, 

Y. Crespin, 

Bertrand et Linquette, 
J. Franges, 
Robert West, 



pour tulles divers. 



La grande Exposition de 1867 fut célébrée au milieu 
de fêtes et de pompes inouïes. Elle attira dans Paris tous les 
souverains de l'Europe, et le triomphe de cette belle manifes- 
tation internationale était loin de laisser prévoir le cruel cata- 




Dentclle soie. (Cli. Brunot, 1S07.) 



clysme qui devait se produire trois années plus tard, aux dépens 
de l'hospitalière Patrie Française. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 173 

Le Président de la Chambre de commerce de Calais, désigné Voyago de l'Empc- 
par M. le Préfet pour faire partie de la Commission chargée 
d'organiser la réception qui doit être faite à l'Empereur lors de 
son prochain passage à Arras, répond qu'il s'est efforcé d'orga- 
niser une Exposition des produits de l'industrie tullière; mais 
qu'après avoir rencontré le meilleur concours auprès des fabri- 
cants de Calais, il a dû s'arrêter devant l'abstention absolue 
de ceux de Saint-Pierre. 

A l'occasion de l'Exposition universelle de Paris en Rdcompenses accor- 

I opT in • • ■ ' • 1 1 ' • 1 ' 1 1 ' 1 ' àéas aux collabo- 

lou/, la Commission impériale a décide de décerner les recom- ratem-s. 
penses suivantes aux coopérateurs de l'Industrie tullière de 
Saint-Pierre-les-Galais et de Calais : 

Médailles de bronze. 

A MM. Angois, dessinateur metteur en carte. 

Ch. Austin fils, » » 

Ch. Bertrand, » •> 

A. Boutenjeun aîné, » •■> 

F, Boutenjeun jeune, > » 

Chauvin fils, » » 

Joseph Lapotre » >> 

L. Renard, » « 

Ant. Carret fils, teinturier apprèteur. 
Cordier et Millien, apprèteur s. 
Laurent Gavelle, » 

Petit et Debray, » 

Noyon et Lavoine, constructeurs-mécaniciens. 
Salembier-Leroy, » » 

Mentions honorables. 

A MM. H. Austin, dessinateur metteur en carte. 
Eggleton, » » 



174 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



A MM. Haosoii, dessinateur vielleur en carte. 
Masson, « ■» 

W. Prest, « » 

Lancel, esquisscur. 

Duquelioy-Lebëuire, conslrucleur-mécanicièn. 
Joseph Grenier, » » 




Barbe soie. (Hall frères, 1867.) 



-— -TT^ab^-- 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



1868 




Dentelle torchon. 
fE. Davenièi-e, 186S.) 



La fabrique de tulle se retrouve dans un état d'activité très l'^t"^ 'i^s aiiaiies. 
marqué. Tous les métiers sont en plein travail et les commandes 
sont nombreuses. 

Cette heureuse reprise a de rinlluence sur les jours de car- 
naval, qui ont été largement fêtés par la classe 
ouvrière. 

Dans un élan de satisfaction et de plai- 
sante boutade, un amateur enchanté de la 
meilleure tournure que prennent les affaires 
a trouvé divertissant de faire placarder, par la 
ville, une grande affiche de 2 mètres sur 3 mètres portant l'an- 
nonce suivante : 

« On demande des décoiipeuses, des plieuses et des raccommo- 
» denses chez tous les fabricants de Saint-Pierre. » 

Une note du journal dit cependant que la valenciemics-platt 
et le platt bord dentelle baissent un peu; 
mais que les laizes soie et les genres du- 
chesse se soutiennent très activement. 

Un metteur en carte offre par la voie Faijiication. 
des journaux de monter des métiers pou- 
vant faire une écaille de 10 « gâtes » 
sur un fond carré, sans être obUgé de couper dans l'écaillé. 

M. Ch. Bkunot, l'un des principaux fabricants de Saint-Pierre, Exposition du iiaM-e. 
qui avait envoyé des spécimens de ses produits à l'Exposition 
du Havre, est l'objet d'une distinction des plus flatteuses. 
Le Jury, appréciant la beauté et la valeur des dentelles fa- 




Guipui'e colon. 
(Jouare et Riéder, 1.S6S.) 



176 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Consci"\aloiie des 
dessins de fabrique. 



Conseil des 
Prud'hommes. 



Impots. 



briquées par M. Ch. Brunot, lui a décerné un diplôme d'hon- 
neur. 

La Chambre de commerce .de Calais, d'accord avec le Conseil 
des Pr2id'hom?iies et en vertu de la loi du 
18 mars 1806, spéciale à la ville de Lyon 
et étendue à toute la France par ordon- 
nance royale du 17 août 1825, adi'esse à 
M. le Ministre de l'Agriculture et du Com- 
merce une requête à l'effet d'être autori- 
sée à organiser, à ses frais et sous le 
titre de « Conservatoire des dessins 




Blonde Chantilly. 
(J. Gaillard, 1868.) 




Dentelle soie plumetis. 
(Bacquet père et iils, 1868.) 



de fabrique et des arts tex- 
tiles appliqués à l'industrie tul- 
lière », un dépôt classé, dans le- 
quel seraient mis à la disposition 
de tous, les échantillons des des- 
sins de fabrique tombés dans le 
domaine public, par suite de l'ex- 
piration du délai fixé par le 
privilège de l'invention, ainsi que 
machines 



des plans et modèles de 

qui seraient ultérieurement recueil- 

Hs. 

La Chambre consultative renou- 
velle sa requête au Ministre, pour 
solliciter la prompte création d'un 
Conseil des Prud'hommes à Saint - 
Pierre. 

Elle demande, en outre, qu'il soit 
tenu compte de la dépréciation de 
la valeur des métiers, lors du pro- 
chain recensement, pour l'application de l'impùt. 




Blonde soie. 
l,Hembcrt Maniez, 1868.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



177 



Le Conseil municipal prend plusieurs délibérations dans le 
même sens. 




Dentelle soie plume de paon). (Cli. Brunot, isôs.) 

Le Conseil des Prud'hommes de Calais procède dans sa cir- 
conscription à un recensement qui donne les résultats suivants : 



ANNÉES 


FABRICANTS 


MÉTIERS 


OUVRIERS 

ET 

OUVRIÈRES 


USINES 

mues par la vapeur 


i85i 

1868 


180 


Go3 

861 


2 101 


7 
38 


DiUcrcnce en 
plus pour i8fi8. 


' 3, 


258 


236o 


3i 


Employés div 
Serruriers, nu 
Blanchisseurs, 


ers 186 


îcaniciens, metteurs en œuvre et ourdisseurs. l58 
teinturiers, apprcteurs, iuiisseurs. . . . 4^9 



Slatisl i([uc*.' 



178 



L'INDUSTIilR DES TULLES 



11 y a lieu de remarquer que dans les 603 métiers constatés 
en 1851 figuraient 265 métiers circulaires de peu de valeur, qui 
ont été remplacés par de nouveaux métiers perfectionnés. 

Chaque machine occupe d'ordinaire 2 ouvriers qui se relaient 
de 6 heures en 6 heures. Ces machines marchent 20 à 22 heures 
par jour et chôment les dimanches et les jours fériés. En 
somme, le travail effectif de chaque ouvrier ne dépasse guère 
52 à 54 heures par semaine. 




Application soie (soleil). (Ch. Bi'unot, 186S. 



ET dentelles: MÉCANIQUES. 



iTo: 



1869 




Mars 1869. — La mode, qui depuis quelques années avait en Siumiiuii des uiraires 
partie délaisse les tulles et les dentelles de soie, leur a rendu une Cniais. 
vogue nouvelle. 

La consommation a pris un développement tel, qu'on est au- 
torisé à dire que nos fa- 
briques ont joui dans les six 
derniers mois d'une prospérité 
tout à fait exceptionnelle. 

On est fier d'avoir à consta- 
ter que les produits de Saint- 
Pierre-les-Calais, grâce à 
leurs dessins de bon goût et 
à leur fabrication soignée, ne i„ , ,, ■ , ,■ u , ,.rn^ 

^ ' Blonde 15a\ eux soie. (,l. dadlard, llSfaO.) 

sont pas seulement recher- 
chés sur les marchés français; mais qu'il en a été exporté des 

quantités considérables, princi- 
palement pour ï Angleterre et 
aussi pour V Allemagne. 

Bien que les dentelles de 
coton n'aient pas obtenu la 
même faveur, la lingerie a ce- 
pendant contribué à les faire 
employer; de sorte que, si les industriels qui se livrent à la pro- 
duction de ces articles n'ont pas réalisé des bénéfices aussi im- 
portants que ceux fabriquant des imitations de blondes, ils ont 




N'alcnciennes. (jVrnelt frères, 1.S60. 



180 L'INDUSTRIE DES TULLES 

néanmoins suivi le mouvement général. Il semble donc que la 
place ait encore devant elle un brillant avenir. 
Conservatoire des M. le Préfet du Pas-dc-Calais informe la Chambre de com- 

dcssins de fabrique. , r^ ^ ■ m i m- • , i /-. i> 

merce de Calais que M. le Mmistre du Commerce a favora- 
blement accueilli sa demande tendant à ce qu'elle soit autorisée 
d'organiser à ses frais un « Conservatoire des dessins de 
fabrique », et l'invite à faire connaître cette décision à M. le 
Président du Conseil des Prud'hommes. La Chambre pourra pré- 
lever sur ses fonds disponibles un crédit de 500 francs pour 
faire face aux frais de premier établissement des collections à 
classer. 

Comme suite à ce qui précède, la Chambre décide de pro- 
céder le plus tôt possible à la création et à l'organisation de ce 
Conservatoire de dessins, afin de mettre les fabricants à même de 
profiter de leurs découvertes mutuelles et de faciUter à tous 
l'étude des progrès de l'industrie, en plaçant sous les yeux du 
pubhc les échantillons des produits de cette fabrication, et d'en 
retracer par ce moyen, pour ainsi dire, Yhistoire rétrospective. 
Conseil des Par décisiou de M. le Ministre du Commerce, il est procédé 

à une enquête sur les modifications dont peuvent être suscep- 
tibles les- lois et décrets sur les Conseils de Prud'hommes et 
les livrets d'ouvriers. 

La Chambre de commerce de Calais, consultée, donne un 
avis défavorable à la demande de création d'un Conseil de 
Prud'hommes à Saint-Pierre. 

Une délibération dans ce sens est adressée au Conseil gé- 
néral du Pas-de-Calais. 

En décembre suivant, le Ministre conclut, une fois encore, au 
rejet de la proposition. 
Nouvelle usine à L' ancienne filature Hochedé, située rues du Vauxhall, du Cos- 

morama et des Soupirants, est mise en vente et achetée pour 
être convertie en fabrique de tulles. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



181 




Blonde soie. {Topham frères, 1869) 



Les délégués nommés pour déposer à l'enquête sur la situa- Enquête sur les 

. • 1- , ^il*^s de coton. 

tion industrielle et commerciale, et particulièrement sur 1 indus- 

trie des cotons, sont invités 
à se présenter devant le Con- 
seil supérieur du Commerce, 
à Paris, le 21 décembre 1869. 
Par télégrammes et par 
lettres, M. Ed. Mallet, dé- 
légué, fait savoir que l'audi- 
tion projetée est remise au 
10 janvier. 

Dans un exposé adressé industrie lullière. 

au Gouvernement impérial, 
la Chambre de commerce de Calais confirme ce qui a été dit 
précédemment au sujet de la situation de l'industrie lullière et 
de l'augmentation constante du nombre de métiers. 

Il est constaté dans ce travail, qu'après avoir souffert d'un 
ralentissement occasionné, dans le 
commerce d'exportation, par la 
guerre d'Italie et celle de l'Alle- 
magne et s'être vue en partie délais- 
sée par la mode, la fabrication des 
dentelles mécaniques est redeve- 
nue prospère. 

Le nombre des métiers a aug- 
menté dans une notable proportion; de nouvelles maisons se sont 
fondées et même deux grands industriels de Nottingham sont 
venus apporter, à Saint-Pierre-les-Galais, une partie de leur 
matériel. 

La fabrique française peut désormais lutter avantageusement 
contre l'Angleterre, surtout pour les articles fins, façonnés et 
brodés, connus dans le commerce sous le nom de haute 




Neuville blanc fd. (A. Prilliez, 1869 



tSÎ 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



nouveauté. Cela tient à l'étude à laquelle se livrent les fabri- 
cants pour améliorer sans cesse leurs produits et aux soins 
qu'ils prennent pour se tenir constamment au courant de tous les 
progrès réalisés dans tout ce qui touche à l'industrie tullière. 

Les fabricants de la région de Caudry sont moins méticu- 
leux; ils laissent vieillir leurs machines sans les remplacer, de 
sorte qu'ils supportent difficilement le poids de la concurrence 
de Nottingham, à laquelle ils ont dû abandonner le monopole 
des articles unis et communs. 

Ainsi, il existait en 1860 : 

A Caudry. . 343 métiers, j 

A Inchy 107 » ^500 métiers. 

A Beauvais et autres communes. 50 » ; 

En 1867, ces chiffres se trouvent réduits comme il suit : 

A Caudry. 147 métiers. ] 

A Inchy 8 » > 165 métiers. 

A Beauvais et autres communes. 10 » ) 

Les expéditions de tulles par le port de Calais ont donné dans 
es deux dernières années les résultats suivants : 



TULLES DE SOIE 

1867 — '21G59 kil. — 

1868 — 35 383 kiL — 



VALEUR 

3 177 040 fr. 
5G61280 fr. 



TILLES DE COTOX 

21-109 kil. — 
34 821 kil. — 



VALEUR 

1070 300 fr 
1741050 fr. 



Jusqu'en 1851, les fabricants de Saint-Pierre-les-Calais n'avaient 
pour ainsi dire produit, sur les métiers du système Leavers, 

que des tulles de coton. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



1S3 



C'est seulement à partir de cette époque qu'ils ont com- 
mencé à se livrer à la fabrication de la blonde de soie. 

Ils tiraient d'Angleterre les soies filées destinées à leur servir 
de matière première; mais, depuis 1859, les filateurs du dé- 




DcnlL-Uc f.(iio. (Ch. Hrunot, 1S6J.) 

partement du Gard ont introduit sur le marché calaisien des 
soies grèges françaises, qui n'avaient pas encore été employées 
dans la fabrication des tulles, et sont entrés en concurrence 
avec les filateurs anglais. Ces derniers ont néanmoins conservé 
le monopole à peu près exclusif des soies ouvrées et des bourres 
de soie. 

Les filateurs français ont dû faire un certain apprentissage. 
Ignorant les besoins particuliers du métier à dentelle, ils ne 



184 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Incondic. 



Brevets. 



produisaient tout d'abord que des grèves peu',' propres à un em- 
ploi aussi spécial; mais peu à peu, par leurs rapports plus fré- 
quents avec la nouvelle 
clientèle qu'ils voulaient 
conquérir et mis par elle 
au courant des qualités 
exigées pour obtenir une 
bonne fabrication, ils sont 
arrivés aujourd'hui à pro- 
duire d'excellentes grèges. 
Nul doute que, s'ils le veu- 
lent, ils ne parviennent 
bientôt à fournir également 
à la fabrique de Calais-Saint-Pierre une bonne partie des soies 
ouvrées et même des bourres de soie qui s'y emploient. 

30 octobre. — La nouvelle filature Hochedé, située quai du 
Commerce, est détruite par un incendie. 




Dentelle soie. (Gaillard père et fils, 1869.) 




lîarbe soie noire. (Fourgaul et Lcclercq, l^ifi;».) 

M. Champailler, de Lyon, prend un brevet pour l'application 
sur les tulles à réseau, dits bobins, d'un nouveau genre 'de ^^bro- 
derie, se produisant simultanément avec le réseau. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



185 



MM. Cliff frères prennent un brevet pour un procédé de 
fabrication permettant de faire le vrai picot dentelle. 

M. Mangoust, de Lyon, prend un brevet pour modifications 
apportées dans la construction des métiers à tisser le tulle 
damassé. 

M. Yates, de Saint-Pierre, prend un brevet pour perfection- 
nements apportés dans les métiers à tulles ou à dentelles et 
également applicables à d'autres machines. 



1870 



L'année néfaste, qui a laissé dans tous les cœurs français c.^wnx- iie is7o. 
plus d'une meurtrissure, 
n'a pas exercé d'influence 
ruineuse, ni apporté de 
temps d'arrêt appréciable 
dans Yindustrie tullière. 

Les deux villes de Ca- 
lais et de Saint-Pierre 
ont fourni leur contingent 
de défenseurs à la patrie, 
et pendant l'absence des 
hommes valides, appelés à 
faire partie de l'armée ac- 
tive et des réserves, l'administration municipale, avec le con- 
cours d'un groupe de citoyens dévoués, parvenait, sans trop de 




Duchesse coton. (Hartshorn et Arnett, 1870.) 



18G 



. L'INDUSTRIE DBS TULLES 



C-alais olSciin(-Pierr( 



Ecole 
piMlessidiinello. 




Dentelle torchon. 
(Jouare et Riédei-, ISTO.) 



Reconnaissance do 
brevet. 



peine, à venir en aide aux familles ouvrières privées de leur 
chef et de leur soutien. 

Les relevés statistiques qui vont suivre permettront de cons- 
tater quel pas de géant allait encore faire l'industrie des den- 
telles mécaniques de Calais, depuis cette date douloureuse, 
jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle. 

Une brochure signée P. D. et intitulée : Etude sur l alliance 
des villes de Calais et Scdnt-Pierre-les- 
Calais, est mise en vente à la librairie 
Tartar-Crespin. Cette étude, qui avait 
déjà été publiée dans le Moniteur de 
Calais, prêche avec conviction le ma- 
riage de raison des deux villes de Ca- 
lais et de Saint- Pierre. 

Dans une autre brochure, signée H. H. et vendue sur le par- 
cours de la cavalcade de l'année, au profit des pauvres, par un 
Saint-Pierrois déguisé en frère capucin, on proteste contre cette 
alliance qui n'ajouterait en rien, selon lui, au développement de 
l'industrie tuUière. L'auteur exhorte tous les Calaisiens à se tour- 
ner vers la petite ou la grande pêche et du côté des affaires com- 
merciales et maritimes qui sont beaucoup mieux de leur ressort. 

La ligue de l'enseignement, dans sa dernière assemblée géné- 
rale, a décidé qu'une enquête serait ouverte par les soins de son 
Comité, concernant diverses ques- 
tions parmi lesquelles se trouve 
celle qui suit : 

« Est-il possible d'organiser une 
école professionnelle pour l'in- 
dustrie des tulles? 

» Ce jwojet répond-il à des besoins sérieux? » 

La maison E. Clu^f et C'% de Saint-Quentin, qui avait pris 
en 1869 un brevet pour une invention similaire, déclare recon- 




Valenciennes. (R. Maxton, IS'O.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



187 



naître la validité du brevet pris sous le n° 74 490 à la date du 
4 janvier 1867, par MM. Sival frères, de Roubaix, pour la fa- 
brication mécanique du vrai picot dentelle. 

Les journaux de Saint-Pierre-les-Calais insèrent beaucoup Nouvelles 
d'actes de formations de sociétés et signalent l'installation de 
nouveaux négociants et fabricants en même temps qu'un certain 
nombre de ruptures d'associations. 

Dans un article signé Albert Bataille et intitulé : « Le tulle 
et le libre échange », il est dit dans le journal de Calais : 

« Cette question a été traitée de main de maître par le Comité 
des fabricants de Calais, dont nous avons lu avec attention le 
rapport qui nous a été remis il y a quelques jours. » 

Ce rapport, adressé le 15 février 1870 au Comité libre-échan- 
giste du Corps législatif, tend à réclamer, 
au nom de l'équité et de l'industrie des 
dentelles mécaniques de France, Ventrée 
en franchise des filés de coton anglais, en 
même temps que celle des tulles et des 
dentelles de coton. 

Ce môme rapport établit encore que 
le développement de la fabrication des 
tulles de soie est dû en grande partie à 
l'entrée libre des matières premières de 
soie en France. 

Il proteste également contre les droits excessifs dont sont 
frappées les machines <à tulles. 

Caudry demande de son côté la protection pour ses tulles unis, 
ne pouvant supporter la concurrence avec son matériel suranné. 

Le Guetteur de Saint-Quentin, du 2 décembre 1869, estime la 
valeur moyenne des métiers de Caudry et région à 3000 francs 
environ ; alors qu'à Nottingham les métiers employés pour la 
même production valent de 11000 à 12000 francs l'un. 




Hldiidc suie. 
l'R. Ma.xton, 1S70.) 



Tulle et libre 
échange. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Enquête parlemen- 
taire sur le régime 
économique. 



Les nouveaux métiers à grande vitesse de Nottingham donnent 
4", 80 de travail, alors que la largeur de ceux de Caudry est 
restreinte à 2"°, 50, 3 mètres et 3"", 50 maximum. Aussi assure- 
t-on que les fabricants de Caudry vont enfin se décider à amé- 
liorer leur matériel et à faire 
l'acquisition de métiers perfec- 
tionnés du dernier modèle. 

Dans les réponses à l'enquête 
parlementaire faites par la Cham- 
bre de commerce de Calais, il 
est constaté qu'il existe dans la 
circonscription 193 fabricants 
de tulles produisant indifférem- 
m.ent, suivant les besoins du mar- 
ché et les caprices de la mode, 
les tulles et les dentelles de soie 
ou de coton; le même métier et 
les mêmes ouvriers pouvant à 
volonté être employés à la fabrication de l'un ou de l'autre genre. 

Ces 493 fabricants sont répartis dans de grandes usines qui 
leur fournissent, indépendamment des locaux, bureaux et ate- 
liers, la force motrice nécessaire à la marche de leurs métiers. 
Il existe à Calais 2 usines et 7 fabriques avec 37 métiers. 

» à Saint-Pierre 36 » et 186 » » 902 métiers. 

Soit au total : 38 usines et 193 fabricants produisant les 
tulles façonnés suivants : 




Dentelle Chantilly. (Frances frères, 1870.) 



En coton : Les Filets et les Points de Paris; 

» Les Neiivilles et itnitations de Neuvilles; 

» Les imitations de Valenciennes ; 

» Les Guipures et les Cluwjs; 

» La Guijnire Bobinot pour ameublement. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



189 



En soie : Les imitations de Chantilhj et de Blondes Caen ; 

» Les Dentelles floss et matelassées, genre spanish; 

» Les Laizes à petits et à gros motifs; 

» Les Barbes, Echarpes et Mantilles; 

» La Petite blonde, etc., etc.. 



La fabrication des tulles unis est à peu près abandonnée à 
Calais-Saint-Pierre. 

La fabrique n'a plus de métiers, fonctionnant à bras pour les 
dentelles de coton; tous les anciens métiers circulaires ayant été 
vendus il y a une vingtaine d'années dans le Cambrésis et à 
Lyon, où ils sont employés à la 
fabrication des tulles unis. 

Il reste encore quelques métiers 
du système PusJier, travaillant à bras 
et affectés exclusivement aux ar- 
ticles de soie. 

Le nombre de métiers, qui était 
pour Calais-Saint-Pierre de 663 en 
1860, est actuellement de 939; 
soit une augmentation de 276 mé- 
tiers. Dans la période correspon- 
dante antérieure au traité de 1860, 
on ne constate que 132 métiers en 
plus. Cette progression considé- 
rable est due à la fabrication des tulles et des dentelles de 
soie. Elle aurait encore été plus grande, si les filés de co- 
ton avaient pu, comme les soies filées, être exempts de droits 
d'entrée. 

Le matériel est principalement employé à la fabrication des 
articles de haute nouveauté ; le goût français donnant aux 
dessins une supériorité reconnue et incontestable. 




Dentelle soie. 
(Bacquct père et fils, 1S70.) 



190 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Questionnaire sur 

rindustrie du colon 

en ce qui concerne 

les lullcs. 



461 métiers sont montés à l'article coton et 478 à la soie, 
laizes et bandes. 

Le nombre des ouvriers et ouvrières occupés dans les fa- 
briques est d'environ 16000, y compris les industries acces- 
soires. 

Les fabricants tiennent constamment leur outillage au courant 
des perfectionnements successivement apportés au système de 
fabrication et ne reculent devant aucun sacrifice pour être tou- 
jours en mesure de lutter avantageusement contre la concur- 
rence anglaise. Aussi le matériel s'accroit-il, non seulement en 
nombre, mais aussi beaucoup en puissance et en qualité. On 
peut en estimer la valeur à 12 millions et celui des usines à 
4 millions environ. 

Parmi les industries accessoires, on compte 16 établissements 
de blanchisserie, apprêts et tein- 
tures, dont plusieurs sont pourvus 
de machines à vapeur, et un grand 
nombre d'ateliers de raccommodage, 
effilage, découpage et finissage, dans 
lesquels les dentelles reçoivent un 
supplément de travail manuel, avant 
leur mise en vente dans le com- 
merce. Ce dernier travail est exclu- 
sivement réservé aux femmes et 
aux enfants. 

La fabrique de Saiiit-Pierre em- 
ploie les filés de coton français et 
anglais. En 1869, sur une consom- 
mation de 162033 kilogrammes, il 
a été employé 66844 kilogrammes ,^ , „ ^, 

^ ■' ^ Dentelle Ckantdly.(Ch.Bi-unol,lS70.1 

de coton anglais dont 46000 kilo- 
grammes de cotons blanchis; ces derniers étant préférés aux 




ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



191 



cotons français, à cause de leur blanc, qui est plus pur et beau- 
coup plus beau. 

Les fabricants sont prêts à renoncer à toute protection sur 
le tissu fabriqué, dès que les droits qui grèvent actuellement 
les cotons filés retors anglais auront été supprimés. A cette con- 
dition seulement ils pourront développer leur exportation et 
lutter contre leurs concurrents anglais pour les articles communs 
et ordinaires, comme ils le font déjà pour les articles fuis. 

Une usine moyenne est généralement actionnée par une ma- 
chine à vapeur de six chevaux (18 kilogrammètres) consommant 
220 tonnes de charbon par an, au prix de 18 francs environ la 
tonne. 

Une de ces machines peut faire marcher 30 à 40 métiers et 
leurs accessoires. 

Le prix de location par métier est généralement de 500 fr. 

Un métier produit annuellement, chômage compris, environ 
20000 francs de marchandises. 

Les ouvriers gagnent en moyenne 8 à 10 francs, les femmes 
2'', 50 à 4 francs et les enfants 1 franc à r',50, — par jour. 

Des détails et des explications verbales ont été donnés à la 
Commission d'enquête par MM. Ed. 
Mallet et L. HouETTE, délégués de 
la Chambre de commerce et de la 
Chambre consultative de Saint-Pierre, 
et M. Herbelot fils, représentant le 
Comité des fabricants de Calais et 
de Saint-Pierre-les-Calais, lesquels 
ont particulièrement insisté pour 
réclamer au nom de la fabrique, 
pour les tulles et les fils de coton, 
le même système de libre échange, que celui sous l'empire 
duquel se trouvent déjà les soies filées et les dentelles de soie. 




lîlondo soie. 
IIcmI)crt et Maniez, 1S70.) 



192 L'INDUSTRIE DRS TULLES 

Dessins cl mucUk's Les Chaiiibres et les tribunaux de commerce ont été saisis 

de fabrique. 

par le Ministre du Commerce d'un projet de loi portant revi- 
sion de la législation sur les dessins et sur les modèles de 
fabrique. 
Caudiy. Caudry, qui ne fabriquait jusqu'ici que du tulle uni, com- 

mence à essayer de faire des tulles fantaisie et des dentelles 
de soie. 

Grâce au bas prix des salaires et à des frais généraux peu 
élevés, les articles ordinaires, que produit cette place, sont assez 
recherchés et son marché semble reprendre de l'importance. 




Guipure coton. ^Jouare et Riéder, 1870.) 

Réponses à un Nous trouvous, dans uue série de réponses faites à un ques- 

qucstionnaire. . . - < i oi i i ,^ i • i 

tionnaire adresse a la Chambre de commerce de Calais, les ren- 
seignements intéressants ci-après : 

En ce qui concerne l'industrie des tulles et dentelles de 
coton, la réforme économique a eu des résultats très favorables. 
Le premier avantage, qui en a été retiré par la fabrique, a été 
la diminution des droits, à l'entrée, des cotons n° 140' métrique 
et au-dessus, ainsi que la levée de la prohibition sur les nu- 
méros inférieurs, qui étaient tous indistinctement pour ainsi dire 
prohibés. 

Le second et très sérieux avantage que comportait cette même 
réforme a été l'entrée en franchise de nos produits sur le 
marché anglais. 

Le tableau ci-dessous donne une idée du développement qu'a 
pris notre exportation en Angleterre, sous l'influence du traité de 
commerce de 1860. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



193 



Exportation en Angleterre pendant les sept années qui ont 
précédé le traité de commerce et pendant les sept années q»ii 
l'ont suivi pour les tulles et dentelles. 

i854 — 

i855 — 

i856 

1857 — 

i858 

1859 — 

1800 



Total 



3io5 1v 


log-. 


1861 


3925 




1862 


5236 




i853 


4744 




1864 


5286 




i8fi5 


2g55 




186G 


.16.17 




1807 


28888 k 


ilo.-. 





332/| k 


lloo-. 


33.33 




1462 




6o3o 




5670 




25o5(i 




2oO;v2 





Total. 



70827 kilo^ 



Différence en faveur de la dernière période, 37 939 kilo- 
grammes. 

L'outillage de la fabrique, à Saint-Pierre, a été considéra- 
blement perfectionné et augmenté de valeur, même par l'amé- 
lioration partielle ap- 
portée aux anciens 
métiers par suite de 
remplacements de Jac- 
quards, de change- 
ments d'intérieurs, etc. 

On peut évaluer 
cette augmentation à 
5 millions et au delà, 
pour les neuf années qui ont suivi le traité de commerce, et il 
est juste de reconnaître que, depuis l'origine de l'industrie de la 
dentelle à la mécanique, la plus grande partie des bénéfices réa- 
lisés par les fabricants a été constamment employée à l'amélio- 
ration et à l'augmentation du matériel. '' 

Il en a été de même, proportionnellement, pour les maisons 
d'apprêt, les machines à vapeur et les usines, plus spacieuses, 
plus aérées, dont le nombre s'est accru et dont les conditions 
d'aménagement sont devenues beaucoup meilleures. 

13 




Dentelle hordtirc Sdie. ^(31iviei' fils, 1870. 



101 I/INDUSTRIE DES TULLES 

Cet outillage perfectionné n'a cependant pas apporté une 
grande économie dans les frais de production. Les métiers de- 
mandent toujours le même nombre d'ouvriers qu'auparavant. 
L'avantage réel qui en a été retiré a été de permettre à la fa- 
brique de produire des articles qu'elle n'aurait jamais pu aborder 
sans ces nouveaux moyens d'action. 

En 1859, un Jacquard neuf comportait, au plus, de 50 à 
00 barres, ou fils à broder ; maintenant on les construit de 80 
à 120 barres. La fabrication, elle-même, a fait de très grands 
progrès. 




Dentelle soie, fantaisie. (Ch. Brunot, 1870.) 

A Saint-Pierre, le capital disponible est toujours en rapport 
complet avec l'extension qu'ont prises, au fur et à mesure, les 
affaires de tulles. 

Les établissements appartiennent en totalité à ceux qui en 
sont les propriétaires nominalement, et cette situation financière 
a toujours existé dans cette industrie spéciale. 

La consommation intérieure des tulles et dentelles de coton a 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



19.: 



plutôt diminué qu'augmenté. Cela tient naturellement au caprice 
de la mode; mais les femmes de la classe ouvrière, qui autrefois 
se coiffaient de bonnets de linge garnis de dentelles, les ont rem- 
placés par des capelines en laine de couleur, des filets ou ré- 
seaux et même par des bonnets en tissus et en dentelles de soie. 
11 est évident que c'est à cette cause qu'il faut attribuer le 
malaise dont souffre l'industrie des tulles unis de Caudry et 
d'Inchy. Cette spécialité a aussi dû lutter contre la concurrence 




Kntre-ck'u.x; soie. F. ^'ulois et licnard. 1.S70. 



que lui font les tulles de soie unis de Lyon qui, dans les genres 
lins, sont à meilleur marché que les tulles unis de coton. 

Cela ne paraîtra pas étonnant quand on saura que dans la 
soie, contrairement à ce qui se passe pour le coton, plus le iil 
est fin, plus son prix diminue eu égard à la longueur. Dans le 
coton, plus le fil est fin, plus son prix s'élève. D'ailleurs, ac- 
tuellement, la mode a une propension marquée pour les tissus 
très fins et c'est ce qui explique l'abandon qu'elle semble faire 
pour le moment des tulles unis en coton. 

Pour résumer tous les renseignements recueillis au cours de Tiii)ioauicca|)iiuiatir, 
cette année, nous croyons utile d'établir le tableau récapitulatif 
suivant : * 



Sta(isli(iiie. 



19G 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Tableau récapitulatif du recensement de la fabrique de tulles à 
Calais et à Saint-Pierre-les-Calais, établi par le Conseil des Pru- 
d'hommes de Calais le 20 mars 1870. 





XOMERE DE 
FABRICANTS 


NOMBRE DES MÉTIERS 


TOTAL 


A I.A SOIE 


AV COT(»\' 


Calais 


7 
i86 


32 

446 


5 
456 


37 

c;02 


Saint-Pierre 

Totaux 


i.,3 


478 


461 


9^9 



-^^.^>=^ 



ÉTAT DU MATÉRIEL DE LA TULLERIE FRANÇAISE 



Tulles de coton. 



Saint-Pierre-les-Calais. 
Lille 

.1 reporter. 



19 
12 



238 



Méliers circulaires faisant les unis : 

Lille 61 W 1 

Caudry ^47 i 

Inchy 8 

Beauvais et autres com- 
munes 10 

Douai 12 

Métiers hohins faisant les ar 
licles d'ameuJjlement: 



3i 



269 



Report. 



Métiers Leavers, Pusher, etc., 
faisant les articles de fan- 
taisie [tulles façonnés). 

Calais 5 

Saint-Pierre-les Calais. 456 

Lille. ....... 5 

Seclin 3 

Roubaix i4 

Saint-Quentin. . ■ . 3o' 

Total des métiers. 



269 



5i3 



782 



(1) Ces chiflVcs sont empruntés aux renseignements publics par la Chambre de com- 
merce de Lille et fournis par M. II. Loyer. 

(2) CliillVes fournis par la Chambre de commerce de Saint-Quentin. 



RT DRNTEF.LES MKCANIQUES. 



197 



Tulles de soie. 

Métiers faisant les unis ;) Li/on. o~o 



Métiers Leavers, Pushers, 
faisant les articles façonnés : 

Lyon 180"' 

Calais 32 



- 212 



,1 reporter . . 582 



Beporl. . . 582 

St- Pierre -les -Calais. //4(5 

Lille 11 

Saint-Quenliu . . . 3o'-'\ ^197 
(jrand'Couronne, près 

Rouen lo 



Total des méliers. . . 1071) 



Récapitulation. 

jNIélicrs fabriquant des tulles de coton. 
» » » de soie . 



Total des métiers. 



782 
1079 

l8(H 



fl) Cliilïi'os l'ournis pur la Chaiiihre de (.■oiiiiiiercc du I^yon. 

(2, ChilTres IVmrnis par la Chambre de coniiiicrce de Saiiit-(Jiientiii. 




Dentelle Cliantillv. {Frances IVères, 1.S70. 



19S 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



ÉTAT DU MATÉRIEL DE LA TULLERIE ANGLAISE 



Tulles de colon. 

Métiers circulaires faisant les 
unis (les deux tiers de ces 
métiers sont depuis long- 
temps inactifs faute de com- 
mandes) 1270 

Métiers bobins faisant les ri- 
deaux et autres articles d'a- 
meublement (toujours oc- 
cupés) 280 

Métiers Warp faisant des ar- 
ticles de fantaisie (toujours 
occupés) 4^*0 

Métiers Leavers, A^'arp et 
Pusher faisant les fantai- 
sies, articles façonnés (tou- 
jours occupés] 570 

Total des métiers. 2620 



Tulles de soie. 

Métiers circulaires faisant les 
unis 

Métiers Leavers, Traverse- 
Warp et Pusher faisant les 
articles fantaisie. 

Métiers Warp faisant égale- 
ment des articles fantaisie. 

Métiers Warp faisant des unis. 



000 

480 
5o 

25 



Total des métiers. 1 o55 



Récapitulation. 

Métiers fabriquant les tulles de coton. 
>) » » de soie. . 



Total des métiers. 



2 020 

1 o55 
3575 



Dans ces 3575 métiers composant le matériel de la tuilerie 
anglaise, 1050 seulement sont employés à la fabrication des pro- 
diiits similaires à ceux de Calais. Ce sont les métiers des sys- 
tèmes Leavers, Traverse-Warp et Pusher, dont ; 

570 font des articles façonnés de coton ; 
480 » » » de soie. 



Total égal : 1 050 métiers. 



I-rr DENTELLES MKCANIOURS. 



190 



En 1866, le nombre des métiers Leavers et autres faisant 

nos articles était en Angleterre de 1800 métiers. 

Comme il n'est plus aujourd'hui que de . . 1050 » 

Il a subi une diminution de 7o0 métiers.. 

Les métiers compris dans le présent état fonctionnent à 
Nottingham et à Derby, ainsi qu'à Chard, Tiverson et Barnstaple. 
dans le Sommershire. Les chiffres ont été fournis par M. Louis 
Bâillon, consul de France à Nottingham. 




Blonde suie. (ïupliam IVèrcs. Is70.) 

Une partie de ces métiers a été détruite comme étant hors 
d'usage; l'autre a été importée en France. 

Le tableau ci-après donne l'état comparatif des métiers fabri- 
quant la dentelle tant en France qu'en Angleterre. 

Dentelles de coton. Dentelles de soie. 

En France 544 709 

En Angleterre 570 480 



Différence en faveur de l'Angleterre. 2(5 
» » la France. . » 



229 



ÎOO 



VFNDUSTRIE DES TULLES 



1871 



Projet de taxes sur 
les matières ))ie- 
iiiières soie. 




Valencienncs iVangce. (Topham frères, 1871.) 



25 mai. — En raison des démarches faites par les filateurs 
de Lille pour arriver au rétablissemeit de la protection exagérée 
dont ils ont profité pendant très longtemps, au préjudice des 
tisseurs et de la fabrique de tulles en particulier; en présence 

stu'tout du nouveau pro- 
jet, annoncé parles jour- 
naux, de la création d'un 
droit sur les tissus de 
soie et sur les soies fi- 
lées étrangères; la Cham- 
bre de commerce de Ca- 
lais, d'accord avec la Chambre consultative des arts et manufac- 
tures et du Comité des fabricants, s'est empressée de protester 
contre toute modification restrictive dans le régime économique 
actuel, par l'envoi d'une délibération dans laquelle les considé- 
l'anLs les mieux étudiés opposent au susdit projet les arguments 
les plus sérieux. 

14 juin. — Le Comité des fabricants de tulles de Saint- 
Pierre envoie à MM. les membres de l'Assemblée nationale une 
pétition bien caractérisée dans le même sens. 

Ces protestations énergiques sont surtout amenées par les ef- 
forts, on ne peut plus actifs, que déploient les protectionnistes 
pour la dénonciation du traité de commerce avec l'Angleterre. 

On dit que le rétablissement des droits serait motivé par la 
nécessité de trouver des ressources suffisantes pour faire face au 



KT DENTEI-LF.S MÉCANIQUES. 



201 



paiement de l'indemnité de guerre à l'Allemagne et à la recons- 
titution de nos forces nationales. 

Le Ministre du Commerce informe la Chambre qu'il ne lui est Comité supciicur des 

. arts cl maniilac- 

pas possuDle de laire droit a t,iies. 
sa demande relative à l'ad- 
jonction d'un représentant de 
l'industrie des tulles aux mem- 
bres du Comité supérieur des 
arts et manufactures. 

M. LÉOX HoUETTE, délégué DL-k^ué calaisicn, 

de la Chambre de commerce, 
reste en permanence à Paris 
pour suivre la discussion et 
s'efforcer de défendre les inté- 
rêts de l'industrie tulhcre dans l'importante question des droits 
proposés sur les matières textiles. 




M. Lcdii IIoiicUc. 



Dentelle soie, '(jaillard père et lîls. IS7I. 




Dentelle soie. iBacquet père et fils, 1871.) 

Une dépêche adressée à la Chambre de commerce annonce Soies nices. 



101 



L'INDUSTHIE !):« TULI.F.S 



Population. 



que, par suite d'une transaction ai*rètée entre les représentants de 
l'industrie lyonnaise et M. le Directeur général des douanes, le 
droit sur les soies sera fixé à ^',50 par kilogramme pour les 
grèges et 2'^'", 50 pour les soies ouvrées, sans drawback. 

La population de Saint-Pierre-les-Calais n'est pas loin 
d'atteindre le chiffre de 20 000 âmes. 




Barbe soie l'ranj;ce. (ïophani IVùres, IS71.) 

Ouvriers tuiiistes. Le nombre des ouvriers tullistes est insuffisant sur la place. 

Les logements manquent; des fabriques nouvelles s'élèvent et 

près de 150 métiers à tulle 
sont, dit-on, en construction 
pour Sainl- Pierre-les- Calais . 
11 est fortement question 
d'un projet ayant pour but 
la création de cités ou- 
vrières à Saint-Pierre. 
Tulles unis. H y & crise daus la fabrication des tulles unis en France et 

surtout en Angleterre, où cet article occupe un grand nombi-e 
de métiers. 

Aussi, les métiers sont-ils très dépréciés. 12 métiers ayant 
coûté plus de 12000 francs chaque, il y a une dizaine d'an- 
nées, ont été vendus 1800 francs l'un, k Beeston, près .Nol- 
tingham. 




Valenciennes. (Topham frères, 1S71.) 



ET DENTELLES MKCANIQUEP. 



ÎO.-^ 



La fabrication des tulles unis de soie est plus prospère à 
Lyon, où la matière première s'obtient relativement à bon marché. 
Les fabricants de Lyon, 
bien que possédant en- 
core beaucoup de vieux 
métiers, tiennent cepen- 
dant tête à la concur- 
rence anglaise et obtien- 
nent la préférence sur les 
marchés français et étran- 




Barbe L-ntre-dcux soie. 



gers où, pour ces derniers, les tulles unis de soie sont partout 
admis en franchise. 

La Chambre de commerce renouvelle ses protestations contre 
la création d'un Cnmeil de PriuV hommes, à Saint-Pierre. 



Conseil de 
Prud'homme; 



1872 



M. Léon Mouette rend compte à la Chambre de commerce Projet d'impôt sur 

les iiiaLières |)rc- 

de son voyage à Paris et, à Versailles, relativement à l'impôt mières. 

projeté sur les matières pre- 
mières. Il dit avoir emporté 
l'assurance ferme qu'on n'au- 
rait recours à cet impôt, que 
dans le cas absolu oîi il serait 
reconnu impossible de créer 
d'autres ressources, pour 

faire face aux nécessités qu'exige la situation douloureuse du pays. 




^^aleIlciellIlc 



(Henri llénon, ISTl.) 



ÎO'i 



L'INDUSTRIE DES TULI ES 



Il exprime l'cspoii' que la Commission nommée pour étudier 
cette question saura trouver une combinaison qui permette à la 
France de remplir ses engagements, sans paralyser son com- 
merce d'exportation. 

La Commission de l'Assemblée nationale paraît disposée à re- 
pousser les taxes proposées par le gouvernement et si, par 
transaction, elle devait en venir à frapper les matières premières, 
elle a formellement promis de faire tout son possible pour épar- 
gner les filés de soie et de coton. 

La Chambre de commerce de Lyon invite celle de Calais à 

unir ses efforts à 

ceux des représen- 
tants des grands cen- 
tres, pour arriver à 
écarter, si possible, 
ce dangereux projet 
d'impôt. 

De jiouvelles dé- 
marches sont faites 
aussitôt à Paris par les délégués de la fabrique, pour éclairer 
les membres de la Commission chargée de l'examen du projet. 
De plus, la Chambi-e consultative confirme par dépèche ses 
délibérations des 25 mai 1871 et 17 jan- 
vier 1872, suppliant l'Assemblée nationale 
de ne pas adopter un projet d'impôt qui 
aurait pour résultat -de sacrifier l'industrie 
du pays. 

La Chambre de commerce de Marseille 

Denlellc soie frangée. 

appuie les efforts de celles de Lyon et ^j, Gaillard pè.-e et fils, is72. 
de Calais. 

10 7nai. — Un télégramme de Paris, signé Adolphe Delhaye, 
fait savoir que la Commission nommée par la Chambre des dé- 




Guipure coton. (.louarc et lliéder.) 




ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



205 



pûtes a rejeté la veille, par neuf voix contre cinq, le projet 
d'impôt sur les matières premières. 

4 juillet. — La Chambre de commerce, appuyée par les dé- 
marches personnelles de ses délégués à Paris, proteste de nou- 
veau énergiquement contre toute modification k la législation 

actuelle des douanes, notamment 
eu ce qui concerne les filés de 
soie et de coton et l'industrie du 
tulle en général. 

La Chambre de commerce de 
Calais renouvelle, à deux reprises 
dilférentes, par des délibérations 
motivées, ses protestations contre 
la création d'un Conseil des Prud'hoinmes, à Saint-Pierre-les- 
Calais. 




A'ulc-ncit'nnc's. (R. Ma.\ton. Is72.. 



Conseil lie 
Pi'iuriionime 




Dentelle soie. {Ch. Bi-unot, 1.S72.) 



Une exposition des produits de l'industrie locale et de tout 
ce qui s'y rattache a lieu à Calais. M. Fuèue y obtient une mé- 
daille de bronze pour son dessin d'ornement et pour ses es- 
quisses de dentelles. 



Exposition locale 



200 



'INDUSTRIE DES TULLES 



Etal des afiaircs. Décembre. — Les affaires en dentelles et tulles reprennent de 

plus belle, à la suite du passage de nombreux acheteurs. 

Il est fortement question de construire, route de Boulogne, 
une grande usine pouvant contenir plus de 100 métiers, pour 
le compte de la maison Brochot et Lavesvre, de Paris. 
Jiievets. Un brevet anglais, qui doit expirer en 1885, est pris en 

France par M. Martyn pour divers perfectionnements apportés à 
la machine à tulle et à la fabrication de ses produits. 

21 décembre. — Brevet pris par M. Vincenzi pour piquage à 
répétition pour cartons de mécaniques Jacquard. 

Autre brevet pris par M. Booth pour perfectionnements dans 
la fabrication du tissu dans les métiers à dentelles. 



1873 



Assistance mutuelle. 



Il vient d'être pris, dans une des plus importantes fabriques 

de Saint-Pierre, une mesure qu'il fau- 
drait souhaiter de voir adopter partout. 
Les directeurs de cet établissement, 
d'accord avec leur personnel, ont déci- 
dé qu'à l'avenir une retenue de 5 p. 100 
serait faite, chaque semaine, sur le sa- 
laire des ouvriers valides, afin de pou- 
voir donner des secours à ceux que la 
maladie ou des blessures mettraient 




Guipure soie noire. 
(Jouarc et lliéder, 1872.) 



dans l'impossibilité de travailler. 



I-yr DENTELLES MECANIQUES. 



'im 




A'alencienncs. (Henri llciinn, 1!S"3, 



Déjà les ouvriers d'une autre fabrique, à Saint-Pierre, sub- 
viennent, par une retenue volontaire proportionnée à leurs gains, 
aux besoins d'un de leurs camarades que la maladie a jeté 
dans un état voisin de la misère et que son âge et ses infir- 
mités empêchent de travailler. 

Ces exemples de solidarité, d'une généreuse conception, sont 

fréquents parmi le personnel 
de la place et sont devenus, 
pour ainsi dire, une règle de 
protection et d'assistance mu- 
tuelles dans beaucoup d'ate- 
liers. 

Malgré les oppositions ex- 
traordinaires qui se sont manifestées à ce sujet, la création d'un 
Conseil de Prud'hommes^ à Saint-Pierre-Ies-Calais , ayant été dé- 
crétée, les élections des membres de ce Conseil ont lieu les 20 
et 27 avril. 

La population de Saint-Pierre est actiiellemcnt de 20409 ha- 
bitants. 

On rapporte que le nouveau Ministre des Finances, M. Magne, imi 
vient de faire demander au 
Ministre du Commerce une 
note spéciale sur les desi- 
derata des commerçants et 
industriels français, relative- 
ment aux projets d'impôt 
qui sont actuellement à 
létude. C'est là une excel- 
lente mesure, et s'il avait été 
procédé ainsi lors de la re- 
vision du traité de com- 
merce avec l'Angleterre, peut-être n'en serait-on pas à se deman- 



Conseil de 

Prucriiomnics à 

Siiint-Pieri'e. 



Populaliiiii. 



ùl sur les matières 
premières. 




Guipure coton. (.louarc et Riédcr.) 



Î08 



L'INUUSTRIE DES TULLES 



Grève de 

Nottin^iiani. 




Guipure laine nuire. (IIoueLLe et Butler.) 



der par quoi l'on pourrait bien remplacer la taxe de 93 millions frap- 
pant les matières premières, taxe qui persiste à ne rien rapporter. 
Les avis sont partagés sur ce point. 

L'industrie tuUiére de Calais, qui devrait aussi être éprouvée 
par les difficultés commerciales qui se font sentir un peu partout, 

ou tout au moins 
se trouver ralentie 
dans sa marche, 
semble , au con - 
traire, vouloir pren- 
dre encore plus 
d'extension. 

11 paiait, en ef- 
fet, que les ouvriers 
tullistes de Nottingham élèvent de telles exigences, que les 
patrons sont résolus, si la grève actuelle continue, à transpor- 
ter leurs métiers à Saint-Pierre-les-Calais ou dans quel- 
qu'autre ville du nord de la France. 

Il y a, du reste, un fait des plus heureux à constater; c'est 
que, malgré la crise qui afflige 
le commerce en général, la fa- 
brique de tulles continue à 
suivre une voie, sinon progres- 
sive, ce qui est à peu près im- 
possible dans un pareil moment, 
mais du moins assez satisfai- 
sante. A cette heure encore, de 
nouvelles fabriques sont en cons- 
truction et tout fait espérer, aus- 
sitôt que les embarras actuels auront disparu, que cette belle 
et féconde industrie reprendra un essor non moins brillant que 
celui dont elle a été favorisée depuis trente ans. 




Point à l'aiguille coton. 
(E. Davenièie, 1873.) 



ET i)KNri:ijj:s mkcamques. •:!0!) 

Une Exposition internationale s'est ouverte cette année Exposiiimi inienia- 

tionale de ^'ionne 

à Vienne (Autriche). , Autriche). 

Très peu de fabricants de Saint-Pierre-les-Calais et de Calais 
y ont envoyé leurs produits. Ils ont obtenu les récompenses 
suivantes : 

Médailles de progrès. 

La maison Herbelot, pour ses blondes; 

» RoB. Maxton, pour ses imitations de valenciennes. 

Médaille de bon goût. 

La maison A. Valoruicvre kt J. Le Bas, pour ses blondes. 

Médaille de mérite. 

La maison Sariuzin, Mojntfort et C"; 

» Ch. Lecomte et C'% pour divers genres de dentelles; 
» A. Lefebvrk et C'% pour ses maliues et ses dentelles 

de soie ; 
« Galoppe et Tragin, pour ses dentelles de France en 

soie et Lama et pour ses dentelles de Chantilly; 
» Bancquart et C'% pour ses barbes, coiffures et ses 

dentelles noires en soie et Lama. 



14 



210 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



1874 



Loi sur le travail des 

enfants clans les 

manufactures. 



Experts en douane. 



Parasols garnis de 
dentelles. 




A'alcnciennes. (Eugène Gabet, 1S74. 



Bans l'enquête relative aux règlements d'administration pu- 
blique, concernant les articles 2 et 6 de la loi sur le travail des 
enfants dans les manufactures, la Chambre de commerce fait 

ressortir que, dans la 

travail exigé des enfants 
est très léger de sa na- 
ture et peu fatigant. Il 
n'est pas continu, ce qui 
permet des repos assez 
longs, et sa limite ne saurait être fixée exactement, puisqu'il est 
subordonné au temps très variable qu'un ouvrier peut mettre à 
vider ses bobines. 

On pourrait, sans inconvénient, fixer cette durée de travail à 
six heures, en laissant au patron la facilité de la couper par des 
intermittences. 

En conformité du protocole annexé à la déclaration signée 
entre la France et l'Angleterre, le 24 janvier, 1874 et approuvé 
par décret du G mai suivant, dix experts en douane : un de Calais 
et neuf de Saint-Pierre-les-Calais, sont désignés pour apprécier les 
marchandises taxées à la valeur. 

Outre que les dames commencent à porter, dans la belle 
saison, beaucoup de parasols garnis de dentelles, il a été re- 
marqué à la dernière Exposition de Londres une nouvelle et 
jolie application de la photographie. Par ce procédé, on arrive 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



211 



à imprimer sur la soie claire des parasols la reproduction par- 




Malincs brodée à la main. (Ed. Arnctt, 1S7 l.y 

faite d'une dentelle noire, recouvrant à peu près la moitié du 

disque protecteur 
et déployant les 
plus riches des- 
sins avec les dé- 
tails les plus déli- 
cats. 




Dentelle espagnole. (Frances frères, IS'i. 



La Société agri- Exposition artisti(|uo 
, , . , ■ ,, cl industrielle. 

cole et industrielle 
du canton de Ca- 
lais, réorganisée en 
1865, ouvre une 
Exposition indus- 
trielle et artistique. 
Comme dessins 
de tulles (esquis- 
ses de dentelles), 
M. RoLGE obtient 
une médaille d'ar- 



gent pour ses volants; M. Gage, élève du cours pratique de des- 



CI-; 



T.'INDUSTRII-: DES TULLKS 



Klal des alTaircs en 
dentelles. 



sin de Saint-Pierre : une mention honorable, aussi pour volants. 

Les affaires sont au calme et la tranquillité règne, le mouve- 
ment des transactions étant presque nul. 

A part quelques ordres courants insignifiants, aucune com- 
mande sérieuse n'arrive sur place et les marchés extérieurs sont 
eux-mêmes sous le coup d'un affaissement général. Les soies 
grèges et moulinées sont en baisse. On parle de faillites impor- 
tantes en Amérique; par suite, il y a lieu d'être prudent à l'égard 
de certains acheteurs de l'autre côté de l'Atlantique, qui se lancent 
tête baissée dans des achats importants, sans avoir les capitaux 
nécessaires et qui alors trouvent des moyens habiles pour fournir 
de bonnes références. 




Entre-deux yuipurc laine. (E. Davenière fils, 1874.) 



Les dentelles de laine commencent cependant à se redemander 
et les fabricants sont pressentis pour monter des dentelles noires 
d'une certaine largeur. En attendant, la stagnation est presque 
complète et la construction des métiers subit le même arrêt que 
les tulles. On a pu largement profiter des congés de la période 
des vacances, et les fabricants disent qu'il serait peut-être préfé- 
rable de fermer les ateliers pour un ou deux mois. Les rideaux 
(juipure et les tulles wiis sont seuls à donner un peu de vie et, 



ET DENTELLES MIÏCANIQUES. 



213 



comme la lingerie et la nouveauté ne donnent pas, les autres 
genres restent aussi stationnaires. 

M. L. ToFLLN prend un certificat d'addition au brevet 102572, Brevets. 

pour couteau à rifler les découpages des tulles et des dentelles. 

M. Yaïes prend un brevet 
pour perfectionnement apporté 
dans rornementation de la den- 
telle, du galon et autres tissus 
de matières textiles; 

MM. SivAL FRÈRES, pour fabri- 
cation d'un genre de dentelle. 

La 'maison Henri Héison fait jacquards puissants 
fonctionner dans ses ateliers les premiers jacquards de 180, 200 
et 252 barres indépendantes pour la fabrication de la valen- 
ciennes et de la guipure blanche de coton. 




Valencicnncs. (Henri llénon, ].s7i.) 



187i> 



M. le Ministre de l'Agriculture et du Commerce fait appel Exposition univer- 

„,.,,,,,. , , ... , ,,_ selle de Pliiladclphie. 

aux labricants de Calais pour les engager a participer a 1 Ex- 
position universelle de Philadelphie. 

Le Congrès international pour Yimification du titrage des fik, Unification du titra-c 
réuni à Bruxelles en 1874, ayant émis le vœu, précédemment 
formulé à Vienne, de voir adopter, pour le titrage des fils, l'unité 
de longueur de 1000 mètres et l'unité de poids de 1 kilogramme, 
le n:iméro étant indiqué par le nombre d'échevcaux de 1000 mètres, 



214 



i.iNnLsrniE des tuli.fs 



Cliambrc syndicale 
des l'abricants. 




nécessaires pour faire équilibre au poids de 1 kilogramme, la 
Chambre de commerce de Calais prend une délibération tendant 
à recommander à M. le Mi- 
nistre du Commerce l'adop- 
tion de ces sages résolu- 
tions, dans le sens du vœu 
déjà exprimé par le Comité 
permanent de Roubaix. 
M. YiCTOR Crespin, prési- 

1 £ 1 1 /^i I , Valencienncs. (Henri Ilcnon, 1875.) 

dent de la Chambre consul- 

tatîve, fait adopter le projet de délibération suivant : 

1" Une Chambre syndicale des fabricants de tulles est 

fondée à Saint-Pierre, dans le but de régulariser les rapports et 
de. resserrer les liens de confraternité qui doivent exister entre 

les diverses bran- 
ches de Yindustric 
tullière; de créer 
un centre d'action 
et de surveillance 
pouvant aider au 
développement de 
leur prospérité et 
à la sécurité de 
leurs opérations; 
d'intervenir, comme juge amiable, dans les contestations portées 
devant elle; de centraliser les poursuites en matière de faillite; 
de mettre en commun tous les renseignements recueillis sur la 
solvabilité et la moralité de la clientèle. 

2° Les statuts, provisoirement adoptés, sont ceux de la 
Chambre syndicale dite stéphanoise de Saint-Etienne. Il est décidé 
que des démarches seront faites auprès de l'administration supé- 
rieure pour obtenir les autorisations nécessaires. 







HHHH 


^^Kf *****•••■<>•••••**•****•*••**•*'•''••********'' * 




^^■•«••••* «•«*••••••••••••••• 






^^^^ • ••••••••(» ••«'«•••••••••••••a * > > « ••*-•••••••«•« 




^^^Mk« • • •^»jA(«^* *•* 1m»*»j»"»"«%'W 
















^^■^&W<>VA>*** ' ' 0M *••**•**•• 




"•*••••*•" ' ^— '».'■•*•»•■ 




• tt*^ •• < ' < >-#•••••• ** • 


• ••••••••< ' 'm^^*** 




••••••^' . .*•••••••* 




^^P* *^****«'«* • • • • •* <^ •••••*• •. 


•••••• • • • * w« •••••* 














^^m ■•*\^^^*««******«* , 


• • * •*•• • • vvwww» 




^^l. ",>«•' ^•••••'y»**»*»»' 




■ >"■•' ••••*L*-^^^ *•-?-•. 


^^■T'à " Laa .' ' ' •••••••• ■ -•••-•'■■"!•> 


»*' . iW«W>*»«» ' *••••'■■ 


'' -•. ' ••••AiTi.^*. . .V 


^^W* -'.A* '' '<•••••• ' ' »•••'» "*« 


• ' '•••••• '-> !•••• 


•«••,. . '♦••••*. ^' 1 *•, 


^^■•* ..•■:"■•' .••••• "' ■ 1 ■••••• ■•- 


* .l.' .."••••.■"■■ l '••'•• 




^^■- r - «••••••<-^ -' •«• ' .>' ' 


• i' «•••••••^ -*• ■ '1' 


■■■* \ ,'•••%*• •_*^ '.,, ^ 


^^B '*• ■•••••••* ■' '' .,•« 






^^mm'***. ''a*******.** '.^ '',*••' 




•*' '* • •"•'•"•^J'L** '•' 




♦'"•*'•*••*♦•*•''" '.rvv.v .1 '-v 






*•»"••••»-' ■••*• ■-•- 


■ *•"•"•*•■'"'*•••-; 




"<> ••••••• . .< ••» 




^^■4' •••••••• ' •••• 


• ••*••••'-- .'**'«. 


-*»%*«W^»» '■ ' 


^^■>*- •. ; » -iî.»»»**»»* '•'-.*^'*i. ' 




•••••••••• *•;._ 


^^BW« ••V.'VV»? ••••••^V* / 


' 1 ■••%***«mAS^^ ••#'•*•%• 


• f ' - 1 ■••■■*••••. ••« 






^^B» A*»^ ^*» • • ••^* • ••«*•• • •*" * 


• «>%>%%WW^^ #V"»V^*«*»* ' •■•-•**-•• • 










^^■^MiH»«i^MyM^*%M»"««>"»»«^ V»V 


•••^VV *"•*••"••*•" **•' 


*•••••*• •*•••••• 




*AVVV* • vC*"»**.*.*^ ' '•' 


aAA-V I VAVmm»* 




' *'',;/.»'. '•*'*Vr ■;.;,;'.■' 


> **. if-';;..:?;'«*", <!'.■' 


mi*m •*}*;■ ' : ^•^jKii' 


■ •<.•'«'. ■ .à.'.f.'j 


■**• ■ . ;• 


lftilui*uiiiiii' 'îlliiiiu 


1 kf II «<.ti 1 tft'i . . . . 


lîîjjliiiijilîiîi 



Dentelle de Lille. (Sagot frères, 1.S75. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



Sur la demande du Ministre de Fi'ance à Rome, les tulles et Droits de douanes, 
les dentelles mélangés de soie et de coton, et dans lesquels la 
soie domine en poids, sont admis à l'entrée, dans le royaume 
d'Italie, au droit conventionnel de 3 francs par kilogramme. 

Invitée à donner son avis par M. le Ministre de l'Agriculture 
et du Commerce, la Chambre de commerce de Calais transmet 
une délibération 
déclarant qu'il y 
a lieu de main- 



tenir le 



m. 






» »• 



$. 

««•••• 






Dentelle soie noire plumctis. (R. Maxton, 1.S75.) 



Traites de 
commerce. 



me économique 
adopté en 1860 
et le système 
dos traités de 
commerce. Elle 
prie instamment 
(outefois le gou- 
vernement de ne 
conclure aucun 
traité sans qu'au 
préalable i es 

Chambres de commerce aient été consultées sur les tarifs conven- 
tionnels, et surtout de n'imposer en aucun cas, dans les remanie- 
ments, soit de ces tarifs, soit du tarif général, aucune aggrava- 
lion de charges aux matières premières nécessaires à l'industrie. 

La Chambre s'élève contre les prétentions des agents de l'Ad- suivons employés 

à la teinture. 

ministration des contributions indirectes, qui se refusent à ap- 
pliquer aux savons employés pour la teinture le bénéfice de 
l'article 8 de la loi du 31 décembre 1874, portant que les savons 
employés à la préparation des soies, des laines et des cotons 
pourront être livrés, avec décharge de droits, si l'emploi en est 
suffisamment justifié. 



■210 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Ecole industrielle et 
commerciale. 



Il est question d'un projet de créalion, à Saint-Pierre, d'une 
Ecole industrielle et commerciale, sous le patronage de la Chambre 
de commerce et de la Chambre consultative. 




^'alcnciennes. (Henri Ilénon, 1S75.) 



Nantissement des 
métiers à tulle. 



On assure que ces deux compagnies doivent examiner cette 
proposition avec tout l'intérêt qu'elle mérite. 

On fait circuler le bruit qu'il est question, à l'instigation des 
négociants en matières premières, de demander la nullité des 
nantissements de métiers à tulle affectés à la garantie de 
sommes avancées. 

Cependant un arrêt, rendu le 13 janvier 1872 par la qua- 
trième chambre de la Cour d'appel de Paris, éclaire ainsi la 
question : 

« 1^ acquéreur d'objets mobiliers peut valablement conférer à 
son vendeur, par l'acte de vente lui-même, un droit de ga'je sur 
tout ou partie des choses par lui vendues. 

» Ce droit n'est en rien modifié par la faculté donnée à l'ac- 
quéreur de se servir de ces objets mobiliers en les laissant tou- 
jours entre les mains du tiers, convenu entre les parties. » 
Numcroiage desiiics. L^ Cougrès international pour le numérotage des filés s'est 
ouvert le l'2 octobre à Turin. 



ET OKNTELLES MÉCANIQUES. 



1\7 



Dans celte première séance, le Congrès a résolu de nommer 
un Comité spécial, dans la composition duquel entreraient les 
représentants des industries de la laine, du coton et de la soie. 




Dcnlelle point à luiiiiiillc. E. Davcnièrc fils, 1875.) 



Ce Comité, composé de douze membres, a été immédia- 
tement élu par acclamation. 

La récolte du coton dans les Etats de l'Amérique du Sud pa- n^vnUc du colon. 
rait devoir être bonne. Elle est commencée et les balles sont 



-.•218 1,'INDUSÏHIR DES TULLES 

expédiées avec rapidité vers les lieux d'embarquement, de façon à ce 
qu elles puissent arriver en temps voulu sur les marchés de l'Europe. 
Etat des .iiiuires. La fabrication et la vente sont toujours languissantes. Sur 

les 1400 métiers de Saint-Pierre, presque la moitié est inoccupée. 
Hievets. M"" Marquiset prend un brevet pour un galon et son appli- 

cation à la dentelle ; 

M. Steegmann, pour perfectionnements dans les tissus faits 
sur métiers à tulle; 

M. BuRTON, pour perfectionnements dans la fabrication des 
filés ou réseaux brodés, mouchetés ou à fleurs; 

M. Smith, pour perfectionnements aux jacquards des métiers 
à tulle; 

MM. Kersham et Houzel, pour système de boites de jacquard 
destinées au métier à tulle et à dentelle. 



Articles Pushcr. M. LÉONARD James arrive à produire sur ses métiers Puslier 

des articles d'un genre tout à fait différent de l'article Chantilly, 
un peu épais et à fond irrégulier que ces sortes de machines 
avaient, pour ainsi dire, uniquement fabriqué jusqu'ici. 

Au moyen d'un réglage plus soigné, en affectant plus de 
motions à la treille et en employant des soies de Chine bril- 
lantes et de qualité spéciale, il obtient de belles imitations de 
Blonde espagnole et produit des écharpes^ des andaloiises et 
des grands volants qu'on peut admettre comme étant ce qui s'est 
fait de plus beau comme dessin et comme toucher dentelle, 
dans le genre dit spanish. 

Il fait aussi en coton et sur des métiers 13 points de jolies 
imitations de point à Vahjuille, en forme de cravates et de 
mouchoirs. 



ET DENTELLES MKCANIQUES. 



'219 



Cependant, la lenteur de la production et les longs délais, 
exigés par le travail des entourages à la main, sont toujours 
un grand obstacle au succès complet de ce genre de fabrication. 



1876 



Mouvomont 
d'alVaircs. 



Avril. — La capricieuse mode semble enfin éprouver le besoin de 
nous être favorable. 

A Paris, tous les 
chapeaux et tous les 
costumes sont cou- 
verts de] valenc'wn- 
nes et de dentelle ca- 
chemire en nuance 
crème. 

On espère une 
reprise générale des 
affaires en dentel- 
les ; car déjà beau- 
coup d'ordres sont 
placés de tous cô- 
tés, sur tout ce qui peut se teindre en crème. 

Le Chantilhj est aussi beaucoup demandé en ce moment. 

MM. Beutin frères prennent un brevet pour la fabrication Brevets d'invention. 
d'un fond de tulle croisé simple chaîne. 

M. Deschamps prend également un brevet pour ses machines 




Dentelle euton. (E. Duveniére fils, 1876.) 



220 



i/[ndustiîil; dks Tui.i.r;s 



à écailler les tulles, les dentelles, les valenciennes, les tarla- 
tanes, etc., etc. 
Surveillance du tia- La Comniissioii localc dc surveiUancc du travail des enfants 

viiildcs enfants dans 

les manuiactuics. cinployés dans Ics manufactures est nommée et installée par 
M. le Sous-Préfet, accompagné de M. l'Inspecteur de l'Arrondis- 
sement, pour Calais et Saint-Pierre-les-Calais. Elle est ainsi 
composée : 

Président : M. Cli.-Darquer, avocat; 
Vice-Président : M. VAbbé Parcnly; 
Secrétaire : M. Vélillart, ingénieur du port. 

Cette Commission est chargée de veiller à l'application de la 
loi du 19 mai 1874. 




Dentelle russe soie. (E. Davenière fds, 1S76.) 



Incendie de la vieille Ao{(t. — Un inccndie s'cst déclaré pendant la nuit dans la 

cite Diibra'ucq. • •^t ■ t 

Vieille cita Dubrœucq. 

Les pertes sont assez considérables; les métiers placés à 
chaque étage s'étant effondrés les uns sur les autres, en vrac, 
de sorte qu'ils n'ont plus guère que la valeur du vieux fer. 
Chambre de MM. YiLTOR Crespin et Paul Devot, membres du bureau de la 

Chambre de commerce, rendent compte d'une démarche qu'ils 
ont faite, dans l'intérêt de l'industrie tullière, auprès du Con- 



ET DENTKLLKS .MKCANIQCIiS. 



2-M 




A'iilciuieniu's. fU. Maxlon, 1876.) 



seil supéi'ieui" du commerce pour être entendus contradictoi- 
rement avec les délégués des filateurs de coton. 

Il est question de modifier le traité de commerce conclu entre la Traité de commeicc 

avec ITlalie. 

France et le royaume d I- 
talie le 17 janvier 1863. 

Une enquête est ou- 
verte à ce sujet, et les 
représentants de la fa- 
brique de Calais sont 
invités à donner leur 
avis, en ce qui concerne 
les tulles et les den- 
telles. 

Une lettre de M. le 
Directeur des douanes 

de Boulogne-sur-Mer fait savoir que ce traité vient d'être pro- 
rogé jusqu'au 30 avril 1877. 

Sur la demande de M. le Préfet du Pas-de-Calais, par une Kxposiiii.n univei- 

selle de Paris, 1S7S. 

lettre en date du 4 août, la Chambre de commerce de Calais et 
la Chambre consultative des arts et manufactures de Saint- 
Pierre désignent les délégués pour faire partie du Cotnité 
départemental d'admission pour l'Exposition universelle 
de 1878. 

Il ressort, d'un arrêté de la Cour de cassation, que le délit 
de contrefaçon de marques de fabrique existe, même par le seul 
fait d'avoir fabriqué, indépendamment de tout usage et même 
de tout préjudice matériel, des étiquettes contrefaites. 

« En conséquence : ont été à bon droit condamnés, comme s' étant 
rendus coupables de contrefaçon, des lithographes qui ont fabriqué 
et livré des étiquettes contrefaites acec factures établissant quils 
croyaient travailler pour d'autres que les propriétaires de ces éti- 
quettes; encore bien qu'en réalité la commande aurait été faite à 



Contrefaçon de 
niarcjues de l'abriquc. 



L'INDUSTRIE DES TUF.LES 

l'instigation de ces derniers, dans le but de constater la contre- 
façon. » 
Dessins (le l'aijiiquc. D'uïi j.ugenient (lu Tribunal de commerce de Calais, il résulte : 

Nouveautés. 

qu'aux termes de l'article 15 de la loi du 18 mars 1806, pour 
qu'un fabricant puisse, à l' encontre de ses concurrents, reven- 
diquer la propriété d'un dessin, il faut que ce dessin soit nou- 
veau, original et no7i encore tombé dans le domaine public. 




Dentelle soie noire. (MuUic frères, 1876.) 

L'addition, à la base d'un dessin tombé dans le domaine pu- 
blic, d'un feston écaillé, ne donne pas à ce dessiu un caractère 
de nouveauté qui le rende susceptible de propriété exclusive. 

Les dessins de fabrique déjà connus ne deviennent pas 
nouveaux, par la seule nouveauté de leur emploi. 
Exposition locale à Quclques membres dévoués de la Société agricole et indus- 

trielle du canton organisent une Exposition-concours des beaux- 
arts et de l'industrie. 

Pour les dessins de tulle, M. Gage obtient une médaille d'ar- 
gent pour ses esquisses et sa mise en carte; 



ET DENTlîLLES MECANIQUES. 



223 



M. Adolphe Fontaine, une médaille de bronze, et M. Cugny, 
une mention honorable. 

Par la voie des journaux, il est fait un appel aux nombreux 
petits fabricants, dans le but de former un groupe ou société 
qui constituerait une maison de vente, avec un personnel complet 
qui fonctionnerait sous la rubrique : Société des fabricants réunis. 



Société des 
laliricants réunis. 




Dentelle cachemire. (Maniez et Hembert, 1876.) 



A cet effet, une convocation .est envoyée sur la place, pour 
inviter les fabricants, désirant faire partie du groupe, à se troaver, 
à une date indiquée, dans une salle particulière, route de ;Bou- 
logne, pour avoir communication des détails du projet. La réu- 
nion n'a pu avoir lieu faute d'un nombre suffisant de personnes 
présentes; ce qui démontre, dit l'un des rares assistants, que 
l'esprit d'initiative n'est pas une des vertus capitales des indus- 
triels calaisiens. 

Une nouvelle réunion est convoquée pour le dimanche 27 août, Association mutuelle 
salle d'Asile, à Saint-Pierre, rue Lafayette, dans le but de fonder 'ik.sshîat'curV'' 



l/INDUSTRIE DES TULLES 

une association mutuelle entre les employés de commerce et les 
dessinateurs de Calais et de Saint-Pierre. 

M. Paul Fournier, qui vient d'obtenir la médaille d'or de doc- 
torat, doit démontrer les avantages des sociétés mutuelles. 

Une soixantaine de personnes ayant répondu à l'appel du 
Comité provisoire, les statuts et le projet de règlement sont 
discutés, article par article, et adoptés à la majorité des mem- 
bres présents. 



»v#v»v»VfV«y« •'•>'••>•'.• • 









Dentelle espagnole noire. (IIoueLtc et Butler, 1S76.) 

La Société est déclarée fondée sous le titre de « l'Union 
commerciale », association mutuelle des employés de commerce 
de Calais et de Saint-Pierre. Bientôt le nombre des adhérents dé- 
passe le chiffre de 90 membres. 
Situation des aiiaiies. Juillet. — Un grand calme règne dans les affaires en général. 
Tout le commerce souffre et nous devons constater avec regret 
que le malaise qui pèse aussi sur notre marché, depuis plu- 
sieurs semaines, tend à se prolonger d'une façon inquiétante, 
sans qu'il soit facile de savoir exactement à quoi, ou à qui, il 
faut en attribuer la cause. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



En fait, malgré quelques mouvements de reprise par à-coups, 
depuis près de trois ans, la dentelle est peu en faveur. Le chiffre 




Valcncicnnes soie. (II. Hcnon, 1S76.) 

d'affaires est maigre et les bénéfices sont fort réduits, quand ils 
ne sont pas nuls et, malgré cette constatation, le nombre des 
métiers augmente sans cesse. Le malheur est que la production 
est trop élevée, eu égard k la consommation, et qu'il y a trop 




Dentelle coton. (Houettc et Butler, 1S76.) 

de gens qui quittent du jour au lendemain leur corps d'état 
pour se faire fabricants, sans avoir la moindre notion, soit de 
la fabrication, soit du négoce. 

15 



226 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



De plus, la concurrence se fait d'une façon acharnée et stu- 
pide entre producteurs. 

Un fabricant n'a pas plus tôt produit un bon article ou un 
nouveau dessin, que vite son voisin le copie ou l'imite, en 
qualité un peu plus commune, pour le vendre meilleur marché 
et bientôt ce dernier se trouve lui-même en concurrence dans 
les mêmes conditions, jusqu'à ce que l'article soit tout à fait 
gâché et perdu pour la vente. 

Un autre système aussi dissolvant consiste à se débarrasser, 
à grands coups d'escomptes, de la marchandise accumulée et 
de la vendre à des conditions ridiculeusement réduites et même 
compliquées, comme par exemple : avec 60 . plus 15 plus 2 
plus 1 7o7 sur les prix de cours. 




Dentelle espagnole. (Ch. Lecomte et C'% 1876.) 

Il y a quelques années, l'escompte ne dépassait pas 10 "/„ 
et aujourd'hui, alors que le prix de vente a plutôt diminué, que 
la matière première est aussi chère et la main-d'œuvre plus 



ET DENTELLES MÉCANIQUES 



007 



élevée, on arrive, faute de patience ou de prudence, à accorder 
des escomptes ruineux aux acheteurs de grosses parties. 

Aussi, à côté de rares constitutions de sociétés nouvelles, 
s'est-il produit, au cours de cet exercice, un assez grand nombre 
de dissolutions de sociétés et de faillites. De là, ventes à la 
main et aux enchères de beaucoup de métiers qui restent, pour 
la plupart, sur la place; mais dont quelques-uns néanmoins vont 
renforcer quelques centres industriels d'autres départements. 

A Nottingham, la 
fabrique souffre aussi 
du mauvais état des 
affaires, et son mar- 
ché se trouve un peu 
désorienté par l'é- 
norme faillite Par- 
ker et G'% dont 
le passif est de 
2 500 000 francs. 
Cette débâcle mon- 



tre le danger des 
longs crédits; il faut 
espérer qu'une leçon 
aussi sévère fera 
disparaître un usage 
qui expose à de si 
grands risques. 




Dentelle l'anlaisic soie. {Félix BouLenjeun, 1876.) 



Faillites. 



La maison Henri HéiNON commence, la première, la fabrication Métiers fms points 

à Jacquards 

des valenciennes 12 points sur métiers spéciaux, à Jacquards puissants, 

puissants. Elle conserve pendant plusieurs années le monopole de 
cette fabrication spéciale. 

Un nouveau mouvement se produit contre le nantissement des Nantissement des 

, . métiers. 

métiers; système que la nécessité et la difficulté des affaires 



228 



L'INDUSTRIR DRS TULLES 



Exposition univer- 
selle de Philadelphie. 



semble faire adopter et mettre en pratique sur une assez large 
échelle.. Il arrive, en effet, dans certains cas de faillite ou de 
liquidation, que les créanciers qui, croyaient leur débiteur pro- 
priétaire de son matériel et qui lui avaient accordé crédit, sur la 

foi de sa situation appa- 
rente, se voient dépossé- 
dés de la plus grande par- 
tie de l'actif par un prê- 
teur sur nantissement de 
matériel. 

Et cependant la loi dit 
aussi : 

« Pow que le créancier 
puisse acquérir et conserver 
son droit de préférence, il 
est indispensable qu'il ait 
reçu la chose donnée en gage 
et qu'il l'ait conservée en 
sa possession ; ou, que cette 
chose ait été mise dans les 
mains d'un tiers convenu 
entre les parties. » 

On demande à faire 
cesser cet abus au moyen 
d'un bureau de nantisse- 
ment qui inscrirait toutes les opérations de ce genre, comme cela 
se fait au bureau des hypothèques. 

Le bureau des Prud'hommes pourrait se charger de l'enregis- 
trement et des notes de renseignements à fournir au public. 

La fabrique de Calais et de Saint-Pierre-les-Calais est 
représentée à cette importante Exposition par dix fabricants. 
Le Jury pour l'industrie du vêtement, des parures et articles 




Cravate coton (sur Pusher) brodée à la main. 
(Léonard James, 1S76.) 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



529 




DenU'Ilc Clmnlilly sur PlisIkt. iLOniuiixl James, 1876.) 



de fantaisie dans laquelle se trouve comprise la classe 252, pour 
les dentelles, brode- 
ries et 'passementeries, 
comptait neuf mem- 
bres, dont cinq Amé- 
ricains et quatre étran- 
gers. 

M. Dfetz-Monin, 
ancien député de la 
Seine, membre du 
Conseil municipal de 
Paris, faisait partie 
de ce jury, comme 
membre rapporteur. 

Au nombre des exposants de cette branche, le Jury a accordé, 
des médailles aux industriels 
de Calais et de Saint-Pierre- 
les-Calais, dont les noms 
suivent : 
MM. Ch. Babey, fabricant 
à Saint-Pierre de- 
puis 18G2. 
Bacquet père et fils, fa- 
bricants à Saint-Pierre 
depuis 1834. 
Franges frères, fabri- 
cants à Saint-Pierre 
depuis 1868. 
Robert Maxton, fabri- 
cant à Saint-Pierre de- 
puis -1843. 
Herbelot et Dévot, fabricants à Calais depuis 182o. 




Cravate Spanisli sur Pushcr. 
(Lt'onarcl James, 1876.) 



230 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Projet de création 
d'une Chambre syn- 
dicale de fabricants. 



Crassier et C" se sont trouvés dans l'impossibilité de 
figurer à l'Exposition du Centenaire, les colis contenant leurs den- 
telles ayant été perdus en cours de route. 

Les autres mai- 
sons du rayon calai- 
sien, quoique non 
médaillées, ont été 
remarquées par le 
Jury pour la qualité 
de leurs produits et 
l'esprit d'initiative 
constante que révèle 
leur fabrication. A ce 
titre, ont droit à une 
mention spéciale : 

MM. F" BOUTENJEUN, 

Cazin et Noyon, E. 
Davenière, Gaillard 
père et fils. 

S'inspirant de la 
décision récemment 
prise par la Cham- 
bre consultative et en 
attendant l'autorisa- 
tion de l'adminis- 
tration supérieure, 

M. Henri Gontier, directeur du journal « r Avenir », donne une 
conférence ayant pour but le relèvement de Ymdiistrie tullière. 

Il préconise, dans cette intention, la création et l'organisation 
d'une Chambre stjndicale des fabricants de tulles et dentelles, 
rappelant que « rUnion fait la force » et qu'au moyen d'une 
entente générale on pourrait résoudre pour le mieux des intérêts 




Dentelle espagnole. (Frances frères, 1S67.) 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



231 



de la fabrique les questions d'arbitrages, de liquidations, de 
contentieux, de renseignements commerciaux, d'heures de travail, 
d'uniformité d'escomptes et de conditions de paiements, de sa- 
laires, de prix de vente, d'école professionnelle, de nantissement 
de métiers, etc., etc. 

Un assez grand nombre d'industriels assistaient à cette séance, 
mais rien ne fut décidé définitivement à cet égard. 

Quelques semaines plus tard, toute la fabrique était convoquée 
à une réunion qui s'est tenue à la salle d'Asile, sous la prési- 
dence de M. Victor Crespiiv, pour entendre la lecture des statuts 
qui doivent régir le syndicat en voie de formation. 

Décembre. — La situation est toujours loin d'être satisfaisante, 
mais la rareté des affaires traitées en ce moment a mis en éveil 
bien des imaginations. 

On s'efforce avec ardeur, de tous côtés, de rechercher les' 
moyens de donner plus d'activité à l'industrie des tulles de Saint- 
Pierre-les-Calais. 

On attend, avec impatience, la prochaine visite des acheteurs 
allemands et américains. 




Etat des affaires. 



^Lantille. (Léonard James, 1876.) 



.-T^j i fevr ^ 



232 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



1877 



Exposition univer- 
selle de Paris, 1S78. 



Dessins et modèles 
de fabrique. 



Admissions 
temporaires. 



Les fabricants, industriels et manufacturiers de la circonscrip- 
tion de Calais, sont avisés que le délai primitivement fixé pour 
les demandes d'admission, au 15 jan- 
vier, est prorogé jusqu'au 1" février 
suivant, dernière limite. 

Le nombre des demandes est à 
ce jour de 33 et tout fait prévoir 
qu'il s'augmentera encore. 

Le Sénat étant saisi d'un projet 
de loi sur les dessins et modèles de 
fabrique, la Chambre de commerce 
de Calais désigne une Commission 
composée de MM. Victor Crespin, 
Ad. Darquer, A. Dagbert et L. Devot, 
pour donner son avis sur les divers 
points de ce projet et pour préparer une délibération destinée à 
être envoyée à M. le Ministre du Commerce. 

Cette délibération, très étudiée et votée à l'unanimité, est 
envoyée le 3 mars à l'Administration supérieure. 

La Chambre de commerce de Calais désigne deux de ses 
membres, comme délégués, pour transmettre aux ministres com- 
pétents, au Conseil supérieur du commerce et au Comité consul- 
tatif des arts et manufactures, une délibération sollicitant l'ad- 
mission temporaire, à charge de réexportation, des fils de laine 
et de coton employés à la fabrication des tissus. 




Dentelle fantaisie coton. 
(Houette et Butler, 1877.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 233 

On excepterait nominativement les marchandises dont l'admis- 
sion offrirait des inconvénients, en ce qu'elles prêteraient à la 
fraude, et des règlements d'administration publique statueraient 
sur les détails des opérations, par décrets. 

La Chambre de commerce, au nom de la fabrique, continue fh trois bouts retors 
à protester, comme elle l'a tou- 
jours fait depuis 1870, contre K??^^5^55?!SP^^^ 
la surtaxe dont se trouvent indu- m^i!ij^^\èy4^^4^^ 
ment frappés les fils de coton ■ss..-v Jîi^'^î^^M ^i'^'r^^-P. ^!^i%»il 
retors 3 bouts. ^|J|||^|j|2y||jj||*i^^^ . 

Elle demande que le droit, de ^^.jp^,.^ ^^,^„ (j^^_^^.^ ^^ ^j .^^,.^ ,,,,^ 
4 centimes par 1 000 mètres fixé 

par le projet de tarif pour ces fils, soit supprimé et que con- 
formément à ce qui a été entendu et convenu en 1876, lors 
des explications contradictoires échangées entre les filateurs et 
les fabricants de tulles et dentelles mécaniques, devant la Com- 
mission des textiles du Conseil supérieur du commerce, les fils 
de coton retors 3 bouts, autres que ceux cartonnés et bobinés 
pour couture, soient assimilés aux cotons retors 2 bouts et taxés 
aux mêmes droits. 

Malgré ces réclamations, et sans que les représentants de 
l'industrie tuUière aient été entendus de nouveau et admis h. réfuter 
les objections des filateurs, le Conseil supérieur du commerce a 
adopté les conclusions de son rapporteur, comme étant le ré- 
sultat d'un nouvel accord; alors que les filateurs seuls avaient 
pu faire leurs observations, d'une façon très habile, en deman- 
dant le maintien de l'ancien tarif des retors et la réduction 
de 6 à 4 centimes du droit aux 1000 mètres. 

La Chambre des députés adopte le projet de loi ainsi présenté. 

Le Ministre du Commerce communique une circulaire relative Marques de fabrique. 
au dépôt, en Angleterre, des marques de fabrique françaises 
employées dans les industries textiles. 



234 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Etablissement de 

blanchiment et 

d'apprêt. 



Distinctions 
honorifiques. 



Crise ouvrière de 
Lyon. 




Valenciennes. (Henri Hénon, 1877. 



M. E. Vieillard forme une demande « commodo vel incom- 
modo » tendant à obtenir Tautorisation d'établir des ateliers de 
blanchiment et d'apprêt pom" les tulles de coton, par chlorures 
alcalins. 

La Chambre de commerce de Calais et la Chambre consul- 
tative de Saint- 
Pierre signalent à 
l'attention de M. le 
Ministre du Com- 
merce les noms 
des cinq fabri- 
cants récompen- 
sés à l'Exposition 
de Philadelphie : 
MM. Maxton, Bacquet père et C'% Franges frères, Ch. Babey et 
Herbelot et Devot, et demandent à ce qu'ils soient compris dans 
la promotion de l'ordre de la Légion d'honneur, autorisée par 
une loi récente, à l'occasion de ce grand concours international. 
La mortalité des vers à soie ayant déterminé, dans le Midi et 
particulièrement à 
Lyon, un chô- 
mage général de 
l'industrie des 
soieries, une soi- 
rée-concert est 
donnée à Saint- 
Pierre au bénéfice 
des ouvriers lyon- 
nais. Dans un commun et fraternel accord, une souscription est 
ouverte par les ouvriers de toutes les villes de France pour 
venir en aide à la population ouvrière de Lyon, pendant le 
temps que durera la crise. 




Dentelle russe. (Henibert frères, 1877.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



235 



Dans une cavalcade organisée à Saint-Pierre, le lundi de 
Pâques, on a pu remarquer le char de l'industrie tuUière suivi 
d'autres groupes ayant trait à tout ce qui concerne la fabrication. 

Le métier qui figurait dans ce char a été \endu, le soir 
même, au bénéfice d'une œuvre de bienfaisance. Les sommes 
recueillies se sont élevées à 10 704*^', 33. 

Malgré les espérances de la fabrique, les mois et les sai- 
sons s'écoulent 
et rien ne fait 
encore prévoir 
une reprise sé- 
rieuse des af- 
faires. 

Le malaise 
actuel tient à la 
production trop 
grande, par rap- 
port auxbesoins, 
et à la concur- 
rence inintelligente que se font les producteurs entre eux. 

Quelques fabricants, soucieux de l'avenir de l'industrie tuUière, 
se sont réunis et ont projeté une association syndicale pour con- 
courir à son relèvement. Cette idée généreuse n'a pas été cou- 
ronnée du succès qu'elle méritait. Les adhésions sont tellement 
rares qu'il va falloir renoncer à y donner suite. 11 y a trop de 
fabricants qui ne le sont que de nom et qui, à peine sortis 
d'autres corps d'état, sont incapables de comprendre leurs véri- 
tables intérêts. 

Il y a aussi beaucoup d'ouvriers devenus patrons, qui n'ont 
pas la moindre intuition des affaires et qui aiment mieux se 
laisser gruger par les acheteurs, que de se joindre à leurs con- 
frères pour essayer de réagir contre les causes de la crise. 



Cavalcade. 




Bretonne soie. (Maxton et Watney, 1877.) 



Etat des affaires. 



236 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



A Nottingham, le commerce est aussi très calme. Le mauvais 
temps et la question d'Orient sont pour quelque chose dans cette 




Dentelle genre Venise coton. (Houette et Butler, 1877.) 

dépression des affaires. Cependant les rideaux vitrages se vendent 
assez bien, ainsi que les blondes, les guipures et les platts de 
qualité ordinaire. 




Guipure coton. (Gabet et Aubry.) 

Les acheteurs américains commencent à arriver sur les deux 
marchés; mais leurs ordres sont encore peu importants et limités 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



237 



aux plus pressants besoins. Des demandes se produisent en 
nuance Tilleul et autres couleurs mélangées. 

Le marché de Londres est encombré de stocks énormes pro- 
venant de quelques faillites dont deux ou trois de Nottingham, 
extrêmement importantes, et aussi de marchandises de Saint- 
Pierre vendues à grands rabais, avec des escomptes ridicules, 
par des fabricants embarrassés. On comprend le trouble que de 
semblables transactions apportent dans les affaires, surtout lors- 
qu'il s'agit de lots dépassant, dans leur ensemble, 7 à 8 miUions 
de francs. Aussi les acheteurs se restreignent-ils dans leurs 
achats, n'ayant plus aucune confiance dans la stabilité des prix. 

En somme, sur les deux places, le commerce n'a jamais été 
plus difficile qu'en ce moment. 




Dentelle floss soie. (Gabet et Aubry, 1877.) 

Les genres qui se vendent encore un peu sont les torchons, 
les i)latts, les valenciennes, les points d'Espagne, les chantilly, etc. 

A Calais, la situation mauvaise des affaires détermine encore de 
nombreuses dissolutions do sociétés, des faillites et des ventes de 
métiers. 



238 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Incendie de la nou- 
velle cité Dubrœucq. 



Mort d'Ad. Thicrs. 



Statistique. 



Le 16 décembre, la cité Dubrœucq est de nouveau la 
proie des flammes. Cette fois, l'incendie s'attaque à la nou- 
velle cité, beaucoup plus importante que l'ancienne, déjà brûlée 
en août 1876. 

L'usine, assurée pour 300000 francs, fournissait la force mo- 
,trice à 44 locataires fabricants, possédant 117 métiers d'une va- 
leur de 1905581 francs et occupant environ 250 ouvriers, 
plus 1 200 ouvrières, dont moitié à l'intérieur et moitié à l'ex- 
térieur. 

Le service des pompes étant mal organisé, le sinistre a exercé 
ses ravages sur la totalité de l'immeuble et du matériel, sans 
accidents de personnes heureusement; l'incendie s'étant déclaré 

dans la nuit du sa- 




Valencicnnes. (Henri Hcnon, 1877.) 



medi au dimanche. 
C'était un bien 
triste spectacle, que 
de voir s'écrouler 
pêle-mêle les mé- 
tiers du premier 
étaore sur ceux du 



rez-de-chaussée et s'enchevêtrant les uns dans les autres en un 
fouiUis indescriptible. Ces sinistres répétés ont eu pour consé- 
quence de faire doubler le taux des primes d'assurances qui se 
sont trouvées portées en augmentation de l'^',80 et 2'^'',50, — à 3, 
— 4 et 5 fr. "/„„. 

3 septembre. — L'Administration de la ville de Saint-Pierre, 
d'accord avec la fabrique, délègue un certain nombre de fabri- 
cants pour aller à Paris, assister, porteurs d'une grande cou- 
ronne,, aux obsèques d'Adolphe Thiers, le libérateur du ter- 
ritoire. 

11 y avait à cette époque, à Saint-Pierre-les-Calais, sur 
une population que le recensement de 1876 porte à 25205 ha- 



ET DENTELLES MliCANIQUES. 



239 




Dentelle russe. (Frances frères, 1877.) 



bitaiits, — ^^^ fabricants possédant 1594 métiers. De plus, Calais 
comptait encore 5 fabri- 
cants avec 40 métiers. L'en- 
semble de tout ce matériel 
occupait environ JOOOO ou- 
vriers et ouvrières et beau- 
coup de femmes et de 
filles dans la ville et dans 
les environs, pour le dé- 
coupage, l'effilage et le 
finissage de la dentelle. 

62 usines à vapeur don- 
naient, jour et 
nuit, du lundi 
matin au same- 
di soir, la force 
motrice à tous 
ces métiers et à 
leurs accessoires. 

La valeur de 
ce matériel était 
estimée de 25 à 
30 millions envi- 
ron et la produc- 
tion annuelle à 
45 millio7is; pour 
les trois quarts 
en dentelles de 
soie, de bourre 
de soie ou de 

Schappe, et pour N'^""'' Malines, brodé à la main. (ArnetL n-èrcs, 1877.) 

le reste, en dentelles de coton, de laine, de mohair et de Un. 




240 L'INDUSTRIE DES TUr,LES . 

L'Amérique, l'Italie, le midi de la France, la Suisse et la fila- 
ture de Lille fournissaient à la place ses matières premières : 
les bourres de soie, le mohair, le fil de lin, la soie du Japon 
et fort peu de filés de coton, par rAngletërre ; — les soies grèges 
et moulinées, par l'Italie et le midi de la France; — les fils de 
lin et les cotons filés, presque exclusivement par la filature de 
Lille. 

Le Libre échange a, dit-on, beaucoup favorisé la fabrique de 
Saint-Pierre. Ses nouveautés, ses produits fins, soignés et de 
bon goût s'expédient pour un chiffre important en Angleterre 
et aux Etats-Unis — et cependant les droits d'entrée pour cette 
dernière coiitrée sont excessivement élevés! 



ia78 



Association des des- Le 10 janvier a lieu la constitution définitive de « Y Union 

sinateurs et des . , ... , i . . ,1 1 » 1 

employés. Commerciale », association des dessinateurs et des employés de 

commerce de Calais et de Saint-Pierre. 

L'assemblée des membres fondateurs nomme son bureau défi- 
nitif, qui se trouve composé comme il suit : 

MM. E. PsEFFER, comptable, président; 
Ed. Lemire, » secrétaire; 

H. Laporte, placier, trésorier; 
L. Danzel, comptable, ] 
J. Capet, dessinateur, ' administrateurs. 
L. CoucY, comptable. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



','41 



Il est porté à la connaissance de tous les fabricants de tulles, Travail des enfants et 

, . , 1 /> n T -lin» • ^^^ lillcs mineures 

nidustriels ou chefs d ateliers, que le tribunal dArras vient de dans les ateliers. 







condamner à une amende de 
500 francs un industriel des en- 
virons de cette ville, pour plu- 




Dcnk'lle l'antaisie eciton. 
(13acqiiel père et fils, 1S7S.) 



\'alcnciennes. 
(Henri llénon, 1S7S.) 



sieurs contraventions répétées à la loi sur le travail des enfants 
et des filles mineures dans les manufactures. 

Une première souscription, ouverte en faveur des ouvriers sans 
travail, par suite de l'incendie de l'usine Dubrœucq, du 16 dé- 
cembre 1877, à Saint-Pierre-les-Calais, produit la somme de 
1790^',50. D'autres souscriptions sont encore recueillies de divers 
côtés. 

Quelques fabricants de Saint-Pierre, ayant imité un article ré- 



Sousci'iption. 



Contrefaçon. 




Dentelle Ijretonne. Henri llénon, 1N7S. 



^'aIenciennes. (Henri llénon, 1S7S. 



serve de la maison Dognln et C'°, et ayant appliqué à cette imita- 
tion le même nom de « dentelle de Raguse », se sont mis en con- 
travention formelle contre des dépôts régulièrement et légalement 
faits. 

16 



■242 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Tarif général des 
douanes. Nouveau 
projet. 



L'un de ces fabricants s'est empressé de reconnaître son er- 
reur par une transaction à l'amiable qui a heureusement terminé 

des poursuites dé- 
jà commencées, et 
ce fait, porté à la 
connaissance de la 
fabrique, a permis 
de conserver les 
bons rapports qu'il 
est nécessaire de 
toujours entretenir 
entre maisons ho- 
norables. 
D'autre part, plusieurs procès en contrefaçon se sont engagés 
entre d'autres fabricants, pour copies de dessin, donnant lieu à 
des condamnations en dommages et intérêts. 

La Chambre de commerce de Calais répond au questionnaire 
de la Commis- 




Dentelle de Flandre (1S7S) 



sion de la Cham- 
bre des députés, 
chargée de l'exa- 
men du projet de 
tarif général des 
douanes, en ce 
qui regarde les 
fils de coton re- 
tors, 2 et 3 bouts, 
servant à la fa- 
brication des 







I 






■*l-i^ -%! 



Point de Malines brodé à la main. (Herbelot et Dévot, 187S.) 



tulles et dentelles, les admissions temporaires et le renouvelle- 
ment des traités de commerce. 

La Chambre, après avoir réuni les commerçants et les indus- 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



2-i3 



triels de sa circonscription, pour leur demander de lui fournir 
leurs observations sur ces diverses questions, confirme, avec nou- 
veaux arguments à l'appui, sa délibération du 7 avril 1877. Elle 
signale que, malgré ses protsstations répétées, ses justes récla- 
mations sont jusqu'ici restées lettre morte. 

Elle profite de cette circonstance pour rappeler sa délibération 

du 17 juin 1877, relative à la 



— MM / /A 



V 



1 _ 






'*""'V".'JL. «^S». . „ ^ ^ 




^jK5^«,i;^SÎ>^;^«^ 



législation ^ industrielle et concer- 
nant les dessins et modèles de 
fabrique. 

Le vendredi 1" juin, à trois ^■isite à la tabiiquc 

par le prince de 

heures, S. A. le prince de Da- Danemark. 



^^S(j*|| nemark, accompagne de quelques 
'*-**^***'**^ personnes de sa suite, est venu 



Dentelle bretonne. 
(Henri Ilénon, 1878.) 



visiter la fabrique de MM. /. Gail- 
lard père et fils. 

Le prince s'est particulièrement 
intéressé à tous les détails de la fabrication, à la situation du 
personnel et s'est fait montrer les produits finis, dont il a désiré 
emporter quelques types. 

La Société agricole et industrielle du canton de Calais ouvre Concoius de la Socic- 

„...., te aj;ricole et in- 

une nouvelle Exposition suivie d un concours. dustrieiie. 

Dans la section des dessins et accessoires pour tulles, elle 
décerne : 

Une médaille de vermeil : 

• A M. Deschamps, pour son invention d'une machine à écailler 
le tulle. Ce lauréat est déjà l'inventeur d'un ciseau spécial pour 
découper les laizes à pois, ou à petits motifs. 

Des médailles de bronze : 

A MM. Arthur Capv, pour ses esquisses, genres variés, et Louis 
Fenet, pour son dessin de volant. 



244 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Exposition univcr- Les l'écompeiises décemées aux fabricants de Saint-Pierre 

selle de 1878. Re- 
compenses, et de Calais, à 1 Exposition universelle de ISTS, sont les sui- 
vantes : 

Diplôme d'honneur : 

A LA Chambre consultative de Saint-Pierre-les-Calais. 

Médailles d'or : 

A MM. ElTx. Crassier et C'% Cii. Lecomte et C'% Plante. 




Dentelle russe. (Frances frères, 1S7S.J 

Médailles d'argent : 

A MM. Ch. Babey, Bacquet père et fils, Bancquart et C'% 
¥" Boutenjeun, Dubout et C'% Hartskorn et Arnett, H. Hénon, 
Herbelot et Dévot, Mouette et Buttler fils, A. Lefebvre et C'% 
MuLLiÉ frères, Bobert Maxton, Bobert West. 

Médailles de bronze : 

A MM. Franges frères, W" Haynes, Leroux frères et Merlen, 
Réville et Dartout, Sarrazin-Montfort et C'", Valois ep Benard. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



Mentions honorables : 



A MM. Berrier frères, Brochot, A. Cadart, Darras et Vaillant, 

DUCHÉNE FRÈRES, J. MeRCIER, A. PrILLIEZ. 

Saint-Pierre-les-Calais se trouve ainsi comprise parmi les 
vingt-deux villes qui ont obtenu un diplôme d'honneur à l'occa- 
sion de l'Exposition universelle de 1878. 



1879 



L'industrie des dentelles, comme beaucoup d'autres en État des atraires. 
France, se trouvait, depuis une certaine période, sous le coup 
d'une des crises les plus 
sérieuses qu'elle ait ja- 
mais éprouvées. 

Mais, depuis quelque 
temps, la situation semble 
vouloir s'améliorer; l'acti- 
vité reprend et de tous 
côtés l'on entend dire que 
la fabrique reçoit des 
ordres et qu'elle va remarcher avec plus d'ardeur que jamais. 

Ces pronostics font le meilleur effet sur place dans le monde 
des patrons et des ouvriers; car c'est toute une population que la 
fabrication des tulles fait vivre à Calais, à Saint-Pierre et dans 
les environs. 




Dentelle Alençon. (Frances frères, 1S79. 



2-'iG 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Incendie volontaire. 
Autres incendies. 



Fabrique de dentel- 
les à Barcelone. 




Dentelle Alençon. (Henri Ilénon, 1879. 



Un fabricant de tulles accusé (ïmcendic volonlairc, de compli- 
cité avec une femme, est condamné à sept ans de travaux 

forcés; la femme 
à six ans. {Cour 
d'assises du Pas- 
de-Calais, audience 
du 8 772ars 1879.) 
Quelques mois 
plus tard, un in- 
cendie se déclarait 
dans les ateliers 
de l'un des locataires de l'usine Grenier, n° 32, rue Neuve, à 
Saint-Pierre. Le feu fut vite circonscrit; d'abord par les ou- 
vriers eux-mêmes, aidés des voisins, et ensuite par les sapeurs- 
pompiers qui sont arrivés aussitôt. 

Tout était assuré, mais les dégâts étaient peu impor- 
tants. 

Un aiiti^e incendie, causé par une fuite de gaz, éclate à Ca- 
lais dans l'un des ateliers de dé- 
coupage de la maison Hkrbelot et 
Devot, fabricants de tulles. 

Grâce à une pompe qui ap- 
partenait à l'établissement, les 
flammes, qui avaient déjà atteint 
les poutres de la charpente, ont 
pu être éteintes dans un court 
espace de temps. Le chiffre des 
pertes est relativement peu élevé. 

Un fabricant de tulles^ blondes et dentelles, de l Espagne, 
demande, par la voie de la presse locale, s'il n'y aurait pas à 
Saint-Pierre un fabricant possédant un ou deux métiers, qui con- 
sentirait à venir s'établir à Barcelone. Quelques échantillons des 




Point d'Angleterre. 
(Henri Hénon, 1S79.) 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



247 




articles à produire sont déposés au bureau du journal, où l'on • 
peut prendre l'adresse du fabricant espagnol. 

MM. Valois et Renard prennent un supplément de brevet pour Brevcis d'invention, 

un tulle Bishop produit sur 
métiers Leavers (certificat 
d'addition). 

M. VoiGT prend un brevet 
pour une machine à passer 
et à nouer des fils. 

M. RoLLiN FILS AÎNÉ prend 
un brevet pour un moulin 
applicable au métier bobin 
façonné, système circulaire. 

Dentelle coton. (Frances frères, 1879.) t » • i / i i /-.i 

Le président de la Lhani- Marchandises en i-e- 

bre de commerce informe les fabricants et négociants en tulles 
de sa circonscription, que les extraits d'écritures, certifiés con- 
formes par le président du Tribunal de commerce, pour la décla- 
ration en douane des marchcuidises on retour, doivent être la 
reproduction exacte et en quel- 
que sorte photographique, des 
registres facturiers, copies de 
factures ou livres de consigna- 
tion, avec les dates de factures 
inscrites par séries d'envoi et 
non en bloc, à la fin de l'ex- 
trait. 










Dentelle iVIençon. (Henri llcnon, 1.S79.) 



Pour la bonne règle les facturiers ou livres de consignation 
doivent indiquer la nature du produit, le textile qui domine dans 
le mélange {soie, bourre de soie ou coton) et le prix avec l'escompte 
ou rabais convenu. 

L'observation de ces indications aura pour effet d'éviter des 
difficultés et des pertes de temps. 



248 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Musée industriel à 
Bnulogne-sur-Mei". 



L'administration municipale de Boulogne-sur-Mer vient de créer 
en cette ville, rue d'Artois, un nouveau Musée à la fois indus- 
triel, commercial, 
maritime, agricole 
et pédagogique, 
dans le but d'aider 



iiiLv...i^.':iAUli ■|^'*iy[-n ,||^ 




MM 






.!.".;uiv;....>,,j»uit/;a^i.v.v 




■■■ 


^■■■H 








HBHIH 



Vieille dentelle. (Ileni'i Ilénon, 1.S79. 



Travail des enfants et 
des filles mineures 
dans l'industrie. 



aux études et de 
faire mieux con- 
naître les produits 
nationaux et étran- 
gers. 

Un grand nom- 
bre de participants à l'Exposition universelle de Paris ont bien 
voulu faire abandon de leurs modèles et échantillons en faveur 
de la ville de Boulogne-sur-Mer. 

L'administration fait appel aux grandes usines et fabriques du 
pays, et notamment aux fabri- 
cants de dentelles, par l'intermé- 
diaire de la Chambre consultative 
de Saint-Pierre. 

Le Maire de la ville de Calais 
informe les industriels que la 
tolérance accordée jusqu'ici aux 
enfants de douze à quinze ans, 
pour le travail dans les fabriques, 
doit prendre fin au 31 décem- 
bre 1879 et que les prescrip- 
tions de la loi du 19 mai 1874, 
relatives au certificat d'instruc- 
tion, recevront leur stricte application à partir du 1" janvier iSSO. 







."ne" •''^^ - Bn. B 




Dentelle Lanauedoc. (Henri llénon, is'O. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



249 



1880 



La Chambre de^ députés ayant commencé la discussion du Los tarifs douaniers 

et rindustrie des 

nouveau projet de tarif général des douanes, le moment est tuiles. 

venu de rappeler et de faire valoir 

les précédentes délibérations de la 

Chambre de commerce de Calais, en 

résumant les vœux déjà émis par elle 

à diverses reprises, dans l'intérêt de 

l'industrie tullière. 

M. Ribot, député de la circons- 
cription, consent à donner son pré- 
cieux et bienveillant concours pour 
défendre, devant le Parlement, les 
intérêts de la fabrique de Calais contre la fdature, dont le 




Dentelle fine coton. 
(Maxton et Watney, 1S80. 




Guipure Lorraine. (Henri Hénon, 1S80.) 

personnel occupé est dix fois moins nombreux. 

Il présente, à cet effet, plusieurs amendements qui sont re- 



250 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Conservatoire dos 
dessins de fabrique. 



jetés, malgré le grand talent déployé par cet orateur parlemen- 
taire pour les faire admettre par la Chambre. 

La Chambre consultative de Saint-Pierre écrit à M. Ribot 
pour le remercier, au nom des intérêts qu'elle représente, des 
efforts qu'il a bien voulu faire pour la défense de l'industrie 
saint-pierroise. 

Le bibliothécaire de la Chambre de commerce solhcite l'allo- 
cation d'un crédit de 200 francs, qui lui est accordé, pour être 
employé au classement sur carnets, des échantillons de dentelles 
mécaniques provenant des dépôts périmés du Conseil des Pru- 
d'hommes. 




Dentelle point d'Angleterre. (Henri Hénon, 1880.) 



Vols de soie et de Un événement qui a mis fortement en émoi les deux villes 

coton. 

de Calais et de Saint-Pierre a été la découverte et la consta- 
tation de vols de soie et de coton, qui se commettent depuis 
quelques années dans plusieurs ateliers de la place. Des plaintes 
ont été portées et une surveillance des plus sérieuses doit être 
exercée à ce sujet. 
Travail des enfants et L'iuspccteur divisiounairc rappelle, par circulaire, qu'il a 

des filles mineures . • ,< i n» • i, ^ r^ n i ii 

dans l'industrie. rcçu du ministère de 1 Agriculture et du Commerce 1 ordre d ap- 
pliquer strictement la loi du 19 mai 1863 dans la sixième cir- 
conscription; le délai de tolérance, permettant aux indus- 
triels d'employer plus de six heures par jour les enfants non 
munis d'un certificat d'instruction, étant expiré depuis le 31 dé- 
cembre 1879. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



251 



La Chambre de commerce appuie une demande faite par M. le Coiis pour l'Angle- 
terre. 
Maire de Saint-Pierre à l'administration des douanes, pour ob- 
tenir qu'elle veuille bien laisser accomplir, après l'expiration de 
l'heure légalement fixée pour la fermeture de ses bureaux, les 
formdités nécessaires à l'expédition des paquets de tulles, à des- 
tination de l'An- 




^"'s 






/■ > ' 




Dentelle fine coton. (Henri Hénon, 1S80. 



Ù '^~ù 



Frein Masson. 



gleterre, par les 
paquebots par- 
tant à une heure 
du matiii. M. le 
Directeur des 
douanes donne 
satisfaction pro- 
visoire à cette 
requête, à titre 
d'essai seule- 
ment. 

Il est ques- 
tion, sur place, d'un frein inventé par Auguste Masson, mécani- 
cien, pour arrêter automatiquement et instantanément un métier 
à tulle, lorsqu'un accident se produit, de façon à éviter les dég.âts 
souvent occasionnés par ce qu'on appelle « un hlock «. L'applica- 
tion doil en être faite dans plusieurs ateliers. 

L'un des premiers importateurs de l'industrie tullière en 
France, M. James Wa.vGG, vient de mourir à l'âge de quatre-vingt- 
huit ans. Il était en France depuis soixante ans. Les funérailles 
ont eu lieu au milieu d'une grande assistance. 

Les coins du poêle étaient portés par MM. Mullié père, Hembert 
pfcRE, WooD et Sheperd. 

Un discours a été prononcé sur sa tombe. 

M. le Maire de Candry, par une lettre en date du 27 octobre. Loi sur les patentes. 
informe la Chambre de commerce de Calais que les fabricants de 



Mort de James 
Wraas'. 



252 



L'INDUSTRIE DES TULLES 




Dcnlelle fantaisie coton. (Th. Plante, ISSO. 



tulles de sa localité ont adressé à M. le Ministre du Commerce 
des réclamations au sujet de l'application de la loi du 45 juil- 
let 1880 sur les 2Jale7ites. 

En proposant et en votant cette loi, le Gouvernement, le 

Sénat et la Chambre 
des députés déclaraient 
vouloir alléger un impôt 
qui pesait lourdement 
sur le commerce et sur 
l'industrie. C'est dans 
ce sens que la loi a 
été votée et adoptée; 
mais ce but est loin d'avoir été atteint, en ce qui concerne les 
fabricants de dentelles, qui vont avoir à payer, sous l'empire des 
nouvelles taxes, des droits bien plus élevés que ceux imposés 
parla loi du 23 avril 1844. 

Ainsi, le droit fixe, qui était de 3 francs pour tous métiers, se 
trouve maintenant porté à 20 francs par métier à bobines et à 
10 francs par métier à chaînes. 

M. le Maire de Caudry estime que cette augaientation doit 
être le résultat d'une erreur matérielle. Il engage les fabricants 
de Saint-Pierre à s'occuper de cette importante question ; à en 
saisir le député de leur circonscription et à faire les démarches 
nécessaires pour obtenir la modification d'une disposition aussi 
onéreuse. 

La Chambre de commerce de Calais, estimant que les plaintes 
des fabricants sont fondées, prend une délibération dont elle 
envoie copie à M. le Ministre du Commerce, en vue d'obtenir 
la réduction des droits nouveaux, à l'ancien droit fixe de 3 francs, 
par métier, avec le maintien du droit proportionnel, au soixan- 
tième de la valeur locative. La Chambre consultative de Saint- 
Pierre adresse à son tour une déhbération dans le même sens. 



ET DENTELLES MIÎCANIQUES. 



253 



protestant de toutes ses forces contre l'augmentation anormale 
dont l'industrie des dentelles vient d'être encore frappée. 

Une démarche collective est aussi faite pour appuyer ces récla- 
mations auprès de M. le Ministre des Finances, par M. le Pré- 




DcnU'Uc espagnole. (Henri lléiKui, 1S80.) 



SIDENT DE LA ChAMBUE DE COMMEUCE DE CalAFS, MM. LES DÉLÉGUÉS DE 

Lyon, M. Ballen, député du Rhône, et M. A. Rmor, député du 
Pas-de-Calais. 

M. MussEL, membre de la Chambre de commerce, après en 
avoir conféré, de son côté, avec M. Laroze, contrôleur des con- 
tributions directes, obtient une réponse assez favorable et dépose 
un rapport, faisant savoir que l'administration supérieure a re- 
connu ce que l'application de la nouvelle loi a d'excessif pour 
les métiers à dentelles, et qu'elle est disposée à apporter des 
atténuations, par une tarification basée sur la largeur des métiers 
et sur le nombre de barres de leurs Jacquards. — On put 
voir par la suite que c'était tomber de Charybde en Scylla. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Tarif des douanes. 
Filés de coton. 



Dépôts de dessins et 
de modèles indus- 
triels. 



La Chambre de commerce de Calais et la Chambre consultative 

de Saint-Fierre envoient à Paris une délégation qui doit se joindre 

' : -.v-iiuu à celles des Chambres 




Valenciennes-plalt. (Henri LIénon, 1880. 



. de commerce de Lyon 
et de Saint- Etienne, 
pour être entendues 
par la Commission 
sénatoriale chargée de 
l'enquête sur les filés 
de coton. 

Cette même Com- 
mission entend, quel- 
ques jours plus tard 
les filateurs de Lille, qui ont demandé à répondre aux objec- 
tions des fabricants de Lyon, de Saint-Etienne et de Saint-Pierre- 
les-Calais. 

Dans une conférence de la Commission chargée d'examiner la 
loi sur les dessins et modèles de fabrique, conférence à laquelle 
assistaient M. le Ministre 
du Commerce, ainsi que 
M. Bogérian et les dé- 
légués du Conseil des 
Prud'hommes de Paris, 
M. le Député Ribot a 
soutenu deux amende- 
ments : 

L'un tendant à main- 
tenir le dépôt au secré- 
tariat des Prud'hommes; — l'autre ayant pour objet de réduire 
le droit établi sur chaque dépôt. 

Sur le premier point, M. le Député du canton de Calais a été 
combattu par le Ministre et n'a pu obtenir gain de cause. 




Dentelle de soie dite d'Aurillac. (II. A\'est, ISSO.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



Sur le second, la Commission lui a donné raison. — Elle a con- 
senti à abaisser le 
droit à 1 franc par 
série de dessins (au 
nombre maximum 
de 12) qui seront dé- 
posés en même 
temps; ce qui réduit 
le droit à moins de 
O'',i0 par dessin. 

M. RiBOT se pro- 
pose de lutter encoi 
de dépôt. 

Dans le but de soulager le travail au pied, si fatigant, de ses Pianos à percer les 

. , . . carions, nuis par la 

ouvriers perceurs, la maison Henri Henon tait actionner par la vapeur. 




Dentelle coton. (Henri Ilénon, 1S80.) 



e devant la Chambre, sur la question du lieu 




Piano à percer les cartons Jacquard, actionné par la vapeur. 



force motrice, au moyen d'un mécanisme des plus simples, ses 
pianos à percer les cartons Jacquard. Cet ingénieux système 
permet l'arrêt instantané et la remise en marche immédiate de 
l'appareil, à la volonté de l'ouvrier. 



256 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



1881 



Société industrielle et 
commerciale. 



Patentes. 



La Société industrielle et commerciale, invoquant les services 
rendus par elle à l'Industrie tullière, sollicite le concours de 
la Chambre de com- 
merce 
lancer le 
comptes 
secours 
lui est accordé. 

M. Auguste Isaac, 
de Lyon, informe la 
Chambre consultative 
que M. Lâbâdié se re- 
fuse absolument à lais- 
ser entamer la loi sur les patentes et qu'il a été convenu avec 
M. le Directeur général des contributions qu'on procéderait par 
voie d'interprétation en taxant : 1° les vieux métiers au tulle 

uni, comme des mé- 




DenLcUe Biachc. ^J. Gaillard, llSSI.) 







tiers de tissage ordi- 
naire ; 2" les métiers 
à articles façonnés à 
10 francs au lieu de 
20 francs. Calais n'y 
gagnerait rien, sinon 
de faire consacrer par l'administration centrale le nouveau genre 
de taxation dû à l'interprétation particulière de son contrôleur. 



Entre-deux Ypres. (Henri Ilénon, 1881.) 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



257 



M. A. RiBOï, député de la circonscription, appelle l'attention Projet de loi sm- les 
de la Chambre de commerce de Calais sur le projet de loi pré- des adultes. 
sente par M. Nadaud, concernant la durée des heures de travail 
des adultes dans les manufactures. 

Ce projet de loi, adopté en première lecture par la Xlhambre 
des députés, porte atteinte à la liberté de l'ouvrier majeur, qui 
doit pouvoir dis- 
poser de sa per- 
sonne, à sa vo- 
lonté, puisqu'il a 
pleine conscience 
de ce qu'il doit et 
peut faire, pour le 
mieux de ses in- 
térêts. 

C'est une pro- 
tectioQ qui serait 
beaucoup plus pré- 
judiciable qu'utile 
à l'ouvrier. 

La Chambre de 
commerce , après 
examen de la ques- 
tion et dans une 
délibération adres- 




Den telle csp;ignole. (18S1.) 



sée à M. le Ministre du Commerce, à M. le Président de la Com- 
mission de la loi Nadaud, ainsi qu'à M. Riboï, député, présente 
ses observations et exprime le vœu qu'il ne soit apporté aucune 
modification à la législation actuelle concernant les heures de 
travail dans les manufactures, en ce qui concerne les adultes. 

La maison Herbelot et Devot quitte Calais et transfère son 
matériel et ses bureaux à Saint-Pierre, dans la cité Dubrœucq. 

17 



Déplacement de 
iabriqiic. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Expéditions 
pour l'Angleterre. 



Assurances. 



Chemin de fer de 
Guines-Anvin. 



Il ne reste plus alors, dans le vieux Calais, qu'une seule fa- 
brique de dentelles mécaniques : celle de MM. Dubout et C'% 

M. le Président de la Chambre de commerce informe la fa- 
brique, que M. le Directeur des douanes autorise, à titre définitif, 
les embarquements de nuit des colis de tulles expédiés à desti- 
nation de l'Angleterre. 

Une Compagnie, dite : le Comptoir ^^e'/îeVa/, adoptant les con- 
ditions faites par les Compagnies mutuelles, assure les usines 

et les métiers à 
tulles au taux de 
i",80, alors que la 
plupart des Compa- 
gnies imposent le 
prix de S^^SO; ce 
qui fait une écono- 
mie annuelle de 15 
à 18 francs par mé- 
tier. Un peu plus 
tard, cette prime 
devait être portée à 

Valenciennes-platt. (Renard, 1881 ) , , ^. « 

' 4 et 5 francs. 

Beaucoup d'ouvriers et d'ouvrières de Guînes, occupés dans 
les fabriques et dans les industries accessoires, devaient par- 
courir deux fois à pied, matin et soir, une route de 10 à 11 ki- 
lomètres. 

Aussitôt la mise en exploitation du nouveau Chemin de fer 
d'Anviii, M. Level, directeur de la Compagnie, a cru devoir adresser 
à tous les fabricants et usiniers de Saint-Pierre-les-Calais la lettre 
suivante : 

« Monsieur, 
» J'ai l'honneur de porter à votre connaissance quà partir du 




p 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



253 



1" décembre 1881, la Compagnie du chemin de fer f/'Anvin à 
Calais mettra en circulation des billets d'ouvriers à prix réduits 
entre Guînes, F Ecluse-Carrée, Saint-Pierre-les- Calais et retour. » 



Sur l'initiative de la Chambre consultative et de Fadminis- Couisdc dessin appH- 

, ,. • • 1 j c • i n- i L ' ' 11- que à rindustrie du 

tration municipale de Saint-Pierre, il est crée un cours de dessin tuUe. 
et de mise en carte, appliqué à l'industrie du tulle. 

M. E. Bertrand est nommé professeur de géométrie descrip- 
tive et de mécanique industrielle. 

Cette idée, de propager et d'étendre la connaissance du tra- 
vail de la mise en carte, est assez mal accueillie par les pro- 
fessionnels de cette partie. 

Ils paraissent craindre que la vulgarisation de ce travail spé- 
cial n'amène un jour la baisse 
des prix pour les dessinateurs 
publics, et la réduction des 
appointements pour ceux qui 
travaillent en fabrique. 

Le Conseil municipal de 
Saint-Pierre, dans sa séance 
du 12 août, vote la transfor- 
mation des écoles de dessin 
existantes, avec une allocation 
annuelle de 12000 francs, venant compléter, avec les 6000 francs 
accordés par l'Etat, — les 18000 francs nécessaires au budget 
de cette école. 

Par suite d'une application nouvelle de la dentelle et particu- situaiion de la place. 
lièrement de la dentelle de soie au costume des dames, ap- 
plication qui doit son origine à la machine à plisser de l'Expo- 
sition universelle de 1878, à Paris, la consommation de la dentelle 
de Calais s'est trouvée tout à coup développée dans des pro- 
portions absolument inconnues jusqu'alors. 




Guipure coton. (Henri Ilénon, issl.) 



260 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Jamais on n'avait vu, à aucune époque, la mode se jeter 
avec un pareil engouement sur tout ce qui, de près ou de loin, 
ressemble à de la dentelle. Et comme l'article le plus demandé, 
le Spanish, est fort lourd de matière soie et par conséquent 
d'un prix assez élevé par lui-même ; que ce prix est soutenu et 
quelquefois aussi renforcé par l'effet de la commande, il en ré- 
sulte que le chiffre d'affaires de la place, si la demande se con- 
tinue, va se trouver doublé et même triplé par rapport à celui 
des années précédentes. 

La fabrication et la vente deviennent en effet très actives, oc- 
cupant un très nombreux personnel. 

Calais comprend à cette date 13529 habitants, et Saint-Pierre 
33290 habitants. 




Dentelle fine coton. (Henri llcnon, 188L) 



Question des 
patentes. 



La question des patentes est toujours à l'étude, faisant l'objet 
de réclamations, d'envois de rapports et de démarches de toutes 
sortes. 

M. le Directeur des contributions directes, à Arras, écrit au 
Maire de Calais une lettre relative aux réclamations présentées 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



261 



contre la loi du 15 juillet 1881, sur les patentes, et fait savoir 
que l'administration recherche les moyens de résoudre la ques- 
tion, de manière à graduer les droits, suivant une juste pro- 
portionnalité. 

La Commission du budget a convoqué MM. les députés Ribot 
et Balluc pour les entendre au sujet de l'amendement présenté 
par le député de Calais. 

On assure que, malgré les vives protestations de la fabrique, 

le Ministre vient de 
déposer un- projet 
rectificatif, d'après 
lequel on taxerait les 
métiers suivant leurs 
dimensions et leur 
nombre de barres au 
Jacquard. 

Un ingénieur, 
nommé Malhère, 
ancien élève de \E- 
cole d'Angers, vient 
d'imaginer le moyen 
de fabriquer mécaniquement la vraie dentelle, avec une perfec- 
tion que n'a pu atteindre encore jusqu'ici le métier Leavers lui- 
même. 

C'est une invention considérable et le problème qu'elle pa- 
raît avoir résolu faisait depuis quelque temps l'objet des re- 
cherches incessantes de quelques ingénieurs mécaniciens. 

Le travail de ce métier est identique à celui du travail à la 
main et cette découverte, qui fait grand bruit, n'a d'égale que 
celle du Jacquard, qui, du reste, sert de base à cette machine 
nouvelle encore très compliquée et d'un mécanisme extrêmement 
délicat. 




Dentelle Spanish fantaisie. (Henri Ilénon, INSl.) 



Métier à dentelle 
système Malhère. 



"262 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Elle semble vouloir provoquer une véritable révolution indus- 
trielle. 

M. Sablon, délégué de la Compagnie, 40, rue Laffitte, à Paris, 

offre des éehantil- 
^"^-^^u. ■' r^ ^ '■y:^t^S»Êjm ions des produits 

de ce métier, à 
toute personne qui 
lui en fait la de- 
mande. 

En 1872, l'ingé- 
nieur Malhère avait 
déjà pris un brevet 
d'invention pour la 
fabrication méca- 
nique de la den- 
telle faite à la 
main. 

Habitant Condé- 
sur-Noireau (Calva- 
dos), où ce produit 
occupait encore 
beaucoup d'ouvriè- 
res, il fit la re- 
marque que trois 
mouvements assez 
réguliers des doigts 
de la dentellière suffisaient pour exécuter la plupart des den- 
telles à la main : 

1° Mouvement de demi-tour de la main pour amener les 
torsions des fuseaux entre eux; 

2° Mouvement de poussée horizontale pour choisir et pré- 
senter les fuseaux au travail ; 




Métier Malhère et son Jactiuard. (1881. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



263 



3" Mouvement de pose des épingles pour maintenir le travail 
obtenu par les torsions. 

Il s'ingénia alors à essayer de reproduire mécaniquement ces 
trois mouvements et, dans ce but, il inventa et construisit un 
métier circulaire réduit au tiers 
de la circonférence; de façon à 
ce que les fils, en venaut tous 
travailler sur le centre, aient 
toujours tous la même longueur, 
pendant l'exécution du travail. 

Par une combinaison des plus 
ingénieuses, les fils, enroulés sur de petites bobines à tension 
égalisée par des ressorts, étaient réunis par groupes de deux, 
sur des fuseaux spéciaux, tournant soit à gauche, soit à droite; 




A'alcncicnncs produite par le métier 
Malhère. (ISSl.) 




Iniilation Bruives. (Ilouette et Butler, JlSSl. 



de plus, ces fuseaux, après avoir évolué sur eux-mêmes, par 
l'appel d'un Jacquard, contenaient des rainures qui permettaient 
aux bobines, portées sur de petits chariots, de ghsser d'un fuseau 
sur l'autre. 

On obtenait ainsi, dans les fils, un mouvement de rotation. 



2G4 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



qui produisait la torsio?i, et un mouvement de poussée qui per- 
mettait d'amener chaque fil près de celui avec lequel il devait 
opérer son croisement ou torsion, suivant les exigences du 
travail. 

Ayant ainsi la possibilité de tordre ou de détordre les fds et 
de les changer de position, une mise en carte, relativement 
simple, les faisait marcher et évoluer selon les caprices du 

dessin, de sorte que le 
travail des doigts de la 
dentellière se trouvait 
être identiquement re- 
produit. 

Quant à la pose des 
épingles, cette partie du 
travail ne pouvait évidem- 
ment pas se faire de la 
même façon que par l'ou- 
vrière, qui les pique sim- 
plement avec la main. 
Des tiges mues par le 
Jacquard venaient prendre les torsions, chaque fois qu'elles se 
produisaient et les portaient vers une espèce de butoir qui rem- 
pUssait le rôle du coussin de la dentelhère. 

Ces mouvements, une fois les tiges déplacées, n'opéraient 
naturellement pas de changement dans la contexture du produit 
qui se trouvait être, très exactement, de la vraie dentelle 
identique. 

De Condé-snr-Noireau, l'invention fut portée à Louviers. A ce 
moment, le métier ne produisait encore que de la maille ; mais 
le principe était trouvé. On ne tarda pas à pouvoir faire tous les 
genres de dentelles, tels que la guipure, le torchon, la tirette^ le 
chantilhj et la valenciennes. 




Dentelle Spanish. (Henri Ilénon, 1«81.) 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 2G5 

La production se faisait alors sur quatre rangs donnant des 
bandes ou des entre-deux de 1 à 2 centimètres de hauteur; soit 
en tout, environ 8 centimètres de produit, en largeur. 

L'époque du lancement industriel étant arrivée, une Société, 
composée de négociants et d'industriels, se forma et le siège de 
l'exploitation fut transporté rue Saint-Maur, à Paris. 



Blonde espagnole. (Henri Ilcnon, ISSl.) 

Malheureusement Vinventet/r, jamais satisfait du résultat de sa 
découverte, perdit un temps énorme en nouvelles recherches, en 
transformations et en modifications dans le mécanisme de sa ma- 
chine. Il fit construire un immense métier destiné à produire des 
largeurs de dentelles d'un prix fort élevé. 11 combina même ce 
métier pour pouvoir exécuter différents genres de dentelles à la 
fois; il n'écouta, ni la voix de la raison, ni les conseils de la 
sagesse et, au lieu d'exploiter sagement et intelligemment une in- 
vention admirable, il voulut arriver à faire des tours de force 
et à vaincre des difficultés inutiles, au lieu de s'arrêter à une 
limite acquise et de construire, tout de suite, un métier pra- 
tique composé d'un nombre normal d'éléments et monté spécia- 
lement pour faire une sorte de dentelle déterminée. 



266 



L'INDUSTRIE DES TULLES 




Pendant ce temps le capital social s'épuisait et la Société 
découragée de ses sacrifices répétés, sans résultat, résolut de 

mettre l'invention dans 
les mains d'une Société 
financière. 

Ce fut le coup de grâce 
et la chute définitive de 
l'affaire. 

On peut admettre que, 
si cette invention avait 
été mise exclusivement 
dans des mains indus- 

Valenciennes-platt. (Rcville et Dartout, 1881.) triellCS expérimentées, OU 

serait arrivé à produire économiquement et avec une véritable 
perfection les dentelles qui ne comportent pas l'entourage de fils 
brodeurs, telles que : 
la valenciennes , la 
guipure, le tor- 
chon, etc. 

L'idée était donc 
bonne et le pro- 
blème enfin résolu. 
Tl est à souhaiter 
que le brevet soit 
repris un jour ou 
l'autre avec les améliorations que l'expérience a démontrées, 
comme nécessaires, afin d'arriver à un résultat plus satisfaisant 
que celui obtenu après des essais aussi remarquables qu'infruc- 
tueux. 

M. W" Prest, dessinateur de Calais, a été pendant un certain 
temps attaché comme metteur en carte à l'exploitation du 
métier Malhère. 




Dentelle fine coton. (Henri Ilcnon, 1881. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



267 



18812 




Guipure de Lorraine. (Henri Ilénon, 18S2.) 



M. J. Debray, teinturier, apprêteur et loueur de force motrice, Condition des soies. 
obtient l'appui moral du Conseil municipal de Saint-Pierre et le 
patronage de la Chambre de commerce de Calais pour fonder un 

établissement contenant à 
la fois un Conditionne- 
ment et un laboratoire d'a- 
nalyse, de tous les textiles 
employés dans l'industrie 
tullière. 

La Chambre de commerce émet des réserves quant au main- 
tien de sa décision, pour le cas où l'établissement projeté ne 
remplirait pas, ou cesserait de remplir les conditions exigées par 
les progrès de la science; ou ne donnerait pas au public les 
satisfactions qu'on est en droit d'attendre d'une administration 
sérieuse. 
. La Chambre de commerce de Calais informe les industriels de Exposition intema- 

. . lionale d'Anislerdam. 

sa circonscription qu wie 
Exposition internationale doit 
s'ouvrir h Amsterdam, le 
1" mai 1883. C'est le grou- 
pe V, classe 34, qui com- 
prend les châles et les den- 
telles. 




Valeneiennes-platt à^barres indépendantes. 
(Henri Hénon, 1882.) 



Il est procédé à l'organisation définitive d'une Ecole tïart Ecole d'art décorati 
décoratif par l'administration municipale et la Chambre consulta- 
tive, en présence de M. Dutert, inspecteur de l'enseignement du 
dessin. 



268 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



M. HuGREL est nommé directeur de cette école, à laquelle le 
gouvernement accorde une subvention annuelle de 6000 francs. 

M. l'Inspecteur Dutert fait savoir qu'une exposition des Beaux- 
Arts, appliqués à l'industrie, doit s'ouvrir sous peu à Paris, au 
Palais de l'Industrie, 
statistique. Une Statistique établit qu'on compte à Saint-Pierre 367 fabri- 

cants de tulles possédant ensemble 1674 métiers; — 18 ateliers 
d'apprêt pour tulles; — 17 établissements de teinture et 3 ate- 
liers de construction de métiers à tulles. 

La fabrique comprend 52 usines donnant la force motrice à 
324 métiers montés au coton, et à 1 350 métiers montés à la soie, 
le tout nécessitant ensemble 3625 chevaux-vapeur. 

-Elle occupe 7160 ouvriers, 3218 ouvrières et 2209 appren- 
tis; de plus, 7000 à 8000 ouvriers dans les villages environ- 
nants. 

Le salaire moyen de l'ouvrier tulliste est de 10 à 15 francs 

par jour, pour le 






■ ^ , / ^^ '_' travail à la soie, et 

de 8 à 10 francs 
par jour, pour le 
travail au coton. 

Les ouvriers 
moyenneurs de 15 
à 21 ans gagnent 
6 francs par jour à 
la soie et 5 francs 
au coton. 

Les ouvrières 
gagnent de 18 à 

25 francs par setnaine, certaines 30 francs et plus (les whee- 

leuses); les garçons et les filles au-dessous de 15 ans, de 10 à 

15 francs. 








Dentelle fine coton. (R. Maxton, 1882.) 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



■2 G y 



M. LE Député Ribot informe la Chambre de commerce de Calais 
que M. le Ministre du Commerce prépare un décret sur l'impor- 
tation temporaire des fils fins de coton. 11 fait en même temps 
savoir que cette faveur ne sera accordée qu'aux industries qui 
la solliciteront. 

IVl. le Président répond sans délai que cette formalité a déjà 
été remplie le 7 avril 1877; mais que, néanmoins, il va prendre 
des mesures pour qu'elle soit renouvelée. La Chambre prend en 
effet une délibération sollicitant de M. le Ministre du Commerce 
l'admission temporaire, à charge de réexportation, de l'équivalent, 
en tulle, des fils de coton retors en 2 et 3 bouts écrus et blan- 
chis, depuis le n° 20 
jusqu'au n" 300. 

M. V. Crespln, dans 
un rapport qui doit être 
envoyé au Comité con- 
sultatif des Arts et ma- 
nufactures, établit des 
catégories dans les di- 
verses variétés de tul- 
les, afin de facihter les 
évaluations des matières réexportées après fabrication. 

Des échantillons de tulles divers, portant en regard les types 
des fils employés pour leur fabrication, sont joints à ce rapport. 

Quelques fabricants ont envoyé divers spécimens des produits 
de leur fabrication à VExposition régionale de Lille. 

Les différents genres de tulles qui figurent dans les vitrines 
des exposants sont pour les articles soie : 

1" Des laizes blanches et noires, se divisant en largeurs de 
0",70 et l'",40 pour garnitures de chapeaux de dames et pour 
certains genres de confections employées principalement en Italie 
et en Espagne; 



Admission tempo- 
raire des cotons filés 
fins. 




Dentelle soie fantaisie. (R. Maxton, 18S2. 



Exposition des arts 

industriels à Lille, au 

Palais Rameau. 



270 



L'INDUSTRIE DES TULLES 




Dentelle genre broderie co- 
ton. (DarquerBacquet, 1.SS2.) 



2° Des voilettes blanches et 7ioires, unies et à pois, d'une lar- 
geur uniforme de 0"',35 et destinées en grande partie pour YAl- 
lemagne; 

3° Divers genres .de dentelles Chantilly spanish et autres. 
En coton, se trouvaient des dentelles dites : Bretonnes, des 
points dits : de Languedoc, des imitations 
de Malities et d'Alençon qui constituent, 
dit-on, la grande vogue du jour et qui 
s'emploient rucliées, plissées ou froncées, 
pour collerettes , manchettes , etc . , ou 
comme garnitures de robes. 

Ces dentelles coton se font en bandes 
de 0'",025 à 0",10 de large. On les teint 
en nuances dites : ivoire, crètne, ficelle, toile, vieil or, etc. La 
teinte la plus classique et la plus demandée est l'ivoire, qui 
rappelle le ton un peu passé des vieilles dentelles à la main. 

Il s'exporte près de 80 millions de ces articles, dont les prin- 
cipaux débouchés 
sont : Paris, Lon- 
dres, Vienne, Ber- 
lin , Saint- Péter s - 
bourg, V Australie 
et surtout les Etats- 
Unis et Y Amérique 
du Sud. 

Les matières 
premières em- 
ployées à leur fa- 
brication sont : Dés soies grèges jaunes et blanches de différents 
titres, provenant de France (dans les Gévennes), d'Italie, de 
Chine et du Japon ; 

De gros fils brodeurs, cordonnets, floss et bourres de soie, 




Imitation dentelle d'Argentan. (Ilouette et Butler, 18S2. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



271 



depuis le n° 6 jusqu'au n" 80 et au delà, de provenance an- 
glaise ; 

Des cotons du n" 60^ au n" 300^ et des fils de lin fournis en 
grande partie par les filatures de Lille et le reste par FAn- 
gle terre. 



1883 



Une délégation de la Chambre consultative des Arts et manu- 
factures de Saint-Pierre, composée de MM. Sergeant, Folrniek et 
Paclot, se rend à 
Paris, sur l'invita- 
tion de M. le Mi- 
nistre des Beaux- 
Arts, pour déposer 
devant la Commis- 
sion d'enquête par- 
lementaire, sur la 
situation des ou- 
vriers et des indus- 
tries d'art. 

Après avoir 
fourni tous les ren- 
seignements qui lui 
ont été demandés, la Commission résume ses desiderata, en récla- 
mant : 



Cluunljic ciinï.iiltu- 
li\c 




Dentelle fantaisie eoton. (Henri Ilénon, 18S3.'l 




L'INDUSTRIE DES TULLES 

i" La création d'une École professionnelle permettant, dans un 
temps donné, d'arriver à pouvoir construire en France tout le 

' matériel industriel nécessaire à 
l'industrie des tulles et dentelles 
et de toutes les branches acces- 

2° La libre entrée des matières 
premières : cotons filés, etc. ; 
3" Une subvention suffisante 

Blonde soie. (Henri Hcnon, 1883.) 

pour transformer et organiser 
plus largement l'Ecole d'art décoratif et industriel ; 

4° Des cours de langues vivantes pour les employés de com- 
merce ; 

5° L'autorisation de créer enfin une Chambre syndicale des 
fabricants, afin de perinettre à ces producteurs de se réunir, 
de discuter les questions qui intéressent leur industrie et de se 
concerter sur les moyens d'empêcher certaines concurrences dé- 
loyales pratiquées, sur la place, par des négociants qui sont en 
même temps des fabricants, le plus souvent « copieurs » ou con- 
trefacteurs occultes. 

M. Sergeant déclare devant la Commission d'enquête parle- 
mentaire, que la Chambre consultative va créer un musée histo- 
rique de la fabrication des dentelles de Calais-Saint-Pierre. 

Il dit, en outre, qu'il s'enga.ge à mettre à la disposition de 
ce musée plus de cent mille échantillons et que l'ensemble de 
cette collection sera l'histoire exacte du tulle en France, depuis 
son implantation jusqu'à nos jours. 

M. Sergeant ajoute qu'il est le seul à posséder cette collec- 
tion et qu'il est fier de foffrir à la ville de Saint-Pierre-les- 
Calais. 

Ce musée n'a inalheureusèment jamais été organisé et la col- 
lection promise n'a jamais été donnée. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



273 



Déjà, en 1835, il était question de fonder une Chambre syn- a-cation de la 
dicale et une Commission, composée de neuf membres, avait ^'ZÏbrk-anis!'' 
adressé dans ce but 



une requête à l'admi- 
nistration supérieure. 
Cette demande fut re- 
jetée en 1836. 

A la suite de la 
délibération prise en 
1875 par la Cham- 
bre consultative, sur la 
proposition de son pré- 
sident, M. Victor Cres- 
pin; à la suite des dé- 
marches réitérées de 
cette Chambre près de 
l'administration supé- 
rieure et de la de- 
mande renouvelée et 



V* V*-fc^ V» l* »i* V» < 



.^ Wl hi^ tM M v^ ^ (« 1M.*« |-t h^t »t >f >t >• ,-■ i« — 






'^^'^^m 



y 



/ 



■/^ 



/ 



rm-c^x 




Denlclle de Scyovie. (E. Duvcnièrc, J,SS3.) 



ment; mais déjà à 






Dentelle Fa-doi-a. ;R. Maxlon, 1SS3.) 

formulée par M. Guillaume Foiirnier devant 

la Commission d'en- 
quête parlementaire, 
le 2G mai 1884, à 
Paris, les fabricants 
de Calais obtiennent 
enfin l'autorisation 
de fonder leur asso- 
ciation syndicale. Il 
est vrai que les 
Chambres syndicales 
ne peuvent pas en- 
core exister légale- 
Paris, à Lyon, à Saint-Etienne et dans 

18 



274 L'INDUSTRIE DKS TULLES 

quelques autres centres, il s'en est créé, sans qu'il ait été 
demandé quoi que ce soit au gouvernement et les préfets n'y ont 
pas fait d'opposition. 

Le 18 juillet, un Comité provisoire nommé pour préparer l'or- 
ganisation d'une Chambre syndicale des fabricants de tulles et éla- 
borer un projet de statuts, ayant recueilli plus de 160 adhésions, 
provoque une assemblée générale, ayant pour but de nommer 
un Comité définitif, chargé de l'administratioiT^e ce syndicat. 

104 fabricants assistent à la séance et nomment pour faire 
partie de ce Comité : 

MM. F. Crespin, A. Darquer, N. Legendre, G. Fournier, Henri 
Hénon, H. Herbelot, E. Davenière, Bruyère, Pinet, E. Crassier, 
H. Topham, J. Hembert, Carpentier, H. Lemaitre, Z. Fonryaut, 
Altazin, Cadart et Gonverneur. 

Les statuts sont discutés et adoptés. 

Leur devise est ainsi libellée : 

« Protéger les intérêts de chapun, sans lé§er les in- 
térêts d'aucun. » 

Le bureau se trouve ainsi composé : 

Président : M. Victor Crespin. 
Vice-Présidents : MM. E. Crassier; Z. Fourgaut. 
Secrétaire : M. Guillaume Fourînier. 
Trésorier : M. H. Bruyère. . 

Deux années plus tard, la Chambre consultative des Arts et 
manufactures de Saint-Pierre, qui avait pour mission spéciale de 
veiller aux intérêts de l'industrie tullière, cesse d'exister. 
Condition des soies. M. J. Derray, directeur de la Condition publique des soies, 
laines et cotons de Saint-Pierre, informe le public que cet éta- 
blissement, fondé sous le patronage de la Chambre de com- 
merce et du Conseil municipal de Saint-Pierre, est définitivement 
installé et qu'il doit entrer dans la période d'exploitation le 17 sep- 



1 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



275 



tembre. Les membres clés deux administrations sont invités à vi- 
siter l'établissement de la Condition. 

On annonce la vente, par adjudication publique, de l'usine 
Dubout, située à 



Fabrique Dubout 
et C'«. 










Dentelle Fœdora. (Henri Ilénon, 1883. 



Calais, cours sud. 

Calais voit ain- 
si disparaître la 
dernière des fa- 
briques de tulles 
qui se trouvait 
dans son en- 
ceinte. 

La maison Du- 
bout avait déjà 
fait transporter, 
en 1882, tous ses 
métiers dans l'usine Th. Lefebvre, à Saint-Pierre. 

Il a été donné de constater au cours de l'année 1883 plu- incendies, accidents 

et vols. 

sieurs incendies de fabriques de tulles, notamment dans les maisons 
Lowenstein-Polak et C'', Ravenel, Berrier, Tofflin et C'^, ainsi que 
divers accidents professionnels causés par l'imprudence des ou- 
vriers et ouvrières. ' 

Toute une série de vols ont aussi été commis dans les fa- 
briques pendant les nuits du samedi au dimanche et du dimanche 
au lundi. Des malfaiteurs pénètrent dans les ateliers et font 
main basse sur tout ce qu'ils trouvent pouvant être emporté 
facilement. Des mesures sérieuses, prises en conséquence, 
n'ont pas tardé à empêcher le renouvellement de ces mé- 
faits. 

L'administration municipale de Saint-Pierre fait tracer, sur statue de Jacquard. 
l'emplacement de l'ancien cimetière de Calais, le square au mi- 
lieu duquel on doit ériger la statue monumentale de Jac- 



276 



L'INDUSTUIE DES TULLES 



quard, dont la célèbre invention a rendu de si grands services 
à la fabrication des dentelles iiiécaniques. 

Aussi est-il dit que ce n'est là qu'une dette de reconnais- 
sance qui s'impose 
à la ville de Saint- 
Pierre. 

La mémoire du 
grand inventeur at- 



tend toujours la réa- 
lisation de ce projet. 

Exposition intcrnu- DcUX maisOUS 

tionale crAiiisterilaiii , i i n i • 

de 1883. seulement de la tabri- 




Dcntelle soie noire. (Iloucttc et Butler.) 



que de Saint-Pierre 
prennent part à l'Ex- 
position internatio- 
nale d'AmsterdaiT). 

Elles y obtiennent les récompenses suivantes : 
M. Charles Babev, une médaille d'or et une médaille d'ar- 
gent, pour ses ri- 



deaux guipures; 

M. E. Dayenière, 
une médaille d'ar- 
gent. 

M. Babev a, de 
plus, été nommé, 
par le gouverne- 
ment. Chevalier de 
l'ordre du Cam- 
bodge. 
Exposition de Rouen. La Chambre de 
commerce de Calais 




Dentelle héraldique. (Henri Hénon, 1883.) 

informe les industriels de sa circonscription qu'une Exposition 



ET DENTELLES MÉCANIQUES, 



277 



,*t.«ti.M.'.r»j»j«ir'»i».i.fi».f,«. 



nationale et régionale doit s'ouvrir à Rouen le 1" juin 1884. 

Un décret de M. le Président de la République, en date Admissions tempo- 
du 18 septembre, 
autorise l'admis- 
sion temporaire , 
en franchise de 
droits, des fils de 
coton destinés à 
la fabrication des 
mousselines et des 



tissus mélangés de 
soie et de coton. 
Les produits de 
Calais et de Saint- 
Pierre ne sont pas 
appelés à profiter 
des dispositions 
contenues dans ce 
décret. 







:-:t;. f 






Dentelle fantaisie coton. (Houette et Butler, 1883.) 

La Chambre de commerce proteste contre cette exclusion et 
insiste ponr que la faveur concédée aux industries de Lyon^ 
Saint-Etienne et Tarare, soit également accordée cà celle de 
C alais-Saint-Picrre . 

Par une lettre, en date du 16 novembre, M. le Ministre du 
Commerce, d'accord avec M. le Ministre des Finances, répond 
que le Comité consultatif des Arts et manufactures ayant déclaré, 
qu'en présence de la difficulté de reconnaître l'identité des ma- 
tières à traiter, dans les opérations de douanes, il n'y avait pas 
lieu d'admettre en franchise temporaire, <à charge de réexpor- 
tation, les fils de coton retors anglais destinés à être employés 
par l'industrie des tulles et dentelles ; qu'en conséquence, la de- 
mande dont il s'agit ne saurait être accueillie favorablement. 



!78 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Brevets. Le catalogLie des brevets d'invention, publié par le Ministre 

du Commerce, signale les prises de brevets dont les noms 
suivent : 

ViTEL ET C'°, de Paris, pour fabrication de dentelles en poil 

angora avec adjonction de soie, de 
coton ou de fil métallisé; 

Lateux, fabricant à Calais, pour 
perfectionnement dans le tissage des 
dentelles sur le métier Leavers, au 
moyen d'un montage de fines barres 
d'un nouveau système permettant le 
placement à volonté des fils servant 
à la fabrication; 

YandePiVALLE, pour système per- 
fectionné de travail dans les fines 
barres des métiers à tulle; 

Cliff, pour fabrication d'un genre de dentelle dite point de 
crochet; 

Ledliette, pour fabrication d'un nouveau fond de tulle, dit 
fond Leuliette. 




Point do Paris, matelassé. 
(Darquer-Bacquet, 1883.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



279 



1884 



On annonce la vente, par suite du décès de l'inventeur, de Métiers cannelés 

brevetés. 

deux métiers cannelés propres à la fabrication du tulle, y com- 




Blonde espagnole. (Henri Hénon, ISSl.) 

pris les brevets français et anglais se rapportant aux dits métiers, 
et permettant de broder sur les métiers circulaires comme sur 
les Leavers. 



280 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Conférence de Fran- 
cisque Sarcey. 



A la suite d'une conférence donnée à Saint-Pierre-les-Calais 
par M. Francisque Sarcey et d'une visite faite par le célèbre 
critique dans les principales usines, cet éminent publiciste avait 
trouvé intéressant de publier dans le XIX" Siècle divers articles 
dans lesquels il faisait ressortir toute l'importance industrielle de 
Saint-Pierre, ainsi que la délicatesse et la valeur artistique de 
ses produits. 

M. Francisque Sarcey, qui ne pouvait parler que de ce qu'il 
avait vu, n'avait pas à citer, eii la circonstance, les autres centres 
manufacturiers, plus ou moins importants, où se fait aussi de la 
dentelle mécanique. 

Cet ostracisme involontaire émeut la sensibilité un peu clia- 
touilleuse des fabricants de Caudry et provoque de leur part 
une lettre quelque peu auière, publiée dans les journaux de la 
localité. 

Dans cette lettre ils revendiquent l'ancienneté de Caudry, pour 

la fabrication du tulle, 
et citent notamuient la 
maison Ton- lin frères, 
comme ayant couimen- 
cé la fantaisie en 1838, 
et plusieurs autres mai- 
sons très anciennes qui 
se sont continuées de 
père en fils. 

Ces honorables con- 
frères déclarent et af- 
firment avoir aussi ap- 
porté leur bonne part 
d'énergie et d'intelli- 
gence dans la fabrica- 
tion des dentelles et dans les progrès qu'a pu faire cette in- 




Blonde Chantilly. (Henri Hénon, l^Sl.) 



ET DENTELLES MKCANIQUES. ?81 

dustrie. Puisqu'ils le désirent, nous sommes heureux de leur en 
donner acte et nous croyons qu'ils se sont froissés bien à tort 
de ce qu'a pu écrire M. Francisque Sârciîy, qui n'avait, en au- 
cune façon, l'intention de nuire à leur réputation industrielle. 

On signale justement que M. Tofflin, de Caudry, vient d'ima- Perçage des cartons 

au piano. 

giner le moyen de simplifier le perçage, au piano, des cartons simplification. 
pour métiers. Si cette invention est aussi bonne qu'on le pré- 
tend, ce sera une économie réelle pour la fabrique. 

D'autre part, on dit qu'un fabricant Lillois a découvert un 
mode de fabrication, par lequel on arriverait à supprimer tota- 
lement les cartons du Jacquard. Si cette combinaison pouvait 
se réaliser, le résultat serait bien meilleur encore. 

Les affaires ont été extrêmement brillantes au cours de ces situation d.- la place. 
quelques dernières années. Les bénéfices des fabricants ont dû être 
fort élevés, surtout pour ceux dont les articles étaient les plus 
recherchés par la mode. De leur côté, les ouvriers gagnaient de 
fortes semaines et auraient pu faire de sérieuses économies, 
s'ils avaient eu le moindre sentiment de la prévoxjance. 

Malheureusement, pas plus les patrons que les ouvriers, ou 
tout au moins la très grande majorité d'entre eux n'a pensé à 
l'avenir, pendant cette période de prospérité. 

Personne n'a songé, pendant le temps des vaches grasses, à 
faire des réserves pour le moment des vaches maigres. 

D'un côté, les patrons, tout en menant la vie très large, em- 
ployaient toutes leurs disponibilités et même au delà, à trans- 
former, à modifier et à augmenter leur matériel industriel, en 
vue d'accroître le plus possible leur production. 

D'autre part, les ouvriers, au lieu de profiter de cette grande 
activité d'affaires et des semaines souvent énormes qu'ils ga- 
gnaient {les autres corps d'état ne se gênaient pas pour les qua- 
lifier de fabuleuses, insolites et dérisoires), sacrifiaient la plus grande 
partie de ce salaire élevé à des plaisirs de toutes sortes, sans 



L'LNDU^TIilE DKS TULLES 



souci du leudemain. Les instiiicLs de jouissance s'étaient éveillés 
en eux, et certains ne rapportaient même quelquefois à leur femme 
qu'à peine le strict nécessaire pour les besoins de la famille. Et, 
quand le samedi soir et le dimanche n'avaient pas suffi pour la 
joie, on ne se gênait pas pour prendre aussi le lundi et quelque- 
fois plus. 

Aussi, quand vint le chômage, beaucoup de luUistes se trou- 
vèrent-ils dénués de toute ressource et obligés de demander aide 
et secours à la municipalité. 

Un moment d'accalmie avait succédé à une longue et intense 
^^^MMM|HM|H^^^^^^gM|^^^^ périodc d'affaires; 



'♦'^/i><^'w>ï«f «f i»>>f*f MWK*» »««* H X K X K H H «1 « M >« PU »< « « H 






_-'•'• 



»— -^ ' 







au commencement de 
1884 une reprise, déjà 
annoncée et même com- 
mencée, continue de 
s'accentuer. Los com- 
missions arrivent abon- 
dantes de Y Amérique, 
de V Italie et de Y Alle- 
magne. Les dentelles 
guipures se vendent 
bien et il y a des 
demandes suivies en 
laizes de soie, en chan- 
tilly, en matelassé, ainsi qu'en dentelles de coton, en fond très 
fm. 

Cependant, pour le genre coton en général, les affaires sont 
moins actives et les négociants en matières premières se plaignent 
de manquer d'ordres. Le cours des soies se maintient avec plutôt 
une légère tendance à la hausse. 

On demande et on fait beaucoup de tulles de couleur. Pour 
certains vieux fabricants, c'est un mauvais présage et cette 



Dentelle Fœclora. Henri Ilcnon, ISSl.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



283 



transformation de l'article leur laisse fort à douter que les saisons 
prochaines soient bien brillantes. 

M. E. Davenière prend un brevet pour la fabrication d'un 
nouveau genre de dentelle dit « dentelle de Ségovie » ; 



Brevets 




Denfelle Chantilly. (R. Maxlon, ]><,S1.) 

M. Smith, pour améliorations apportées dans le travail des fuies 
barres et des stumb-barres ; 

M. Rouge, pour perfectionnements apportés au mécanisme des 
appareils à découper, soit dans les dentelles, soit dans les autres 
tissus de ce genre, les fils pendants ou lâches : fils de guimpes 
et fils brodeurs. 

La Chambre consultative avise la fabrique qu'une grande Ex- E.\position à Londres 
position de l'industrie textile, des matières premières, des ma- 



284 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Grandes usines de 
Tur"an. 



chines et des applications qui s'y rattachent, doit s'ouvrir à Londres, 

du 4 août au 20 septembre, dans les galeries de V Agricultiiral Hall. 

On signale que l'industrie de Saint-Pierre-les-Calais, dont la 







Laize Fœdora. (Henri Hénon, 18.S1.) 



Ecole professionnelle. 



région s'enorgueillit à juste titre, va être l'objet d'une étude 
approfondie dans l'importante publication scientifique qu'on ap- 
pelle « les grandes usines de Turgan w. 

Ce recueil important, répandu dans le monde entier, est la 
constatation des grands efforts déployés par la haute industrie 
nationale. Nous ne pouvons que nous féliciter de voir rendre à 
nos principaux fabricants la justice qui leur est due. 

Il est possible que l'étude annoncée, en relatant les origines 
et les progrès de la manufacture de Saint-Pierre, soit un puissant 
auxiliaire pour le développement de son commerce intérieur et 
extérieur. 

Des plaintes qui semblent justifiées sont adressées à la Chambre 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



285 



syndicale des fabricants au sujet des ouvriers tullistes, dont beau- 
coup n'ont pas les connaissances et les aptitudes professionnelles 
voulues pour faire du bon travail. 

On lui demande de former des apprentis par l'achat d'un mé- 
tier qui leur serait affecté et l'organisation d'un cours profes- 
sionnel dirigé par un ouvrier capable ou par un bon contremaître. 




DliUlIIc Fœdora. (Henri Ik-noii, IsïSi.) 



M. le Miuistre du Commerce rappelle que par sa circulaire, 
en date du 11 septembre 1883, il a consulté les Chambres de 
commerce sur l'opportunité qu'il y aurait à créer des musées com- 
merciaux, et que presque toutes ont accueilli favorablement ce 
projet. M. le Ministre fait savoir qu'en conséquence il a nommé 
une Commission d'hommes spéciaux chargés d'étudier les me- 
sures de détail à prendre et de fixer les meilleures règles pour 
le fonctionnement de ces institutions, et que, si la Chambre de 
commerce de Calais jugeait opportun de doter sa circonscription 
d'un musée commercial, il serait heureux de lui prêter un con- 
cours aussi large que possible. 



Musées 
coninicrciaux. 



Il 



286 



L'INDUSTRIE DES TULI ES 



Statistique. 



Rcglcnicntation du 
travail dans les cta- 
blisscnicnts indus- 
triels. 



L'enquête du 15 novembre 1884 établit que la fabrique de 
Saint-Pierre comprend à cette date 469 fabricants et 1886 métiers. 

M. le Ministre envoyait en même temps à la Chambre de 
comincrce de Calais un questionnaire, en la priant d'examiner les 
modifications qu'il pourrait être utile d'apporter aux dispositions 
législatives réglementant le travail dans les établissements indus- 
triels. 

La Chambre répondait en confirmant le vœu déjà émis par 
elle, qu'il ne soit apporté aucune modification à la législation 
actuelle sur les heures de travail dans les usines et manufac- 
tures, et de maintenir également la limite de douze heures, fixée 
par la loi du 9 septembre 1848. 




Dentelle Fœdora. (R. Maxton, 1881.) 



Avis coninicrciaux. 



Sur la proposition de M. Victor Crespin, la Chambre de com- 
merce de Calais décide qu'à l'avenir tous les documents qui lui 
parviendront, pouvant intéresser l'industrie tullière, seront com- 
muniqués à la Chambre syndicale des fabricants de tulles 
et dentelles de Saint-Pierre. 



ET DENTBLLES MÉGANIQUES. '^ST 

A peine quelques mois de chômage, dus sans doute à un arrêt PL-tuion ouvrière. 
momentané des affaires et à la morte saison, ont-ils pu se 
produire que les ouvriers, cigales plus que fourmis, sont aux 
abois et adressent au Conseil municipal de Saint-Pierre la requête 
suivante : 

« Considéranl que l'industrie du lulle traverse depuis plusieurs 
mois une crise qui, à travers les ouvriers tullistes, atteint tous les 
corps de métiers et le petit commerce ; 

» Qu'une crise de surproduction qui affame des centaines de 
travailleurs, la plupart pères de famille, ne saurait être imputable 
à ceux qui en sout les victimes et qui, simples soldats de l'in- 
dustrie, paient pour l'içjnorance ou r incapacité de leurs chefs : 
les fabricants; 

» Considérant que dans toutes les crises qui mettent en péril 
les bénéfices des patrons, bien que ces derniers ne puissent s'en 
prendre qu'à eux-mêmes du mauvais état de leurs affaires, les pou- 
voirs publics ont toujours fourni appui, aide et secours; 

» La réunion publique, tenue salle de rElifsée le 8 août 1884 et 
composée ctenviron oOO travailleurs, met en demeure le Conseil 
municipal, qui s'intitule républicain, d'avoir à voter sous le titre 
de Fonds de chômage, et comme remède immédiat aux souffrances 
les plus unjentes, une première somme de ;2oOOO francs. » 

Signé: L.-E. Salembier; Rault. 

En eil'et, une crise frappe l'industrie des tulles et chacun 
recherche les moyens d"y remédier, en signalant le mal que font 
à la place des soldes importants trop fréquents et surtout en 
trouvant les moyens d'empêcher les petits fabricants de travailler 
à vil prix, à façon, pour certains négociants commissionnaires. 

Il est évident que depuis quelque temps la production dé- 
passe de beaucoup la demande, ce qui inllue considérablement 
sur les cours. 



2S8 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Chacun s'efforce de se tirer d'affaire le mieux possible ; mais 
personne ne songe à s'adresser au gouvernement pour lui de- 
mander des subventions. • 

Il est permis de supposer que cette pétition ouvrière a surtout 
pour objet de jeter les bases d'un système qui doit, dans l'avenir, 
être la cause d'un grand trouble entre les ouvriers et les pa- 
trons, ce qui ne s'était jamais produit jusqu'ici, et d'apporter sur 
le marché des éléments dissolvants appelés à faire le plus 
grand tort, dans l'avenir, au développement de la grande cité 
calaisienne. 




Guipure soie. (Henri Ilénon, 1S84.) 



Société des sciences 
industrielles. 



Le Conseil d'Administration de cette Société porte à la cou- 
naissance du pubHc que, conformément à l'article 33 de ses 
statuts, la mise au concours des questions suivantes a été décidée : 

4° Mémoire historique sur l'industrie des tulles et dentelles 
mécaniques depuis sa création jusqu'à nos jours ; 

2° Manuel élémentaire de mise en carte appliquée au métier à 



L 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



289 



tulle sijstème Leavers à l'usage des fabricants, contremaîtres et 
dessinateurs. 

La Chambre syndicale, dans sa séance du 26 août, décide la Bulletin de la 

Chambre syndicale 
des fabricants. 

i 








Imitation Alençon. (Ch. Leconitc et C'", 18S-i.) 

création d'un Bulletin mensuel devant lui servir d'organe pour le 
compte rendu de ses travaux. 

Le service en est fait à la Chambre de commerce de Calais, 

19 



290 L'INDUSTRIE DES TULLES 

avec l'offre d'insérer dans cette feuille périodique tous les avis 

qu'elle jugerait utile de porter à la connaissance du- commerce. 

Exposition interna- M. le Ministre du Commerce informe les centres industriels 

tionale d'Anvers. 

français qu une Exposition internationale doit s'ouvrir à An- 
vers, en mai 1885. 

Cette Exposition s'annonce comme devant être très brillante 
et le nombre des adhérents dépasse déjà, dit-on, toutes les pré- 
visions. 

Les Chambres françaises ont voté un crédit de 500000 francs 
pour les dépenses de la Section nationale. On espère que Saint- 
Pierre ne se laissera pas distancer et que les fabricants saisiront 
cette occasion pour faire connaître, une fois de plus, la variété, 
la finesse et la beauté de leurs produits. 

ciiambre syndicale Une associatiou Syndicale des ouvriers tullistes vient de se 

former à Saint-Pierre sous le titre : Alliance générale des ouvriers 
tullistes. 

Le siège de la Société est situé 34, rue Neuve. 

Magasins généraux, La Chambre de commerce de Calais se propose de créer des 

magasins généraux, à l'effet de permettre aux fabricants de tulles 
d"y déposer, au besoin, leurs matières premières, notamment 
leurs soies filées et même leurs marchandises fabriquées, et de 
pouvoir emprunter sur ces marchandises, à l'aide de l'endos- 
sement du warrant ou bulletin de gage. 

Une demande d'autorisation dans ce sens est adressée à M. le 
Ministre du Commerce. 

Condition des soies. Sur le rapport de M. Victor Crespin, la Chambre de commerce 

de Calais décide d'acheter et d'exploiter pour son compte l'éta- 
blissement de la Condition des soies, laines et cotons appartenant 
à M. J. Debray. 

Les formalités nécessaires sont faites auprès de l'Administration 
supérieure, pour solliciter la préparation d'un décret autorisant cette 
acquisition qui peut être très utile aux intérêts de la fabrique. 



fe= 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



291 



Il est constaté que la fabrique de Calais lutte avec avantage situation des affaires. 
contre la concurrence de Nottingham. Alors qu'il entre à peine 
pour un demi-million de tulles et de dentelles de soie en France, 
il s'en exporte pour plus de 40 millions de francs. 

Les articles guimpes centre et laizes voilettes commencent à 
être très demandés. 




Guii)urc coton. (Henri llt'non, ISXi.) 

On signale ({u'il se fait un trafic déplorable des échantillons 
de nouveautés au profit de certains fabricants à façon et de 
quelques négociants commissionnaires et acheteurs. 

La fabrication se maintient sur les dentelles spanish et chan- 
tilly, les laizes et les fichus, les (juip)ures matelassées, les valcn- 
ciennes, les cotons fins et les entre-deux pour corsets. 

Tin service téléphonique est établi à Saint-Pierre et à Calais. Sei-vicc téléphonique. 

Ce nouveau moyen de communication est appelé à rendre de 
grands services à la place. 

La loi sur les sijndicals professionnels, adoptée par le Sénat 
et la Chambre des députés, est promulguée en dix articles qui 
en réglementent le fonctionnement. 



Syndicats 
proi'essionnels. 




292 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



1885 




Dentelle Fœdora, coton et soie. (L. Bomy, 1SS5. 



Réunion des deux Par uiie loî en date du 29 janvier 1885 les villes de Calais 

villes de Calais et de , ,^ . , ,-.• i > • c ' i „ + 

Saint-Pierre. et de Sauit-PieiTe sont reunies pour ne former qu une seule et 
même ville, sous l'unique 
et historique nom de Ca- 
lais. 
Impôts. Des pétitions et des ré- 

clamations sont envoyées 
et renouvelées à l'Admi- 
nistration des contribu- 
tions directes pour obtenir des dégrèvements sur les impositions 
exagérées qui 
frappent les mé- 
tiers à tulle par 
suite d'une fausse 
appréciation de 
leur valeur. La 
surélévation des 
impôts a pris, 
dans ces der- 
nières années , 
des proportions 
considérables. 

Mort de Victor Hugo. Une COUronue Dentelle laine mohaire. (Henri Ilcnon, 18S5.1 

de grande di- 
mension et très artistement ornée de dentelles blanches est en- 




ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



293 



voyée par la fabrique, avec plusieurs délégués, aux obsèques du 
grand poète national : Victor Hugo. 

Des actes inqualifiables de méchanceté et de vandalisme stu- Actes de vandalisme, 
pide sont commis de temps à autre dans divers ateliers de la 
place. Des malfaiteurs inconnus s'introduisent furtivement dans 
les locaux, après le départ des ouvriers, et se livrent à des 
dégâts inexplicables; brûlant et arrachant des séries de bandes 
dans les chaînes, dérangeant les cartons des Jacquards pour oc- 
casionner des blocks et dévissant certaines actions des métiers et 
des Jacquards. 

Une enquête se poursuit activement et l'on espère que les 
auteurs de ces dégradations seront bientôt découverts et punis 
comme ils le méritent. 

Dans le courant de l'année 1884, la Société des sciences Mémoire historique 

, , . ,, ,, -, 1 sur l'induslric du 

industrielles mettait au concours les tuiie. 

deux questions suivantes : 

i" Mémoire historique sur l'industrie 
du tulle; 

2° Manuel élémentaire de mise en 
carte appliquée au métier système 
Leavers. 

Le 4 février 1885, le Comité 
d'examen constatait que personne ne 
s'était présenté pour la deuxième de 
ces questions, mais que deux mémoires 
avaient été remis concernant la pre- 
mière : l'un, par M. Rehoul, Archiviste 
de la ville de Saint-Pierre, et l'autre par 
M. Lancb'in, juge de paix à Samer. 

Ces deux mémoires, composés dans un ordre d'idées diffé- 
rent, étaient également intéressants, et en présence de la diffi- 
culté d'établir un degré de mérite, le Comité, réunissant les deux 





Dentelle laine et soie. 
(Darquer-Bacquct, 18S5.' 



Î94 



L'INDUSTRIE DES TULT;ES 



Exposition univer- 
selle d'Anvers. 



prix à décerner, en attribuait la moitié à chacun des deux 
auteurs. 

Le travail de M. Reboul, plus important, est précédé d'une 
préface de M. Frédéric Passy; les journaux de la région en font 
le plus grand éloge. 

L'inauguration de VExposilion universelle d'Anvers a lieu 

le 2 mai. Le roi, la 
reine, la famille royale 
et tous les grands corps 
de l'Etat y assistent. 
La Section fran- 
çaise est magnifique 
et comprend la cin- 
quième partie des 
100000 mètres carrés 
des halls de l'indus- 
trie et de la galerie 
des machines. 
M. Ch. Babey, fabricant à Calais, est nommé membre titu- 
laire du jury des récompenses. 

Les fabricants de Calais dont les noms suivent ont été admis 
à participer à ce concours international : 

MM. Robert West, Ch. Babey, Henri Hénon, Léon Bellârt, 
E. Crassier et C'% J. Hembert, Georges Arnett, E. Davenière, 
J. Bourré et fils, Georges Hall, Guillaume Fournier, Gellé frères 
et Binaux, Gladwish et Roberts, p. Devienne. 

Les journaux belges discutent beaucoup les dentelles méca- 
niques exposées par l'industrie calaisienne. Les dentellières du 
pays sont frappées et stupéfiées de voir leurs dentelles et leurs 
points de Flandre à la main, si bien imités par la machine. 

Un groupe de ces dentelUères, passant devant la vitrine d'un 
fabricant de valenciennes fines au métier, laissait échapper cette 




Imitation de Malines, (Henri Hénon, 1885.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 295 

exclamation plus naïve que méchante : Ah! celui-là on devrait 
bien le penche! 

Les récompenses obtenues par les fabricants de Calais à l'Ex- 
position d'Anvers sont les suivantes : 

Diplômes d'honneur : 

MM. Henri Hrnon, Eug. Crassier et C'' ; 

Médailles d'or : 
MM. G. Arnett, E. Davenière, Rob. West, G. Hall; 

Médailles d'argent : ||i 

MM. G. FouRNiER ET C'% Léon Bellart, Jules Hembert, P. De- 
vienne; 

Médailles de bronze : i i 

MM. .T. Bourré et fils, Celle frères et Binaux, Gladwish et 

ROBERTS. 

La Chambre syndicale élabore et fait adopter par la fabrique Règicmcni des 
un règlement en treize articles, afin de rendre aussi uniformes ''' , iji i|l 

que possible les usages de la place pour le bon ordre des 
ateliers. 

Une adresse, signée par un certain nombre de fabricants et Travail de nuit, 
envoyée à la Chambre syndicale, demande à ce que la question 
de la suppression du travail de nuit soit mise à l'étude. 

Dans sa séance du 29 octobre 1884, la Chambre de commerce. Suppression de la 

> • Ml 1 /-, 7 • 1 r^ • Chambre consul- i j 

prévoyant que la reunion des deux villes de Calais et de Saint- tative. I 

Pierre devait amener la suppression de la Chambre consultative 
des Arts et manufactures, émettait le vœu que, dans le cas où 
cette suppression aurait heu, le nombre de ses propres membres 

fût porté de 9 à 15. iiiii 

Le 22 mai 1885, le Conseil municipal de Saint-Pierre, sur la 



296 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



proposition du Maire, émettait l'avis que, par suite de cette réu- 
nion des deux villes, la coexistence d'une Chambre de commerce 
et d'une Chambre consultative ne paraissait plus absolument né- 




Cravate Chantilly. (Henri Hcnon, 1SS5.) 



cessaire, bien que chaque compagnie présentât des avantages 
particuliers. 

Dans sa séance du 27 mai, la Chambre consultative elle-même, 
après avoir entendu les observations de sou Président, déclarait 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



297 



Conseil des Prud'- 
hommes. 



s'associer aux sentiments exprimés par lui et se résignait à une 

suppression devenue inévitable par suite de la situation nouvelle. 

Enfin, le 21 juillet, la Chambre de commerce, approuvant ces 

délibérations, re- 
nouvelait instam- 
ment sa demande 
tendant à solli- 
citer de l'admi- 
nistration supé- 



mentation du 
nombre de ses 
membres. 

Comme com- 
plément à la déci- 
sion qui précède, 
la même Cham- 
bre demandait : 
1° La fusion, 
en un seul Conseil, des deux Conseils de Prud'hommes de Calais 
et de Saint-Pierre-les-Galais ; 

2° La composition de ce Conseil portée à 24 membres au lieu 
de 16; soit 6 patrons et 6 ouvriers dans chaque catégorie; 

3° L'extension de la compétence dudit Conseil à toutes les in- 
dustries en général sans aucune distinction ; 

4° L'extension de cette même compétence à toutes les com- 
munes du canton de Calais. 

Une Exposition devant s'ouvrir à Liverpool en 1886, M. Bure, 
secrétaire du Conseil exécutif de cette Exposition, provoque la for- 
mation, à Calais, d'un Comité local, en vue d'assurer la formation 
d'une classe parfaitement représentative des produits à exposer. 

M. le Ministre du Commerce, sur l'avis favorable du Conseil Condition des soies 




Dentelle Chantilly. (L. Bomy, 1885. 



Exposition de 
Liverpool. 



298 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



municipal de Calais, du Tribunal de commerce, du Conseil des 
Prud'hommes et de la Chambre syndicale des fabricants de tulles, 
autorise la Chambre de commerce à acquérir de M. J. Debray, 
au prix de 5000 francs, l'établissement de la Condition des soies, 
laines et cotons, fondé et exploité par lui. 

Le fonctionnement de cet établissement, qui présente un intérêt 
industriel incontestable, ne pouvait plus être assuré par l'initia- 
tive individuelle. 




Guipure soie. (Henri Hénon, 18S5.) 



Les salaires à 
Notlinaham. 



La Chambre arbitrale de Nottingliam, après neuf mois d'étude 
sur la question des salaires perçus par les ouvriers tullistes des 
métiers Leavers, décide de réduire le tarif des prix du rack, de 
15 à 20 p. 100, afin de permettre aux fabricants de cette ville 
de pouvoir lutter à armes égales avec les producteurs de Long- 
Ea!on, Derby, etc., etc. ' . 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



299 



Ce tarif doit entrer immédiatement en vigueur. 

La Société des ateliers de construction de Rappel (Saxe) Mcticrs à broder. 
fournit beaucoup de métiers à broder à navettes, spécialement 
pour la fabrication de la broderie sur tulle. 

L'emploi de ces métiers à broder prend de plus en plus d'ex- 
tension. 

D'autre part, depuis quelques années, de gTandes dépenses Métiers Leavers. 
ont été faites par les fabricants de Calais, pour l'amélioration, 
le renouvellement et l'augmentation de leur matériel de métiers 
Leavers, tant sur la puissance des Jacquards que sur Xo. finesse 
des points et la plus forte structure des actions et des bâtis. 




Dentelle (le laine. i^IIenri llénon, l.ssj. 



L'offre excédant la demande, les prix de vente s'en res- 
sentent et certains articles sont frappés de dépréciation. 

Les affaires en général sont calmes et molles; cependant on 
signale des demandes assez importantes en chantilhjs, en laizes, 
en écharpes et en cravates. 

Il s'est monté un certain nombre de métiers à la dentelle 
de laine et beaucoup de séries nouvelles, en ce genre, ont été 



Etat des afTaires. 



300 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Syndicat ouvrier 
« TAlliance ». 



Brevets. 



présentées à la vente. Malheureusement cet article, dont il s'est 
fabriqué de grandes quantités, s'est trouvé, comme toujours, aus- 
sitôt déprécié. 

Les fabricants se laissent trop facilement aller à des rabais, 
pour l'emporter sur des concurrents, aussitôt qu'il se produit 
un peu de baisse dans les affaires. 

La vente se continue doucement sur les articles spanish, floss 
et fjuipures matelassées en soie. 




Dentelle Fœdora. (Henri Hénon, 1885.) 

Le syndicat ouvrier l'Alliance envoie des délégués au syn- 
dicat patronal formuler le désir de discuter avec lui les intérêts 
généraux de la fabrique et de voir s'établir un bon accord entre 
patrons et ouvriers. Cette association demande aussi, dans ce but, 
l'appui et le patronage de la Chambre syndicale des fabricants. 

MM. Black et Prior prennent un brevet pour un procédé 
permettant d'obtenir, au moyen d'un bain unique, des variations 
de teintes, sur la même dentelle. 

M. ToFFLiN, de Caudry, invente un appareil compteur des- 
tiné à améhorer le perçage des cartons, sur le piano. Le per- 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



301 



cage se trouve ainsi facilité évitant les erreurs et les pertes de 
temps. 

M. Richard Dufeutrelle prend un brevet pour un système de 
mise au stop des barres des métiers à tulles, par l'interposition 
de buttoirs ou de jauges calibrées sans aucun tâtonnement et avec 
la plus parfaite régularité, sans aide et sans avoir recours à la 
clef des vis de stop. 




Dentelle coton. (L. Boniy, ISSô.) 



M. Léon Lâteux prend un nouveau brevet pour un appareil 
destiné à produire l'arrêt instantané et sans frein, des métiers 
à tulles, au moment précis où ces métiers sont menacés d'ac- 
cidents; arrêt qui s'opère sans aucune secousse et au moyen 
d'un système f[ui permet d'éviter tous les accidents possibles 
avec les courroies des métiers. 



302 . L'INDUSTRIE DES TULLES 



1886 



Exposiiicin agricole et M. Ch. Babey, membre du jury des récompenses, à Ajivers, 

indusU'iclle de Bou- 

logne-siu-Mcr. Organise une Exposition des articles de Calais dans la Section 
industrielle de l'Exposition de Boulogne-sur-Mer; lui-même étant 
hors concours comme président du jury. 

Les i récompenses décernées ont été les suivantes : 

Diplômes d'honneur : 

MM. Henri Hénon, Cœvouet et C'", Vendroux et C"; 

Médaille de vermeil : 

M. Georges Arnett; 

Médailles d'argent : 

MM. Jules Hembert, Léon Bellart, P. Devienne. 
Eciaiiai;e des fabii- Dcpuis quclquc tcmps, OU sc préoccupc bcaucoup de trouver 

ques par rélectricilc. , ^. d ' i • i p i • u // • • / 

les moyens pratiques d éclairer les labriques par 1 électricité. 

Des expériences ont été faites dans plusieurs usines et déjà 
ce système perfectionné d'éclairage fonctionne dans les ateliers 
de 3IM. Guillaume Fournier et C'% Henri Eénon, Oscar Cordier, 
fabricants, et de M. Jules Debray, teinturier-apprèteur. On obtient 
une meilleure et plus saine lumière et en même temps plus d'éco- 
nomie qu'avec l'éclairage par le gaz. 
Kiack financier à Lcs saisons exceptioimelles dc 1880, 1881 et 1882 furent 

suivies d'une prospérité si subite et si générale, que les prix 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



303 



des propriétés, des immeubles et du matériel industriel dou- 
blèrent de valeur. 



wmÊÊÊÊiÊÊam 




Dciilelle gaufrée. (Darquor-Bacquet, 1SS6. 



Indépendamment du 
bien-être et de la vie 
large, que tous, patrons 
et ouvriers, s'accordaient 
un peu sans mesure, la 
fabrique dépensa en trans- 
formations de métiers et 
en achats de machines 
nouvelles près de 8 à 
10 raillions de francs, se 
débarrassant aussi d'une 
pai'tie de son ancien ma- 
tériel, vendue à bas prix, 
pour d'autres centres ma- 
nufacturiers moins impor- 
tants, qui cherchaient à augmenter leurs moyens de production. 

Ce matériel nouveau 
ne fut livré, dans une 
assez grande proportion, 
qu'au moment où les af- 
faires s'étaient déjà bien 
calmées et que l'indus- 
trie des tulles subissait 
un ralentissement consi- 
dérable, en même temps 
qu'une baisse très mar- 
quée dans les prix de 
vente, par ce fait que 
la production, notablement augmentée, avait pris par trop d'a- 
vance sur la consommation. 




Dentelle espagnole. (L. Bélard, 1.SS6.] 



304 



L'INDUSTRIE DES TULLES 




La gêne avait fait créer pour un assez gros chiffre de valeurs 
de circulation réelles et fictives souvent renouvelées. . . 

A un moment don- 
né, les banquiers 
eurent à; faire face à 
' des paiements exces- 
, sifs; alors- que, par 
contre, la Banque 
de France, mal ren- 
seignée et mal con- 
seillée, restreignait 
, ses facilités et ses 
engagements. 

C'est la Caisse d'es- 
compte L. Lefebvre 
et G'" qui paraissait 
la plus compromise 
par suite de cette détermination, et cependant' c'est l'ancienne 
banque François Sagot qui, la première, suspendit ses paie- 
ments. , . 

Le Comité de la Chambre syndicale des fabricants se tint en 
permanence pour prendre les mesures que commandait la situa- 
tion et éviter que la place ne souffrit par trop de ce malheureux 
événement; mais douze jours après, le 26 janvier, la Caisse d' es- 
compte suspendit à son tour ses paiements. 

Une seule banque importante, l'une des mieux cotées des 
banques de province, la banque Bellart, semblait vouloir résister 
et rester debout; à son tour elle fermait ses guichets le 2 fé- 
vrier avec un passif de 10 millions, ce qui portait à 30 milUons 
le chiffre du krack financier qui venait de frapper la fabrique 
de Calais. 

La banque Deltour et C'°, nouvellement créée, entre elle- 



Guipurc de laine. (Henri Hénon, 1886.) 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



30c 



môme en liquidation quelques semaines plus tard, compromettant 
les intérêts de ses administrateurs qui avaient montré trop de 
confiance dans le coupable directeur de cette banque. . 




Dfnlcllc de soie. (U. W'esl, 1880.) 

La sévérité exagérée de la Banque de France et l'imprudence 
des banquiers ont été la cause de ce krack imprévu et précipité. 

Une industrie comme celle de Calais a besoin d'une certaine 
élasticité de crédit, en raison de ce que le chiffre de ses af- 
faires subit des variations considérables. 

L'actif de la place étant sérieux et composé d'un matériel très 
important de marchandises et d'usines, le tout représentant plus 
de 80 millions de francs, il n'y avait pas lieu de s'effrayer ainsi 
et de pousser aussi rapidement à une hquidation ruineuse. 

Un nombre cruellement élevé de faillites et de liquidations 

20 



306 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



de fabricants fut la conséquence de ce déplorable état de choses. 

Il s'agissait, dès lors, d'enrayer autant que possible ce mou- 
vement désastreux. 

Des démarches sont faites à Paris auprès du gouverneur de la 

^^ Banque de France, 




qui, tout en refu- 
sant d'augmenter 
ses risques sur le 
marché de Calais, 
se déclare tout dis- 
posé à lui venir 
en aide, contre des 
garanties sérieuses. 
En présence de 
cette catastrophe, 
une entente s'éta- 
blit entre la Cham- 
bre syndicale des 
fabricants, la 
Chambre de com- 
merce et quelques 
notables commer- 
çants pour jeter les 
bases d'un Syndi- 
cat 'provisoire d'es- 
compte. 

Cette tentative 

échoue par suite de 

l'établissement simultané de deux succursales de Banques Lilloises. 

M. LoiSEAu, président de la Chambre syndicale des tulles et 

dentelles de Paris, d'accord avec M. Marcillacy, membre de la 

Chambre de commerce de Paris, offre à la Chambre syndicale 



Dentelle Chantill3-. (E. Davenièrc, 1S86 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



307 



de Calais son généreux concours pour aider la fabrique, qu'elle 
représente, à conjurer la crise financière que traverse en ce mo- 
ment cette intéressante cité industrielle. Le Comité lui en ex- 
prime toute sa reconnaissance. 

Les négociants commissionnaires de la place s'offrent de leur 
côté à venir en aide aux 
fabricants privés inopiné- 
ment de banquiers. 

L'année 1886 reste- 
ra certainement marquée 
comme un gros point noir 
dans les annales de l'in- 
dustrie calaisienne. 

En attendant de meil- 
leurs jours, certaines mai- 
sons réduisent les heures 
de travail, d'autres ferment 
complètement, ce qui fait 
que des individus mal in- 
tentionnés se sont imagi- 
né de coller sur les murs 
de la ville des affiches 
excitant au renversement des choses établies et à la suppres- 
sion de la propriété individuelle. 

Les fauteurs de désordre ne manquent jamais de se produire 
et de manifester dans les moments de troubles. 

La fabrique de Calais, qui a passé par les plus dures épreuves 
en 1886, a vu disparaître, au cours de cette même et doulou- 
reuse année, quatre personnalités qui ont été attachées à sa 
fortune, à divers titres : 

M. RoberfWebster, qui fut l'un des importateurs, en France, 
de cette industrie du tulle à laquelle l'ancien Saint-Pierre et 




Dentelle corail. 
Leniquc, Piquet et C", 1886. 



Nécroloiric. 



308 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



quelques autres centres de fabrication française doivent leur dé- 
veloppement et leurs précieuses ressources. . 

M. Antoine Dagbert, qui fut l'un de ses citoyens les plus 
dévoués et les plus influents dans toutes les circonstances, où 
la cité saint-pierroise eut à défendre ses intérêts menacés. 




Guipure soie fantaisie. (Cli, Lecomlc et C'', 1886.) 



M. A. Dagbert avait été membre de la Chambre consultative, 
du Conseil municipal de Saint-Pierre et de la Chambre de com- 
merce de Calais. 

M. Henri Clifif, grand manufacturier, décédé à Saint-Quentin, 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



309 



qui fut également l'un de ceux qui importèrent et consolidèrent 
l'industrie du tulle à Calais. On lui doit divers perfectionnements 
qui marquèrent dans les progrès de cette industrie. 

M. Victor Grespin, vice-président de la Chambre de com- 
merce, Président de la Chambre syndicale des tulles et dentelles, 
ancien maire de Saint-Pierre. Il n'avait que cinquante-trois ans. 

Ce fut un deuil public. Cet honorable citoyen, qui était aussi 
un lettré, avait voué son existence, peut-être aux dépens de ses 
intérêts personnels, à la défense de tous les intérêts de sa ville 
natale. Il était hautement apprécié et méritait à tous égards la 
considération dont il était l'objet. La catastrophe des banques et 
tous les malheurs qui en furent la conséquence mirent le dé- 
sordre dans son imagination; il est mort d'un accès de fièvre 
chaude et l'industrie calaisienne perd en lui l'un de ses plus vail- 
lants défenseurs. 

On annonce la prochaine apparition d'un Annuaire de la fa- 
tidique; ce qui serait d'une très grande utilité pour tous et par- 
ticulièrement pour les acheteurs qui viennent sur place. On as- 
sure que cet ouvrage sera très bien fait comme classement et 
comme division, de façon à rendre les recherches d'adresses très 
faciles. 

En présence du mauvais état des affaires et de la concurrence Question des saiaii 
qu'ils ont à soutenir contre les autres centres de fabrication, plu- 
sieurs fabricants de tulles de Calais ont été amenés à baisser le 
prix du rack de certains articles, réduisant ainsi les salaires, du 
reste assez élevés, des ouvriers tuUistes. Il est en effet établi 
que, depuis 1866, les salaires ont augmenté d'environ 30 p. 100. 

Une délégation ouvrière vient aussitôt protester, devant la 
Chambre syndicale des fabricants, contre cette diminution des 
prix et demander à ce qu'un tarif sérieux soit établi, pour ar- 
river à une plus juste unification des salaires. 

D'autre part, une réunion publique et corporative ouvrière est 




Annuaire de la 
fabrique. 



310 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



organisée pour entendre le rapport de la délégation et discuter 
la question de l'établissement d'un tarif. 

Plus de 500 personnes assistent à la réunion. Le principe de 
faire un tarif qui serait soumis à la Chambre syndicale des fabri- 
cants est adopté. 




Dentelle de soie. (R. West, 1886.) 



Magasins généraux. 
Warrants. 



Les citoyens Javenet et Salembier, présidents des syndicats 
ouvriers « \ Alliance et Y Union », prennent tour à tour la parole; 
mais leur langage est empreint d'une telle aménité que beau- 
coup d'assistants s'éclipsent, craignant de recevoir des horions. 

En résumé, réunion sans intérêt et sans résultat pratique. 

Néanmoins, quelque temps après cette manifestation, un tarif est 
élaboré et discuté en commun par les Comités de \a C/ia7nbre des 
fabricants et celui de X Alliance des ouvriers, sans qu'une entente 
puisse aboutir. La question est ajournée à des temps ultérieurs. 

Les Magasins généraux de la Chambre de commerce ont été 
ouverts au public le 1" mars, ce qui donne la faculté de war- 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



311 



ranter les marchandises et particulièrement les balles et paquets 
de soie, ainsi que les pièces de tulles en écru. 

Une partie de 2248 kilogr. 340 gr. de soies ouvrées vient 
d'être vendue aux enchères publiques. 

De nombreuses faiUites ont encore été déclarées au cours de 
cette année, et notamment celle d'un grand négociant en soies 
représentant d'importantes filatures. 

On peut dire avec toute certitude que ce négociant a sa très 
grande part de responsa- 
bilité dans le krack fu- 
neste qui vient de frapper 
la fabrique de Calais. 

Dans son ardeur à pous- 
ser quand même les af- 
faires, il en était arrivé à 
vendre à tout prix, pourvu 
qu'il lui fût donné des ac- 
ceptations pour l'impor- 
tance de la livraison; ce 
qui jetait une véritable per- 
turbation dans les cours. 
De plus, et dans le même 
but, il ouvrait des comptes 
et des crédits à qui vou- 
lait et malheureusement à 
des fabricants qui prati- 
quaient en fabrication le 

même système que le sien pour les matières premières. Sa fail- 
lite fut de plusieurs miUions et atteignit par contre-coup beau- 
coup d'autres maisons de la place. 

Au milieu du calme qui règne et de l'espèce de malaise lé- 
thargique que subit en ce moment la place de Calais, on parle 




Dentelle tle Baveux. (Noyon frères, 1886.) 



Faillites. 






Le mouchoir den- 
telle. 



312 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Introduction de l'in- 
dustrie tullière en 
France. 



beaucoup de plusieurs nouveautés en train d'exécution et no- 
tamment d'un mouchoir en tulle d'une seule pièce, fabriqué sur 
le métier Leavers. • . 

Le tissu est uni, clair et fin comme la plus belle batiste et 
tout autour, bordant les quatre côtés, s'attache sans raccord ni 
Couture, une johe dentelle produite en même temps que le mat, 
dont elle se trouve séparée par une délicate rivière qui défie, 
comme perfection, l'ouvrière la plus habile. On compte beaucoup 
sur le succès de cet article qui n'a cependant pas donné, par 
la suite, les espérances qu'il avait fait concevoir. 

Une polémique s'ouvre dans les journaux au sujet des véritables 
introducteurs de l'industrie tullière en France. 




Entre-deux Chantilly. (Henri Hénon, 18 



Alors que certaias attribuent cette importation à J. Clark, 
BoNNiNGTON et RoBERT Webster, d'autrcs affirment que le registre 
des délibérations de la mairie de Calais, en date du premier 
mois de l'an 1817, constate qu'à cette date cinq Anglais : Clarck, 
Dawson, Polhill, Thomas Pain et Edmond Pain, sollicitèrent l'autori- 
sation de fonder à Calais un établissement pour fabriquer le tulle. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



313 



C'est dans l'intérêt de l'histoire que ces derniers croient utile 
d'apporter cette importante rectification; il y a, disent-ils, un point 
qui doit être définitivement éclairci et la chose en vaut la peine, 
car il y eut danger, et grand danger, pour ceux qui importèrent 
en France les premières machines à tulle. 

L'Angleterre, jalouse de son industrie, prenait des mesures 
draconiennes pour la protéger. 

Or la loi anglaise de 1817 édictait la j:)eine de mort contre 
tout exportateur de ce genre de machine. 

L'un des polémistes signant F. C. dit qu'il faut, pour les gé- 
nérations futures, que le fait reste indiscutable et indiscuté. 

Il appelle les contradicteurs de bonne foi à lui opposer leurs 
raisons et leurs titres. 

Lui, prétend que les cinq Anglais dénommés ci -haut sont 
ceux qui importèrent 
la première machine 
à tulle. 

Le métier démon- 
té par pièces, partant 
de divers points de 
la côte anglaise pour 
d'autres points de la 
côte française, vint se 
retrouver au complet 
à Calais. Aussi fu- 
rent-ils tous les cinq 
condamnés à mort par 
contumace. Ils ne 
furent amnistiés qu'à 
l'époque de l'avène- 
ment de Georges IV au trône d'Angleterre, en 1820. 

Tout ce qui vient d'être dit peut être exact; mais la vérité 




Dentelle Fœddra. (L. lîoniy, 1886.) 



314 L'INDUSTRIE DES TULLES 

se trouve dans la première version. Ce n'est que plus tard, après 
avoir importé et monté un premier métier avec Bonnington et 
Robert Webstei^ que C/arcA- s'associa avec les frères Pain, Daivson 
et Polhill. 

On devrait, par un acte de reconnaissance bien légitime, per- 
pétuer la mémoire de ces sept importateurs d'une industrie à 
qui la région a dû sa prospérité, par l'apposition d'une plaque 
de marbre rappelant leurs noms, dans l'intérieur de la Mairie 
ou de l'hôtel de la Chambre de commerce de Calais. 
Chambre syndicale Le Comité dc la Chambre syndicale des fabricants de tulles 

des fabricants de , , . / i v n /i • i 

tulles et dentelles. S cst rcuni pour proccdcr a 1 élection de son bureau : 

M. E. Crassier est élu président en remplacement de M. Vic- 
tor Crespin, décédé. 

MM. G. FouRNiER et Cadârt, vice-présidents; 
M. Bruyère, trésorier. 

Quatre mois plus tard, de nouvelles élections avaient lieu pour 
la reconstitution du bureau qui se trouvait ainsi composé à 
nouveau : 

Président : M. G. Fournier; 
Vice-Présidents : MM. Cadart et Henri Hénon; 
Trésorier : M. Bruyère; 
Secrétaire : M. Jules Dagrert. 

Exposition univer- Lc Gouverncmcnt ayant décidé l'ouverture d'une Exposition 

se le de 1X89. universelle en 1889, et cette décision ayant été ratifiée par la 
loi du 6 juillet 1886, M. le Préfet du Pas-de-Calais réclame, 
pour cette grande œuvre nationale, le concours de la Chambre de 
commerce et de la Chambre syndicale des fabricants de Calais. 
Ces deux coaipagnies donnent un avis favorable et votent une 
somme importante pour les fonds de garantie de cette Expo- 
sition. 



ET DENTELLES M1':CANIQUES. 



315 



La concurrence de la dentelle faite sur les métiers à broder Métiers à broder de 

, T^, .. o L ^ '''• Saxe et de la 

de Plauen, en Saxe, et de titomri,,j.,.uinjrrmmniiïïi=iia^ SuLsse. 

Saint-Gall, en Suisse, com- 
mence à se faire sentir d'une 
façon sérieuse. Cette industrie, 
qui ne s'occupait que de bro- 
deries sur tissus, est arrivée 
petit à petit, depuis l'Exposi- 
tion de 1878 à Paris, à broder 
sur du tulle uni coton et à 
produire des articles avec 
effets de jour, qui se rappro- 
chent beaucoup de la dentelle 
et qui commencent à se subs- 
tituer à elle pour certains em- 
plois. Il y a là un danger 
sérieux pour la fabrication du 
métier Leavers de Calais et de 
NottingJiam. 

On donne les renseigne- 
ments ci-après sur cette indus- 
trie en Suisse : 




Dentelle Baveux. 
(Dnniiier-Bacqiiet, J886. 



Introduite en 1830, elle s'est développée très grandement 
en 1850 progressant toujours. 
Le matériel se composait : 

en 1860, de 400 métiers; 
en 1880, de 13300 métiers; 
en 1886, de 23000 métiers; 

d'une valeur approximative de 1700 à 2200 francs par métier, 
alors que le prix d'un métier Leavers dépasse 25000 francs); va- 
leur totale du matériel, environ 50 millions. 



31G 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Ces métiers marchent à la main ou à la vapeur et néces- 
sitent, pour chacun d'eux, deux personnes : un ouvrier brodeur 
et une enfileuse. Le travail se fait le plus souvent à domicile et 
en famille. 

La valeur de la production annuelle, par métier, est d'environ 
5000 francs. 

L'exportation des broderies suisses à la mécanique a dépassé 
73 782 899 francs, chiffre auquel il y a lieu d'ajouter celui de la 
consommation intérieure et de la vente sur place, soit 23313000 fr., 
formant ensemble 97 millions de francs, dont 20 à 30 millions 
de genres dentelles et de fantaisies, au détriment de Calais et de 
Nottingham. Plus de 35 de ces millions forment la part des 

salaires répartis entre les des- 
sinateurs payés de 1 200 à 
40000 francs, selon leur va- 
leur personnelle, et les ou- 
vriers, dont le salaire varie 
de 3 francs à 4'^',50 par jour 
pour les brodeurs, et de '1^'',50 
à 2 francs pour les enfileuses; 
tandis que les ouvriers tul- 
listes de Nottingham et de 
Calais ne gagnent jamais moins 
de 8 à 42 francs par jour en 
moyenne. 

28000 familles suisses vi- 
vent du produit de cette in- 
dustrie. 

Il y a encore lieu de signaler que, pour les méliers à broder^ 
les frais de dessin et de mise en carte sont relativement peu 
élevés et les changements de dessins très rapides, alors que 
pour le 77iélier Leavers il en coûte vingt à trente fois plus 




Dentelle Fœdora. (Frances frères, 1886.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



317 



de temps et de dépenses pour passer un dessin nouveau. Dessins déposés au 

La Chambre de commerce et la Chambre syndicale des fabri- ""^l'ommeJ ' " 
cants de Calais décident, d'un commun accord, qu'il n'y a pas 
d'empêchements sérieux à faire coller, en les classant par ordre 
de dépôt, tous les dessins déposés au Conseil des Prud'hommes 
antérieurement à dix années. Cette collection formerait un en- 
semble de documents très précieux à consulter. 

La Chambre de commerce se propose, en conséquence, de 
continuer à mettre cette idée à exécution. 

M. Carbonnelle, électricien, invente un système destiné à, sim- Peivane des cartons 
phfier le travail du perçage des cartons Jacquard au piano, au a<-quaic. 

moyen d'un manipulateur automatique actionné par des piles et 
des électro-aimants. 

Les affaires, sans répondre tout à fait aux espérances, se sont Eiat des aiiaiies à 
maintenues dans une as- 
sez bonne moyenne dans 
les premiers mois de 
1886. 

Les larges chmit'dlijs, 
les grands volants et quel- 
ques autres nouveautés 
ont été l'objet d'une re- 
prise sensible. Il s'est 
aussi demandé passable- 
ment de chantillys en 
bandes et en laizes, de 
guipures soie et des fan- 
taisies de nuances di- 
verses pour robes de bal, 
alors que les articles courants, de plus grande vente, sont délaissés. 

Plus tard, la fin de saison était médiocre; de sorte que les 
stocks se sont accumulés. La dentelle de laine est gâchée, vili- 




DcnLclle Chantilly. (Henri Ilénon, 1886.) 



318 



L'INDUSTRIE DBS TULLES 



pendée d'une façon tout à fait ruineuse pour la place; Berlin et 
Yienne ayant abandonné cet article pour la guipure de soie et 
le spanisli. 







Dentelle Chantilly. (Henri llénon, 1886.) 



Les premières demandes de décembre, pour le printemps, 
portent, en dehors des séries nouvelles, dans les genres cou- 
rants, sur les articles fins en mat de bobine et sur les den- 
telles coton, fond soie. 

Malgré ce léger mouvement, les affaires sont dures et plus 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



31t) 



de 500 ouvriers sont sans ouvrage. On en compte plus de 1000 
qui sont taxés à une faible semaine. 

Aussi un groupe dit « des sans travail » a-t-il fait placarder 
sur les murs de la ville des affiches faisant appel « aux cama- 
rades » et les convoquant à venir discuter sur leur état précaire, 
salle populaire, rue Martyn, pour y prendre les résolutions sé- 
rieuses que comporte la situation. 

11 est question de faire intervenir l'administration municipale. 
La Chambre syndicale des fabricants est saisie d'un .projet Vente des métiers. 
ayant pour but, dans l'intérêt de la place, de créer un syndicat 
de défense pour la constitution d'un capital destiné à racheter 

les métiers mis en vente par 
suite de liquidation ou de fail- 
lite et le plus souvent rachetés 
à vil prix, pour être expédiés 
dans d'autres centres de fabrica- 
tion, en France ou à l'étranger. 

Deux autres propositions sont Création d un comp- 
, toir dti \entc. 

adressées a la même Chambre 



pour provoquer la constitution 
d'un capital important destiné à 
créer un comptoir central de 
vente, qui enverrait des voyageurs dans toute la clientèle achetant 
la dentelle, en vue de supprimer les intermédiaires : négociants 
ou commissionnaires. 

Le Comité de la Chambre syndicale des fabricants envoie à 
la questure de la Chambre des députés un rapport sur le projet 
de loi concernant les Conseils de Prud'hommes, projet qui doit 
venir prochainement en discussion. 

Les soies fdées sont en hausse marquée. 




Point de Flantirc. {Henri Ilénon, ISSO. 



Conseil 
des Prud'lioninies. 



Matières iircniières 
soie. 



3-20 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



1887 



Condition des soies. 



Informations indus- 
trielles. 




Entre-deux Valeneicnnes. 
(Henri Hénon, i887.) 



Dans l'intentiou de rechercher les . améliorations dont peut 
être susceptible l'exploitation de la Condition des soies, la Chambre 

de commerce de Calais charge 
l'un de ses membres, M. J. De- 
BRAY, dont elle reconnaît la com- 
pétence dans cette question, de 
se livrer à une étude préparatoire 
indiquant ce qu'il y aurait heu de faire pour augmenter la pros- 
périté de cet établissement. 

M. Debray dépose un rapport qui est approuvé et il est aus- 
sitôt pris des mesures en conséquence. 

La Chambre de commerce française de Charleroi, dont le pré- 
sident est l'honorable et très sympathique M. Valère Mabille, 
prend la patriotique initiative d'envoyer, à divers centres indus- 
triels français, des échantillons d'articles et de produits anglais 
et allemands qui sup- 
plantent, sur les mar- 
chés belges, les mar- 
chandises de fabrication 
française. 

La Chambre de com- 
merce de Calais reçoit, 

^'alenciennes. (Henri Hcnon, 1887.) 

dans cette excellente 

intention, un ballot de types de dentelles et de broderies méca- 
niques qui sont aussitôt envoyées en communication au siège de 
l'Association syndicale des fabricants. 




ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



321 



Le Comité de cette dernière Association prend aussi l'initia- Métier à broder. 
tive de faire venir à Calais, à ses frais, une machine à broder 
dans le type de celles employées sur les places de Plauen et de 
Saint-Gall. Ce métier est mis en fonctionnement par un ouvrier 

spécial engagé à cet 
effet, et le Comité de 
la Chambre, agissant 
au nom de l'intérêt 
général de l'industrie 
calaisienne, invite 
tous les fabricants, 
metteurs en cartes et 
mécaniciens construc- 
teurs, à venir étudier 
la marche, l'écono- 
mie et le fonctionne- 
ment de ce métier, 
afin de pouvoir déci- 
der, s'il y a lieu ou 
non, d'introduire ce 
genre de fabrication 
sur la place de Ca- 
lais. 

Une grande Expo- Exposition univei- 
scllc de lîiu'celonc. 

silion universelle doit 

DcnlL-Ue cspa^noli.'. (h. Duvcnicrc, IbS/.) 

s'ouvrir à Barcelone 
en 1888. Il est donné avis que les industriels s'intéressant à 
cette Exposition et désirant y participer peuvent prendre con- 
naissance, au secrétariat de la Chambre de commerce, des pros- 
pectus, questionnaires et autres pièces et documents relatifs à 
cette Exposition. 

La Commission des tulles, consultée à ce sujet, estime que 

21 




322 



L'INDUSTRIE DES TUr,LES 



Exposition univer- 
selle de Paris, 1889. 



l'Espagne est un pays de ressources avec lequel les rapports 
peuvent encore s'augmenter. Elle pense que l'Exposition de Bar- 
celone présente une fort belle occasion de mettre en relief les 
produits français et engage les fabricants à saisir cette circons- 
tance pour étendre davantage leurs relations à l'étranger. 

La Chambre de commerce et l'Association syndicale des fabri- 
cants de Calais 
sont officiellement 
avisées qu'une 
Exposition uni- 
verselle doit 
s'ouvrir à Paris 
en 1889. 

MM. A. Dar- 
QUER, Henri Hénon 
et Herbelot sont 
désignés pour 
faire partie des 
Comités d'admis- 
sion (classe 34) 
de cette Exposi- 
tion. 

Une réunion a 
lieu à l'Hôtel de 
ville, sous la pré- 
sidence de M. le 
Sénateur Cames- 
casse, président 
du Comité dépar- 
temental, assisté de M. Lutaid, sous-préfet, de M. le 3Iaire de 
Saint-Pierre et de plusieurs notabilités de la place, en vue d'enga- 
ger les industriels et les fabricants à prendre part à ce qui doit 




Dentelle de soie. (J. Gaillard père et fils, 1887 



ET DENTKLLES MÉCANIQUES. 3Q3 

être la grande et superbe Exposition universelle de 1889. 

Afin d'encourager les efforts de la fabrique, la Chambre de 
commerce fait savoir à FAssociation des fabricants qu elle s'offre 
à entrer dans une part des frais, jusqu'à concurrence de 2o00 fr., 
en exprimant le désir que cette somme soit expressément con- 
sacrée à l'installation d'une Exposition collective. 

Le Comité départemental de l'Exposition de 1889 se subdi- 
vise en divers sous-comités chargés, chacun en ce qui le con- 
cerne, de provoquer des demandes d'adhésion auprès des produc- 
teurs dont le concours est désirable. 

Le Comité de la Chambre syndicale recueille vingt-trois ad- 
hésions au cours de ses premières visites. 

Il est porté à la connaissance des producteurs français qu'une Expositions inicma- 

nation;:les à Mcl- 

E/iJOsition internationale doit s'ouvrir à Melbourne (Australie) le boumc et à Biu- 
1" août 1888, pour être close le 31 janvier 1889, et à Bruxelles 
en 1888, sous le haut patronage de S. M. le roi Léopold II. 

Le nombre des dessins déposés au cours de l'année 1886 Cnscii dos Pmci'- 

hiimnics. dessins, 

au Conseil des Prudhoinmes a été de :2il:2, répartis comme il esquisses, 

suit : 

pour une année 20 

pour trois ans 1 777 

pour cinq ans 315 

Total : -2112 

La Chambre syndicale des fabricants, en vue d'éviter les con- 
trefaçons de dessins pouvant résulter de l'achat de la même es- 
quisse par plusieurs fabricants différents, engage ses adhérents 
à toujours exiger que chaque esquisse achetée soit signée par le 
vendeur, avec apposition de la date de livraison. 

Une Commission, nommée par la Chambre syndicale, dépose 
son rapport sur le nouveau projet de loi concernant les Conseils 
des Prud'hommes. 



324 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Contributions. La Chambre renouvelle avec plus d'instance que jamais ses 

réclamations auprès de M. le Contrôleur des contributions directes, 
à l'effet d'obtenir une revision sérieuse, dans le sens d'une ré- 
duction, de l'évaluation du matériel industriel frappé d'un impôt 
véritablement exagéré. 




Ecaille mousquetaire, point de Flandre. (Henri Hénon, 1S87, 



Renouvellement du 

traité de conniicrce 

franco-italien. 



La réunion des deux villes de Calais et de Saint-Piein-e en 1885, 
en produisant une augmentation de population, ne doit pas être 
étrangère à cette évaluation néanmoins par trop élevée. 

La Chambre de commerce de Calais, invitée par le Ministre à 
donner son avis sur le traité de commerce franco-italien, venant 
à échéance le 8 février 1888, exprime le vœu déjà émis dans le 
rapport déposé par l'un de ses membres, M. H. Hénon, sur cette 
question, que les droits appliqués aux tulles et dentelles à leur 
entrée en Italie, en vertu du traité de 1882, soient ramenés aux 
limites fixées par le traité de 1863; à la condition toutefois qu'en 
aucun cas les conditions nouvelles accordées à la France ne 
soient pas plus défavorables que celles consenties à l'Angleterre 
et à l'Allemagne. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



32.^ 




Dentelle 



iic ranlaisir. L. Jîomv, liss7.) 



Autrement, elle estime que le statu quo serait préférable et 
qu'en tout cas, quoi qu'il advienne, il faut que les engagements 

nouveaux quelconques pris par 
la France ne puissent jamais aller 
au delà de l'échéance de 1892, 
époque où la France recouvrera, 
sur toutes ses frontières, sa com- 
plète liberté d'action. 

Les erreurs commises par cer- 
tains fabricants, lorsqu'ils ont h 
établir un pri.r do revient, portent 
une grave atteinte' à leurs inté- 
rêts et à ceux de la place, en 
dépréciant, le cours de la mar- 
chandise, par suite de ventes faites à des prix mal raisonnes. 
La Chambre syndicale des fabricants décide de mettre, à la 

disposition de ses sociétaires, 

des modèles de prix de revient 

^f8 qui pourront être consultés au 

secrétariat où ils seront déposés. 



Le premier semestre de 1 887 
semble s'annoncer sous d'assez 
heureux auspices, malgré les 
quantités énormes de marchan- 
dises jetées sur le marché de 
Londres, à prix de solde, par 
plusieurs maisons importantes 
de Calais et malgré les bruits 
de guerre, plus ou moins fondés, 
qui circulent. 

En effet, les acheteurs des Etats-Unis placent des ordres im- 
portants en volants chantilly et guipure de 1 mètre de hauteur. 




Prix de revient. 



Situation de la place. 
Crise industrielle. 



Valencicnnes-platt. (Henri Ilénon, 1KK7. 



3ÎG 



L'INUUSTRIE DES TULLES 



en dentelle dite bysantlne ou guipure genre russe, en blonde es- 
pagnole, en pochettes de toutes nuances, en dentelles mode et en 
diverses autres fantaisies. 

Les maisons de Paris et du continent commettent aussi dans 
une certaine proportion ; ce rpii donne à tous un certain espoir. 

Malheureusement 
ce début presque 
satisfaisant se 
change du tout 
au tout après une 
première période 
de quasi-activité. 
Les nombreux 
soldes, faits im 
peu de tous côtés, 
ont complètement 
perdu le marclié. 
L'effet de ces opé- 
rations impru- 
dentes est des 
plus mauvais, et 
une dépréciation 
marquée s'accen- 
tue chaque jour 




Dentelle Chanlilly. (Tophani IVèi-es, 1887.) 



sur la généralité des produits de la fabrique. 

Aussi le deuxième semestre débute-t-il dans des conditions 
déplorables. 

Une crise industrielle causée par une lamentable baisse dans 
les prix de vente se déclare ; chacun s'effraie et c'est une véri- 
table course au clocher, auprès des acheteurs et des négociants 
commissionnaires; c'est à qui vendra le meilleur marché. 

Le bas prix de l'un, trouvé déjà insensé et ridicule, est bientôt 



ET DEiNTELLES MÉCANIQUES. 



327 



dépassé par le bas prix de l'autre; c'est à se demander si cer- 
tains fabricants tiennent compte du prix et du poids de la ma- 
tière première. 

Les gens sensés s'efforcent de faire comprendre que si la 
mode patronne et emploie la dentelle, il en faudra quand même, 
quel que soit son prix, et que si, au contraire, elle la délaisse 
et l'abandonne, ce n'est pas en l'offrant avec des rabais ridicu- 
lement réduits qu'on arrivera à la faire adopter, bien au con- 
traire. En effet, par l'incertitude et l'instabilité des cours, , on ef- 
fraie les acheteurs qui, en traitant aujourd'hui à tin prix, se 
demandent s'ils ne pourront pas demain obtenir mieux. On les 
éloigne ainsi d'un article qui leur apparaît comme dangereux; 
on en hâte l'abandon par le consommateur, alors que ce même 
article durerait peut-être, si le vendeur, par ses agissements, 
n'en précipitait lui-même la ruine. 




Dcnlclk' fine coton. (E. Davcnicrc, 1.SS7.) 

Nous devons le reconnaître avec regret, la place, pleine de 
professionnels intelligents, travailleurs, chercheurs, créateurs, 
quant à ce qui concerne la fabrication, laisse encore beaucoup à 
désirer pour ce qui regarde la connaissance des choses du né- 
goce et du commerce. 



3Î8 L'INDUSTRIE DES TULLES 

La plupart des fabricants restent sans défense et se livrent 
pieds et poings liés à certains exploiteurs qui ne reculent devant 
aucun moyen pour arriver à leurs fins. Lorsqu'il leur est fait une 
proposition, les prix de revient ne les préoccupent pas; beau- 
coup, du reste, n'en font jamais et, osons le dire, ne savent pas 
les faire. On peut voir, alors, si le spéculateur a beau jeu. Le 
fabricant se laisse éblouir par de fortes commissions données à 
des prix dérisoires sur une ou deux séries spéciales; on lui as- 
sure qu'on lui compensera ce sacrifice, pendant la saison, par 
des ordres sur les séries courantes; mais, i:)romettre et tenir sont 
deux; on s'en tient le plus souvent aux articles achetés à vil 
prix, la compensation ne vient presque jamais et le tour est 
joué. La saison suivante on passe la porte du pauvre exploité et 
l'on s'adresse à un autre, aussi naïf, qui devient à son tour vic- 
time des mêmes procédés. 

Ce déplorable état de choses ne pouvait se continuer long- 
teAps. La crise, devenue plus intense et étendant ses ravages, a 
mis le fabricant dans l'embarras. Il résiste bien, mais fatalement 
il arrive un moment où il lui faut laisser ses ouvriers et ou- 
vrières sans ouvrage. Il faut dire aussi que le désastre financier 
causé par la chute des banques en 1886, et qui a privé la 
place de plus de 30 millions de disponibilités, lui a enlevé bien 
du ressort. 

D'autre part, la fabrique souffre également beaucoup de la 
concurrence de Caudry, dont les frais généraux, pour une indus- 
trie absolument similaire, sont de 25 à 40 p. iOO au-dessous de 
ceux de Calais. 

Il en résulte que beaucoup d'ouvriers imprévoyants qui n'ont 
pas su pratiquer l'épargne, dans les bons jours, se trouvent 
bientôt dans la misère et qu'il faut songer à leur venir en aide. 

Les Chambres syndicales, patronales et ouvrières, se tiennent 
en permanence. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



329 



Une grande tombola est autorisée, en vue de la formation 
d'une caisse de secours. Des lots arrivent de tous côtés et M. le 
Ministre de l'instruction publique envoie, pour cette œuvre, cinq 
belles estampes d'après Delacroix, Lhermite, Valentin, Bœtzel et 
Butin. 




Laizes Chanlilly, PcUiii. (ircnri Ilénon, l.ss:!.) 



Des fêtes et des concerts sont organisés au bénéfice de 
cette caisse de secours, et des soirées concertantes sont données 
un peu de tous côtés pour soulager les misères les plus pres- 
santes. 

En présence de cette situation malheureuse, le Consei/ minv- 



330 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



,cipal vote un crédit de 25000 francs pour la création de 
■fourneaux économiques. De son côté, la Chambre syndicale des 
fa.hricants ouvre une souscription publique qui produit 25 258^', 75, 
destinés à atténuer les effets du chômage et à compléter l'effort 
bienfaisant de la municipalité. 

Le syndicat' patronal fait chaque samedi une distribution de 
bons de fourneaux économiques et de charbon et distribue des 
secours en argent afin de permettre le retrait, du mont-de-piété, 
des objets de première nécessité. 

L'année 1887 s'est close ainsi, dans des conditions vérita- 
blement tristes et affligeantes, avec un hiver s'annonçant comme 
devant être très dur. 




^'alenciennes-plaU. (Henri Ilénon, 1887 



Dentelles nouvelles. Il dcvieut à la modc dans la fabrique de baptiser les séries 

nouvelles des genres nouveaux qui sortent, d'un nom quelconque 
choisi un peu suivant les imaginations. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



331 



C'est ainsi que divers fabricants ont déposé au greffe du Tri- 
bunal de commerce de Calais les dénominations suivantes : 

Dentelles Celtique, Romane, Russe, Spéranza, Fran- 
cilien, Byzantine, de Lorraine, de Sparte, etc., etc. 

La contrefaçon se pratiaue sur une si large échelle, que la Contrefaçons. 
Chambre syndicale des 
fabricants se trouve sai- p-f^ . -^^ 
sie de plusieurs pro- 
positions pour essayer 
d'enrayer ce système 
regrettable et blâmable^ 
dû à diverses causes. 
En tout cas, lorsque la 
circonstance se présen- 
te, on cherche de part 
et d'autre à épuiser tous 
les moyens de concilia- 
lion, afin d'éviter des 
frais de procédure tou- 
jours fort élevés pour 
chacune des parties. 

De nombreuses faillites sont encore venues attrister le marché Faillites. 

au cours de l'année 1887; les fabricants devraient modérer leur 

production et ne pas trop augmenter leur stock. 

La question des échantillons, qui est aussi une grosse af- Question des échan- 
tillons, 
faire, préoccupe à juste titre la fabrique. La remise gratuite de 

longues collections augmente chaque jour d'importance et grève 
lourdement les frais généraux de chaque fabricant, dont elle lèse 
les intérêts d'une façon anormale. Des abus nombreux sont si- 
gnalés et la Chambre syndicale est instamment priée de régle- 
menter, le plus sagement possible, ce système de remise d'échan- 
tillons, suivant les différents cas qui se présentent. 




Blonde de Itayeuv. (.1. CiuUard père et fds, tSS7.) 



332 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Une décision est prise à ce sujet dans Xassemhlée ç/énérale 
annuelle de juillet. 

La Chambre des fabricants, dans le but de relever, si possible, 




Point de Flandre. (Henri Hénon, 1888. 



l'industrie de la dentelle, fait appel à la Chambre syndicale de la 
couture et de la confection. Elle réclame son appui et son con- 
cours à l'effet de rechercher, d'un commun accord, les moyens 
de provoquer un mouvement en faveur de l'emploi des dentelles, 
dans les nouveaux modèles qui se préparent pour la saison de 
printemps. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



3.33 



1888 



L'horizon s'ouvre sous des apparences beaucoup meilleures Etat des aiiaircs. 
pour Calais, au début de la saison de 1888. Les nouveautés 
présentées aux acheteurs et à la 





m 


■ 


B 


iB 


i 




1 


â 






m 


n 


i 




W^^^"^^ 


i 


1 

i 



Valenciennes. Henri Ilcnon, 1888. 



clientèle ont été bien accueiUies; 
l'activité en fabrique, sans être com- 
plète, est très sensible et les ouvriers 
sans travail sont beaucoup moins 
nombreux. 

Les dentelles et entre-deux, or et 
argent, sont en grande faveur dans la mode et trouvent un grand 

emploi sur les chapeaux de 
dames. 

Les genres fantaisies 
pour modes, les dentelles 
légères en blanc et noir, 
couleur et or, sont très de- 
mandés pour l'Allemagne, 
l'Angleterre et les Etats- 
Unis. 

Le chantilly à bas prix, 
e7iloui-af/e mohair, parait te- 
nir la tète pour la confec- 
tion. 

La laize et le volant, les dentelles spanish et les points d'es- 
prit en laizes et en bandes, les genres à fonds fins et les bandes 




Blonde soie. (J. Craillard père cl fils, 18SS.) 



334 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Syndicat des 
ouvriers tiiUistes. 




Dentelle Fœdora. (L. Bomy, 18S8. 



en travers, fils droits, imitation du fond mousseline en toutes 

nuances, sont égale- 
ment très recherchés, 
sur divers marchés, en 
France et à l'étranger. 
Cet ensemble d'élé- 
ments constitue une 
ressource importante 
pour l'emploi du ma- 
tériel de la place, et le 
personnel est passable- 
ment occupé. Il y a bien encore par-ci par-là, un peu de calme 
et de chômage, mais dans une 
assez faible proportion. 

La Chambre des fabricants 
continue néanmoins à distri- 
buer des secours aux malheu- 
reux atteints par la dernière 
crise et qui n'ont pas encore 
retrouvé du travail. 

Le chiffre de la distribution 
des bons de fourneaux s'élève, à 
ce jour, à environ 400000 bons 
de fourneaux économiques et 
10000 bons de charbon. 

Le syndicat des ouvriers tul- 
listes, dans une réunion impor- 
tante tenue au local des « En- 
fants de Saint-Pierre », 
7, rue des Prairies, proteste 
énergiquement contre l'envoi, par les fabricants, de tulles à décou- 
per, dans les campagnes environnantes. Il exprime le vœu que 




Dentelle l'antaisie soie et or. 
(Félix Boutenjenn, 1S8S.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



335 



ce travail soit conservé pour les ouvrières de Calais-Ville, dont un 
certain nombre est encore sans ouvrage. 

L'assemblée décide en outre qu'un organe purement profes- 
sionnel et économique sera créé avec le titre de : « Bulletin men- 
suel de la Chambre syndicale des ouv?iers tvllistcs ». 

Des efforts sont faits par des maisons du Canada et de Exportation. 
la République Argentine pour mettre ces deux pays en relations 

directes avec la fabrique 

de Calais. 

Une nouvelle pétition Comptoir de ventes 

est adressée à la Cham- 
bre des fabricants, pour 
lui demander d'étudier, à 
bref délai, la mise à exé- 
cution d'un projet consis- 
tant à monter, par ac- 
tions, un grand Comptoir 
général de ventes avec 
succursales dans tous les 
grands centres. 

La Chambre syndicale 
des fabricants provoque une réunion de tous les fabricants de la 
place, indistinctement, salle de l'Hippodrome, pour y discuter 
diverses propositions relatives à la participation de la fa- 
brique de Calais à l'Exposition universelle de 1889. 
12 fabricants donnent leur adhésion pour exposer individuellement 
et 30 pour figurer dans l'Exposition collective. 

M. Henri Hénon, vice-président de la Chambre syndicale des Exposition univer- 
fabricants, vient d'obtenir la plus haute récompense à l'Exposi- 
tion universelle de Barcelone (Espagne) : la grande médaille d'or. 

Sur la demande qui lui en est faite par le Président de la Conservatoire des 
Chambre syndicale des fabricants, la Chambre de commerce confie ^"^'"^ '' " '"^"^' 




Valcncicnnes-platt. (Ilouette et IJutler, 1S81S.) 



Exposition univer- 
selle de Paris, 18S9. 



33G 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



en dépôt à cette Association vingt-quatre carnets contenant les 
dessins déposés au Conseil des Prud'hommes depuis l'année 1842 
et tombés dans le domaine public. La Chambre de 'commerce, en 
faisant la remise de cette collection, demande qu'une sévère sur- 
veillance soit exercée pour qu'il ne soit distrait aucun échantil- 
lon par ceux qui sont susceptibles de venir la consulter. 




DenLcUe fine coton. {Topham, liSSS.) 



Téléphone Calais- 
Paris. 



Invenlioii Uoé et 
Kent. 



Des démarches très actives sont faites simultanément par la 
Chambre de commerce et la Chambre des fabricants pour ob- 
tenir l'installation d'un réseau téléphonique, entre Calais et Paris. 
Ce projet est en bonne voie de réalisation. 

MM. RoÉ ET Kent inventent une machine automatique servant 
à percer les cartons Jacquard. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



337 



Cravate, point de Flandre. 
(Henri Ilénon, 1SS8.) 



Chambre des 
fabricants. 



Au moyen de leur système, la lecture des barèmes et le poin- 
çonnage des cartons s'opèrent d'une façon plus économique, plus 

rapide et plus effective. 
La Chambre des falsri- 
cants organise, au moment 
de la saison, un service 
journalier permettant aux 
sociétaires de connaître 
les noms de tous les ache- 
teurs arrivés sur place, 
soit dans les hôtels, soit 
chez les négociants com- 
missionnaires. 

Elle croit aussi utile de 
provoquer une assemblée 
générale de tous les fabri- 
cants de la place, dans le 
but d'étudier la situation 
des affaires et de s'enten- 
dre sur les mesures qu'il 
y aurait lieu de prendre 
pour essayer d'apporter 
toutes les améliorations 
possibles à la bonne mar- 
che de la fabrique. 
Uue Commission de onze membres est nommée pour s'occuper 
de la question, avec mission de faire un rapport sur lequel il 
sera ensuite statué. 

Les affaires se sont bien soutenues au cours de l'année et Etat des anaires. 
les achats se sont portés sur les volants et les laizes fantaisie, 
sur les fichus, les cravates et en général sur le chantillij brodé 
soie et brodé mohair, dans les largeurs au-dessus de O^jSO. 




1 



3:i8 L'INDUSTRIE DES TULLES 

La voilette est aussi l'objet de demandes très suivies. 
Il se commande des métiers 12 points et un certain nombre 
d'anciens métiers sont transformés dans le même « gauge ». 




Application soie, papillon. (J. Gaillard père et fils, 1888.) 



1889 



Commission du Le Conscil municipal de Calais prend la délibération suivante : 

^'"'*'''"'" « Considérant que, dans une cité ouvrière comme Calais, il in- 

combe au Conseil de ville de veiller au sort des travailleurs et de 
les aider dans leurs luttes incessantes pour l'existence et le bien-être 
et dans leurs efforts d'é)nancipation, délibère : 

» Une nouvelle Commission de cinq membres est instituée. Elle 
aura pour mission l'étude et la solution de toutes les questions 
pratiques concernant spécialetnent les intérêts de la classe ouvrière; 
par exemple : la défense et l'organisation des travailleurs, les crises, 
le chômage, rarbitraire, la protection de l'ouvrier âge, 77iineur, in- 
firme, de l'ouvrière, etc., etc. » 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



339 




Dentelle soie. ^Lehas père et C'i^, 1S.S9.) 



La Compagnie Singer offre à la fabrique de Calais une uia- Machine à coudre les 

1 • ' • 1 Ti i- ij.- 1 1 -, t cartons Jacquard. 

chine spéciale, dite « machine multiple «, pour coudre, c est- 
à-dire lacer ensem- 
ble, les cartons Jac- 
quard. Les explica- 
tions très détaillées 
fournies sur la cons- 
truction et, le fonc- 
tionnement de cette 
machine prouvent 
qu'elle peut donner 
entière satisfaction à 
ceux qui en feront 
l'emploi. 

Elle réunit toutes 
garanties, tant au 

point de vue de la simplicité du principe, qu'à celui de la rapi- 
dité et de la précision avec laquelle elle effectue le laçage des 
cartons. Le seul inconvénient consiste dans le prix un peu élevé 
de la machine. Elle convient, pour cette raison, de préférence, à 
un perceur public, qui se trouve avoir un nombre beaucoup 
plus considérable de cartons à lacer, que le fabricant, môme le 
plus important. 

M. A. Trêves fils, fabricant de broderies mécaniques, à Saint- 
Quentin, signale à la Chambre de commerce de Calais le mou- 
vement progressif de l'importation des broderies sur tulles dites 
« dentelles orientales » et des broderies déchiquetées dites « gui- 
pures d'Irlande ». Il fait remarquer que sous ces habiles déno- 
minations les Allemands et les Suisses expédient des quantités 
croissantes de ces articles qui tendent à se substituer, dans la 
consommation, aux dentelles de Calais. 

Ces broderies spéciales, qui ne sont pas prévues au tarif des 



Concurrence des 
tulles brodés alle- 
mands et suisses. 



340 



L'INOUSTUIE DKS TULLKS 



Création d'un musée 
induslricl. 



douanes, entrent en France sous une rubrique qui n'est pas la vé- 
ritable et avec une estimation beaucoup moindre que leur valeur 
réelle. 

M. Trêves engage la Chambre de commerce à demander le 
redressement de ces évaluations trompeuses, en attendant qu'on 
puisse prévoir cette sorte de marchandise dans la classification 
du nouveau tarif, à l'expiration des traités de 1882. 

Sur le rapport de M. 0. Denquin, la Chambre de commerce 

se préoccupe de 
la création d'un 
rmisée industriel. 
En présence de 
la concurrence 
terrible que font 
aux dentelles de 
Calais les indus- 
tries de Plauen, 
Saint-Gall et Not- 
tingham, il de- 
vient urgent de 
réunir, dans ce 
musée, des spécimens de tout ce qui se fait en genres dentelles 
de coton. 

L'Industrie de Calais, divisée en un nombre considérable 
de fabricants, manque d'éléments d'informations. Il en résulte 
que beaucoup d'entre eux, mal secondés dans leurs inspirations 
et ne sachant sur quel article se porter, se jettent le plus sou- 
vent, en trop grand nombre, sur celui que les acheteurs pa- 
raissent rechercher; au risque de tarir en quelques semaines, par 
la surproduction et la baisse des prix, une source de bénéfices 
qui aurait pu profiter aux premiers créateurs. 

C'est pour obvier à ce mal trop fréquent, que le secours du 




Dentelle Chantilly. (R. West, 18S9.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



341 



Musée interviendrait, à propos. On peut espérer qu'il permettrait 
d'arriver aux résultats suivants : 

Diviser la production du matériel en un plus grand nombre 
de genres; 

Ramener les initiatives à la fabrication des dentelles de coton, 
qui, à certaines époques, ont procuré de beaux succès et de 
grands bénéfices à l'industrie calaisienne; 

Mettre chaque fabricant à même de produire des articles 
qui lui soient propres, au lieu de voir, il faut bien le dire, un 
trop grand nombre d'entre eux régler leur travail sur celui des 
autres, plutôt que de s'occuper à créer par eux-mêmes; ce qui 
leur est peut-être difficile, faute de renseignements; 




Dentelle lîinche. (Henri llénon, 1S89.J 



Enfin élargir le champ d'action de ceux f[ue leurs goûts 
portent plus particulièrement vers la fabrication des dentelles de 
soie, en mettant à leur portée de nombreux spécimens des di- 
vers produits étrangers, dont la comparaison ne peut que déve- 
lopper leurs facultés créatrices. 

Une Commission doit s'occuper de la réalisation de ce projet. 



34Î 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Renseignements 
industriels. 



Etat des afl'aires. 



La Chambre de commerce française de Charleroi renouvelle 
ses envois d'échantillons de dentelles et de broderies de fabri- 
cation anglaise et allemande, représentant les types de ce qui 
se vend le plus couramment en Belgique. 

Ces échantillons sont envoyés en communication à la Chambre 
syndicale des fabricants. 

Le Comité de cette Chambre invite ses membres adhérents 
à venir consulter ces documents, ainsi que les carnets albums 
récemment mis à leur disposition par la Chambre de commerce 
de Calais. 

Les affaires reprennent dans la fabrique d'une façon générale, 

à la grande satisfaction de toute la place. 
Un sérieux mouvement d'activité se fait 
sentir et, de tous côtés, on voit les 
usines éclairées la nuit. Presque par- 
tout on travaille en jjlein, c'est-à-dire 
jour et nuit. 

Cette reprise coïncide avec une 
hausse, du reste prévue, des matières 
premières, surtout dans les filés de 
soie. Les salaires des ouvriers, qui 
avaient été diminués à la suite du krack, 
ont dii reprendre à peu près leurs an- 
ciens cours et les fabricants songent à 
essayer d'augmenter le prix de leurs 
articles. Cette dernière modification, qui 
peut s'opérer sans peine, est moins 
facile à faire accepter par les clients. 

Néanmoins, l'année s'ouvre sous des auspices favorables et 
c'est d'un bon augure pour la saison de printemps et pour 
celles qui vont suivre. 

Les articles les plus demandés sont : le fjrand volant, 1"',G0, 




Dentelle de soie. 
(J. Gaillard père et fils, 1889.) 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



S'i: 




Jury des récom- 
penses, 1X89. 



la voilette à bordure, la dentelle Chantilhj mode, les laizes soie à 
fleurs détachées et à petites fleurettes, les articles à gros fond, 
les laizes pastille, les dentelles à grandes écailles, les fichus, les 
écharpes, la voilette en 0'",23 et en 0'°,35, ainsi que les dentelles 
guipure et spanish de qualité moyenne. 

Afin d'éviter de nouveau la dépréciation des prix et l'avilis- 
sement de la marchandise, 
une adresse est envoyée au 
président de la Chambre 
syndicale, pour lui demander 
d'adjurer la fabrique de ne 
plus dépasser le rendement 
de 0'",70 au rack. 

MM. Henri Hénon et Her- 
BELOT, qui avaient déjà fait 
partie des Comités d'admis- 
sion et d'installation, sont 
nommés membres du Jury des récompenses de l'Exposition pour 
la classe 34. M. IIerbeloï n'ayant pas accepté cette fonction, 
M. Henri Hénon reste, par ce fait, le seul représentant de l'in- 
dustrie des tulles de Calais, dans ce Jury. 

Le Président Carnot, au cours de son voyage dans le dé- Voyape du président 

,„ ,/-,,. 1- -lo-- '1 - Carnot i Calais. 

parlement du Pas-de-Calais, doit venir le 6 juin procéder a 
l'inauguration du port de Calais, dont les travaux ont coûté plus 
de cinquante millions, et visiter les fabriques de tulles dans la 
partie industrielle de la ville, qui était autrefois Saint-Pierre- 
les-Calais, et qui est encore aujourd'hui le centre d'une im- 
porlante Industrie nationale. 

De grandes fêtes ont été préparées et organisées à l'occasion 
de cette brillante visite officielle du chef de l'Etat, accom- 
pagné de I'amiral Ivrantz, ministre de la marine, de M. Yves 
GuYOT, ministre des Travaux publics, de M. Vel-Durand, préfet 



Point d'Anj;leterre. (Henri Ilénon, issn.) 



314 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



du Pas-de-Calais, de plusieurs sénateurs et députés et d'un cer- 
tain nombre de hauts fonctionnaires. 

Tous les fabricants avaient été convoqués le 7 avril, à l'Hôtel 
de Ville, pour désigner celle des fabriques qui serait honorée 
de la visite du Président Carnot. Le scrutin dépouillé, c'est 




Volant V'ulenciennes-platt. (Henri Hcnon, ISSO.j 

l'usine Henri Hénon qui s'est trouvée avoir réuni le plus de suf- 
frages. Mais, sur la demande aussitôt formulée par M. H. Hénon, 
la Chambre de commerce et la municipalité acceptent que la fa- 
brique de M. Davenière soit également visitée. 

Le Président Carnot et sa suite sont émerveillés des produits 
exposés dans ces deux étabUssements, du parfait agencement des 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



345 



ateliers, des bureaux, des dépendances accessoires ainsi que de 
l'importance considérable du matériel des machines, etc., etc. 

Le Comité de l'Association syndicale des fabricants décide 
d'offrir à M. le Président de la République, comme souvenir 
de sa visite à Calais et pour être présentée à M"" Sadi Carnot, 
une superbe corbeille contenant les spécimens des plus beaux 
produits de l'industrie tullière. 

Les principaux fabricants participent à la composition de ce 
présent. 

On a su que M"" Carnot avait consacré, à l'Elysée, un salon 
spécial pour y 
exposer les den- 
telles nombreu- 
ses et variées que 
renfermaient la 
corbeille et le cof- 
fret de la fabrique 
calaisienne. 

Plus tard, aux 
courses du Grand 
prix, à Long- 
champs, M"' Car- 
not portait l'une 
des robes de den- 
telles de la ma- 
nufacture de Calais. C'était une longue tunique en blonde noire, 
d'un dessin joli et original, sur un transparent de faille, d'une 
nuance coquelicot. L'effet en était gracieux et charmant. M°° Car- 
not s'est encore plu à orner ses costumes, ses robes et ses 
chapeaux, des diverses dentelles de Calais, dans les garden par- 
ties et dans les cérémonies officielles. 

C'était une façon on ne peut plus aimable et intelligente de 




DcnU-lle Chiuitilly. (Topluim. issii.;, 



34C 



I/IXDUSTRIE DES TULLES 



remercier l'industrie de Calais et de témoigner combien elle 
avait été sensil^le à la gracieuseté que les fabricants avaient 
été heureux de lui faire. 




Volant ^'aloncic^ncs. (Henri Ilcnon, ISSO.) 



Nous regretterions de ne pas rappeler que M""° Carnot avait déjà, 
lors de la visite du Président, fait remettre à la Chambre syndicale des 
fabricants, par iV. Arrivière, secrétaire particulier de li présidence, 
une somme de 2000 francs pour être distribuée entre les femmes 
et les enfants des ouvriers tuUistes les plus nécessiteux. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



347 



Au cours de la visite présidentielle dans l'usine Henri Hénon, 
les ouvriers ont fait sortir de l'un des métiers un petit mou- 
choir, qui a été pendant quelques jours un succès étourdissant. 
Une brochure d'actualité, écrite et éditée par M. Henri Hénon et 
vendue avec ces petits mouchoirs, a rapporté une somme de 
891''', 50 qui a été versée à la caisse de secours des marins. 

Cette splendide Exposition s'est ouverte le 6 mai en pré- 
sence d'une foule immense. 

Dans la classe 34 des dentelles 
et broderies, 33 fabricants repré- 
sentent Yindustrie de Calais: 12 eu 
expositions individuelles et 21 en 
collectivité. L'ensemble est tout à 
fait remarquable et de nombreux 
rapports en ont fait une des- 
cription détaillée des plus flat- 
teuses. 

Du reste, le jour même de l'ou- 
verture, il y avait déjà foule de- 
vant les merveilleux et délicats 
produits de la manufacture calaisienne et il a été dit partout 
que les visiteurs de cette section ne tarissaient pas d'éloges 
sur la beauté, la finesse et la perfection des dentelles ex- 
posées. 

On pouvait compter par milliers ceux qui s'arrêtaient dans 
la classe 34, devant les dentelles mécaniques, n'hésitant pas à 
manifester hautement leurs sentiments d'admiration. 

Le Président Carnot lui-même, fidèle à la promesse qu'il 
avait faite au Comité de l'Association syndicale des fabricants 
de tulles, est venu visiter avec attention toute l'Exposition des 
tulles et dentelles de Calais, félicitant ceux des exposants qui 
se trouvaient à leur vitrine. 




Petit inoiichoir. (Henri Ilénon, 1889.) 



Exposition iinivcr 
selle de 1889. 



348 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



La maison Lenique, Piquet et C'" expose et fait fonctionner 
un métier à tulle système Leavers dans la galerie des ma- 
chines, classe 55. 

De nombreux trains spéciaux à prix très réduits sont orga- 
nisés pour permettre au plus grand nombre possible d'habitants 
de Calais d'aller visiter la Cfrande E.rposition universelle de Paris. 




Dentelle fine, coton. 'Henri Hcnon, 1S89.) 



Le Conseil municipal vote une somme de 5500 francs pour 
être aïïectée aux dépenses d'une délégation ouvrière à cette 
Exposition. 

Plusieurs des délégués ouvriers ont fait un rapport des plus 
intéressants sur les diverses branches de l'industrie du Calaisis 
représentées à l'Exposition de Paris. 

M. HuGREL, directeur de l'école d'art décoratif et industriel, 
est désigné par la Chambre des fabricants pour la représenter 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



349 



à l'Exposition, au Congrès de l'enseignement technique, commer- 
cial et industriel. 

Les récompenses obtenues par la fabrique de Calais, d'après 
la liste officielle publiée le 29 septembre 1889, sont les suivantes: 




Dentelle ChanLilly. (To|)luuii, l.S.S'J 



ÉCONOMIE SOCIALE. — SECTION 111. — SYNDICATS PROFESSIONNELS 



Médaille d'argent 

A la Chambre syndicale des fabricants de tulles et dentelles, pour 
un rapport de M. Alf. Picard, secrétaire général, faisant l'historique 
de cette Association et relatant ses travaux depuis sa fondation. 



3J0 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



CLASSE M {tulles et dentelles). 
Membre du Jury pour Calais : M. Henri Hénon. 



M. Emile Davenière. 



MM. 



MM. 



MM. 



Grands prix : 

I M. Robert West. 

Médailles d'or r 



Georges Arjnett. 

Darquer-Bacquet. 

G. FouRNiER et G'^ 

J. Gaillard père et fils. 

Henri Herbelot. 



MM. Le Bas père et fils. 

Ch. Lecomte et G'" (Rappel). 
Lenique et Piquet. 
NoYON frères. 



Léon BoMY. 
A. Cauart. 
Gordier-Levray 
P. Devienne. 



Médailles d'argent : 

MM. Fontaine et Rieder. 
H. Lemaitre. 
Lepelfier frères. 
H. Rembert. 

Médailles de bronze : 



Constant Delannoy. 
Jules Gordier. 
Louis Gruez. 
F. Hurm. 



MM. Merlen. 

Mine et Gest. 
Smith frères et G'^ 
Testelin aîné. 

Mentions honorables : 

MM. A. Mahieu. 
J. Villaret. 



HUYGHE. 

Lasson et G'". 
Germain Lemairh:. 

GROUPE VI. — Outillage et procédés des industries mécaniques 

CLASSE 55 
Matériel et procédés de tissage. 

Médaille d'or : 

MM. Lenique, Piquet et G'^ 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



351 



Un grand nombre de' récompenses ont aussi été accordées aux Traites de commerce. 
Collaborateurs, selon l'importance des prix obtenus par leur mai- 
son. Les comptables et les représentants ne pouvaient être 
considérés com- 



Mà,., 



=^Êk. ,ôm^ Miù, :^éÊil^.MàL 



'% #••% #•% #••% /•% #•% /•% **'Vi**^. 



«éSUV ATfiVinK^ 



a 



me collabora- 
teurs, de par le 
règlement. 

La Chambre 
de commerce et 
la Chambre syn- 
dicale des fabri- 
cants de Calais 
commencent à 
se préoccuper 
de la question 
du renouvelle- 
mentl des traités 
de commerce , 
avec l'intention 
de réclamer 
énergiqucment 
la libre entrée 
pour les ma- 
tières premières 
soie et coton. 

M. Henri Hénon, vice-président de la Chambre syndicale, 
membre secrétaire de la Chambre de commerce, exposant et 
membre titulaire du Jury des récompenses, est nommé Ciievalier 
de la Légion d'hoimeur. 



m y * f .« V * ê « / -* " « y « Y .« i 

«■* *#*•' Vàl' V^«' VaI* Va** Va»* *#«•' •(• •* 



"W^ 



"me^ 



^yjf^ ^'W^ "^nW^ vfll^- '^W*^ 
Enti'e-devix suie nnii-p, ^rus l'ont). (Ilcrbelnl, ISS!».) 



352 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



1890 



Année mouvementée. L'année 1890 aui'a été des plus mouvementées et des plus 
fertiles en événements. 

Les études préparatoires à la discussion du nouveau tarif de 
douane; — la mise à l'index des fabriques; — le Lock-out des 




Ucntelle floss, soie. (U. West, 1S90.) 



usines; — la (jrève des tullisles; — rétablissement d'uu nouveau 
tarif par la Commission mixte des patrons et des ouvriers ; — 
l'enquête faite à Calais par la Commission parlementaire du tra- 



ET DENTELLES MKCANIQUES. 353 

vail; — toutes ces questions ont mis la fabrique en fièvre et 
apporté une excitation inusitée sur le marché. 

La Chambre de commerce, se préoccupant à juste titre de la Rapport de m. o. 

,. . , • 1 i -f 1 1 i i ^ Denquin sur la Icgis- 

discussion prochanie du nouveau tant des douanes et ayant a lation douanièie pour 

1 , ,. . 1 , nï 1 HT- • i j ri les tulles et dentelles. 

repondre a un questionnaire adresse par M. le Ministre du Com- 
merce sur le renouvellement des traités, saisit sa Commission 
de législation et d'économie politique de l'étude de ces questions. 
M. Denquin dépose un premier rapport très bien fait et des 
plus documentés, dans lequel il traite d'une façon tout à fait 
intéressante et précise les chapitres suivants : 
Des plaintes de l'industrie calaisienne; 
De r importation des tulles anglais; 

Du tarif général actuel des douanes, en faisant l'examen dé- 
taillé de chacun des articles de ce tarif, ayant trait à notre in- 
dustrie; 

Des expertises légales; 
Des valeurs de douanes; 
Des statistiques officielles; 

Du prix de vente des cotons filés français par rapport à ceux 
des cotons filés anglais; 

De la situation des fabricants de dentelles de coton, à Calais, 
vis-à-vis de la concurrence anglaise sous le régime douanier inau- 
guré en 1882. 

Ce remarquable rapport se termine par une série de conclu- 
sions sur lesquelles la Chambre de commerce doit statuer, lorsque 
ce travail aura été communiqué à la Chambre syndicale des fa- 
bricants de tulles. 

La Chambre des fabricants ayant aussi à répondre au même Régime douanier. 

,..,..,,,_, ^ _ Questionnaire. 

questionnaire du ministère du Commerce, en même temps qu a 
la demande de concours qui lui était faite par la Chambre de 
commerce, pour la défense des intérêts de l'industrie des tulles, 
dans la question du nouveau régime douanier à adopter dans 

23 



354 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Appel à linduslrie 
tullièrc. 



l'avenir, se réunit extraordinairement et nomme une Commission 
de douze membres. 

Cette Commission se subdivise en sous-cominissions ciiargées de 

faire un rapport sur les différents articles de ce questionnaire. 

Un sérieux appel est fait à tous les industriels, fabricants et 

négociants, inté- 
ressés dans les 




Dentelle Chantilly Spanish. (Ilerbelot et Dcvot, li>00.) 



dément contri- 
bué au dévelop- 
pement de la 
Cité calaisienne, 
à l'effet de ré- 
clamer le con- 
cours de leurs 
connaissances et 
de leur expé- 
rience, dans l'examen des questions extrêmement importantes, 
que M. le Ministre du Commerce vient de soumettre aux corps 
constitués de la ville, en vue de l'expiration prochaine des 
traités de commerce. 

L'échéance du 1" février 1892 doit être, pour toute la 
France, un fait économique considérable, et du régime qui suc- 
cédera aux traités actuels peut dépendre, pour Vhidustrie des 
tulles et dentelles mécaniques particulièrement, ou une nouvelle 
ère de prospérité, qui serait assurément la bienvenue après les 
différentes crises, dues à des causes diverses qu'elle traverse 
par intermittence; soit, peut-être, sa décadence et sa ruine. 

Une première réunion plénière des intéressés a lieu le ven- 
dredi 24 janvier 1890. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES 



3J5 



Cette réunion a pour but, tout d'abord, de connaître l'opinion 
de la place sur les différents points qui se rattachent à la ques- 
tion du renouvellement 
des traités de commerce. 

120 négociants et fa- 
bricants répondent à l'in- 
vitation de la Commis- 
sion. Une discussion des 
plus sérieuses s'établit et 
l'assemblée^, en se sépa- 
rant, émet l'avis qu'il con- 
vient de se mettre en rap- 
port avec Lyo7i et Caudry 
qui ont à défendre les 

• ,/ *, Dentelle Bourdon. (Maxtdii cl A\'utnuv, hSLiO.) 

mêmes intérêts. ^ . > ^ 

La mort regrettable de M. 0. Denquin, décédé subitement au 
cours d'un voyage en Suisse, modifie la composition de la Com- 
mission qui se trouve constituée à nouveau, comme ci-après : 




Comité de défense des tulles et dentelles mécaniques. 

MM. Ad. Darquer, président de la Chambre de commerce; 

H. Herrelot, vice-président de la Chambre de commerce ; 
Henri Hénon, trésorier de la Chambre de commerce, vice- 
président de la Chambre syndicale des fabricants de tulle ; 
G. FouRNiER, membre de la Chambre de commerce, prési- 
dent de la Chambre syndicale des fabricants de tulles; 
E. Davenière, 
L. Lafon, 

L. CORDIER, 

L. GOLDSCHMIDT, ) 



fabricants de tulles, membres de la Chambre 
\ syndicale; 



H. Boucher, ) 



négociants commissionnaires. 



33G 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Réponses au ques- 
tionnaire du Conseil 

supérieur du com- 
merce et de l'indus- 
ti-ic. 



Ce Comité de défense de l'industrie locale, afin de centraliser 
et de rendre plus puissants et plus efficaces ses moyens d'ac- 
tion, s'organise sous le patronage de la 
Chambre de comtnercc de Calais. 

Dès sa formation, le Comité, comme 
il y a été convié, entre en relations 
avec les fabriques de Lyo7i et de Cau- 
dry et, pour augmenter son influence, 
il s'abouche et se lie avec le Cojnité de 
U <f Union pour la franchise des matières 
premières et la défense de r exportation » , 
dont le siège est à Paris, 51, rue des 
Petites-Ecuries. 

Cette « Union », créée à Paris dans 
une assemblée générale tenue à l'Hôtel 
Continental pour organiser la défense 
de l'industrie française et concentrer 
les efforts, en vue de lutter par une 
action énergique, contre les tendances 
protectionnistes, abrite sous le même 
drapeau libre-échangiste les industries 
de Lyon, Saint-Etienne., Roanne., TJiizy, 
Saint- Chamond., Roubaix., Tourcoing, 
Reims et divers syndicats commerciaux de Paris, Rordeaux, Mar- 
seille, etc., etc. 

La Chambre de commerce de Calais, d'accord avec la Chambre 
des fabricants, répond au questionnaire envoyé par le Ministre 
au nom du Conseil supérieur du commerce et de l'industrie et 
relatif au renouvellement des traités. 

Les conclusions de ce travail peuvent se résumer ainsi : 
1° Il est du plus grand intérêt d'abolir cotnplètejnoit les 
droits sur les filés de coton, cette taxe ayant pour effet de pa- 




Barbe dentelle soie noij'e. 
(Darquer-Bacquet, 1890.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 357 

ralyser la branche de fabrication des dentelles de coton. 

En vertu du même principe économique, Ymdustrie française 
des tulles ne réclame aucune protection pour les produits simi- 
laires étrangers ; 

2° Il convient, dans l'intérêt général, de dénoncer les traités 
de commerce et d'en conclure de nouveaux, mieux en rapport 
avec les besoins actuels, en raison des changements opérés dans 
le régime des échanges, par suite des progrès accomphs dans 
l'industrie et des nouveaux débouchés ouverts à l'exportation des 
produits. 11 y a lieu de se méfier du vent de protection qui 
semble souffler dans certaines sphères et de bien se convaincre 
que ce système rétrograde ne profiterait qu'à un petit nombre 
d'intéressés, aux dépens de la grande majorité du commerce et 
de l'industrie; 

3° Il devient indispensable de remanier complètement le tarif 
général des douanes pour le rendre 

moins confus et plus facile à inter- BBHHP^^^^^^^!^fl!^B 
prêter. En ce qui concerne les ■*t.^?^^:^!*^>!'^vr.t%v-;^-^'5'jf^^^^^ 
tulles et dentelles, les bureaux d'en- |||j||||j|||||||||||||||ï|j|^^ 

trée, qui devraient être limités aux v,,encicnnc.s. (iicnri ik^^on, imo.) 
seules villes de Calais, Boxdofjne 

et Paris, doivent être pourvus de tous les types et de tous les 
renseignements nécessaires, avec des instructions très précises, 
afin de pouvoir vérifier plus exactement et distinguer plus facile- 
ment les différentes catégories de dentelles. 

Il s'agit de rendre impraticables les subtilités qui permettent 
de faire un commerce lucratif de l'introduction en France de ces 
sortes de marchandises, à raison de 5 p. 100 de leur valeur; 

4° Il serait équitable, dans l'intérêt de l'industrie tuUière, de 
réduire à la moitié les droits sur les machines à tulles, jusqu'à 
ce que les constructeurs français puissent suffire aux besoins de 
la fabrique. 



358 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Commission perma- 
nente des valeurs 
de douanes. 



Livrets d'ouvriers. 



Fête ouvrière du 
i" mai. 



Il est en outre répondu d'une façon aussi exacte que possible 
à beaucoup d'autres questions de détail, notanament au sujet des 
expertises en douane. 

Sur le désir exprimé en séance, par M. le Président de la 
Chambre de commerce, au 
nom de ses collègues, M. Hen- 
ri Hénon, trésorier, accepte 
les fonctions de membre de 
la Commission permanente des 
valeurs de douanes, qui lui 
sont offertes, sur la proposi- 
tion de M. Natalis Rondot et 
M. Grandgeorge, président et 
rapporteur de la quatrième 
section. 

La Chambre de com- 
merce demande à la Cham- 
bre des fabricants son avis 
sur la proposition de loi ten- 
dant à la suppression des 




Dentelle Fœdora. (Topham, 1890. 



livrets d'ouvriers. A la suite d'une enquête générale sur cette 
question, la loi du 14 mai 1851, celle du 22 juin 1854 et le 
décret du 30 avril 1855, relatifs aux livrets d'ouvriers, sont 
abrogés. 

Une certaine effervescence se produit à Calais comme dans 
beaucoup d'autres centres industriels au sujet du 1" mai, que les 
chefs de parti entendent imposer à la classe ouvrière comme 
une date universellement adoptée pour la fête, dite « du tra- 
vail ». Il y aurait chômage tous les ans au 1" mai, des délé- 
gations iraient porter leurs doléances et leurs réclamations aux 
pouvoirs publics et la journée se passerait en fêtes, concerts, 
bals, banquets, etc. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 359 

A Calais, peu d'ouvriers prennent part à cette manifestation 
qui s'est passée d'une façon absolument calme. La gendarmerie 
de la circonscription avait été mobilisée pour la circonstance ; 
elle n'a pas eu à sévir. 

Le bill Mac-Kinley soumis à la délibération du Sénat améri- BiU Mac-Kiniey. 
cain et ayant pour objet d'établir des droits exorbitants sur les 
marchandises importées aux Etats-Unis, avec des formalités d'ex- 
pertise en douane tout à fait vexatoires, met en émoi tout le 
commerce français et particulièrement la fabrique de Calais qui 
sera très sérieusement atteinte si le projet est adopté. 

Les rapports des délégations ouvrières de la ville de Calais Rapports des déicj;a- 

lions ouvrières sur 

à l'Exposition universelle de 1889 lExposition uni- 

, ,,^ - ,. , verselle de 1889. 

Viennent d être unprimes et publies 
en un beau volume in-8° de 500 pa- 
ges. Tous ont un cachet particulier 
et intéressant. Ils rendent compte 
d'une façon très intelligente des 
diverses industries qui ont fait l'ob- 
jet de cette étude. Il est évident 

FriqueUe. (Desprcz frères, 1890.) '' 

que l'industrie des tuUes et dentelles 
et celles qui s'y rattachent entrent pour la plus grande partie 
dans l'ensemble de ce travail. 

M. Alapetite, Vréfet du Pas-de-Calais, en tournée de Conseil Distinctions 

. . ,, . 1 HT TT TT lionoî'ifiques. 

de révision, visite 1 usine de M. Henri Hénox et remet, a cette 
occasion, cà M""" Maria Deroo, ouvrière et contremaîtresse dans 
cet établissement depuis trente et un ans, une médaille d'argent. 

M. Rambert, ouvrier tulliste de la fabrique L. Cordier et C'°, et 
M. Franch-Godderidge , contremaître de la maison Darquer-Bacquet 
depuis de longues années, obtiennent également une médaille 
d^irgent du gouvernement. 

A la suite d'une campagne très vive, entreprise par les séri- Comité pour la dé- 

11 1 III- 1- 1 T\ 1 • • n • fense du marché 

ciculteurs du Midi, le Parlement est saisi dune proposition de des soies. 




360 L'INDUSTRIE DES TULLES 

loi tendant à frapper les soies étrangères des droits de douanes 
suivants : 

0'^'',50 par kilogramme pour les cocons frais; 

'F', 50 » » pour les cocons secs; 

7 francs » » jiour les soies grèges; 

10 francs » » pour les soies oinirées. 

La Chambre syndicale des fabricants de Calais, inquiète des 
nouvelles charges qui en résulteraient pour la fabrication des 




Laize soie, Pékin. (E. Davcnicre, 1890.) 

tulles et des dentelles de soie en France, s'empresse de donner 
son adhésion et son concours financier au Comité qui s'est créé 
à Lyon pour la défense du marché des soies. 

Elle prie M. Auguste Isaac de vouloir bien représenter la place 
de Calais dans les réunions de ce Comité et se propose d'agir 
de son côté, par le Comité de défense de Calais, pour protester 
contre ce même projet de loi. 



l'JT DENTELLES MÉCANIQUES. 



301 



La Chambre des fabricants se met également en relations avec Question douanière. 
le bureau d'études parlementaires qui vient de se fonder à 
Pai'is, rue de la Yille-l'Evêque, par un certain nombre de séna- 
teurs et de députés réunis, en dehors de toute politique, pour 
étudier les questions douanières et faire prévaloir le régime 
qu'ils croiront le plus conforme aux intérêts du pays. 

Plusieurs réunions auxquelles assistent M. Boulanger-Bernet, 
député de la circonscription; M. Auguste Isaac, vice-président du 
Comité pour la défense du marché des soies à Lyon ; les mem- 




DcnLello Clumlilly Spanish. (R. West, 1890.) 

bres du Comité des syndicats ouvriers YAlliance et VUnion; les 
membres du Comité et ceux de la Commission chargée de procé- 
der à l'étude des traités de commerce, se tiennent au siège de la 
Chambre des fabricants, pour prendre les dispositions les meilleures 
et les plus pratiques, en vue de la campagne à mener contre 
les idées protectionnistes des filateurs et de leurs partisans. 



302 L'INDUSTRIE DES TULLES 

Une autre réunion importante a lieu également dans les salles 
de réunion de la Chambre de commerce de Calais. 

Les membres de la Chambre syndicale des fabricants, ainsi 
que ceux composant la Commission des traités de commerce, y 
assistent. 

M. Ad. Darquer, président et membre du Conseil supérieur 
du commerce et de l'industrie, y rend compte des débats aux- 
quels a donné lieu, devant ce Conseil, la discussion sur la ré- 
forme du régime douanier, en ce qui concerne plus spécialement 
les soies et les cotons filés, et fait connaître les graves et impor- 
tantes décisions récemment prises, dans un sens plutôt protec- 
tionniste. 

M. LE Président Darquer dit qu'il faut songer plus que jamais- 
à défendre l'avenir et la prospérité de l'industrie calaisienne 
■■ menacée et se grouper autour du Comité de défense pour l'aider, 
par tous les moyens possibles, dans les efforts qu'il va avoir à 
déployer pour combattre les erreurs économiques qui semblent 
vouloir se faire jour et qui paraissent même prédominer en haut 
lieu. 

C'est maintenant devant le Parlement qu'il faut s'apprêter à 
porter les dernières et suprêmes revendications de la fabrique. 

Des résolutions sont prises en vue de cette tâche capitale <à 
accomplir. 
Expositions de Mnda- Lcs industriels de la région de Calais sont avisés que des 

^ascar, Edimbourg __ ... , . , ,, ' a ors a 

(Ecosse), Paris (Pa- ExpositiORS S Organisent pour \annec 1891 : 

lais de 1 Industrie) ^ Tamnlavc, OÙ la Chambre de commerce française de Mada- 

cl Moscou. ' " 

gascar se propose de faire une belle Exposition d'échantillons 
de tous les produits des manufactures françaises susceptibles d'y 
figurer utilement. 

Un appel dans ce sens est fait à tous les Présidents des 
Chambres de commerce de France et d'Algérie par l'intermé- 
diaire du Ministre du Commerce, de l'Industrie et des Colonies. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 303 

Le Comité de la Chambre des fabricants de Calais envoie 
plusieurs collections collées sur cartes des dentelles soie et 
coton dans les genres à bon marché. 

La fabrique de Calais décide de ne prendre part ni [à l'Ex- 
position d'Edimbourg (Ecosse), ni à 

Société nationale des Sciences et 

Valenciennes. (Henri Henon, 1890.) 

des Arts industriels; elle se dispose 

cependant à participer et à se faire grandement représenter à 

celle de Moscou. 

Des visites sont faites sur place par M. Boulanger-Bcrnet, 
député, M. le Sous-Préfet de Boulogne-sur-Mer, M. Ancelot, repré- 
sentant le Commissaire général, et M. H. Hénon, vice-président 
de la Chambre syndicale, pour solliciter l'adhésion des fabricants. 

De son côté, la Chambre syndicale vote le principe de l'orga- 
nisation d'une belle Exposition collective, pour laquelle la Chambre 
de commerce accorde une subvention. 

Il s'agit pour l'industrie calaisienne d'affirmer sa vitalité et 
d'aider aux efforts qui sont faits pour se rendre la Russie 
favorable et obtenir d'elle des réductions de droits de douane; ce 
qui peut avoir son importance à la veille du renouvellement 
dos traités de commerce. 

La question de la suppression du travail de nuit préoccupe un Travail de nuit. 
certain nombre de membres du Parlement, d'industriels et de 
syndicats professionnels. 

Beaucoup de raisons plaident pour et contre l'adoption de ce 
projet qui apporterait certainement une perturbation économique 
dans les conditions de la production des dentelles mécaniques. 

La Commission d'enquête parlementaire du travail est saisie 
de cette proposition. 



3G4 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Brevet. M. E. Darghicourt, metteur en œuvre, prend un brevet pour 

un système ayant pour but la suppression des fines barres et 
des stumbs barres dans les métiers Leavers, ainsi que les piqueurs 
et les jacquards à ficelles dans les métiers Bobinots. 
Tulle uni ancien. Un tablcau renfermant un fichu en tulle uni est exposé au 

siège de la Chambre des fabricants. 




Imitation Alençon. (Topham, 1890. 



Fédération nationale 
ouvrière. 



E.vportation des mé- 
tiers c\ tulles. 



Ce tulle a été fabriqué à Calais, vers 1820, sur l'un des 
métiers importés en France par M. Thomas Pain, bisaïeul de 

M"° COLBRANT. 

Le Conseil de la fédération des syndicats ouvriers de Calais 
a reçu mandat d'organiser, dans le délai d'un mois, le quatrième 
Congrès national des syndicats et groupes corporatifs des ouvriers 
de France. D'après les statuts, Calais deviendra, pendant l'année, 
le siège de la fédération nationale ouvrière. 

Des annonces de journaux font savoir que des industriels 
étrangers, de Cologne, Varsovie et Barcelone, désirent acheter des 



ET DENTELLES MKCANIQUES. 



305 



métiers à dentelles et qu'ils sont ouverts pour recevoir des 
offres. 

Il est de nouveau question de constituer à Calais un syn- 
dicat pour l'achat des métiers mis en vente sur place, afm d'éviter 
le départ du matériel à l'étranger. On s'occupe de réunir le ca- 
pital nécessaire. 

L'année n'a pas été bonne et les affaires du premier et même Situation des aiTaircs. 
du second semestre ont été plus 
que languissantes. 

Chacun s'émeut de cette situa- 
tion anormale et recherche les 
moyens d'y remédier. 

Il s'est pourtant vendu un peu 
de dentelles et de laizes clian- 
tillij, des genres spanish et des 
blondes mode; des volants à bas 
prix et des laizes gros fond. 

Les morceaux et les laizes pour 
écharpes, fichus, andalouses, etc., en 
spanish et en guipure ainsi que 
l'article rjuipure soie, pour la con- 
fection de Berlin, en qualité ordinaire, se sont assez demandés; 
mais l'ensemble des transactions a été moins que satisfaisant et 
les plaintes sont générales. 

Aussi se préoccupe-t-on de savoir à quoi peuvent être attribués 
cette crise commerciale et cet état de marasme. 

Les négociants commissionnaires consultés disent que leur si- 
tuation est également difficile. Ils souffrent, disent-ils, des consé- 
quences de la façon irrégulière dont beaucoup de fabricants 
traitent les affaires : soit en essayant de vendre dans leur clien- 
tèle, soit en allant solder, chaque semaine, à des prix excessive- 
ment bas, des parties de leur stock de fabrication, chez les né- 




lîlonde espagnole. 
(Maxton et Watney, 1891). 



366 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Projet de tarif. 



gociants de la place qui arrivent ainsi à se trouver souvent en- 
combrés de marchandises. 

Plusieurs réunions ont lieu à la Chaiîibre syndicale pour étu- 
dier les causes de la crise et pour essayer de les combattre. 

Les uns proposent la suppression du travail de nuit et la 
réglementation des heures de travail, afin, disent-ils, de liuiiter 
la fabrication et de rendre la marchandise plus rare. 

Les autres assurent que le remède consiste en ce qu'une en- 
tente générale se fasse entre tous les fabricants, pour l'augmen- 
tation des prix de vente d'au moins 30 p. 100 et pour Xadop- 
lion d'un tarif minimum des prix de façon et même de salaires, 
comme cela se fait à Saint-Gall et à Plaiien. 

Une Commission de la Chambre des fabricants est nommée 
pour élaborer un tarif mieux compris, plus complet et mieux équi- 
libré des prix du rack 
payés aux ouvriers pour 
les différents articles an- 
ciens et nouveaux. 

La nouvelle s'en ré- 
pand sur place et met en 
grand émoi tout le per- 
sonnel de la fabrique et 
les syndicats ouvriers, qui 
prétendent discuter les 
prix de ce tarif contra- 
dictoirement avec la Com- 
mission patronale. 

Le Comité de l'Al- 
liance des ouvriers tul- 
listes proteste, par une lettre, déclarant qu'il n'envisage pas de 
la même manière les effets du tarif élaboré par la Chambre syn- 
dicale et il en explique les raisons. 




Dentelle Chantilly. (E. Diibout, 1S90.1 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 3fl7 

Néanmoins, la Commission du tarif exécute le travail qui lui 
a été confié, avec le plus grand soin; elle en fait l'objet d'une 
étude approfondie et y consacre un grand nombre de séances, 
s'inspirant des prix de Nottingham et de Caudry. 

Ce tarif est adopté à l'unanimité dans l'assemblée générale du 
26 août, comme tarif minimum ; c'est-à-dire comme fixant des 
prix au-dessous desquels il conviendrait de ne jamais descendre, 
chacun ayant toute latitude de les augmenter dans l'application 
et suivant les circonstances, autant qu'il le voudra. 

Ces dispositions raisonnables, qui avaient surtout pour but 
d'empêcher certains fabricants de faire travailler à des salaires 
très bas et de vendre au-dessous du cours, ce qui constituait 
une concurrence funeste pour la fabrique, furent mal comprises. 
L'énervement était général. Les patrons ayant à combattre les 
effets de la surproduction, l'aviUssement des prix, les caprices 
de la mode et les difficultés de crédit, étaient peu satisfaits. 

Les ouvriers, non moins mécontents du long chômage inter- 
mittent, que l'état des affaires leur imposait, étaient sous le coup 
de la crainte de voir leurs semaines, déjà maigres, encore di- 
minuées par l'application du tarif nouveau. 

Ils ne comprirent pas que ce tarif devait au contraire pro- 
téger en môme temps le patron et l'ouvrier contre l'abaissement 
anormal des salaires dans certaines fabriques. 

C'est contre les fabricants qui payaient bien, qu'ils se révol- 
tèrent tout d'abord, créant des discussions à propos de rien et 
de tout. 

La vérité est que les meneurs politiques qui dirigeaient le syn- 
dicat ouvrier « V Union » crurent ne pas devoir laisser échapper 
cette occasion d'entrer en lutte, en dénaturant les intentions des 
patrons. Il fallait commencer le mouvement gréviste, pour être 
en bonne posture devant le Congrès ouvrier internationaliste qui 
allait s'ouvrir à Calais, quelques semaines plus tard. 



3C8 



L'INDUSTRIE DES TULLES 




Pour ouvrir le feu, on procéda par petits paquets et l'on mit 
d'abord ea interdit deux ou trois maisons qui payaient au-des- 
sous du tarif minimum. Jusque-là tout était régulier. 

Mais bientôt on s'attaqua à plusieurs fabricants qui payaient 

au-dessus de ce même tarif, et les 
choses s'arrangèrent vite, sauf 
pour MM. HouETTE et Butler qui 
ne purent s'entendre avec leurs 
ouvriers. Il se mêla, à la discus- 
sion, des questions accessoires 
qui vinrent tout embrouiller, et 
cette maison fut mise à l'index. 
Elle en appela alors au jugement 
des autres fabricants qui, se sen- 
tant menacés de subir tour à 
tour le même sort, se solidari- 
sèrent et, sur le refus de 1' « Union 
des ouvriers », de lever l'interdit, décidèrent la fermeture immé- 
diate de leurs ateliers au nombre de 70, représentant plus de 
700 métiers. 

Le résultat inévitable de cette décision radicale fut que tous 
les ouvriers non encore syndiqués de ces 70 maisons s'empres- 
sèrent d'aller se faire inscrire à VUnion des tullistes, pour avoir 
le droit de toucher leur semaine de grève. 

Trois semaines se passèrent sans qu'on pût même discuter 
les questions qui semblaient faire le fond des réclamations des 
ouvriers ; toute la contradiction portant sur la question préjudi- 
cielle concernant la levée de la mise en interdit. 

Pendant ce temps, les trade-unions de Nottingham encou- 
rageaient naturellement la grève au moyen de subsides. Est-ce 
bien par sympathie pour la cause ou pour tirer profit du chô- 
mage de leurs concurrents? 



"\''alcncienncs-i)latl.(IIcnri Ilénon, 1890.) 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



369 



C'est ce que leur conscience pourrait dire. Les profondeurs 

du cœur humain ne permettent pas d'aller aussi loin chercher 

la vérité. 

D'autre part, les ouvriers tullistes de Saint-Quentin envoient 

à ceux de Calais des télégrammes d'encouragement, promettant 

leur concours moral et matériel. 

Caudrij s'en mêle et adresse une pétition à son Conseil muni- 
cipal pour demander le vote d'un secours de 5000 francs pour 

les ouvriers de Calais sans travail. 

A Calais, Delcluze et Salembier, directeurs de V Union des 

tullistes, sollicitent de 

la municipalité une 

subvention de 60000 fr. 

en faveur des femmes 

et des enfants des 

ouvriers tullistes en 

grève. 

Après plusieurs réu- 
nions à l'hôtel de ville 

et sous la condition 

formelle imposée par 

les fabricants de la 
levée des mises à l'in- 
dex, avant tous pour- 
parlers, l'apaisement des esprits se fait enfin et l'on arrive à 
s'entendre. L'interdit est levé et les patrons acceptent d'ouvrir 
leurs ateliers ; mais les ouvriers refusent de reprendre le travail 
avant l'établissement d'un tarif élaboré en commun, par une 
délégation mixte, ouvrière et patronale, et la solution de deux 
autres propositions portant sur les changements d'un article à un 
autre, ainsi que sur le règlement intérieur. 

Les Commissions patronale et ouvrière se réunissent et bientôt 

24 




Dentelle soie noire. (W. et E. Stubbs, 1890.) 



370 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



un tarif définitif est adopté d'un commun accord. Les autres 
questions sont également réglées et le travail est repris partout. 
Les patrons ont reçu satisfaction. Quant aux tullistes, on pré- 
tend qu'ils sont loin d'être satisfaits du tarif accepté par leurs 
délégués munis de pleins pouvoirs. Quelques-uns auront une lé- 
gère augmentation sur certains articles; mais le plus grand 
nombre touchera moins qu'autrefois et, lorsque le travail mar- 
chera en plein, cette diminution pourra s'élever de 8 à 15 francs 
par semaine. 

Ce n'était pas la peine de faire une grève et de mettre le 
pays en révolution pour un pareil résultat. Une manifestation 
aussi peu sérieuse est un amusement dangereux et une duperie, 
sauf pour les chefs qui s'en font une plate-forme politique et 
électorale. 

La presse a beaucoup parlé de cet événement, marqué par des 

incidents de toutes sortes 
qui ont occupé la popula- 
tion de Calais pendant toute 
la période du Lock-out. 
Certains fabricants, dont 
les atehers étaient mis en 
interdit par le syndicat des 
tullistes, ont pu facilement 
remplacer les ouvriers syn- 
diqués qui les ont quittés, 
par d'autres, indépendants, 
et leurs ateliers fonction- 
nent de nouveau comme 
auparavant. Pendant plu- 
sieurs jours des attroupements se forment devant les ateliers pour 
donner des charivaris à ces ouvriers, considérés comme ayant 
failli à leurs devoirs confraternels. 




IniiLulion Bruges. (Topliam, ISOO 



k 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 371 

Le Comité de l'Union fait placarder leurs noms sur les murs 
de la ville ; mais les affiches sont arrachées pendant la nuit et 
des procès-verbaux sont dressés contre les auteurs de cette 
manifestation. 

Un avis, de source inconnue, adressé aux fabricants par voie Avis commercial, 
de circulaire, dit que, pour régénérer l'industrie du tulle, il faut 
y apporter, au plus tôt, d'énergiques remèdes : 

D'abord, ne plus vendre les produits : 

1° Aux magasins de nouveautés; 

2° Aux maisons de confections et de couture; 

'6° Ne plus donner d'échantillons aux commissionnaires ni aux 
représentants voyageurs; 

4" N'avoir que peu ou pas de stock chez les agents et en tout 
cas leur défendre de donner des marchandises à condition; 

5° S'en tenir aux maisons de gros et aux négociants expor- 
tateurs qui amènent sur place les acheteurs étrangers. 

Enfin que Calais et Caudry s'entendent pour l'exécution de ces 
décisions. 

Ces conseils sont beaucoup plus faciles à donner qu'à 
suivre. 

M. Cil. Baurain, négociant, déjà l'auteur d'un projet de comp- Ouvioir municipal, 
toir général de vente des produits de toute la fabrique, pour 
leur écoulement direct à la clientèle, sans le concours des inter- 
médiaires, et M. Ch. Darquer, avocat, tous deux conseillers mu- 
nicipaux, proposent à la ville la création d'un Ouvroir jnunicipal 
pour le découpage du tulle. 

Ils demandent, en même temps, l'appui de la Chambre syn- 
dicale des fabricants pour aider à l'installation et à la prospé- 
rité de cet établissement communal qui permettrait d'exécuter 
en ville tout le travail qu'on envoie faire à la campagne. 

Cette institution serait, de l'avis de ces deux honorables con- 
seillers, d'un très grand secours pour les familles d'ouvriers, 



372 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Questionnaire sur la 
durée de la journée 
de travail. 



Réglementation du 

travail. 
Enquête parlemen- 
taire. 



pendant la crise actuelle; elle soulagerait bien des infortunes et 
viendrait en aide à beaucoup de lîîalheureux. ' 

Ces messieurs déposent un projet de règlement et donnent 
un aperçu de la dépense annuelle probable. 

Ce projet ne reçoit pas de solution immédiate et reste soumis 
à l'étude d'une Commission spéciale. 

La Chambre de commerce charge deux de ses membres de 
faire, d'accord avec la Chambre des fabricants, une enquête à 
l'effet de recueillir les renseignements et avis nécessaires pour 

répondre au questionnaire 
adressé par M. le Ministre 
du Commerce, de l'Indus- 
trie et des Colonies, sur la 
durée de la journée de 
travail. 

Il est donné satisfaction 
à toutes les demandes po- 
sées par le Ministre et, à 
deux de ces questions, il 
est répondu que les Cham- 
bres sont opposées à toute 
limitation de la durée du 
travail, par une loi, en ex- 
primant le vœu que la liberté la plus complète soit, sous ce rap- 
port, laissée aux patrons et aux ouvriers. 

Le Maire de la ville de Calais porte à la connaissance de la 
fabrique que la Commission parlementaire, chargée d'étudier les 
projets de loi relatifs à la réglementation du travail, a décidé 
qu'elle se mettrait en relations directes avec les ouvriers et les 
patrons, afin de bien connaître les sentiments des intéressés 
sur cette question. 

Une délégation, choisie parmi les membres de cette Commis- 




Dentelle fantaisie soie. (L. Bomj 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



373 



sion, est arrivée à Calais pour entendre les industriels et les 
sociétés ouvrières disposés à présenter des requêtes. 
Elle se compose de 



Ricard, député de la Seine-Inférieure, président; 
Demay, député de la Seine; 
GuiEYESSE, député du Morbihan; 
PiERARD, député de la Seine-Inférieure; 
SiBiLLE, député de la Loire-Inférieure; 
Dron, député du Nord. 

Cette sous-commission entendra : 

4° Les dépositions des corps constitués ; Chambre de com- 
merce, Conseil des Prud'hommes, Srjndicats; 

2° Les dépositions individuelles ou collectives des patrons et 
de leurs représentants, des propriétaires et des directeurs d'usine, 
des ouvriers et 
des ouvrières. 

Des question- 
naires, auxquels il 
pourra être aussi 
répondu indi- 
viduellement, par 
écrit, seront dé- 
posés <à la mairie, 
après le départ de 
la Commission 
d'enquête. 

Cette Commis- 
sion a fonctionné 
pendant plusieurs 

jours, enregistrant les nombreuses dépositions plus ou moins 
sincères et exactes, qui lui ont été faites, par certains expo- 




DcntcUc soie floss. (R. West, 1890. 



374 L'INDUSTRIE DES TULLES 

sants, suivant l'intérêt personnel ou particulier qui les guidait. 
Création d'un bureau Parmi les propositions qui surgissent de tous côtés, en vue 

d'échantillons. 

de l'amélioration des affaires, se trouve celle de la création d'un 
bureau de vente et d'échantillonnement organisé au centre 
de la fabrique, dans le but de faciliter, aux négociants commis- 
sionnaires et aux acheteurs, les achats qu'ils peuvent avoir à 
effectuer. Au lieu de passer la plus grande partie de leur temps 
à aller de fabrique en fabrique, ils trouveraient, ainsi réunis, au 
même endroit, les échantillons de tous les fabricants. 

Ce bureau aurait, en outre, l'immense avantage de diminuer 
considérablement le nombre des demandes d'échantillons qui sont 
faites à chaque passage d'acheteurs et qui deviennent pour les 
fabricants d'autant plus onéreuses, qu'elles sont sans cesse re- 
nouvelées. 

L'enquête faite sur place n'est pas favorable à cette inno- 
vation, pas plus qu'au projet d'un syndicat 
de contrôle, semblable à celui qui fonc- 
tionne, paraît-il, à Planen et à Saint-Gall, 
ayant les pouvoirs les plus étendus pour 
limiter, suivant l'état des alîaires, les heures 
de travail, — restreindre le nombre des 
négociants et commissionnaires auxquels on 
peut vendre, — fixer un prix de vente mini- 
piume dentelle soie. jjjy^ ç^ ^u bcsoiu Uvrcr sa comptabihté, 

(No von frères, 1890.) 

pour vérification de la bonne exécution des 
arrêtés, aux membres du Comité de ce syndicat de contrôle. 
Dépôt de dessins. Dcux fabricants signalent, dans le Bulletin mensuel de la 

Chambre syndicale des fabricants, le dépôt et la propriété du 
dessin de deux genres de dentelles, dites dentelle Cléopàtre et 
dentelle Salammbô. 
Ligne téléphonique La Chambre de commerce et la Ville obtiennent de l'Etat la 

construction d'une ligne téléphonique Calais-Paris, par Lille. 




ET DENTELLES MÉCANIQUES. 375 

Le prix fixé à forfait pour les frais de premier établissement 
étant de 44 9 18'^', 36, une convention intervient avec la Direc- 
tion générale des Postes et Télégraphes pour que cette somme 
soit versée au Trésor, à titre d'avance, sans intérêts et rem- 
boursable sur les produits de l'exploitation. 

Ce nouveau moyen de communication rapide, à longue dis- 
tance, est appelé à rendre les plus grands services à la fabrique 
do Calais, en même temps qu'aux affaires du port. 



!!t.n, 



1891 



Le Comité de défense de l'Industrie des tidles et dentelles Comité de défense. 
mécaniques de Calais, institué en 1890 sous le patronage de la 
Chambre de commerce, se prépare à prendre en mains la dé- 
fense des intérêts de la fabrique si gravement compromis par 
les tendaiiccs protectionnistes qui se manifestent dans le sein du 
Parlement, à l'occasion de la reconstitution du régime douanier. 

La Commission des douanes vient de prendre en considéra- 
tion les demandes de majoration proposées par les filateurs sur 
les soies et sur les cotons filés, et cette surélévation de droits 
dépasse considérablement ceux, déjà exagérés, fixés par le Con- 
seil supérieur du commerce. 

Le Comité considère que \ Industrie des tulles déjà si éprouvée, 
depuis quelques années, verrait encore s'accroître, si ces majo- 
rations étaient admises, les difficultés contre lesquelles elle se 
débat. Il estime qu'il est de la plus haute importance que tous 



376 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Protestation. 



les efforts possibles soient réunis pour faire rejeter les droits 
excessifs, dont on menace de frapper les matières premières soie 

et coton. Et pour arriver 
à ce résultat, le Comité 
de défense de Calais a cru 
devoir s'associer à TU- 
nion pour la franchise 
des matières premières et 
pour la défense de l'ex- 
portation, qui s'est cons- 
tituée à Paris et, conjoin- 
tement avec elle, il sou- 
tiendra énergiquement les 
justes revendications qui 
seront adressées aux man- 
dataires du pays. 

Mais pour aboutir et 
pour faire face aux dé- 
penses de toutes sortes 
que cette campagne doit 
entraîner avec elle, le Comité réclame l'appui effectif et bien- 
veillant des corps constitués et obtient des subventions du Con- 
seil municipal, de la Chambre de commerce et de la Chambre 
syndicale des fabricants de tulles. 

M. le Président de la Chambre de commerce de Calais se 
trouve dans l'obligation de protester, par une lettre adressée à 
M. le Député Ricard, président de la Commission du travail 
venue sur place faire une enquête, contre l'interprétation erronée 
donnée à sa déposition. 

11 déclare que, d'accord avec les doctrines que ses collègues 
et lui ont toujours défendues et contrairement à ce qui a été 
transcrit dans le procès-verbal de cette enquête, il s'est formel- 




Dentelle Fœdora. 
(E. Crèvecœuret A. Gathelain, 1891.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



377 




lement prononcé pour la siippressmi des droits de douanes siu' les 
soies et les cotons fdés; mais que, sous les réserves de ces con- 
ditions expresses, il ne s'opposait pas à l'entrée en franchise des 
tissus similaires à ceux de la fabrique de Calais. 

La question des droits projetés sur les soies étrangères cause 
une énorme agitation dans les 
centres de tissage où cette ma- 
tière première est employée. 

Des protestations énergiques 
sont envoyées aux députés et 
sénateurs de Lyon, Avignon, 
Nîmes, Valence, Noves, Vaison, 
Calais, Caiidry, etc., et des 
suppliques sont adressées au 
gouvernement, lui demandant 
d'user de toute son influence, 
auprès de la Commission des 
douanes, pour faire rejeter les projets destructeurs de nos grandes 
industries nationales, les plus dignes de sa sollicitude. 

Indépendamment des droits dont on prétend frapper les soies 
grèges, — les soies ouvrées, les schappes et les bourres de soie ne 
semblent pas devoir échapper à l'acharnement des protectionnistes. 

Des mémoires arrivent de tous côtés aux Comités de défense 
pour démontrer combien ces prétentions sont mal fondées et 
quel tort immense l'application des taxes douanières projetées 
ferait au commerce et au marché français. 

Toute l'industrie du pays s'insurge et s'unit pour repousser 
des impôts qu'elle considère comme devant amener sa ruine. 

La lutte pour l'entrée en franchise des cotons fdés, consi- 
dérés comme matières premières, est encore plus vive et plus 
ardente. 

La défense des soies filées avait réuni la totalité des indus- 



Tullc voilette, Cronslaclt. 
(Desprez frères, 1891.) 



Les droits sur les 
soies filées. 



Les droits sur les 
cotons filés. 



378 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Comité de dél'cnse 
de Calais. 



tries de tissage sans exception, Lyon en tête, avec toute l'influence 
et toute l'autorité qu'un centre industriel de cette importance en- 
traîne avec lui et autour de lui. 

Dans la question des cotons, Lyoïi et Roubaix, pour des 
raisons subtiles, refusaient leur concours. On sacrifiait le coton 

dans l'espoir de sauver 
plus facilement, d'un 
côté, la laine; de l'autre 
côté, la soie. 

Un compromis étant 
intervenu avec les fila- 
teurs de Lille, la fa- 
brique de Calais res- 
tait seule avec Roanne 
pour défendre les ma- 
tières premières co- 
tons. 

Le Comité de résis- 
tance calaisien, quoique 
abandonné à ses pro- 
pres forces, soutient 
d'autant plus énergiquement la lutte contre ses puissants adver- 
saires. Il a pu intéresser à sa cause plusieurs députés dont la 
parole éloquente et l'influence dans le Parlement l'ont puissam- 
ment aidé. 

Le Comité de défense de Calais, d'accord avec les Co- 
mités alliés, commence ce qu'on peut appeler ses travaux pré- 
paratoires. Il agit en éclaireur et ne néglige rien de ce qui 
peut être tenté : Démarches, par délégations, près des Ministres, -- 
des membres de la Commission des douanes et des rapporteurs 
du Parlement; visite des députés libre-échangistes à Calais, péti- 
tions ouvrières, campagne de presse, mémoires spéciaux, réponses 




Fantaisie coton sur fond noir. (E. Davenière, 1891.) 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



379 



aux attaques des protectionnistes : toute la série des moyens 
propres à sauvegarder les intérêts de l'industrie tullière, si gra- 
vement compromis, est épuisée. 

Le Comité se tient presque en permanence et se divise en 
plusieurs sous-commissions qu'il charge d'étudier les différentes 
questions à éluci- 
der. 

M. Louis Cordier, 
rapporteur de la 
sous-commission des 
soies, dépose un tra- 
vail intéressant et 
très documenté. 11 
conclut, après une 
série de déductions, 
à la nécessité évi- 
dente de la franchise 
entière, à l'entrée 
en France, des ma- 
tières premières ci- 
après dénommées : 

Cocons^ Grèges^ 
Soies ouvrées, Bour- 
res de soies, Scliappes 
et Mohairs. 

M. L. LAro.\, rap- 
porteur de la sous-commission des cotons, après un exposé 
savant et des plus complets de la situation faite à l'industrie du 
tissage et de celle qui l'attend, suivant les droits plus ou moins 
élevés qui seront appliqués, se résume en déclarant : 

Que tout en acceptant la protection équitable du travail na- 
tional, il démontre de la façon la plus claire que la filature lil- 




Denlclle de soie. (Pinef frères, ISOI. 



380 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Déli!'gation calai- 
sienne à Paris. 



loise est riche et prospère, — que depuis quelques années elle a 
augmenté ses prix de 15 p. 100 environ, — qu'elle traîne en lon- 
gueur et quelquefois même refuse les ordres remis sur certains 
titres par la fabrique de Calais, prétextant ne pas avoir le temps 
de s'en occuper; 

Qu'en conséquence, la franchise complète des cotons filés 
simples et retors, tout au moins dans les fins numéros, au-dessus 
du n" 50, s'impose; 

Qu'enfin la compensation offerte du Draivback ne saurait s'ap- 
pliquer à notre industrie, avec laquelle ce système est incompatible 
en raison de la diversité des numéros employés en même temps 
et des opérations de Teinture, d'Apprêt et surtout de Découpage. 
Ces deux rapports sont approuvés dans leur entier. 
Une délégation composée des membres de la Chambre de 

commerce, de la Chambre syn- 
dicale des fabricants et du 
Comité de défense des soies 
et des cotons, à laquelle s'est 
joint M. le Maire de Calais, 
obtient une audience de M. le 
Ministre du Commerce. Après 
avoir exposé les revendications 
de la fabrique de Calais, elle 
remet entre les mains du Mi- 
nistre un manifeste aux termes 
duquel elle réclame la fran- 
chise complète pour les ma- 
tières premières soie et coton filé. Il est dit aussi dans ce 
mémoire, que dans le cas où les divers intérêts en présence obli- 
geraient à l'abandon d'une liberté absolue, elle demande instam- 
ment à ce que les conditions suivantes ne puissent, en aucun 
cas, être dépassées : 




Valenciennes-platt. ^Hcnri Hénon, 1891.) 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



381 



Pour les soies : le staiu quo et la franchise entière pour 
les bourres de soie et les schappes ; 

Pour les cotons : une réduction de 25 p. 100 sur le tarif 
conventionnel de 1881. 

La fixation à 20 p. 100 du droit spécial aux filés retors de 2 
et 3 bouts. 

L'admission en franchise des filés simples spéciaux à la fabri- 
cation des dentelles, dits double spnns, lesquels n'ont pas de 
similaires dans les filés de production française. 

Le Ministre promet de tenir compte des desiderata exprimés 
par la délégation, dans la plus large mesure du possible. 

Une délégation caudrésienne, ayant à sa tête M. Tilman, Maire Délégation caudr 

„ , , . i 1 1 sienne à Paris. 

de Landry, plusieurs notables 
fabricants et les représentants 
de trois syndicats ouvriers, est 
présentée par M. Déjardin- Ver- 
KiNDER, député de la circonscrip- 
tion, à M. Jules Roche, Ministre 
du Commerce. 

Les intérêts de Calais et de 
Caudry étant les mêmes, M. Til- 
MÂN, au nom de la délégation, 
expose l'objet de sa mission, 
laisse entre les mains de 
M. RouME, secrétaire particulier 
du Ministre, toutes les pièces à 
l'appui des mêmes revendica- 
tions et confirme tout ce qui a 
déjà été demandé par la délé- 
gation calaisienne. 

Le Ministre promet de tenir compte des réclamations qui lui 
sont faites et fait savoir qu'il enverra son secrétaire et M. Dislère, 




Guipure soie. (Frances IVùres, 1891.) 



382 



L'INDUSTRIE DKS TULLES 



Visite de plusieurs 
députes à Calais. 



Conseiller d'Etat, faire une enquête approfondie dans les centres 
manufacturiers du Nord, afin de bien éclairer sa religion sur 
cette question'de tarifs 
douaniers. 

Sur les instances 
des délégués calai- 
siens, lors de leur dé- 
marche à Paris, au 
ministère du Commer- 
ce, MM. JoNNART, Geor- 
ges Graux et Boulan- 
ger Bernet, députés du 
Pas-de-Calais, — G. 
Berger, député de la 
Seine, président du 
Comité central de la 
défense du conimerce 
extérieur, — Burdeau, 
député de Lyon, et 
Déjardin- Verkinder, dé- 
puté du Nord, accep- 
tent de venir à Calais 
pour y recueillir tous 
les renseignements 
utiles et se rendre 
compte des aspirations 
et des besoins de l'in- 
dustrie locale, en vue ^'''^""^ ''''' '^" ^'"'^'- ("■ ^^''^*'' ^^^^-^ 
de la discussion prochaine du nouveau tarif général des douanes. 
Ces membres du Parlement doivent être accompagnés de 
M. Paul Delombre, rédacteur de la partie économique du journal 
« Le Temps » et de M. Joseph Challier-Bert, rédacteur au journal 




ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



383 



(c l'Economiste », secrétaire de V « Union pour l'entrée en fran- 
chise des matières premières et la défense de l'exportation ». 

Ces messieurs, fidèles à leur promesse, sauf MM. Graux, 
Jonnart et Delomhre, qui se font excuser par dépêche, viennent 
à Calais et assistent à une séance solennelle organisée au siège 
de la Chambre de commerce, par le Comité de défense. 

Aux côtés de MM. GeorCxES Berger, Burdeau, Déjardin-Yerkinder 
et Boulanger-Ber- 
net, siègent M. le 
Sous-Préfet de 
Boulogne - sur- Mer , 
M. TiLMAN, Maire de 
Caudry, M. Georges 
Michel, rédacteur 
au Journal des Dé- 
bats et plusieurs 
représentants de la 
presse locale. 

A cette séance 
et après un discours 
de M. Ad. Darquer, 

président, il est donné lecture des rapports de M. Fournier, Pré- 
sident de la Chambre syndicale et de la sous-commission des 
soies; de M. II. Herrelot, vice-président de la Chambre de com- 
merce et de la sous-commission des cotons, et de M. Tilman, 
Maire de Caudry. 

MM. les députés Berger, Déjardln-Verkinder et Boulanger- 
Bernet prennent successivement la parole et, après avoir demandé 
beaucoup d'explications et de renseignements, promettent leur 
concours le plus dévoué à la défense des intérêts de l'Industrie 
des dentelles. 

Au cours de la discussion, il est établi que le Drawback et 




Dentelle de soie fantaisie. (R. \^'est, 1891.) 



384 L'INDUSTRIE DES TULLES 

V Admission temporaire sont inapplicables à l'industrie du tulle et 
que la mesure tendant à augmenter les droits sur les machines 
à tulle serait absolument inique et équivaudrait à 20 p. 100 
de la valeur vénale du métier. M. le Député Berger, rapporteur 
pour les machines, à la Commission des douanes, reconnaît qu'il 
a été commis une grave erreur, sur laquelle il s'efforcera de faire 
revenir ses collègues: 

L'un des membres présents fait aussi ressortir la situation 
prospère des filateurs français, qui réalisent des profits consi- 
dérables et qui se considèrent comme malheureux, quand leurs 
inventaires annuels n'accusent pas un miUion au moins de béné- 
fices nets. 

Une liste, étabhssant la situation de fortune de huit filateurs 
de l'une des grandes villes du Nord, réunit le modeste chiffre 
de 70 millions de francs et voilà ceux qui crient le plus fort 
misère^ à propos du renouvellement des tarifs douaniers. 

M. le Secrétaire de la Chambre de commerce dépose sur le 
bureau les pétitions signées par les ouvriers de Calais et de 
Caudry, pour protester contre les droits dont on veut frapper 
les matières premières. 

Le nombre des signatures dépasse le chiffre de 12000. 

La séance terminée, la délégation parlementaire quitte la 
Chambre de commerce et se rend à l'Hôtel de Ville. 

Elle y est reçue par l'administration municipale qui lui sou- 
haite la bienvenue» 

Le Maire expose à son tour les doléances de la fabrique calai- 
sienne, et, après une réponse des plus bienveillantes de M. le 
Député Berger, les délégations ouvrières sont introduites. 

L' « Alliance générale des ouvriers tullistes et similaires de Ca- 
lais » ainsi que VUnion des tullistes et similaires sont entendues. 
Les présidents de ces syndicats font verbalement l'exposé de 
leurs protestations et déposent chacun une adresse dans laquelle 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



385 



sont développées les raisons qu'ils ont cru utile de présenter. 

Les ouvriers sont vivement félicités par les membres de la 

délégation d'avoir si intelligemment compris les intérêts de leur 




DenlcUo de soie. (Cli. Qirûii lils, 1S91.) 

industrie et de si bien sentir que l'Union complète, sur cette 
question, était un sûr moyen de vaincre. 

Après quelques paroles échangées, les délégations ouvrières 
se retirent et la réception est terminée. 

25 



386 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



M. Georges Michel, économiste distingué, dans un article ad- 
mirablement traité, rend compte, dans le Journal des Débats, de 
ses impressions sur cette importante journée d'enquête. 




Dentelle de soie. (Auy. Lcmaire, 1891. 



Passe-courroie 
J. Forest. 



Un appareil, dit jmsse-courroie, aussi utile que philanthropique, 
vient d'être inventé par M. J. Forest, de Calais. Cet engin, 
simple et pratique, a pour but de prévenir les accidents 
dans les ateliers des métiers à tulles et de leurs accessoires. 
11 peut s'étendre naturellement à toutes les industries nécessi- 
tant l'emploi de la force motrice et des transmissions par cour- 
roies. 

La courroie d'un métier tombe de sa poulie et peut se trouver 
replacée aussitôt avec la plus grande facilité et sans le moindre 
danger. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



387 



Visite de l'amiral 
Gervais. 



Beaucoup d'accidents pourront certainement être évités par 
l'emploi de cet appareil. 

M. l'Amiral Gervais, de passage à Calais, à son retour de 
Russie, visite les fabriques de M. Darquer, Président de la 
Chambre de commerce, et de la Société E. Davenière et C® 
(Limited). 

Plusieurs grosses difficultés se sont encore présentées, au 
cours de la saison, au sujet de l'interprétation du tarif entre 
plusieurs fabricants importants et les syndicats ouvriers. 

L'intervention de la Commission mixte, créatrice de ce tarif, 
rétablit rapidement l'accord, à la satisfaction générale. 

Les fabricants de Calais qui figurent à VExposition française Exposition française 

. de Moscou. 

de Moscou sont ceux dont les noms suivent : 



Mises à l'index. 



Exposants individuels : 



MM. E. Bancquart. 
Darquer-Bacquct. 
E. Davenière et C' 
Henri Hénon. 
Henri Herbelot. 



MM. Houette et Butler. 

Lcnique Piquet et C". 
F. W. et H. Topham. 
Robert West. 



Exposants faisant partie de l'Exposition collective : 



MM. G. Arnett. 

Beutin frères. 

A. Cadart. 

Caron fils. 
W yve p^^^^ Cordier et fils. 
MM. Crèvecœur et Cathelain. 

0. Deguines et C. 

C. Delannoy. 

J. Delannoy. 



MM. Frances frères. 
G. Fournier. 
Gaillard père et fils. 
Le Bas père et C'°. 
Maxton frères et Watney. 
Mine et Gest. 
MuUié frères. 
Noyon frères. 
Pinet frères. 



388 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Réjiime douaniei. 



Cette Exposition a été un très grand succès pour les produc- 
teurs français. Un journal moscovite dit que les dentelles mer- 
veilleuses des fabricants de Calais attirent constamment la foule. 

Le Gzar, l'Impé- 
ratrice et la Famille 
impériale sont venus 
plusieurs fois visiter 
cette Exposition qui se 
trouve avoir atteint son 
double but. Elle af- 
firme les sentiments 
d'estime et d'amitié qui 
lient les deux nations; 
elle est en même temps, 
pour le commerce et 
l'industrie de la France, 
l'occasion d'un succès 
indéniable dont ses con- 
currents, eux-mêmes, 
sont frappés, puisqu'ils 
ont tout fait, sans y 
parvenir, pour le com- 
promettre à son début. 
Des diplômes com- 
mémoratifs ont été dé- 
cernés aux exposants. 
La maison Heymann et Alexander appelle l'attention de la 
Chambre de commerce sur le nouveau tarif douanier espagnol 
en ce moment à l'étude et particulièrement sur les droits pro- 
posés par le gouvernement de l'Espagne pour les dentelles de 
soie, droits trop élevés et qui auraient pour conséquence de 
fermer complètement ce marché aux dentelles de Calais. 




DenLellc Boui-don. (H. Ilerbclot, ISOl.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 389 

Cette communication est aussitôt transmise au « Comité de 
défense des intérêts de l'Industrie des tulles et dentelles méca- 
niques », en lui signalant que les droits prohibitifs du nouveau 
tarif espagnol paraissent devoir être établis comme représailles 
de ceux proposés par la Commission des douanes de la Chambre 
française sur les produits espagnols, à leur entrée en France. 

Il ne sera peut-être pas inutile de fournir cet argument aux 
Députés de la région. 

A propos d'un procès engagé depuis 1887 entre deux maisons Contestation de 

brevet. 

de la place et que la maison propriétaire du brevet vient de ga- 
gner définitivement en appel, les fabricants perdants rappellent à 
la Chambre syndicale : 

1° Que le 25 janvier 1888 son Comité a désigné cinq ex- 
perts avec mission d'examiner la validité du susdit brevet; 

2" Que ces experts ont à l'unanimité conclu à la jton-validité; 

3° Que forts de cet appui moral, ils ont soutenu le procès 
comme question de principe et épuisé toutes les juridictions; 

4" Qu'en conséquence il leur paraît du devoir de la Chambre 
syndicale de reprendre l'affaire en mains et d'étudier la question 
de savoir si elle ne doit pas demander au tribunal civil l'annu- 
lation de ce même brevet. 

Il y aurait, paraît-il, de nombreux précédents. D'autre part, 
douze fabricants adhérents saisissent à leur tour la Chambre de 
la même question et lui demandent de défendre la place contre 
l'accaparement, par un ou phisieurs fabricants, de systèmes connus, 
résultats des recherches de plusieurs générations ; systèmes qui 
forment en quelque sorte le patrimoine commun de la fabrique 
et qui, en somme, constituent des progrès acquis à la fabrication 
générale de la dentelle mécanique, depuis plus de quarante ans. 

Par contre, le fabricant gagnant un procès conteste à l'Asso- 
ciation, dont il fait aussi partie, le droit de s'immiscer dans un 
différend existant entre deux de ses sociétaires, si les deux ' 



390 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



parties, d'un commun accord, ne réclament pas son arbitrage ; ce 

qui n'est pas actuellement le cas. 

Il ajoute que puisque le désir de la tnajorité du Comité lui 

-parait être de consigner à son jwofit le résultat de toute recherche 

heureuse, etc., et qu'il est sur ce point en divergence absolue 

d'idées avec ses col- 
lègues, il se sépai-e 
de la Chambre syn- 
dicale en donnant sa 
démission. 

Le Comité pro- 
teste par lettre con- 
tre cette apprécia- 
tion, affirmant qu'il 
ne s'inspire jamais 
que de l'intérêt gé- 
néral, abstraction 
faite de toute ques- 
tion personnelle. 

Les choses en 
sont là. Le cas de 
l'intervention du Co- 
mité de la Chambre syndicale est posé devant Y Assemblée générale 

annuelle. 

Certains membres lui contestent le droit de prendre parti 

dans les procès qui peuvent se présenter entre sociétaires et 

surtout dans les questions délicates de brevets. 

Ils demandent si le Comité est dans son droit en statuant 

sur la valeur d'un brevet et si cette question est bien de sa 

compétence? 

A cela, d'autres répondent que le Comité a ie devoir de le 

faire, lorsqu'il y est invité et lorsqu'on lui demande si certains 




Dentelle de soie. (J. Gaillard père et fils, 1891.) 




ET DnNTKLI.ES MHGANIQUES. 391 

brevets ne sont pas une entrave au développement de la fabrique. 

D'un côté, il est utile de mettre en garde les fabricants, qui, 
dans l'ignorance où ils sont d'une prise de brevet, se trouveraient 
exposés à devenir involontairement contrefacteurs. D'autre part, 
il y a peut-être lieu de réprimer, autant que possible, certaines 
prises de brevet pour des inventions qui sont depuis longtemps 
dans le domaine public. 

La mission de la Chambre est de veiller à tout ce qui touche 
aux intérêts de la fabrique; c'est son devoir impérieux. 

Pourquoi serait-elle instituée, si ce n'était pas pour conseiller 
ses adhérents et les renseigner sur toutes les questions ou litiges 
où ils sont engagés? Autrement quelle serait sa raison d'être? 

N'a-t-elle pas déjà évité un grand nombre de procès par son 
intervention amiable? 

L'Assemblée consultée se prononce cependant contre l'immix- 
tion de la Chambre dans les questions de brevets. 

Au moment précis où commence au Palais-Bourbon la dis- Question douanière. 
cussion des articles concernant les taxes sur les cotons filés, 
des dépêches de protestation contre le vote des nouveaux droits 
proposés et même pour réclamer la franchise entière, sont en- 
voyées par \ Administration municipale, la Chambre de commerce, 
la Chambre sijndicale des fabricants de tulles et par les syndicats 
l'Alliance et X Union des ouvriers tullistes, à M. de Frevcinet, Pré- 
sident du Conseil des Ministres, — à M. Jules Roche, Ministre du 
Commerce, — à M. Constans, Ministre de l'Intérieur, — à M. le'Préfet 
DU Pas-de-Calais et à tous les Députés. 

La Chambre des députés vote enfin, en ce qui concerne les 
soies : 

i° h' exemption pour les cocons frais et secs et pour les^ soies 
grèges ; 

2" Un droit unique de 300 francs les 400 kilogrammes sur les 
soies ouvrées et moulinées; 



392 L'INDUSTRIE DES TULLES 

3° Un droit de 10 francs sur la bourre de soie peignée et 
X exemption, pour la bourre de soie en masse ; 

4° Pour les schappes, le Uatu quo, soit 138 francs les 100 ki- 
logrammes. 

Pour les métiers à tulle, le droit proposé était de 30 francs, 
ce qui eût fait payer 2400 à 3 000 francs de droits d'entrée pour 
une machine de 8000 à 10000 kilogrammes; ce droit a été ré- 
duit à 5 francs. 

Pour les cotons filés, la lutte a été des plus vives et des 
plus passionnées. La filature voulait une augmentation de droits 
de 30 p. 100, alors que l'industrie réclamait la franchise, un 
abaissement du droit ou tout au moins le statu quo. 

C'est le statu quo qui a été admis, malgré les efforts de la 
Commission des douanes et même du gouvernement. 

Malheureusement la lutte n'est pas finie. Elle va recommencer 
devant le Sénat où les filateurs se proposent de prendre leur 
revanche ; mais le Comité de résistance calaisien sera de nouveau 
sur la brèche et il s'efforcera de trouver, dans la Chambre haute, 
des défenseurs aussi énergiques que ceux qui ont défendu sa 
cause à la Chambre des députés. 

Cette première victoire sur les cotons est bien due en effet 
aux députés qui ont pris si vigoureusement en main la défense 
de l'industrie du tissage : 

A M. Georges Berger, député de Paris, — à M. Audiffred, dé- 
puté de Roanne, — à M. Burdeau, député de Lyon, — à M. Dé- 
jardin- Verkinder, député du Nord, — et enfin à M. Boulanger-Bernet, 
député de Calais. 

\J Industrie des tulles et dentelles de Calais leur doit des remer- 
ciements et une profonde reconnaissance pour les services qu'ils 
ont rendus à la fabrique tout entière. 

Les principaux défenseurs, à la tribune et dans la Commis- 
sion des douanes, surtout pour les soies et pour les métiers. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



393 



ont été MM. Aynard, député de Lyon, — Jonnart, député de 
Saint-Omer, et Georges Berger. Il ont également droit à toute 
notre gratitude et à nos plus profonds remerciements. 




Chantilly soie. (W. et E. Stubbs, 1891.) 



L'Assemblée générale de la Chambre des fabricants vote 
encore des félicitations et de chaleureux remerciements à la 
Chambre de commerce, au Comité de défense et aux chefs des se- 
crélariats pour le zèle et le dévouement apportés par eux dans 
la question douanière et dans la défense des grands intérêts de 
la place. 

En 1890, le syndicat ouvrier XL'n'wn avait signé, avec la 
Chambre des fabricants, une convention aux termes de laquelle 



Dénonciation du 
tarir de 1S!)0. 



39'i 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



chacune des parties contractantes s'engageait à respecter et à 
faire, respecter l'application du t,arif établi et accepté d'un commun 
accord, p.our la période d'une année et renouvelable. 

A la suite d'un différend survenu à propos d'une question de 
prix entre MM. Mussel frères, leurs façonniers et le syndicat 
l'Union, il est acquis, par l'échange de correspondance et par les 
affiches apposées sur les murs de la ville, que YUnion des tul- 
listes laisse travailler plusieurs de ses sociétaires, notamment 

l'un des membres de 

son Comité, au-dessous 
du tarif convenu, to- 
lérant ainsi une infrac- 
tion à la convention 
de 1890. 

Aussi , lorsque le 
Comité de V Union vient 
le 1" octobre proposer 
à la Chambre des fa- 
bricants le renouvelle- 
ment de la convention, 
lui est-il aussitôt ré- 
pondu : 

« Que, le tarif éla- 
boré en 1890 étant ar- 
rivé à son échéanco, la 
ligue des 70 réunis en assemblée générale a décidé qu'elle se dé- 
clarait dissoute à partir de ce jour, et que chacun reprenait 
sa pleine et entière liberté d'action en ce qui concerne le susdit 
tarif, n 
Exposition interna- Lg Chambre de commerce et la Chambre des fabricants sont 

tionalo de Ciiicaf;o, et 

des Arts de la femme informées qu'une grande Exposition internationale s'ouvrira. 




Laize soie. (Darquer-Bacquct, 1S9I.) 



à Paris. 



à Chicago, en mai 1893. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



395 



M. Georges Berger, député de la Seine et président de 1' «Union 
centrale des Arts décoratifs », fait aussi savoir qu'une « Exposi- 

^^^ tion moderne et rétro- 
■ ''' '■ ' ■■ '' ^' ■' '' '' '' '■■ '•' ■ '' ' ^ spective des « Arts 

de la femme » s'or- 
ganise pour avoir lieu 
en 1892 dans le Pa- 
lais de l'Industrie, à 
Paris. 

Cet établissement condition des soies. 
étant un peu négligé 
par ceux-là mêmes 
qui devraient le plus 
en profiter, la Cham- 
bre de commerce pro- 
voque une séance ex- 
traordinaire, à laquelle 
assistent tous les né- 
gociants en matières 
premières, au nombre 
de 27. 

Après un discours 
de M. le Président 
Darquer et un échan- 
ge très complet d'ex- 
plications sur le fonc- 
tionnement et l'exacti- 
tude des opérations, 
ainsi que sur les sé- 
rieuses garanties qu'elles donnent, aussi bien au vendeur qu'à 
l'acheteur, la réunion se sépare et n'aboutit qu'à un résultat 
purement négatif. 




Voliuit Chantilly soie. (R. ^^'est. 1891.) 



39G L'INDUSTRIE DES TULLES 

En présence du refus des agents de filatures d'utiliser la Con- 
dition des soies, il est décidé que des démarches seront faites 
auprès des fabricants pour les amener à ne plus acheter que 
des marchandises conditionnées, s'ils ne veulent pas voir dispa- 
raître un Etablissement d'une utilité incontestable; corollaire obli- 
gatoire d'une industrie aussi importante que celle des tulles et 
dentelles et spécialement créé en vue des intérêts les plus étroits 
de la fabrique. 

Bientôt la Chambre de commerce apprend avec satisfaction 
que le nombre des opérations augmente dans une très grande 
proportion; ce qui permet d'augurer que les fabricants com- 
mencent à se rendre compte des avantages qu'ils obtiennent en 
faisant passer leurs matières premières par le conditionnement. 
Association des in- M. Arquembourç , inspecteur du groupe du nord de YAssocia- 

dustriels de France . 7 • ? • ? / r-. ^ 1 • 1 j 1 , -i 

contre les accidents ^^^w clcs i7id%istriels de trance, contre les accidents du travail, 
'^^"'' vient sur place solliciter le concours de la Chambre des fabri- 
cants pour étendre, à la région si industrielle de Calais, ce grand 
mouvement de prévention des accidents, par la seule action de 
l'initiative privée. 

Il expose les avantages réels et peu coûteux qu'offre cette 
association, dont le siège est à Paris et qui exerce déjà son 
intervention utile sur presque tous les points de la France in- 
dustrielle. 

Certaines compagnies d'assurances diminuent leurs primes de 
moitié aux manufacturiers qui sont affiliés à cette association. 

Il est pris bonne note de ces propositions dont l'acceptation 
est ajournée pour examen plus approfondi. 
Régime douanier. D'uuc lettre adrcsséc par la Chambre de commerce de Lyon à 

celle de Calais, il appert que cette compagnie, pour sauver ses 
soies grèges et moulinées, vient de renier ses principes et les 
premières déclarations de ses délégués, en sacrifiant la schappc, 
d'accord avec les filateurs de ce produit, comme elle a déjà 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



397 



sacrifié le coton, d'accord avec Roubaix, par une promesse 
d'appui réciproque pour la défense de la laine et de la soie. 

Le Comité de défense de Calais refuse de se prêter à cette 
transaction subtile et maintient son intention de continuer devant 




Entre-;lou\ dentelle eoloii. (Iv Dinenière, ISiU.) 



patentes. 



le Sénat sa campagne pour la franchise complète des filés de 
soie et de coton spéciaux à la fabrication des dentelles méca- 
niques. 

La Chambre des fabricants est consultée sur un projet de loi pi„jet tic loi sur le 
signé par trente-deux députés, dont les principaux sont : MM. Me- 
sureur, LocKROY, Clemenceau, H. Brisson, etc., etc. 

Ce projet de loi, qui bouleverse complètement le régime ac- 
tuel de l'établissement des patentes, est étudié tout particuliè- 
rement au point de vue des charges nouvelles qu'il pouiTait 
apporter aux fabricants et industriels de la place. 

Les charges, qui résulteraient de ces trois impôts dilférents, 
seraient excessives. 



398 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Pour deux de ces impôts, la fabrique de Calais serait grevée 
annuellement d'une augmentation d'environ 250000 francs. 

Le troisième impôt consiste à grever le patenté, pour chaque 
eniployé, d'un impôt proportionnel à la quantité de ceux qu'il 
occupe. 

Pour un employé l'impôt serait de 1 franc. 

Pour 10 employés il serait de 10 fr. par tête, soit 100 fr. 

20 » » 20 fr. ). » 400 fr. 

100 » » 100 fr. » » 10000 fr. 

et ces chiffres se trouveraient encore doublés par les centimes 
additionnels. 

La Chambre des fabricants ne pouvait pas laisser se pro- 
duire, sans protestation, un 
pareil projet de loi. 

Elle délègue quelques-uns 
de ses membres, qui se ren- 
dent à Paris accompagnés de 
plusieurs membres de la 
Chambre de commerce, pour 
aller réclamer et déposer 
devant la Commission parle- 
mentaire. 

Introduits par M. Boulan- 
ger-Bernet, député, les délé- 
gués calaisiens sont reçus au Palais-Bourbon par M. Mesureur, 
Président de la Commission des patentes et par les membres de 
cette Commission. 

Ils démontrent que les industriels calaisiens verraient leurs 
impôts passer, pour citer quelques exemples : de 2100 francs 
à 7900 francs; — de 607 francs à 2264 francs; — de 858 francs 
à 4 622 francs; — de 1820 francs à 9010 francs; et que le droit 




Dentelle Malincs. (Ilcni-i Ilcnon, 1S91 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



399 



fixe, pour les 1920 métiers de la place, s'élèverait de 11500 à 
51 178 francs. 

Devant les observations qui leur sont présentées et après la 
l'émise d'un rap- 
port déposé par 
la délégation ca- 
laisienne, M. le 
PuÉsiDENT Mesu- 
reur et ses col- 
lègues donnent 
l'assurance que 
ce projet de loi 
pourra être re- 
visé, de manière 
à ne pas trop 
léser les intérêts 
des contribua- 
bles, et que la 
fabrique de Ca- 
lais peut comp- 
ter sur l'esprit 
de justice et 
d'impartialité de 
la Commission. 

Tl naraîf & ' UciiLcUc Chantilly. (Lcniquc, Piqucl eL C''", 1.S91.J 

dent que ce projet a surtout voulu viser les grands magasins, tels 
que le Louvre, le Bon MarcJié, la Belle Jardinière, le Bazar de 
l'Hôtel de Ville, etc., etc. 

Les affaires n'ont pas été meilleures en 1891 qu'en 1890, et ÉLat des aiiaires 
cette situation n'est pas sans préoccuper profondément tous ceux 
qui s'intéressent à la prospérité de l'industrie dentellière. 

Les premiers mois de l'année avaient montré une certaine 




400 L'INDUSTRIE DES TULLES 

activité, et chacun croyait aune reprise sérieuse. Il s'était vendu 
beaucoup de dentelles et de volants genres chantilly et similaires, 
mais à des cours malheureusement par trop réduits. 

Les petits volants étaient aussi demandés et cet article aurait 
pu laisser de bons bénéfices si les prix n'avaient pas été aussitôt 
gâchés par une concurrence absurde. 

Lorsqu'un genre de dentelle est recherché, les acheteurs les 
font monter de tous côtés, pour créer des concurrences dont ils 
pTofitent. 

Des agents de l'étranger écrivent aux fabricants qu'ils repré- 
sentent, que certains négociants commissionnaires de Calais font 
le plus grand tort à la place en faisant vendre à bas prix, par 
leurs voyageurs, des séries copiées sur les nouveautés qui leur 
sont échantillonnées par les fabricants et aussi en présentant 
beaucoup d'affaires en solde; ce qui jette la perturbation sur les 
marchés. 

Ils avilissent ainsi la marchandise dans toute la clientèle. 

On assure que beaucoup de métiers travaillent à façon pour 
des négociants, à 2 francs du rack, prix absolument dérisoire, 
si l'on veut se donner la peine de détailler tous les frais du fa- 
bricant façonnier et admettre que le tarif de 1890, quoique 
dénoncé, est toujours virtuellement appliqué. 

Il en résulte, au dire des acheteurs, que les prix de vente 
sont quelquefois plus élevés à Caudry qu'à Calais. Et alors les 
deux marchés se font concurrence h coups de rabais, sur l'article 
ordinaire ; c'est tout à fait désolant. 

11 faut dire aussi que l'année n'a pas été favorable pour l'em- 
ploi de la dentelle et que la température a aussi été des moins 
clémentes. Il a fait un froid sibérien accompagné d'une succession 
de pluies et de bourrasques pendant toute la période qui pré- 
cède la belle saison, c'est-à-dire celle des achats. 

On constate avec regret que depuis les années 1880 à 1883 



ET DEiNTELLES MÉCANIQUES. 



401 



qui ont été des plus prospères, la guipure de soie, la dentelle de 
laine et le volant ont donné lieu à des affaires considérables 
qui auraient dû laisser de véritables fortunes dans le pays, si 
ces articles n'avaient pas été perdus par les fabricants eux-mêmes, 
qui les ont vilipendés à qui mieux mieux. 




Dcnlollc de soie. (II. llfrbclol, IS'Jl.) 



Il en a été de même de Varticle (juimpe au centre, brodé 
mohair, qu'on est arrivé à vendre au prix de 0'^',02 le mètre, 
par chaque centimètre de hauteur; c'est-à-dire par exemple à 0'', 20 
le mètre pour une dentelle ayant O^jlO de largeur. 

Tous ces articles qui auraient pu être des sources de béné- 
fices n'ont, en fin de compte, donné, pour beaucoup, que de la 
perte. 

On signale que Caudry a acheté cette année, à Calais, non 
plus les métiers de rebut, mais beaucoup de bons métiers puis- 

26 



402 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



sants de 100, 120, 160 barres et au-dessus, aux prix de 6000, 
7000 et 8000 francs; c'est-à-dire à peu près au tiers de leur 
valeur. 

En présence des difficultés présentes, la fabrique s'émeut et 




Volant soie en 1",]5. (R. \\'est, 1891.1 

chacun veut à tout prix le relèvement de l'industrie, atteinte dans 
ses œuvres vives. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



403 



Les uns proposent la création d'une solide société financière, 
qui aiderait la fabrique en lui consentant des avances assez 
larges. 

Les autres sont d'avis de faire des démarches pour obtenir 
des pouvoirs pu- 



blics une modifica- 
tion à la loi sur 
les nantissements, 
afin que le fabri- 
cant puisse, au be- 
soin, emprunter sur , 
son matériel. 

Tous sont d'ac- 
cord pour que le 
Comité de la Cham- 
bre syndicale fasse 
de fréquentes As- 
semblées générales, 
pour que les fa- 
bricants se rencontrant plus souvent et, se connaissant mieux, 
viennent y échanger leurs idées, s'entretenir des améliora- 
tions à apporter et s'entendre sur les meilleures disposi- 
tions à prendre, en vue de remédier au mauvais état de choses 
actuel. 

Le remède principal et immédiat serait assurément de pouvoir 
relever les cours, ce serait là le vrai salut; mais par quels 
moyens y arriver? 

La Chambre syndicale donne satisfaction aux desiderata de ses 
membres et décide que des réunions générales mensuelles au- 
ront lieu le premier lundi de chaque mois. 

La première réunion est fixée au 2 novembre et la deuxième 
au 7 décembre. 




DcnLcUc linc soie. (R. AN'ust, IS'JJ 



404 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Encore question 
douanière. 



On s'entretient de la crise qui continue à sévir, — des façon- 
niers qui travaillent à des conditions désastreuses, copiant, pour 
certaines maisons, les nouveautés qui paraissent; ce qui aide 
considérablement à alimenter cette sorte de fabrication à vil 
prix; créant ainsi une concurrence ruineuse. 

On s'efforce de rechercher la source du mal et d'aviser aux 

moyens de conjurer la situa- 
tion anormale des affaires. 

On examine quelles seraient 
les mesures à prendre pour 
relever les cours, éviter les co- 
pies, et surtout la surproduc- 
tion : cause principale de dépré- 
ciation, etc., etc. 

Un membre propose de ne 
jamais remettre les nouveautés 
pour le printemps, avant le 
1" novemb?-e. 

Il est aussi parlé de la con- 
currence de Plauen et de Saiiit- 
Gall avec leurs nouveaux mé- 
tiers perfectionnés à fil continu. 
On y échange, en somme, 
beaucoup d'idées, mais toutes 
ces questions devront être re- 
prises et examinées à nouveau 
dans les réunions qui vont 
suivre en 1892. 
A la veille de la discussion générale qui va s'ouvrir au Sénat 
pour l'examen du tarif des douanes récemment voté par la 
Chambre des députés, des protestations ouvrières se manifestent 
de toutes parts. 




Volant soie floss. (R. West, 1891. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 405 

Une grande réunion de Y Union française des travailleurs a 
lieu, rue de Lancry, à Paris, à ce sujet. 

M. le Président de la Chambre de commerce de Calais signale 
à la Chambre des fabricants la campagne que vient de recom- 
mencer, avec plus d'ardeur que jamais, la filature. 

11 ajoute que, sous peine de perdre les fruits des premiers 
efforts accomplis devant la Chambre des députés, il devient né- 
cessaire de recommencer la lutte et de continuer la résistance à 
opposer aux adversaires du libre-échange ou même de l'appli- 
cation de droits modérés. 

Les ressources pécuniaires sont épuisées, il s'agit d'en trouver 
d'autres et de réunir au plus tôt les subventions sur lesquelles 
on peut compter. 

Le Comité de défense est saisi de la question et se met en 
mesure de faire face aux nouvelles difficultés qui se préparent. 

L'Association syndicale des fabricants de tulles et dentelles .\ssociation syndicale 

, . des fabricants de 

renouvelle son bureau et nomme successivement Présidents : dentelles. 

MM. Guillaume Fournier et Henri Hénon, président et vice-pré- 
sident sortants, lesquels déclinent l'honneur qui leur est fait et 
déclarent ne pas pouvoir accepter. 

Il est alors procédé à un nouveau vote et M. Cadart, élu, 
accepte la présidence. 



406 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



1892 



Brevet W.-H. Smith- 
Goard. 



M. W.-H. Smith-Goard prend un brevet de quinze ans pour 
une invention qui consiste à produire sur les métiers à tuiles 

ou à rideaux, 
dits Leavers, 
au moyen d'un 
montage spé- 
cial, des dentel- 
les mécaniques 
soit en bandes, 
soit en laizes, 
avec des mais 
dont le relief sur 
le fond, considé- 
ré comme plan, 
peut atteindre 2, 
3, 4, 5 millimètres et même plus si on le juge nécessaire. 

L'adjonction d'une nouvelle partie mécanique, dans le travail 
intérieur de ces métiers, lui a permis de donner des reliefs de 
beaucoup supérieurs à ceux obtenus jusqu'ici, lesquels n'ont 
encore jamais pu dépasser de un millimètre à un millimètre et 
demi maximum d'épaisseur, en saillie sur le fond. 

C'est en supprimant un chariot sur deux et les pointes cor- 
respondantes, pour les remplacer au même endroit par des 
lames d'acier soutenues par une longue barre métallique placée 
dans le fossé du métier, à la hauteur des autres barres, dites 




Dentelle Rccamier, soie. (W.-H. Smith-Goard, 1891.) 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



407 



barres de gros fils, que ces reliefs se trouvent produits. 

Ils peuvent varier de 1 à 5 millimètres et plus, suivant la 
largeur donnée à ces lames d'acier. 

On comprend, dit le brevet, combien sont nombreux les genres 
nouveaux que ce perfectionnement peut amener dans la fabri- 
cation des articles dentelles et guipures. 

L'article ainsi obtenu constitue en effet un genre nouveau 
d'un aspect corsé et brillant. Il se vend sous le nom de den- 
telle Récamier. 

M. W.-H. Smith invente un nouveau système d'enroulement Brevet d'invention. 
pour envelopper le tulle au 
fur et à mesure qu'il se pro- 
duit et permettant d'obtenir 
une régularité parfaite et 
uniforme dans le rende- 
ment. 

Il existe déjà plusieurs 
systèmes du même genre, 
notamment celui du rouleau 
à pointes, breveté par M. G. 
Kent. C'est M. Léon Bomy, 
chef du cabinet de dessin 
de la maison Henri Hénon, 
qui en avait primitivement 
donné le plan et l'idée à la 
maison Humphreys Botham 
ET Wyer, de Nottingham, 
en lui transmettant la com- 
mande d'un métier pour sa 

fabrique. Il en avait pris lui-même l'idée sur les métiers à fabri- 
quer les filets de pêche et autres. 

La combinaison de M. W.-H. Smith est tout à fait parfaite 




Dentelle Récamier, soie. 
(W.-H. Sniith-Goard, 1892.) 



408 L'INDUSTRIE DES TULLES 

et donne les meilleurs résultats, surtout pour l'article voilette à 
bordures et dans certaines bandes, avec partie lourde vers l'écaillé 
et partie très légère dans le haut. Avec ce système, la pièce est 
absolument uniforme, comme longueur de rack, du commence- 
ment à la fm et les lisières sont exactement de la même lon- 
gueur que le tissu de la pièce. 

On peut, de plus, conserver un tirage égal sur la chaîne et les 
changements de roue sont supprimés. 
Tarif de 1890. Bien quc le tarif de 1890 ait été dénoncé par le groupe des 

70 fabricants, on continue à l'adopter d'une façon à peu près 
générale sur la place. 

Les syndicats ouvriers s'efforcent d'en exiger l'application et 
obligent leurs adhérents à ne plus travailler à des prix au-dessous 
de ce tarif. 

L'Union des tullistes prévient tous les façonniers de la maison 
Mussel frères d'avoir à s'en tenir strictement à ces conditions, 
sous peine de mise à l'index. 

Plusieurs autres fabricants sont aussi prévenus d'avoir à res- 
pecter ce tarif, et même quelques-uns d'entre eux, avec lesquels 
les moyens de concihation n'ont pu aboutir, voient leurs ateliers 
mis en interdit; mais un arrangement ne tarde pas à intervenir. 
Question douanière. Le Comité de défense de Calais est de nouveau entré en cam- 
pagne avec le concours dévoué des sénateurs de la circonscrip- 
tion, MM. HuGUET et Camescasse et quelques autres membres dis- 
tingués de la Chambre Haute, dont les idées économistes se 
rapprochent plutôt du libre-échange que de la protection à ou- 
trance. 

Des adresses, des protestations et des manifestes sont encore 
envoyés aux pouvoirs publics, aux comités, aux membres du 
Sénat et à la presse, en vue d'obtenir des atténuations aux droits 
déjà votés par la Chambre. 

Après une discussion des plus mouvementées et des plus 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 409 

chaudes, le Parlement termine enfin l'établissement complet du 
nouveau tarif des douanes. 

Le Sénat vote Xartide 27 concernant les soies tel qu'il avait 
été adopté; c'est-à-dire l'exemption pour les soies en cocons frais 
ou secs et pour les grèges; 

300 francs les JOO kilogrammes aux deux tarifs, pour les soies 
ouvrées ou moulinées; — l'exemption pour la bourre de soie en 
masse et un droit de 10 francs sur la bourre de soie peignée. 

Mais, en même temps, il admet en compensation des primes 
diverses à la sériciculture . 

Les cotons filés vont supporter une certaine majoration com- 
pensée par un remboursement de 60 p. 100 sur les droits sup- 
posés payés pour les fils composant les tissus exportés. 

Cette ristourne sera calculée d'après des bases indiquées dans 
le décret des règlements d'administration publique établis par le 
Comité consultatif des Arts et Manufactures; — le Conseil d'Etat 
entendu. 

L'augmentation porte principalement sur les cotons fins blan- 
chis et glacés. 

Avant de se séparer et de se dissoudre, le Comité de défense 
calaisien, dont la mission est maintenant terminée, a pensé qu'il 
serait utile et instructif pour la fabrique en général, de retracer 
brièvement l'histoire de ses travaux, de faire ressortir les ré- 
sultats obtenus et, enfin, de formuler son opinion sur les consé- 
quences probables de l'application du nouveau tarif douanier, 
ainsi que sur les avantages et les inconvénients qu'il pourra pré- 
senter dans l'avenir, en ce qui concerne l'industrie du tulle. 

C'est ce qu'il a fait en termes clairs et concis, dans un mé- 
moire adressé à la fabrique de Calais et de Caudry, mémoire 
dans lequel se trouvent rappelés tous les incidents de la cam- 
pagne. 

Cette adresse conclut en invitant la fabrique à profiter de la 



410 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Banque locale. 



Nouveau brevet. 



protection que le nouveau tarif a entendu accorder à l'industrie 
française, en vue du marché intérieur, en affectant une partie 
de son matériel à la fabrication des dentelles de coton. Elle 
fait appel à la Chambre syndicale toujours si dévouée aux 
intérêts qu'elle représente, pour commencer l'étude de la ques- 
tion et faciliter le plus possible la tâche des fabricants qui 
voudront se lancer dans cette voie, en leur fournissant tous les 
renseignements et documents utiles et profitables. 

Le Comité de défense termine en rendant hommage à tous 

ceux qui l'ont aidé de leurs 
efforts et de leur influence au 
cours de cette longue campa- 
gne. 11 adresse ses plus vifs 
témoignages de gratitude à 
MM. HuGUEï et Camescasse, sé- 
nateurs; à MiM. les députés Bou- 
lanCxER-Berinet, Georges Berger, 
Déjardl^-Verkinder et Burdeau, 
ainsi qnaiix délégués de la 
Presse jtarisienne et de la Presse 
locale qui, dans toutes les cir- 
constances difficiles, ont ap- 
porté un concours aussi em- 
pressé que prépondérant. 
Un groupe de fabricants saisit la Chambre syndicale d'un 
projet concernant la création d'une Banque locale, destinée à rem- 
placer la Banque Adam qui vient de fermer sa maison de Calais. 
Cependant le bruit court qu'une banque hlloise doit reprendre 
la suite des affaires de ce dernier établissement. 

La Midland lace C'" (Limited) informe les fabricants de den- 
telles qu'elle est propriétaire d'une nouvelle voilette brevetée en 
France et en Angleterre sous le nom de voilette doinino et qu'elle 




Dentelle Bourdon. 
(ÎSIaxton, ^^'ntneJ■ et C'", 



:892.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



411 



poursuivra devant les tribunaux les contrefacteurs de cet ar- 
ticle. 

Le nouveau projet de loi, réduisant à 10 heures au lieu de 12, Loi sur le travail des 

femmes et des lilles 

la durée maximum de la journée de travail des femmes et des mineures. 
filles mineures, passe devant la Chambre des députés et devant 
le Sénat. 

L'Association syndicale des fabricants de Calais proteste avec 
beaucoup d'autres représentants de l'industrie, par voie de pé- 
tition, contre ce projet. 

Une transaction doit intervenir et fixer cette durée à il heures. 
La loi autoriserait, en outre, tout industriel à dépasser la limite 
des heures réglementaires pendant 60 jours par an, à la condi- 
tion que la demande en soit faite à l'avance, soit au Préfet, 
soit à l'Inspecteur du travail. 

Une Exposition des Arts de la fnnme doit s'ouvrir à Paris Exposition des Aris 

. , de la femme. 

d Août a Novembre, au Palais de 
l'Industrie (Champs-Elysées), sous 
le patronage de l'Union centrale 
des Arts décoratifs, dont le pré- 
sident est M. Georges Berger, 
député de la Seine, et sous la di- 
rection de M. Marius Vachox, cri- 
tique d'art. 

MM. Ad. Darquer, H. Herrelot 
et H. Hénon, président, vice-président et trésorier de la Chambre 
de commerce, sont nommés membres du Comité d'organisation 
de Paris. 

La Chambre de commerce, estimant que la fabrique ferait 
œuvre utile en profitant de l'occasion qui lui est offerte de mettre 
en rehef ses produits et d'attirer sur eux l'attention du public, 
à Paris, qui crée la mode et qui l'impose pour ainsi dire aux 
autres nations, informe la Chambre syndicale qu'elle est disposée 




Valenciennes fine. (Henri Ilénon, 1S92.) 



i[i 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



à souscrire pour un emplacement, en prenant aussi à sa charge 
les frais d'installation des vitrines. 

Elle espère faire ainsi apprécier les dentelles de Calais par la 
mode parisienne, qui les a un peu délaissées depuis quelque 
temps, au profit des produits étrangers. 

La Chambre syndicale décide d'accepter cette proposition en 
organisant une Exposition collective et anonyme, sous le titre 
suivant : Industrie des dentelles mécaniques de Calais, 
et nomme MM. Ed. Franges, G. Noyon et A. Letailleur, vice-pré- 
sident, secrétaire et membre de son Comité, pour faire partie 
de la Commission locale, chargée de recueillir les adhésions et 
de s'occuper des installations. 

Les fabricants sociétaires, dont les noms suivent, participent à 
cette Exposition au nombre de 32 ; 



MM. Barquer-Bacqiiet . 
Henri Herbelot. 
Henri Hénon. 
Davenière et C'^. 
Frances frères. 
G. FoKrnier et C'". 
Georges Arnett. 
Houette et Butler. 
Noyon frères. 
Robert West. 
Lenique et Piquet. 
Roche et Boin jeu7ie. 
A. Letailleur. 
Desprès frères. 
J. Le Bas. 
F™ Ant. Cordier et fds. 



Poret frères. 
Pinet frères. 
Topham aines. 
L. Cordier et C'". 
Le Bas père et C'°. 
Mullié frères. 
Beutin frères. 
C. Belannoy. 
Cadart. 
Rembert. 
Ed. Basset. 
Dolain frères. 
Gaillard père et fds. 
H. Lemaitre. 
Aug. Lemaire. 
Léon Imbert. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 413 

Cette Exposition calaisienne a été très remarquée et par- 
ticulièrement appréciée. 

Des articles très élogieux ont paru dans différents journaux 
à son sujet, notamment dans le « Moniteur des Arts ». 

M. ToLAiN, sénateur ouvrier de la Seine, venu à Calais pour visite d'usines. 
faire une conférence, visite les fabriques de MM. Darquer-Bacqueï 
et Henri Hénon dont il parcourt les importants ateliers, passant 
en revue avec le plus vif intérêt les moindres détails de la fa- 
brication du tulle. 

Dans un but politique et électoral, un groupe de conseillers Coms de mise en 
municipaux socialistes de Calais, en vue d'être agréable au syn- 
dicat des dessinateurs, propose la suppression du cours de mise 
en carte de l'Ecole d'Art décoratif et industriel. Ce cours, qu'on 
déclare être inutile, a surtout, aux yeux de la corporation, l'in- 
convénient de préparer des élèves à la connaissance de la mise 
en carte et, par suite, peut-être des concurrents pour l'avenir. On 
parait surtout craindre une diminution des appointements, pour 
les dessinateurs en fabrique, et une baisse des prix, h la barre, 
pour les dessinateurs publics. 

Et alors, invoque-t-on, ces spécialistes, voyant le prix de leur 
travail devenu insuffisant, quitteraient la ville et iraient porter 
dans d'autres centres, ou à l'étranger, les secrets de la fabri- 
cation calaisienne. 

Le Comité de la Chambre des fabricants proteste, déclarant 
que ces craintes, d'ailleurs chimériques, ont un caractère par trop 
intéressé et égoïste et émet l'avis : 

4" Que le cours de mise en carte soit maintenu; 

2° Qu'il soit particulièrement dirigé pour préparer les élèves au 
travail des barres indépendantes ; 

3" Qu'il soit même complété par un cours de tissage avec 
l'aide d'un métier, sous la direction d'un contremaître de fa- 
brique; 



4i-i 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Traité de commerce 
avec l'Espagne. 



Conservatoire des 
dessins de fabrique. 



Chambre syndicale 
des fabricants. 



4° Que de leur côté MM. les professeurs de l'Ecole d'Art 
décoratif, tout en restant le plus possible dans le cercle de leur 
programme, soient invités à pousser davantage les études vers 
le dessin appliqué à l'industrie, 
l'esquisse de la fleur, etc. 

Ce vœu est transmis à l'ad- 
ministration municipale et au Co^ 
mité de surveillance de l'Ecole 
d'Art décoratif. 

Des pétitions se signent dans 
tout le monde industriel en fa- 
veur du rétablissement de nos 
relations commerciales avec YEs- 
parjnc. La fabrique de Calais 
soulîre tout particulièrement de 
l'interruption de ces relations. La 
Chambre syndicale des fabricants 
fait circuler une pétition ayant 
pour but d'obtenir du Parlement 
français le renouvellement du 
traité de commerce avec ce pays 
ami. 

Le Conseil des Prud'hommes 
continue d'envoyer chaque année à la Chambre de commerce, qui 
les fait classer par ordre, sur références, les dessins et modèles 
de fabrique déposés aux archives de ce Conseil et dont la durée 
de réserve est expirée. 

Ces carnets sont confiés à l'Association syndicale des fabri- 
cants de tulles et dentelles, où chacun peut venir les con- 
sulter. 

h' Association syndicale des fabricants de tulles et dentelles pro- 
cède au renouvellement de son bureau. 




Darlje soie, point de Paris, imitation de 
vieille dentelle. (R. West, 1892.) 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 415 

Sont élus : Président : M. Henri Hénon; 

Vice-Présidents : MM. E. Franges et A. Letailleur; 
Secrétaire : M. Alph. Piquet; 
Trésorier : M. Paul Cordier. 

A l'occasiou du centenaire de la proclamation de la Repu- Récompenses hono- 

riliqucs. 

blique, M. le Ministre du Commerce et de l'Industrie décerne 
des médailles d'honneur, aux ouvriers dont les noms suivent, 
comme ayant travaillé pendant plus de trente années consécu- 
tives dans le même établissement. 

Médaille de vermeil : 

M. Joseph Gomez, chaufFeur dans la maison Sloan et Bodel. 

Médailles de bronze : 

MM. André-Gidllaume Saniez, i ouvriers tullistes de la maison 
Louis-Joseph Valqiie, \ Gustave Cuvelicr; 

Paul-Augustin- Victor Porquet, de la maison Cordier frères; 
François Lomme^ garçon de bureau de la maison Gaillard 
père et fils, fabricants de tulles à Calais. 

La mise en application du Bill Mac-Ki)ileij wç, paraît pas avoir nui Mac-Kiniey. 
de conséquences sensibles sur les affaires de Calais avec les 
Etats-Unis. 

Le chiffre des tulles et dentelles exportés à destination de ce 
pays a plutôt augmenté. 

Dans un mémoire adressé à la fabrique, au moment de se Fabrication: 

' 1 1 i,-,.i/ii/o ...,1/.,. dentelles de coton. 

séparer, les membres du Comité de défense incitaient la fabrique 
à profiter des avantages relatifs, que lui offraient les nouveaux 
tarifs, et lui conseillaient de monter une. partie de son matériel 
à la dentelle de coton. 

Le Comité de la Chambre syndicale des fabricants se préoc- 



-il G 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



cupe d'étudier cette question et d'examiner s'il y a lieu d'y donner 
suite. 

Il nomme à cet effet un « Comité- d'initiative pour la fabri- 
cation des articles coton » 
et vote des remercie- 
ments au Comité de dé- 
fense, pour le dévoue- 
ment désintéressé apporte 
par lui à la défense des 
intérêts de la fabrique et 
pour le féliciter des résul- 
tats importants qu'il a 
obtenus par ses travaux et 
ses démarches de toutes 
sortes. C'est un devoir de 
reconnaissance dont il lui 
est agréable de s'acquit- 
ter. 

Le Co7nité d'initiative 
se réunit et décide tout 
d'abord qu'il ne s'occu- 
pera pas des genres coton qui se fabriquent déjà sur le marché. 
Il a confiance que la fabrication des dentelles diverses en 
coton peut s'implanter avec succès sur place et prendre rapi- 
dement de l'extension. 

Les négociants de Paris, consultés, promettent leur concours 
le plus entier et s'engagent à fournir des renseignements sur les 
articles les meilleurs à monter. 

D'autre part, les négociants commissionnaires de la place s'y 
intéressent également, entrevoyant une augmentation de chiffre 
d'affaires et un bénéfice probable, à réaliser, sur les primes à 
la sortie; d'oii l'on peut conclure que la reprise de ce genre 




Guipure soie. (^V" Lemaire, 1892.) 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



417 



de fabrication semble se présenter dans d'excellentes conditions 
et donner les meilleures espérances. 

Il s'agit maintenant d'imprimer sur place un mouvement dans 
ce sens , et de prendre les dispositions nécessaires pour l'im- 
pulsion et les facilités qu'il conviendrait de donner à la fabrique, 
afm de l'amener à aborder vigoureusement la dentelle de coton. 

La Chambre de commerce de Nottingham se plaint, dans un Droits de douanes. 
rapport à son gouvernement, des droits vexatoires qui frappent 
les genres lourds en dentelles de coton de fabrication anglaise, 
à leur entrée en France, ainsi que des droits dont sont nouvel- 
lement imposées les dentelles de soie, alors que les articles 
similaires français entrent en franchise en Angleterre. Elle con- 
clut en demandant qu'on use de représailles,' en frappant aussi 
les produits maimfacturés français. 

Le nouveau syndicat dissident des ouvriers tullistes et simi- Xouvcau syndicat 

, • • 1 1 '1 ' ' ouvrier. 

laires envoie des délègues 
à la Chambre des fabricants, 
pour faire connaître son dé- 
sir de voir s'établir de bon- 
nes relations entre patrons 
et ouvriers, comme cela 
existait autrefois. 

Il entend ne s'occuper 
que de questions professionnelles et pas du tout de pohtique. 

Il fait appel à la bonne volonté des fabricants, réclame leur 
concours et demande à ce que la Chambre patronale s'adresse à 
son Comité pour les ouvriers dont ses adhérents peuvent avoir 
besoin. 

Un bureau de placement est organisé et fonctionne au siège 
de ce syndicat. 

Ces demandes sont accueillies favorablement par le Comité 
patronal qui déclare être disposé à entrer dans les vues de la 

27 




Deiilelic Buckin"liam. Henri Ilénon. 1802. "1 



418 L'INDUSXniE DES TULLES 

Chambre syndicale ouvrière; à aider au bon accord de tous et à 
faciliter dans la mesure du possible le placement des ouvriers 
sans ouvrage de son groupe. 

La question principale consiste à ce que les fabricants puissent 
être suffisamment renseignés sur la bonne conduite et sur la va- 
leur professionnelle des ouvriers qui seront misa leur disposition. 

11 en est convenu ainsi. 

Les délégués ouvriers abordent ensuite la question du tarif et 
disent que, puisque le tarif de 1890, du reste incomplet, a 
été dénoncé et que son application donne lieu à des difficultés, 
ils viennent en proposer un autre sérieusement étudié par leur 
Comité. 

Sur la demande qui leur en est faite, ils reconnaissent que 
ce tarif est en augmentation sensible sur les prix de l'ancien, 
surtout pour les articles fins. 

Plusieurs fabricants présents démontrent que cette augmen- 
tation n'est pas justifiée puisque leurs ouvriers, avec les prix 
de l'ancien tarif, se font encore, à deux par métier, de 160 à 
240 francs par semaine, soit ; 80, 90 et même plus de dOO et 
120 francs par ouvrier. 

La délégation explique que, sur leur projet de tarif, si les 
prix du rack ont été augmentés, c'est afin d'obliger les fabricants 
à coter plus cher leurs articles. 

11 n'est pas donné suite à cette proposition de nouveau tarif, 
celui de 1890 devant servir de base jusqu'à nouvel ordre pour 
les prix à appliquer, sauf à le rectifier et à le compléter, lorsque 
le besoin s'en fera sentir plus impérieusement. 
Marches d'exporta- D'après uu rapport adrcssé à M. le Ministre du Commerce 

par M. G. Douay, membre de la Chambre de commerce fran- 
çaise de Montréal (Canada), il résulte que les produits de Ca- 
lais et du Puy peuvent trouver dans ce pays, où ils sont déjà 
connus, un très bon placement. 



lion. 



ET DENTEI.LES MÉCANIQUES. 



il9 



Ce sont les Imporlers des Etats-Unis qui ont jusqu'ici ali- 
menté exclusivement le Canada de tous les articles pour la 

mode et la nouveauté; mar- 
chandises qu'ils se procu- 
rent directement sur les 
grands marchés de l'Europe, 
où ils ont des agences. Il 
serait peut-être difficile à des 
industries spéciales, d'aller 
dans ces contrées, faire la 
concurrence à ces grosses 
maisons d'achat, assorties de 
toutes sortes de produits 
s'adressant à la même clien- 
tèle. 

Un journal de Plauen Nouveauté en ailiclc 
ui- I ( • i ' i '^^ Plauen. 

publie la note intéressante 
suivante : // mait de paraître une fort jolie nouveauté en dentelle, 
sortant de la fabrique J.-A. Jahn. Cette dentelle est d'un fjenrc 
aijant un caractère tout à fait nouveau, spécial et même inconnu 
jusqu'ici. 

La maison Jalni a pris, pour ce nouvel article, qui n'est en 
somme qu'une broderie exécutée sur des tulles fantaisie et 
transformée par le moyen d'un procédé chimique, un brevet 
d'invention. 

Celte nouveauté, qui se vend avec un certain succès, a été 
baptisée du nom de : Dentelle fni de siècle. 

On fait savoir que les imitations et les contrefaisons seront 
poursuivies. 

On affirme qu'il se trouve actuellement à Plauen et à Saint-Gall Métiers à broder de 

cTAnn / ■ - 1 1 T ■ ' 1 , ' • -, Plauen et de St-Gall. 

environ d^OUU métiers a broder, divises en deux catégories : les 
métiers nouveaux à fil continu et les métiers du système primitif. 




Dentelle Boui-don. [W.. ^^'esl, 1892.) 



4îO 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Rj:iibours:'nient des 
droits à la sortie, 
sur les tissus de co- 
ton. 



Le prix des premiers est de 4 000 francs environ et celui des 
seconds de 2000 à 2400 francs. 

Les articles que produisent ces machines sont tellement re- 
cherchés, que les fabricants demandent trois mois et plus aux 
acheteurs, pour effectuer la livraison des ordres c[ui leur sont 
remis, surtout depuis l'iuvention de l'opération chimique, qui 
permet, au moyen d'un réactif, de faire disparaître le fond sur 
lequel est exécuté la broderie. 

On obtient par ce procédé des sortes de dentelles avec brides 
et effets de jour, qui imitent très bien les genres guipiive de 
Vcn'se et cVlrlandc. 

Plusieurs fabricants de Calais se proposent de commencer à 
introduire sur cette place les métiers à broder perfectionnés. 

En attendant, leurs efforts se portent à faire, sur le métier 
Leavers, les genres qui se rapprochent le plus de ceux que Plauen 
et Saint-Gall arrivent à livrer difficilement. 

Les rcmboursemnits, à la sortie, des droits sur les filés de 

coton composant 
les dentelles expor- 
tées s'obtiennent 
assez difficilement, 
à cause des formali- 
tés exigées par les 
bureaux de douane 
et les comphca- 
tions qu'enti^aînc 
la décomposition 
du tissu, pour bien 
connaître la quantité proportionnelle de chacun des numéros des 
fils de coton employés. 

M. le Ministre du Commerce prie la Chambre de commerce 
de Calais de lui procurer des échantillons types des diverses 




Point de Paris, soie. (R. ^^'cst ills, IS92.) 



ET DENTELLES MLCANIQUES. 421 

sortes de tulles et de dentelles, afin de permettre au Comité 
consultatif des Ai^ts et Manufactures de préparer les règlements 
d' administration publique permettant de simplifier les opérations 
relatives au remboursement de droits, prévu par l'article 10 de 
la loi du 11 janvier 1892, concernant l'exportation des tissus 
de coton. 

M. le Président de la Chambre de commerce, d'accord en 
cela avec le Comité de défense et la Chambre des fabricants, 
s'est occupé de réunir les séries d'échantillons réclamés. 

Une délégation s'est rendue à Paris pour conférer sui* cette 
question avec M. le Président et quelques membres du Comité 
consultatif. 

C'est à la suite de cette démarche qu'est intervenue la circu- 
laire de la Douane, n° 2144, du 28 mars, relative au décret du 
5 mars 1892, concernant les remboursements à forfait des droits 
en question. 

Depuis, l'opération du remboursement se fait beaucoup plus faci- 
lement et les réclamations des maisons qui exportent ont cessé. 

Cependant, on ne semble pas profiter beaucoup de ce sys- 
tème de remboursement, qui n'a pas encore eu le temps d'exercer 
une influence appréciable sur le commerce de la circonscription. 

Le syndicat des ouvriers tullistes et similaires adresse à la Passc-coun-oie auto- 
Chambre des fabricants de tulles une requête insistant pour ré- 
clamer l'installation, dans tous les atehers, du passe-courroie au- 
tomatique que plusieurs maisons ont déjà fait monter, afin 
d'éviter les accidents du travail déjà trop nombreux, qui se pro- 
duisent de temps à autre. 

Le 1" mai 1893 doit s'ouvrir, à Chicago (Etats-Unis), une Exposition univer- 

.ir- .i. . ,, - n • 1 /AA„ • -Il selle de Chicago. 

Exposition universelle a 1 occasion du 41)1)" anniversaire de la 
découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. 

Le Gouvernement français a accepté l'invitation qui lui a été 
faite par le Gouvernement américain. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 

La France et les autres nations de l'Europe y participeront 
donc officiellement. 

Un comité d'itiitiative se forme à Paris sous la présidence de 
M. E. Lourdelet, dans un but de propagande et d'intérêt gé- 
néral et aussi pour démontrer à l'industrie française combien il 
est nécessaire et même indispensable qu'elle prenne part à ce 
grand concours du Nouveau Monde. 

Le Gouvernement a demandé et obtenu des Chambres un 
crédit de 3250000 francs pour cette Exposition qui paraît appelée 
à un grand succès. Elle sera visitée par le monde entier et il 
y a là une clientèle de 60 millions de consommateurs à conserver, 
à intéresser ou à conquérir. 

Une grande Commission de soixante membres dont fait partie 
M. Darquer, président de la Chambre de commerce de Calais, 
est nommée par le Ministre du Commerce pour préparer et or- 
ganiser la participation française à l'Exposition américaiue. 

La Chambre syndicale des fabricants de tulles et dentelles 
de Calais, invitée à donner son adhésion, est d'avis que la fa- 
brique doit exposer. 

S'abstenir serait un signe de faiblesse qui porterait le plus 
grand préjudice à l'industrie de Calais, au profit des autres centres 
de production. 11 y a, de plus, un intérêt patriotique à prendre 
part à cette manifestation colossale, de proportions immenses, et 
qui va être l'objet de l'attention universelle. 

La fabrique de Nottingham se prépare, de son côté, à faire, 
aux frais de sa municipalité, une Exposition considérable; la fa- 
brique française ne peut pas laisser ce marché étranger propa- 
ger, à son profit particulier, le goût de la dentelle et essayer de 
faire revenir à la mode les seuls et uniques articles qu'il produit. 

M. Camille Krantz, député, est nommé Commissaire général 
de l'Exposition française, à Chicago. Il adresse plusieurs lettres 
à la Chambre de commerce et à la Chambre des fabricants de 



ET DENTELLES iAILGANIQUI'S. 

Calais, pour leur faire savoir qu'il compte sur leur concours; ces 
lettres sont renvoyées à la Commission locale. 

M. Alf. Angelot est nommé président du sous-comité de la 
classe 20 des dentelles et broderies; MM. He.xri Hénon, membre 
du Jury eu 1889, et E. Davemère, membre de la Chambre de 
commerce de Calais, sont désignés pour faire partie des Comités 
d'admission et de classement de cette même classe, groupes lOi 
à 107. 

Sur le rapport de la Commission, la Chambre syndicale vote 
le principe de la participation de la fabrique et décide que l'Ex- 
position des produits de Calais sera collective et anonyme. 

M. Ancelot, venu à Calais pour faire aux exposants la remise 
des médailles et des diplômes d'honneur de l'Exposition de 
Moscou, visite la fabrique avec M. II. Hénon, président de la 
Chambre des fabricants, à l'effet de recueillir des adhésions pour 
l'Exposition colombienne. 

36 fabricants se font inscrire pour la collectivité; 
d fabricant expose individuellement : 

La maison E. Davenière et C'° (Limited). 

Les fabricants ayant adhéré à l'Exposition collective et ano- 
nyme de Calais sont : 



MM. Henri Hénox. 
Franges frères. 
E. Letaillel'r. 
Beutin frères. 
E. Basset. 
BoNvoiSLX frères. 
C. Delannoy. 
G. Fournier et Ç}\ 

L. CORDIER ET Q}\ 



MM. Darquer-Bacquet. 
Plxet frères. 
Henri Herdelot. 
Mlllié frères. 
Cadart. 

L. Houette et Butler. 
Desprès frères. 
Le Bas père et C'^ 

NOVON FRÈRES. 



424 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



MM. H. Lemaître. 
Ch. Jublain. 
topham aîné. 

J. Gaillard père et fils. 
0. Deguines. 
Caron fils, 
poret frères. 

W. ET E. SïUBBS. 

Robert West. 



MM. 



M" 



AuG. Lemaire. 

ÏABARY ET MaSSET. 

EuG. Seys. 

Rembert. 

Maxton et Watisey. 

G. Arnett. 

V E. Rangquart. 

Lenique et Piquet. 



La Commission de la Chambre syndicale entend que la collec- 
tivité des dentelles de Calais soit tout à fait remarquable, tant 
au point de vue de la qualité et de la beauté des produits ex- 
posés, que de leur étalage parfait et bien compris. 

Il faut que tous les divers genres de dentelles soient parti- 
culièrement bien présentés et que rien ne soit négligé pour que 
les vitrines soient parfaitement agencées. 

On n'a pas le droit de faire médiocre dans un pays où les 
articles qu'on expose sont déjà si favorablement appréciés. 

La Chambre syndicale abonde dans cette manière de voir et, 
pour que les frais incombant à chaque exposant ne soient pas 
excessifs, elle croit devoir faire appel au concours de plusieurs 
corps constitués, pour diminuer d'autant les charges de ses ad- 
hérents. 

M. Camille Krantz, commissaire général, accorde 3000 francs. 

Le Département 1500 » 

La Chambre de commerce 2000 » 

La Ville de Calais 1 500 » 

11 reste entendu que la Chambre des fabricants complétera ce 
qui pourra manquer, le cas échéant. 

La collectivité de Chicago s'organise et chaque exposant s'oc- 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



425 



CLipe de préparer les produits qu'il destine à la grande et im- 
portante Exposition de Calais. 




Iiiiiliition point génois. (Ilouclte cl Butler, 1891!. 



Des rèr/levicnts (ïatdiers sont établis par la Chambre des fabri- R,:-ioments datdici 
cants pour être portés par voie d'affiche à la connaissance du 
personnel des fabriques, afin de trancher certaines difficultés qui 
se présentent de temps à autre. 

L'article 4 concernant les délais de prévenance a fait l'objet 
de discussions sans cesse répétées. 

La loi du 27 décembre 1890 avait mis fin aux interpréta- 
tions si diverses qui avaient cours. 

Cette loi dit d'une façon absolue qu'on ne peut renvoyer 
brusquement un ouvrier sans lui accorder une indemnité, même 
dans le cas oh l'ouvrier aurait accepté des conditions contraires. 



42C L'INDUSTRIE DES TULLES 

Le Conseil des Prud'hommes fixe à 24 francs l'indemnité due 

à un ouvrier renvoyé immédiatement, pour compenser la semaine 

de prévenance, quelle que soit l'importance de ses semaines 

courantes. 

Société générale pour Une Société dite Société générale pour favoriser le dévelop- 

favoriser le déve- 7 ;> • 1 7 • /■ • 

loppement de lex- 7^^^^^'*^ de l exportation des produits français envoie, sur place, 

porUition des pro- -, ^ , i- 1 

ciuiis français. ^u dc SCS agcuts pour cxposcr SOU programme et expliquer les 
services que son organisation peut rendre à l'industrie des den- 
telles. 

Ce programme, fort séduisant et très bien combiné, avait le 
défaut de n'exister pour ainsi dire que sur le papier. 

L'agent en question fit pas mal de dupes parmi les fabricants 

trop confiants, qui ne prirent 
pas la peine de venir se ren- 
seigner à la Chambre syn- 
dicale, avant de signer des 
engagements de versements 
annuels de 300, 400 et 
590 francs, pendant trois 
années consécutives. 

On reconnut, en effet. 

Dentelle coton, fond craquelé. , , , i o • ', ^ < 

plus tard, que Ja Société gé- 
nérale n'était on réalité qu'une pure exploitation déguisée de l'in- 
dustrie française. 
Convention franco- La couventiou franco-suissc en projet, qui faisait craindre une 

diminution sensible de droits sur les broderies, lesquelles ne 
sont plus, en fait, pour une très importante fraction, que de véri- 
tables imitations de dentelles, vient d'être rejetée. 

Il en résulte qu'à partir du {"janvier 1893 les dentelles de lin 
et de coton venant de France payeront 300 francs les 100 kilo- 
grammes au lieu de 150 francs, et les dentelles de soie 400 /r. 
au lieu de 180 francs; ce qui n'est pas fait pour développer nos 




suisse. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



4-?7 



exportations dans cette contrée. Le débouché n'est pas, pour Ca- 
lais, d'une importance considérable; mais, par ce temps d'affaires 
difficiles, il n'y a pas de quantité négligeable. 

La loi du 2 novembre 1892, sur le travail des enfants, des Loi sur le travail des 

. enfants, des femmes 

lemmes et des filles mineures dans 1 industrie, va créer des dif- et des fiUes mi- 
ficultés à la fabrique de Calais, dont les machines fonctionnent diisti-ie. 
sans arrêt du lundi matin au samedi 
soir, surtout pendant la courte période 
de la saison d'affaires. 

Cette loi faite pour réprimer les abus 
qui se produisent dans certaines indus- 
tries atteindra, sans raison valable, celle 
des dentelles mécaniques, qui n'avait 
jusqu'ici donné lieu à aucun cas de sur- 
menage excessif, dans le personnel visé 
par cette réglementation. 

Les familles ouvrières vont se trou- 
ver les plus lésées, par l'effet de ces 
dispositions nouvelles. 

Toutes ces lois et réglementations qui 
viennent les unes après les autres mettre 
des barrières et créer des difficultés à la 
marche de la manufacture française, sur 
l'initiative de députés en mal de réclame 
électorale, pourraient bien arrêter l'essor 
et le développement du commerce et 
atteinJre l'industrie du pays dans ses 

œuvres vives, aux dépens de ceux-là mômes qu'on entend pro- 
téger. 

Les afïïiires ont été peu satisfaisantes en 1892. Elles ne ré- situation des 

n II ri 1 i*f s 

pondent pas aux efforts qui se déploient pour ramener un peu 
plus d'activité sur le marché. 




Dentelle Bourdon. 
(Heni-1 Ilerbelot, 1892.) 



L'INDUSTRIE DES TULLES 

On attribue cette atonie à l'inclémence de la température, à 
Yinfliienza qui règne un peu partout, à la concurrence des métiers 
à broder de Plauen et de Saint-Gall, à la mode et à beaucoup 
d'autres choses encore. 

On fait un peu de tout, sans faire assez de rien. On couvre 
ses frais et les bénéfices sont insuffisants pour le mal que l'on 
se donne et l'importance des capitaux engagés. 

Aussi, s'occupe-t-on d'examiner s'il ne serait décidément pas 
prudent et sage d'abandonner un peu de l'article soie et de 
monter une partie du matériel à la dentelle de coton. 

La vente du chantilly reste lourde ; par contre, la friqnelle 
est très demandée en couleurs, notamment en violet évêque. 

Les soies et les schappes sont en hausse. \1 application de 
Bruxelles, réseau soie, avec lleurs en coton, faisant relief en 
blanc, sur fond teinté, ainsi que la guipure en soie et en coton 
avec mélange de fond uni sont en reprise. 

La voilette se maintient, ainsi que le bourdon en qualité or- 
dinaire et les entre-deux pour corsets. 

L'imitation de la dentelle de Bruges, dite duchesse, refait son 
apparition. Cet article, que la fabrique a déjà produit autrefois, 
se fait aujourd'hui avec plus de perfection et avec des dessins 
nouveaux d'un bien meilleur goût que ceux parus jusqu'à ce 
jour. 

L'article laize pour robes de bal qui offrait, en ces derniers 
temps, un aliment sérieux à la fabrique est presque délaissé par 
la mode, qui semble lui préférer l'article dit : « Foulard de Lyon. » 

Le genre Irlande, qui ne s'était encore fait qu'en coton, com- 
mence à se produire en soie noire, avec des dessins nouveaux 
d'un bien meilleur goût que ceux parus jusqu'ici. 

Le bourdon un peu déprécié tend à se relever; il se fait 
aussi en couleurs. 

On regrette que le grand marché de Londres, ce débouché 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



4-:9 



jadis si précieux pour les genres fias, ait été ainsi perdu par 
les soldes à jet continu qui n'ont pas cessé de lui être offerts, 
depuis une certaine période. 

Une des choses les plus mauvaises et des plus dissolvantes 
de la place est la 
tendance qu'ont 
certains fabri- 
cants sans ini- 
tiative person- 
nelle, à ne ja- 
mais essayer de 
créer des nou- 
veautés qui leur 
soient propres, se 
contentant de co- 
pier les dessins 
des autres, lors- 
qu'ils leur sont 
signalés comme 
étant d'assez 
bonne vente. 

Des acheteurs 
ont visité la place et remis des ordres en quantités modérées. 

On fait pressentir que la confection va employer beaucoup 
de dentelles pour ses modèles nouveaux. 

Les Assemblées générales mensuelles, commencées en 1891, Asscmbiocs j,-cncialcs 

mensuelles. 

ont repris régulièrement. 

En général : peu de membres présents, ce qui démontre une 
certaine indifférence ti'ès regrettable. M. Edw. Franges, vice-pré- 
sident, préside les séances. 

On signale que les affaires ne sont pas aussi brillantes qu'on 
l'avait espéré au début de la saison. 




Dcnlclle de Bruges. (Xoyon frères, 1892.) 



4:10 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Métiers à broder. — Il est encore question de la dure con- 
currence des métiers à broder de Plauen et de Saint Gall. 

On dit que ces deux centres industriels marchent en plein, 
avec plusieurs mois d'ordres à l'avance, et ce succès s'explique 
par le fait que l'article un peu lourd çjenre Venise est recherché. 
On dit que les fabricants de Calais auraient dû être plus 
perspicaces et ne pas se désintéresser, comme ils l'ont fait, du 
métier à broder, quand la Chambre syndicale leur fit venir une 
machine type, en 1888. 

U est vrai que la question des salaires eût été un obstacle 
difficilement surmontable, au début de l'exploitation, h Calais, 
du métier à broder; les ouvriers étant habitués à des gains très 

élevés. 11 est ce- 
pendant proba- 
ble qu'avec de 
la per-sévérance 
on serait arrivé 
quand même à 
vaincre ces dif- 
ficultés. 

Dans une af- 
faire de brode- 
rie , les frais 
sont presque 
nuls, par rap- 
port à ceux que 
nécessitent les 
métiers Lea- 

Entrc-deux coLon, point d'Angleterre. (Franccs frères, 1802.) 

vers. 
La machine à broder a, pour cette raison, beaucoup d'avenir 
devant elle, surtout depuis que l'invention du procédé chimique 
lui a permis de faire de la dentelle à jour. Un membre fait sa- 




ET DENTEI,LES MECANIQUES. /|31 

voir à l'assemblée que plusieurs fabricants sont décidés à com- 
mencer à introduire et à exploiter le métier à broder, à Calais. 
En attendant, il est acquis que c'est bien l'article de Plauen qui 
jouit en ce moment des faveurs de la mode. 

Des plaintes sont exprimées au sujet de plusieurs dessins de 
nouveautés en soie de la place, qui sont copiés servilement par 
des fabricants de Plauen. 11 n'y a naturellement qu'à poursuivre 
les contrefacteurs si les dessins ont été déposés. 

Négociants commissionnaù^es. — D'autres plaintes se manifestent; 
d'abord, parce que les acheteurs essaient sans cesse, par des 
comparaisons de prix, de pousser les fabricants à baisser le tarif 
de leurs articles. Le président dit qu'on doit résister à ces inci- 
tations ; il conseille de tenir les prix fermes et engage à tou- 
jours se conserver un bénéfice suffisant et raisonnable. 

On regrette ensuite de constater que les acheteurs ne viennent 
plus comme autrefois faire leurs choix chez les fabricants. 

Il faut maintenant aller leur soumettre les nouveautés chez 
les négociants commissionnaires où ils reçoivent, et (;'est l'article 
ofTert qui se trouve seul appelé à se faire valoir et à se dé- 
fendre. 

L'examen des collections se fait dans un bureau spécial, en 
dehors du fabricant, qu'on laisse le plus souvent dans l'anti- 
chambre et qui se trouve ainsi empêché de pousser son article 
et d'en discuter la valeur. 

Il est dit qu'on devrait s'unir et devenir forts, pour résister à 
ces systèmes nouveaux ainsi qu'à beaucoup d'autres réellement 
humiliants et vexatoires. 

Copies de noitveautés. — On signale encore qu'il y a lieu 
d'être très prudent pour ces nouveautés avec certains négociants 
commissionnaires qui font fabriquer à façon. 

On propose que, pour éviter et même supprimer cette fabrica- 
tion occulte, la grosse fabrique engage pour son propre compte 



432 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



les métiers de la petite et qu'elle lui fournisse du travail. 
Cette combinaison présente des difficultés dont il est fait l'ex- 
posé et qu'il serait assez difficile de résoudre. 




Dentelle coton, point d'Angleterre. (Frances frères, 1892.) 

Il est aussi porté à la connaissance de l'assemblée que des 
garçons de bureau de maisons de commission vendent à des 
brocanteurs de gros ballots d'échantillons de dentelles, repré- 
sentant une valeur importante ; échantillons qui ont été mis au 
panier, au lieu d'être utilisés! 

Le Comité de la Chambre syndicale sera informé du fait, afin 
qu'il puisse en saisir les chefs de maisons et s'en expliquer 
avec eux. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



433 



On reproche en outre à quelques négociants commissionnaires 
de chercher à profiter du mauvais état des affaires pour pres- 
surer UQ peu la fabrique, obtenir des suppléments d'escompte, de 
commission, de 
remise spéciale 
et de bonifica- 
tion pour avance 
de paiement. 
Certains préten- 
dent même dé- 
duire 2 p. 100 
pour ces avan- 
ces; ce qui met- 
trait l'intérêt au 
taux usuraire de 
24 ;j. 100 par an. 

Le Comité 
engage la fabri- 
que à se défen- 
dre contre ces 
prétentions irré- 
gulières et exa- 
gérées. 

D'autres mai- 
sons, en travail 
d'innovation, 

veulent que les relevés mensuels des factures soient arrêtés à la 
date du 20; ce qui enlèverait une partie des disponibilités, en 
venant modifier, sans raison valable, lès habitudes de la place. 

On demande à la Chambre syndicale d'intervenir et de s'op- 
poser à ce changement; la date du 25, admise depuis longtemps, 
étant une concession suffisante. 

28 




Dentelle Chuntilly. (Henri Leniaitrc, 1892.) 



434 L'INDUSTRIE DES TULI-ES 

Grands rendements. — On exprime encore le regret de voir 
la fabrique, soucieuse jusqu'ici de la finesse et de la qualité de 
ses articles, entrer dans la voie des longs rendements; ce qui a 
pour mauvais effet de causer un grand préjudice à la place en 
augmentant inutilement la production et en dépréciant la qualité 
de la marchandise. On suppose que les prix dérisoires, auxquels 
se vendent certains articles de grande consommation, amènent 
le fabricant à chercher tous les moyens pour arriver à réduire 
son prix de revient. Il est malheureusement difficile d'empêcher 
ces procédés regrettables d'être mis en pratique, sans porter 
atteinte à la liberté commerciale. On ne peut que déplorer de les 
voir employés dans un marché comme celui de Calais et cela aux 
dépens de sa réputation. 

Indiscrétions. — Un fabricant se plaint d'un autre abus aussi 
très préjudiciable et dont ceux qui font la nouveauté sont assez 
souvent victimes. 

11 a, dit-il, la preuve, qu'il n'a pas plutôt remis, chez les 
négociants commissionnaires, soit ses collections nouvelles, soit 
les longs échantillons des ordres qui lui sont donnés au passage 
des acheteurs, sur ses nouveautés, que moins de deux jours 
après l'envoi de ces échantillons, des petits bouts de chaque 
dessin sont déjà entre les mains de certains fabricants concurrents, 
qui trouvent ainsi commode de recourir à ce moyen pour se ren- 
seigner sur ce que font les autres, pour essayer d'en tirer profit. 

Il n'est pas dans sa pensée d'incriminer les chefs de maison ; 
mais il les engage à surveiller leur personnel sur ce point et 
compte sur la soUicitude de la Chambre syndicale pour tenter 
de faire disparaître cet abus regrettable. 

Un autre adhérent dit qu'il est heureux de voir les Assemblées 
générales mensuelles se continuer. Il constate qu'elles offrent de 
l'intérêt et il espère qu'avec l'union de toutes les volontés, on 
arrivera à réglementer utilement la fabrique et à lui donner une 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



435 




direction sage et prudente. Il faut, dit-il, pour améliorer le mar- 
ché que chacun aide à la réalisation de ce programme. 

Dentelles de coton. — Profitant de ce qu'il a la parole, ce so- 
ciétaire parle des 5 ou 6 mil- 
lions de dentelles de coton que 
Notlingham importe en France. 

Il pense que favorisée par 
les nouveaux droits d'entrée 
de 500 à 650 francs les 100 ki- 
logrammes, dont sont frappés 
ces articles, la fabrique fran- 
çaise peut, si elle le veut, re- 
prendre au moins une fraction 
de ce chiffre d'affaires et re- 
conquérir ainsi une partie de 
son commerce intérieur. 

La fraude n'est plus aussi 
facile, maintenant que les mar- 
chandises ne peuvent plus entrer que par deux ou trois bureaux 
de douane déterminés et que l'expertise en est faite par des per- 
sonnahtés compétentes. 

Il doit donc être avantageux de monter un certain nombre 
de métiers à la dentelle de coton, ce qui soulagerait d'autant la 
production des dentelles de soie. Alors, il sera peut-être possible, 
la marchandise étant plus rare, de relever enfin les p'ix de 
tente. 

C'est la petite fabrique exploitée qui devrait profiter de l'avenir 
qui s'ouvre devant elle, et cette nouvelle voie permettra sans 
doute de faire cesser, en grande partie, le travail à façon qui 
ruine la place. Beaucoup de petits fabricants pourront ainsi re- 
couvrer leur indépendance. 

Le président répond, qu'en elfct, l'application rigoureuse du 



Dentelle Bourdon. 
(Maxton, Watncy et C'% 1892.) 



436 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Question de tarif. 




Valencicnncs fine. (Henri Ilénon, JS92 



nouveau tarif doit être un obstacle sérieux à l'entrée en France 
des tulles anglais et pour que la fabrique puisse, si elle le dé- 
sire, profiter de cet avantage, il dit que le Comité de la Chambre 

s'est occupé de se procu- 
rer le plus de renseigne- 
ments possibles concernant 
la fabrication de l'article 
coton, qu'il a réuni un 



grand nombre d'échantil- 
lons types de tout ce qui 
se vend en ce genre, avec 
les indications de prix, de 
nuances, d'emploi, etc., de façon à pouvoir, en toute connais- 
sance de cause, faire connaître à la place les genres qui se 
vendent le mieux et qui semblent devoir être les plus rémuné- 
rateurs. Il engage les sociétaires à allei' prendre . connaissance 
de ces documents au secrétariat de la Chambre, où ils peuvent 
être consultés. 

Les Assemblées générales mensuelles ont ainsi occupé sept 
séances au cours desquelles chacun a pu discuter et discourir 
sur beaucoup de questions intéressantes. Malheureusement trop 
peu de fabricants se sont donné la peine d'y assister. Il y a là 
une indifférence inexplicable, surtout de la part de ceux qui 
sont toujours les premiers à gémir lorsque les affaires ne vont pas. 
Le Comité de la Chambre syndicale n'est pas encouragé à 
continuer ces réunions qui sont suspendues jusqu'à nouvel ordre. 
Le prix du rack payé à l'ouvrier pour la dentelle Irlande 
donne lieu à de fréquentes réclamations. Cet article ne figurant 
pas sur le tarif de 1890, chacun paie à son gré suivant sa ma- 
nière d'apprécier; de sorte que des difficultés surgissent cons- 
tamment à ce sujet. 

La Chambre des fabricants et les syndicats ouvriers tombent 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



437 



J'accord pour nommer une Commission mixte ayant pour mis- 
sion de fixer ce prix de rack. Une convocation a lieu à cet 
effet au siège de la Chambre patronale; mais la réunion reste 

sans objet, obligée de se 
dissoudre ; les délégués 
du syndicat Y Union des 
tidUstes n'acceptant pas 
que ceux du syndicat dis- 
sident, la Chambre des 
ouvriers tuUistes (ancienne 
Alliance), prennent part à 
la discussion. 

A la suite d'une dé- 
cision prise dans les réu- 
nions générales des 9 
et 14 novembre, il est 
envoyé à tous les adhé- 
rents une circulaire rap- 
pelant les termes de 
celle qui a déjà été 
adoptée et distribuée 
on 1887, concernant le 
système à adopter pour 
l'échantillonnement de la 




Dentelle soie mouchetée. (11. We.st, 1892. 



Question des échan- 
tillons. 



place et donnant des indications à suivre en ce qui concerne les 
ordres remis « valeur » et le taux de l'intérêt à déduire, en cas 
de paiements par avance. 

Un sociétaire vient se plaindre au Comité de ce qu'ayant 
voulu mettre en application les conditions de la circulaire de ré- 
glementation, il se lieurte à une résistance obstinée de la part 
de quelques négociants et acheteurs qui ne veulent tenir aucun 
compte des décisions de la Chambre. 



438 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Journal spécial de 
réclame. 



Rachat des métiers. 



D'autres sociétaires affirment qu'ils ont fait accepter à peu 
près généralement ces conditions et qu'avec un peu de persé- 
vérance on arrivera à les faire admettre par tous. 

La question est de bien s'y prendre et de montrer un peu 
de fermeté au début. 

Il est fortement question de la création par le syndicat des 
fabricants de tulles de Calais, d'un journal périodique indiquant, 
tant par ses gravures, que par son texte, les modes d'emploi 
de tous les genres de dentelles qui se font sur la place. Des 
figurines feraient connaître l'usage de chaque article, tels que 
les grands et petits volants pour robes et jupons, écharpes, ?nan- 
tilles, voilettes, dentelles pour lingerie, pour chapeaux, confections, 
ombrelles, etc., etc. 

Des articles spéciaux s'occuperaient de tout ce qui concerne 
la mode, en vue de la propagation des dentelles mécaniques, 
de façon à ce que tout fabricant, quel que soit son genre, 
puisse s'y intéresser. 

Chacun pourrait envoyer des exemplaires de cette publication 
à ses clients, surtout à ceux de l'exportation, et ce moyen pour- 
rait peut-être faire mieux connaître les produits de la fabrique 
et en activer la vente et l'emploi. 

Ce projet va être mis immédiatement à l'étude. 

On reprend l'idée de constituer une société anonyme pour le 
rachat, et au besoin l'exploitation et la revente aux seuls fabri- 
cants de la place, des métiers qui peuvent être mis en adjudi- 
cation ou en vente, par suite de décès ou de liquidation judi- 
ciaire ou volontaire. 

Le but est d'empêcher le matériel d'être acheté à vil prix, pour 
être expédié au dehors dans les centres industriels concurrents. 

Cette question sort difficilement de la période d'études pour 
entrer dans la voie de la réahsation. On espère cependant ar- 
river, d'ici peu, à une solution satisfaisante. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 439 

On considère comme très funeste à la place le crédit par Négociants en 

„ ., ,, , / • , .-^ •< matières premières. 

trop facile accorde par des négociants en matières premières, 
traitant des affaires, contre des valeurs acceptées, avec des fa- 
bricants ne représentant aucune surface et qui sont justement 
ceux, qui, n'ayant rien à perdre, fabriquent et vendent la mar- 
chandise aux conditions les plus déplorables. 

Des chiffres plus ou moins exagérés ont circulé ces temps statistique. 
derniers sur le nombre des métiers vendus depuis un an et partis 
de Calais pour les autres centres français ou étrangers. , 

Voici quel a été le mouvement des métiers entrés et sortis 
pendant la période des quatorze dernières années : 

'ers. 



1879, 


il y avait à Calais. . 


. 1550 métie 


1880, 


» » 


1 650 


1881, 


» » 


i 750 


1882, 


» » 


1850 


1883, 


» » 


1929 



De 1884 à 1888, ce chiffre de 1929 métiers reste à peu près 
stationnaire. 

En 1889, le nombre se réduit à 1916 métiers. 

1890, » » 1899 )) 

1891, » » 1866 

1892, » » 1829 

Soit une augmentation de 400 machines puissantes, perfec- 
tionnées, dont beaucoup à gauges fins, de 1879 à 1889; et une 
diminution de 100 métiers, pour la plupart anciens et démodés, 
vendus pour Lyon, Varsovie et Barcelone, de 1889 à 1892. 

Il n'y a pas là de quoi s'inquiéter outre mesure, et les per- 
sonnes qui s'étaient effrayées tout d'abord de cette diminution 
du matériel peuvent être rassurées. 



440 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



La production annuelle varie de 50 à 80 millions, suivant 
Fétat des affaires. 

Ce chiffre s'est élevé de 100 à 120 millions pendant la pé- 
riode de 1879 à 1883. 

L'importance du matériel dépasse 30 millions. Le chiffre an- 
nuel des salaires payés est de 25 millions environ. 

Calais et Caudnj consomment chaque année environ : 

90000 kilogrammes de soie grège; 
90000 Jdlogrammes de soie ouvrée; 
600000 kilogrammes de schappe ou de bourre de soie. 

De 1816 à 1852, l'industrie tuUière s'est péniblement déve- 
loppée, ne produisant 
guère que des dentelles 
de coton. 

A partir de 1852, 
la fabrique a commen- 
cé à produire des den- 
telles de soie et depuis 
cette époque elle n'a 
pas cessé de prospérer 
d'une façon extraordi- 
naire, avec des alterna- 
tives de bonne et de 
mauvaise fortune qui se 
succédaient suivant la 
mode, les circonstances et les événements. 




Dentelle soie fantaisie. (R. West, 1892.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



441 



1893 



Un décret paru au Journal officiel fixe le nombre des inspec- inspection du travail 

dans l'industrie. 

leurs du travail des femmes et des enfants dans les manufac- 
tures ; soit 1 1 inspecteurs divisionnaires et 92 inspecteurs et 
inspectrices dé- 
partementaux. 
Des sections 

territoriales 
d'inspection sont 

déterminées 
pour le Nord et 
le Pas-de-Calais. 
Les règle- 



ments d'admi- 
nistration publi- 
que sont publiés 
et le personnel 

de l'inspection est avisé que la période transitoire, depuis le 
vote de la loi, étant écoulée, il doit, sans plus tarder, pourvoir à 
l'application stricte des prescriptions de la loi du 2 novembre 1892. 

M. Van Grutten, ancien Maire de Calais, inspecteur départe- 
mental pour la région, fait connaître à la fabrique, par voie de 
circulaire, les principales dispositions de cette loi. 

La Chambre des fabricants s'émeut de la perturbation que 
cette réglementation va apporter dans l'industrie des dentelles 
mécaniques; elle adresse à M. le Ministre du Commerce une re- 




Dentelle coton, fond craquelé. (Henri Hénon, 1893. 



442 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Dépôts de dessins. 
Contrefaçons. 



quête exposant les difficultés devant lesquelles elle va se trouver 
et demande à bénéficier, pendant une certaine période de l'année, 
des exceptions que la loi a prévues. 

Le Bulletin mensuel de la Chambre syndicale publie un for- 
mulaire complet des formalités à remplir pour le dépôt des dessins, 
en France, aux Conseils des Prud'hommes et pour leur enregis- 
trement en Angleterre. 




Blonde de soie. (Pinet frères, 1893.) 

Ces dépôts deviennent chaque jour d'autant plus indispen- 
sables, qu'un vent de pillage semble souffler de nouveau dans 
les milieux dentelliers. 

Une série n'est pas plutôt parue qu'elle est servilement co- 
piée, sans le moindre scrupule, tantôt par les façonniers, au profit 
de certains exportateurs moins que délicats ; tantôt à Caudry ou 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



443 



à Nottingham. Il devient donc plus que jamais nécessaire pour 
les fabricants faisant la nouveauté de se garantir contre ces 
regrettables agissements, par des dépôts de dessins effectués 



régulièrement et bien en règle. 




Dcnlelle coton, imitation Bi-Ui^cs. (E. Roche, Boin jeune et C'% 1893.) 

On saisit la Chambre syndicale d'une question tendant à abolir Vente de déchets de 

matières premières. 

l'usage établi dans les fabriques d'autoriser les chauffeurs et les 
garçons d'atelier, à vendre les déchets de soie et de colon. Cer- 
taines circonstances ont, paraît-il, démontré les abus qu'amène 
cette tolérance plus préjudiciable à la place qu'on ne le suppose. 

On proteste aussi contre la faiblesse de certains fabricants, séries réclame. 
qui consentent à fabriquer à perte et par grandes quantités de 



444 L'INDUSTRIE DES TULLES 

chaque hauteur, des séries « réclame », dites « séries d'Ex- 
position » pour les grands magasins de nouveautés. 

Sur la promesse souvent fallacieuse, d'achats importants, en 
cours de saison, sur leurs articles courants, ils se laissent aller 
à produire ainsi au rabais des lots de marchandises qui profitent 
surtout aux maisons de province et à des maisons secondaires, 
qui se gorgent de ces espèces de soldes, créés spécialement 
pour attirer la clientèle, aux dépens des affaires courantes. 

Ces sortes d'opérations font beaucoup de mal, jettent la per- 
turbation dans les cours et déprécient l'article. Il devient urgent 
de s'opposer, par tous les moyens possibles, à la continuation 
de ces pratiques irréguhères et dissolvantes. 

Les maisons de gros qui achètent les produits de la fabrique 
sont les premières à en souffrir et se plaignent amèrement du 
procédé. 
Album de Bruges, La Chambre de commerce de Calais met à la disposition de 

la fabrique le superbe album de dentelles vraies, qu'elle vient 
d'acquérir du musée de Bruges. 

Cet album contient la remarquable collection de M""" la baronne 
de Liedts. 
Expositions La Chambre de commerce et la Chambre syndicale des fabri- 

d'Anvers, Madrid .loi- , • t> > ^ t-> •• • • i 

et Lyon. cants de Calais sont mlormees qu une Exposition internationale 

s'ouvrira à Anvers, le 2 mai 1894; à Madrid, d'avril à octobre 

de la même année, et à Lyon, où elle sera en même temps 

coloniale, le 1" mai 1894. 

Rapport de M. le M. BoNHAM, cousul anglais, à Calais, dans le rapport qu'il 

Consul anglais. 

adresse chaque année à son gouvernement, présente un tableau 
tout à fait erroné et exagéré de la situation de la place. 

Il semble déduire de certains cas particuliers et de la crise 
qui a suivi le krack des banques, que la fabrique de Calais marche 
vers sa décadence, qu'elle peut difficilement lutter contre Plaiien 
et Nottingham, etc. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



445 



Il est répondu à M. le consul britannique qu'il a été inexac- 
tement renseigné; qu'il prend peut-être ses désirs pour des réa- 
lités, mais qu'il soit bien convaincu que l'industrie calaisienne, 




Dentelle soie fine, caravelle de Christophe Colonilj. 
(R. \A'est, 1893 ) 



outillée supérieurement, soutient son ancienne vitalité et que, par 
les progrès persistants qu'elle ne cesse de faire et qu'elle dé- 
montre par la création toujours renaissante de ses nouveautés, 
il y aura encore pour elle de beaux et longs jours. 



446 L'INDUSTRIE DES TULLES 

Exposition de L'Exposition Universelle de Chicago devant s'ouvrir le 

1" mai, l'organisation de la collectivité anonyme des fabricants 
de Calais a dû passer, de la période de préparation, à celle 
d'exécution. 

M. Henri Hénon, président de la Chambre des fabricants, qui 
en a pris la direction, réunit les exposants et leur rend compte 
de toutes les circonstances qui ont accompagné l'installation pro- 
visoire, à Paris, de leur exposition collective et des difficultés 
sans nombre qui se sont présentées pour la mener à bien. Cette 
installation a été plus compliquée et plus difficile qu'on ne le 
supposait tout d'abord. Enfin, après beaucoup de péripéties, 
l'Exposition collective calaisienne a pu être établie super- 
bement dans trois immenses vitrines, en fer à cheval, dans l'une 
des salles du Palais de l'Industrie, avec l'autorisation de M. le 
Directeur des bâtiments civils, le concours bienveillant de M. Thomas, 
architecte du Palais, et de M. Vigneron, secrétaire général de la 
Société des Beaux-Arts. 

Cette Exposition, avant son emballage et son départ pour 
l'Amérique, a été présentée au public parisien. De nombreux 
visiteurs appartenant au commerce des dentelles, de l'exporta- 
tion, de la lingerie et de la mode; des négociants américains et 
autres, de passage à Paris ; des artistes et beaucoup de personnes 
s'intéressant à la fabrication des dentelles; des fabricants expo- 
sants de Calais et leurs familles, etc., etc., se sont rendus au 
Palais de l'Industrie où l'Exposition était visible du samedi 11 
au mardi 14 mars 1893. 

Tous ont été unanimes à louer le bon goût et le cachet 
spécial de l'installation et surtout le fini, la beauté et la perfec- 
tion des produits exposés. 

Beaucoup d'articles fins ont été remarqués et admirés, notam- 
ment une dentelle chantilly 18 points de M. Rob. West, représen- 
tant la caravelle de Christophe Colomb. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



4 47 



Des visiteurs de marque ont honoré de leur présence cette 
Exposition, notamment M"" Carnot, M"" Ribot, M'"° Krantz, 
M'"° Georges Berger, etc., etc. 




Entre-deux Binche. (Henri Hénon, 1S93. 



M"" Carnot, avec cette amabilité et cette délicatesse qui la 
distinguent, a bien voulu complimenter les exposants présents 
et témoigner du vif intérêt qu'elle porte à l'industrie de 
Calais. 

Elle s'est plu à constater que des progrès très réels avaient 
déjà été réalisés depuis 1889 et en a exprimé toute sa satis- 
faction. 

« Le Temps n et d'autres journaux ont donné une appré- 
ciation des plus favorables sur les produits de Calais et le 
a Journal des tissus » y a consacré un article des plus élogieux, 
remerciant les infatigables organisateurs de Y Exposition collective 
de Calais, pour la bonne pensée qu'ils ont eue, de permettre 
d'admirer, avant de les expédier de l'autre côté de l'Atlantique, 
les merveilles réalisées par l'industrie dentellière française. L'in- 
dustrie de Calais a donc été admirablement représentée dans la 
grande cité américaine de Chicago. 

Malheureusement les emplacements destinés à la classe des 
dentelles et broderies n'ont pu être prêts que plus de deux mois 



448 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



après la date réglementaire; ce qui a causé de très 'grands en- 
nuis aux personnes chargées de l'installation. 




Dentelle Binche. (Henri Hcnon, 1893. 



Ce retard a aussi empêché d'aboutir les propositions qui étaient 
faites de divers côtés, pour l'achat des vitrines de cette col- 
lectivité. 

Certaines de ces offres dépassaient 5000 dollars. 

Un autre contretemps des plus graves a marqué de la façon 
la plus regrettable le cours de la grande Exposition américaine. 

A la suite de difficultés relatives au fonctionnement du jury 
international, un conflit s'est produit entre les Commissariats 
étrangers et l'administration colombienne, de sorte que les repré- 
sentants de la France, de la Grande-Bretagne, de V Allemagne., 
de V Autriche, de V Espagne, de la Belgique et de plusieurs autres 
puissances ont dû déclarer la mise hors concours de leurs 
sections. On ne put arriver à s'entendre, à cause de l'intransi- 



ET DENTELLES MliCANlQUES. 



449 



geance des Comités américains et chaque pays, à quelques ex- 
ceptions près, dut lui-même récompenser ses nationaux, par des 
diplômes spéciaux. 




Applic;ilion Diuxelles. iFi-anccs IVùrcs, 1893.) 

Des médailles d'honneur sont décernées à : ,,.,.„ ,,, 

Alcclaule» a lionneui 

M. Henri-François Crochez, ouvrier tulliste de la maison Du- 
boiU porc et fils ; ■ 

Mme yvo Desmoulins, ouvrière en tulle de la maison L. four- 
ment in; 

M"" Jeanne-Éléonore Ducommun, contremaîtresse d'apprôt de la 
maison J. Dehray. 

Une Commission venant d'être nommée pour la réorganisation Musée indusc-iei 
du Musée de Calais, le Comité de la Chambre des fabricants de- 
mande à l'Administration municipale de vouloir bien lui faire 
réserver une vitrine pour l'installation d'une exposition rétrospec- 

29 



J 



450 L'INDUSTRIE DES TULLES 

tlve des produits de la fabrique, depuis son origine jusqu'à nos 
jours. 

Cette demande est agréée et une vitrine de 6", 40 de lon- 
gueur sur 2 mètres de hauteur est mise à la disposition du Co- 
mité de la Chambre syndicale, qui désigne sept de ses mem- 
bres les plus compétents pour une organisation de ce genre : 
MM. E. RiEDER, H. Ravisse, E. Rasset, L. Lapon, Rembert, Ju- 
BLAL\ et Roche. 

Cette Commission se réunit et s'occupe aussitôt de rassembler 
tous les documents, types, échantillons, dessins, etc., pouvant 
rendre intéressante et variée la collection qu'il s'agit de classer 
et d'installer dans la vitrine du Musée municipal. 

Une fois constituée, elle se rend à l'ancien hôtel de ville de 
Calais-Nord, où doit s'étabhr le nouveau musée, pour juger de 
la place et de la dimension des vitrines qui lui sont concédées, 
et se met en rapport avec les administrateurs et le secrétaire 
de la Commission municipale. 

L'emplacement est un peu exigu et les vitrines un peu res- 
treintes, mais c'est tout ce qu'on peut obtenir. 

La Commission de la CJiambre syndicale se met en campagne 
avec zèle et activité. Elle ne ménage ni son temps, ni ses peines, 
pour visiter les fabricants et arriver au résultat qu'on a voulu 
réaliser. 

Le Comité de la Chambre fait appel à la bonne volonté et à 
la complaisance de tous les fabricants, pour faciliter le plus pos- 
sible la tâche des membres qui ont accepté de s'y dévouer. 

Elle prie instamment, par voie de circulaire, tous ceux qui 
possèdent des types intéressants produits sur place depuis et 
même avant 1840, de vouloir bien les adresser, à destination 
du musée, au secrétariat de la Chambre et fait savoir que les 
échantillons et types envoyés seront classés et catalogués au nom 
des donateurs. 



ET DENTELLES MÉGAÎJIQUES. 



451 



Malheureusement, si l'on peut rendre hommage aux membres 
de la Commission qui ont fait tout ce qu'ils pouvaient, pour 
mener à bonne fin l'œuvre entreprise, il faut constater avec regret, 
que les fabricants n'ont pas mis grand empressement à foiu'nir les 
types des articles 
anciens qu'ils ont 
produits. Beaucoup 
d'entre eux n'ont 
du reste conservé 
que très peu d'é- 
chantillons présen- 
tables de leurs des- 
sins épuisés. 

11 est également 
difficile de les ob- 
tenir chez les né- 
gociants commis- 
sionnaires sur leurs 
vieilles références 
qui ne contiennent 
que des bouts très 
courts, salis et 
gommés. 

En résumé, rien 
de complet n'a en- 
core pu jusqu'ici 
être réuni et la Commission de la Chambre syndicale n'est pas 
bien encouragée pour l'exécution du travail qu'elle s'est imposé. 

Il serait cependant instructif et utile de pouvoir grouper par 
ordre tous les spécimens des divers genres de dentelles fa- 
briqués à Calais, depuis l'origine de l'industrie jusqu'à nos jours. 

La Commission est autorisée par la ville et par la Chambre 




Denlcllf de soie nciire, genre duchesse. 
(Maxton et Watney, 1893.) 



452 L'INDUSTRIE DES TULLES 

de commerce à puiser, clans les albums du conservatoire des 
dessins de fabrique provenant des dépôts faits au Conseil des 
Prud'hommes, les échantillons qui lui seront nécessaires, à la 
condition que ces échantillons soient remplacés par des repro- 
ductions au fcrro-prussiate. 
Expei-is en douane. L'entrée cu France des tulles de coton de fabrication étran- 
gère donnant lieu à des fraudes répétées et beaucoup de ces 
marchandises s'expédiant sous de fausses dénominations, la direc- 
tion générale des douanes nomme comme experts supplémen- 
taires : MM. Henri Hénon, E. Franges, J. Fourgaut, E. Dave- 
NJÈRE, H. Herbelot, J. Debray et Delebart-Mallet fils. 
Etat des affaires. L'année 1893 s'ouvre dans des conditions meilleures et les 

tendances semblent favorables. Une reprise sérieuse se manifeste 
et les commandes arrivent un peu de partout. Les acheteurs 
américains placent leurs ordres de saison. 

Les demandes se portent sur le bourdon en noir et en cou- 
leur, sur le cliantUhj pour inodes, le brodé mohair^ la voiktle, 
\ application de Bruxelles^ le volant chantillij à base de guipure, 
Varticle duchesse en crème et en ïsigny, la valenciennes en nuances 
ocre et ïsigny, VIrlande coton, les entre-deux bourdon, les fonds 
grecs, en soie et en schappe, les petites bandes en nuances di- 
verses, les articles à fond soie, avec fleurettes en coton, formant 
deux tons et les volants en O^SSO pour collets et pèlerines. 

La hausse marquée des soies crée à certaines maisons, qui 
ne se sont pas prémunies contre cette augmentation de prix des 
matières premières, une situation difficile. 

On se plaint à Calais et à Caudry de ce que, malgré celte 
hausse, les négociants commissionnaires et les acheteurs prêchent 
quand même la baisse des prix de la dentelle, en semant de 
faux bruits et en citant de tous côtés (avec l'espoir d'obtenir des 
concessions) certaines séries spéciales vendues à vil prix par 
des fabricants inconscients. L'acheteur est dans son rôle ; c'est 



ET DENTELLES iMKCANIQUIiS. 



453 



au fabricant de ne pas écouter ces conseils intéressés et d'avoir 
assez d'énergie pour ne pas se laisser influencer par des com- 
paraisons arrangées 
pour les besoius de la 
cause. Le producteur 
a son prix de revient; 
qu'il en fasse sérieu- 
sement la base de son 
prix de vente : voilà 
ce que disent et répè- 
tent les gens sensés. 

La hausse des ma- 
tières premières fait, 
au contraire, qu'il y a 
lieu d'augmenter, tout 
naturellement, le pro- 
duit fabriqué. 

Une fermeté rela- 
tive se produit en effet 
dans les cours, à la 
satisfaction générale, 
et une entente inter- 
vient entre les fabri- 
cants pour essayer 
d'augmenter les prix 
de iO à 12 p. 100. 

Il s'emploie beau- 
coup de tulle à gros réseau pour la mode, des petites bandes 
mélangées soie et coton, quantité d'articles en ivoire beige et 
Isigny, des platts, des petites valenciennes, des cache-points et 
des gros picots. 

A partir du second semestre, les affaires se calment, surtout 




Dentelle de soie fine, Mat floss. (R. West, 1S93. 



L'INDUSTHIE DES TULLES 



pour ce qui regarde les Etats-Unis, où sévit une crise moné- 
taire intense. La prochaine revision du Bill Mac-Kinley n'est pas 
sans exciter aussi une mauvaise influence. 

La valeur de l'argent a considérablement diminué dans ce 
pays. 

Les achats pour les Etats de YAmériqrie du Sud font aussi 
défaut à cause des guerres intestines qui ruinent ces malheu- 
reuses républiques. 

Le Continent européen reste assez favorable à la dentelle, ce 
qui compense un peu les insuffisances. 

Les essais se continuent sur les dentelles de coton; 800 à 

900 métiers sont déjcà mon- 
tés à cet article et les fa- 
bricants se plaignent de ne 
pas pouvoir lutter facile- 
ment dans ce genre avec 
la concurrence anglaise, qui 
emploie des fils simples 
dits double spun. Une 
première fabrique vient 
d'employer à Calais ce filé 
spécial et bon marché, 
pour faire des platts en 
qualité ordinaire. 

On demande que les 
maisons d'apprêt et de tein- 
ture s'occupent de suivre 
les progrès de la fabrication des dentelles, qu'elles améliorent 
leur matériel et leur travail et qu'elles aient un meilleur outillage 
perfectionné permettant de livrer rapidement, et avec une régularité 
plus certaine, les teintures de couleur. 

On pousse aussi la Chambre des fabricants à provoquer un 




Dentelle de coton, imitation Alençon. 
(Franccs frères, 189.3.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



455 



accord entre les négociants commissionnaires et les fabricants, 
de façon qu'ils puissent se réunir et s'entendre entre eux pour 
traiter des questions qui intéressent la fabrique, réglementer les 
usages et établir une convention raisonnable et bien arrêtée, sur 
tout ce qui peut créer des difficultés avec la clientèle. 

Appuyé ainsi sur la partie la plus importante et la plus sé- 
rieuse des intermédiaires, le fabricant aurait une force morale 
beaucoup plus grande pour imposer ses conditions aux récal- 
citrants et ne plus supporter aussi facilement toutes les vexa- 
tions, plus ou moins marquées, de certaines maisons d'achat. 




DenLcIle ajjplication cdlmi, éventail. (U. ^^'esl, 1893.) 



Il résulterait de cette union un bien inappréciable pour tous. 

Il se fonde à Paris un comité franco-américain dans le but Traité de commerce 
d'obtenir l'abolition du Bill Mac-Kinley et la conclusion d'un traité 
de commerce avec les Etats-Unis. La Chambre de commerce et 
la Chambre des fabricants, saisies de cette question, consultent 
leurs correspondants, qui les prient de ne pas intervenir; l'in- 
dustrie des dentelles n'ayant rien à gagner, pour le moment, à 
une modification quelconque des articles du tarif qui la' con- 
cerne. 



L'INDUSIRIE DES TULLES 



Institution de prc ■ 
voyance. 



Expositions de Lyon 
et d'Anvers. 



Le projet de créer une Institution de prévoyance applicable 
spécialement à l'industrie des tulles et dentelles est mis à l'étude 
par le Comité de la Chambre des fabricants. Plusieurs combi- 
naisons sont proposées. 

La Chambre syndicale, ses adhérents consultés, décide que la 
fabrique de Calais s'abstiendra de prendre part aux Expositions 
de Lyon et d'Anvers en 1894; son intention étant de réserver 
tous ses moyens pour la grande Exposition universelle de 
Paris en 1900. 



1894 



Chambre des 
fabricants. 



La Chambre des fabricants de tulles et dentelles de Calais 

transporte le siège de son syndicat 
dans l'immeuble précédemment occupé 
par l'ancienne Banque Adam. 

Elle pourra ainsi disposer de lo- 
caux spacieux pour ses services et 
faire ses Assemblées générales, confé- 
rences, etc., dans son grand hall où 
elle se propose d'organiser un Musée 
industriel se rattachant spécialement 
à l'industrie des dentelles mécaniques. 
Elle s'adjoint un Conseil judiciaire 
que ses adhérents pourront consulter 
chaque semaine à des jours déterminés. 

Il est question de reprendre les réunions générales men- 




Dentelle de soie. 
(A. Darquer, 189i 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



■ 457 



suelles et d'organiser chaque année un banquet corporatif. 

M. A. Lang, négociant en soies, installe à Calais, clans l'an- Filature de schappe 

et de bourre de soie. 

cienne teinturerie Maxton, une filature de schappe et de bourre 

de soie de 1500 broches à filer. 

Pendant l'année 1891, la consommation de la schappe, à 

Calais, avait été de 
610000 kilogrammes en- 
viron. 

Depuis, l'emploi de 
cet article a baissé con- 
sidérablement, la fabri- 
cation s'étant portée 
sur d'autres genres. 

Pour l'année 1893, 
la quantité employée n'a 
été que de 275000A77o- 
gramm.es. 

11 s'organise à Bru- Expositions de Lyon 

et de Bruxelles. 

xelles, en dehors de 



l'Exposition internatio- 
nale, une grande Expo- 
sition de dentelles 
véritables dans l'hô- 
tel Ravenstein. 
C'est la seconde Exposition de ce genre qu'il est donné aux 
amateurs et aux industriels de pouvoir admirer, consulter et étu- 
dier. La première avait eu lieu en 1881. 

La fabrique de Calais n'exposera décidément ni à Lyon ni à 
Aiivers, en 1894, malgré les vives instances de M. Miizet, com- 
missaire général, et de la Commission lyonnaise. 

Les Expositions successives de Moscou, des Arts de la femme 
et celle de Chirago, pour lesquelles les frais d'installation ont 




Dentelle soie fine floss. (R. West, 1891. );( 



458 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



été si élevés, ont un peu fatigué les bonnes volontés. Chacun le 
regrette, les dispositions générales étant tout à fait sympathiques 
et bienveillantes pour ces deux nouveaux concours internatio- 
naux; surtout pour celui de l'industrie lyonnaise, avec laquelle 
Calais a de si grandes affinités. 

La Chambre de commerce et la Chambre dés fabricants de 

Calais, sur la de- 
mande de M. le 
Ministre du Com- 
merce, désignent 
pour faire partie 
de la délégation 




Dentelle soie fine (loss. (E. Davenière, lS9i. 



Exposition indus- 
trielle et artistique 
à Calais. 



ouvrière qui doit 
visiter ces deux 

Expositions, 
MM. Delattre et 
Griset, ouvriers 
tuUistes, à qui il 
est remis des let- 
tres de recom- 
mandation pour M. le Commissaire général de la section fran- 
çaise, à Anvers, et pour M. le Président de la Chambre de com- 
merce de Lyon. 

Les deux ouvriers calaisiens ont rapporté des renseignements 
fort intéressants de leur visite; notamment, sur le fonctionnement 
et les conditions particuhères des métiers qui fabriquent à Lyon 
les voilettes Friquettes. Leurs observations devront faire l'ob- 
jet d'un rapport spécial qui pourra avoir son utilité pour la fa- 
brique. 

Une Exposillon indmtrlellc et artistique, comprenant les diverses 
industries de la région, a lieu à Calais dans le grand salon de 
l'hôtel de ville. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



459 



La Chambre de commerce accorde une subvention aux orga- 
nisateurs et la Chambre des fabricants y participe, en envoyant 
les plus beaux spécimens de l'industrie tullière. Il lui est accordé 
un Diplôme d'honneur. 

M.5 Georges Berger, Député, Président de l'Union centrale des Congrès des arts 

décoratifs. 

Arts décoratifs, invite la 
Chambre de commerce 
et la Chambre des fabri- 
cants de Calais à donner 
leur adhésion au Congrès 
des Arts décoratifs, qui 
doit s'ouvrir à Paris, le 
15 mai 1894, au Palais 
de l'Ecole des Beaux- 
Arts, et à s'y faire re- 
présenter pour prendre 
part à ses travaux et à 
ses déUbérations. Cette 
invitation est acceptée 
et plusieurs membres as- 
sistent à ce 
comme 
deux Chambres. 

Un concours entre les Concours de dessin. 

élèves des deux sexes, 
des Ecoles de dessin, 
de beaux-arts, d'art dé- 
coratif et d'art industriel. 




Congrès 



délégués 



des 



Dentelle de soie floss, genre Plauen. 
(E. Davcniére 189 i.) 



est ouvert par la Société d'encouragement à l'art et à l'industrie, 
sous le patronage du ministère des Beaux-Arts. 

Ce concours a pour sujet une composition décorative, sus- 
ceptible de recevoir une application industrielle. 



4 GO 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Questions de salaires 
et autres proposi- 
tions du syndicat 
ouvrier. 



M. EuGÈNK PoTEz, élèvc de l'Ecole d'Art décoratif et indus- 
triel de Calais^ obtient une prime de 400 francs. 

Les travaux de tous les lauréats de ce concours sont exposés, 
du 19 au 22 juin, dans le grand salon de l'hôtel de ville de Ca- 
lais; ils sont l'objet d'une véritable admiration, de la part des 
visiteurs. 

L'Union française des ouvriers tuUistes et similaires adresse 

à V Association syn- 
dicale des fabri- 
cants une lettre 
ayant pour objet 
de proposer l'ap- 
plication, à Ca- 
lais, du tarif de 
Nottingham, pour 
les prix du rack 
payés aux ou- 
vriers, et la cons- 
titution d'un Co- 
mité mixte, com- 
posé de patrons 
et d'ouvriers, pour 
trancher les diffé- 
rends qui peuvent 
se produire. 
Le Comité de 




Dentelle coton. (Capelle frères, 189-i. 



la Chambre des fabricants, pour des raisons qu'il expose dans 
sa réponse, refuse d'accéder à ces deux propositions. 

L Union des ouvriers envoie alors à ses adhérents une bro- 
chure donnant communication de la correspondance échangée, 
mais elle en travestit le sens d'une façon insidieuse et blessante 
pour la Chambre patronale. Cette brochure, rédigée avec un es- 



ET DENTELLES MKCANIQUES. 



iCl 



prit d'animosité bien caractérisé, est en même temps un appel 

à l'excitation et une menace de grève générale. 

Le Comité de la Chambre des fabricants, d'accord avec la 

Commission du tarif, se 
tient en permanence, pour 
être prêt à tout événement 
et publie à son tour une 
brochure, rétablissant 
l'exactitude des faits, afin 
de bien faire connaître au 
public l'état réel de la ques- 
tion. 

Une agitation sourde 
fermente dans les milieux 
ouvriers et oblige le syn- 
dicat patronal à se tenir 
en éveil et à prendre toutes 
les mesures préventives que 
comporte la situation. 

Il est de nouveau queS- Métiers à broder. 

tion de l'introduction, sur 
le marché, des métiers à 
broder, comme ceux employés à Saint-Gall et à Plauen, Plusieurs 
fabricants importants paraissent décidés à annexer cette branche 
spéciale à leur fabrique de dentelles sur métiers Leavers. Déjà 
plusieurs métiers perfectionnés sont arrivés et en montage. 

Des Commissions sont nommées avec mission de recevoir les Loi du 

21 novembre 1892 

réclamations des industriels et d'étudier les modifications qu'ils sur la réglementation 

du travail. 

peuvent avoir à présenter concernant la loi du 24 novembre 
1892, dans l'intérêt de l'industrie à laquelle ils appartiennent. 
C'est ensuite sur le rapport de ces Commissions que le Con- 
seil supérieur du travail doit statuer définitivement. Le Comité 




Dentelle fine ap[)licali(.in. (Franccs l'rèros, 1891.) 



402 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Valeurs de douanes. 



Assassinat du 
Pi'ésident CarnoL. 



de la Chambre des fabricants envoie une délibération pour ré- 
clamer certaines modifications dans ce que cette loi a d'excessif, 
pour son application, et de contraire aux intérêts de l'industrie 
en général et des ouvrières elles-mêmes, par les entraves qu'elle 
apporte au travail, à certains moments de la saison d'affaires. 
Sur la demande du rapporteur de la quatrième section des va- 
leurs de douanes, M. C. Pal- 
LAiN, Directeur général, pu- 
blie une circulaire rappelant 
qu'il importe, au premier 
chef, en vue du bon établis- 
sement des statistiques offi- 
cielles du mouvement com- 
mercial, surtout pour les 
marchandises exportées, que 
les déclarations d'expédition 
soient faites avec la plus sé- 
rieuse exactitude. 

En ce qui concerne les 
produits de Calais, il se pro- 
duit fréquemment une con- 
fusion au sujet des tulles 
et des dentelles; l'une de 
ces dénominations étant sou- 
vent employée pour l'autre. 

Pointe Bûvu'don. (E. Davenière, 1894.) -r r^-, /. i • 

La Chambre des fabricants 
donne des instructions sur ce point, en appelant l'attention des 
maisons qui exportent, sur la nécessité d'éviter tout ce qui peut 
fausser les statistiques annuelles, dont les chiffres servent sou- 
vent de base, lors de la révision des tarifs douaniers. 

La Municipalité, Va Chambre de commerce et X Association s//n- 
dicale des fabricants de Calais s'associent au deuil national qui 




ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



4G3 




Tiillu FiicjiR'Lte. (Desprcs iVores, 1894.) 



frappe la France par la mort du Président Garnot, assassiné 
à Lyon par un anarchiste italien. 

Des lettres de condoléances sont adressées à sa digne et ho- 
norée veuve, en rappelant le 
grand intérêt que M. le Pré- 
sident Carnot témoignait pour 
le port et pour l'industrie de 
Calais depuis son voyage en 
juin 4889 dans cette ville, où 
il a laissé, parmi la population, 
un souvenir ineffaçable. 

Comme marque d'affectueuse 
sympathie et de profond re- 
gret, les représentants de la ville de Calais envoient, pour être 
déposée sur son tombeau, une magnifique couronne en dentelles 
blanches, de 3 mètres de diamètre. Des délégués sont désignés 
pour assister aux funérailles du Chef de l'Etat, victime des fac- 
tions anarchistes. 

La couronne de dentelles de Calais n'a pas cessé, sur tout 
le parcours du cortège, de produire une impression admirative, 
en raison du cachet spécial qui la distinguait des autres cou- 
ronnes de fleurs. Les journaux de Paris en ont fait le plus 
grand éloge, en la signalant comme l'une des plus belles entre 
toutes celles, cependant si admirables, qui s'offraient à tous les 
regards. 

On a pu remarquer plus tard, en visitant les caveaux du Pan- 
théon, que, parmi les trois couronnes placées au-dessus du tom- 
beau du regretté Président Sadi-Carnot, se trouvait celle 
offerte par les corps constitués de la ville de Calais. 

On dit que beaucoup de fabricants de couronnes se préoc- 
cupent sérieusement d'employer désormais la dentelle pour les 
couronnes funéraires. 



4G4 



L'INDUSTRIE DUS TULLES 



Reprise des négocia- Uiie importante réunioii d'industriels se constitue à Paris en 

lions commerciales . , .,,.,. . , , 

avec la Suisse. « Luiou » pour la reprise des négociations commerciales avec la 
Suisse. 




Couronne en denlelle envoyée (lar la laliriciuc de Calais aux l'uui'railles ilu Pié^idont Carnol. 

L'adhésion de la Chambre des fabricants de Calais est de- 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



465 



mandée. Le Comité consulté, au nom des principes de la liberté 
commerciale, qui sont les siens, est d'avis d'encourager la ligue 
qui se forme et d'aider au mouvement qui se produit centre le 
régime protection- 
niste. Ce serait le 
moyen d'arriver, 
sinon à la liberté 
complète de l'é- 
change, tout au 
moins à l'adop- 
tion du système 
des traités de 
commerce , les- 
quels offrent plus 
de sécurité aux 

transactions 
qu'un tarif dont, 
à chaque instant, 
certains groupes 
intéressés cher- 
chent à faire mo- 
difier les bases. 
On craint tou- 
tefois Ciu'une Dentelle de soie lloss. (H. \A'cst, 1S91.) 

transaction nouvelle avec la Suisse n'ait pour effet d'amener une 
diminution notable des droits d'entrée en France, pour les den- 
telles faites sur les métiers à broder, et que cette concession 
n'ait une répercussion inévitable sur les articles similaires de la 
Saxe, en apphcation de l'article 2 du traité de Francfort. 

Cette considération suspend jusqu'à nouvel ordre la résolution 
qui doit être prise à ce sujet par la Chambre des fabricants, 
qui décide de procéder à une enquête. 

30 




46G 



L'INDUSrUIE DES TULLES 



Chambre syndicale 
des fabricants de 
tulles et dentelles. 



Mutualité contre les 
accidents du travail. 
Projet Delecroix. 



Les services de la Chambre des fabricants sont complètement 
réorganisés dans le nouvel hôtel dont elle a pris récemment pos- 
session. Indépendamment du grand hall dont l'entrée est absolu- 
ment libre pour tous les sociétaires, qui peuvent venir y consulter 
les carnets d'échantillons, références, documents divers et les 

nombreuses publications 
que la Chambre met à 
leur disposition, deux 
grandes salles leur sont 
en outre réservées, pour 
permettre aux adhérents 
de s'y rencontrer, de s'y 
entretenir de leurs af- 
faires et de tous les in- 
térêts commerciaux qu'ils 
peuvent avoir à débattre. 
Le secrétariat fonc- 
tionne chaque jour, s'oc- 
cupant des arbitrages^ des 
renseignements commerciaux^ des affaires litigieuses, des offres et 
des demandes d'emploi, des off'res et des demandes d'engagements 
de métiers, des traductions, des réimions mensuelles, générales et 
de coinmissions ; des affaires concernant le Conseil judiciaire et de 
tout ce qui se rattache aux questions qui ressortent d'une Cham- 
bre syndicale, pour la défense des intérêts qu'elle représente. 
M. E. Delecroix, avocat, docteur en droit à Lille, propose à 
la Chambre des fabricants l'organisation d'une conférence, ayant 
pour objet l'examen de la question de responsabilité des chefs 
d'industrie, en matière d'accidents survenus au personnel, et la 
création d'une caisse d'assurances mutuelles destinée à couvrir 
cette responsabihté. 

En conséquence, le Comité de la Chambre met à son ordre 




Guipure colon, fropham aine, 189-i.) 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



407 



du jour Vétude du projet de création d'une caisse d'assurances mu- 
tuelles de l'industrie textile, dans la région du Nord, contre les ac- 
cidents du travail. 




Deiilrllo soie nuire l'iiiiliiisiL'. (Ivi^'. He'vol, LSOl.) 

M. Delecroix vient lui-même au siège du syndicat exposer et 
développer son projet, en indiquant qu'au besoin on pourrait s'en 
tenir à une mutualité locale. Il insiste pour que des délégués 
soient envoyés à la réunion générale plénière, qui doit se tenir 
prochainement dans l'une des villes du Nord. 

Cette même question des accidents du travail étant actuel- 
lement posée devant le Parlement par le dépôt d'un projet de 
loi, le Comité estime qu'il paraît de grande importance de s'é- 
clairer sur les conséquences qui peuvent résulter de son adoption. 

Il décide que la question sera mûrement étudiée et que des 
délégués seront envoyés à la conférence projetée lorsque la date 
en aura été fixée. 



468 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Agent de fabrique 
étrangère. 



Musée commercial 
de Montréal. 



m 



La Chambre syndicale des fabricants est informée, pour la 
deuxième fois, que l'agent d'une fabrique de dentelles méca- 
niques, depuis longtemps établie à New- York, doit arriver à Calais 
sous peu de jours. Son honnête mission consiste à se procu- 
rer sur place le 
plus possible des 
échantillons de 
nouveautés, par 
l'entremise d'un 
commissionnai- 
re, en se faisant 
passer pour ache- 
teur. 

Il s'offre et 
s'engage ensuite, 
près des ache- 
teurs américains 
qui passent, à 
produire des co- 
pies textuelles de ces articles nouveaux, avec un rabais de 
râ p. 100 et plus. 

Le Comité de la Chambre en avise immédiatement ses adhé- 
rents, en leur faisant savoir qu'ils aient à se mettre en garde 
contre les procédés de ce chevalier d'industrie dont elle fait con- 
naître le nom. 

La Chambre de commerce française de Montréal (Canada) 
informe la Chambre des fabricants de dentelles de Calais qu'elle 
a organisé un musée, où elle peut recevoir les échantillons des 
principales industries de France, avec l'indication des prix et des 
conditions de vente. 

Elle croit que son initiative peut développer considérablement 
les relations d'affaires entre la France et le Canada, 




Dentelle fine, application. (Frances IVères, 1K91.) 



ET DENÏRLLES MÉCANIQUES. 



469 



Il doit être pris une résolution, quant aux suites à donner à 
cette proposition, après avoir examiné ce qu'il en adviendrait 
avec les clients des Etats-Unis, qui font visiter le Canada par 
leurs voyageurs de commerce. 

La Chambre des fabricants l'eçoit, par l'intermédiaire de la Chambre de eom- 

merce de Chai'leroi. 

Chambre de com- 
merce de Calais, 
un nouvel envoi 
d'échantillons de 
broderies de Suis- 
se et de Saxe, 
sur tulle, trans- 
mis obligeam- 
ment, en commu- 
nication, par la 
Chambre de com- 
merce française de 
Charlcroi. 

Des remercie- 
ments sont adres- 
sés à cette Compa- 
gnie et ces éehan- 
tillons, après 
avoir été mis à 

la disposition des fabricants pendant quelques jours, sont envoyés 
dans la même intention à la Chambre de commerce de Tarare. 

La « Société générale pour favoriser le développement de l'ex- 
portation des produits français », dont il a déjà été parlé et qui 
a fait signer de nombreux contrats à Calais et à Caudry, est 
loin de donner satisfaction aux intéressés, qui en sont pour leurs 
frais de souscription et d'échantillonnement. 

Le Comité de la Chambre des fabricants, d'accord avec son 




Dentelle soie floss. (Poret frères, 1891.) 



SociéLé d'expor- 
tation. 



470 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



conseil judiciaire, s'occupe de tirer d'embarras, le mieux possible, 




Denlelle fine coton, Fœdora. (E. Daveniére, 1894. 



ceux de ses adhérents qui se sont laissé prendre aux combi- 
naisons de cette association 'interlope. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



471 



Cette mauvaise affaire est d'autant plus regrettable, qu'il 
s'est constitué en Allemagne, où les efforts les plus énergiques 
sont faits pour développer le commerce extérieur, des sociétés 




Fantaisie fine coton. (W. et E. Stublas, I89i.) 



homiêtes et sérieuses d'exportation qui réussissent parfaite- 
ment. 

Il s'en forme actuellement dans tout l'empire germanique, pour 
répandre au dehors la connaissance des produits allemands et 
pour encourager toutes les tentatives faites dans le but de vulga- 
riser leur consommation. 

On cite comme exemple la Bulgarie et l'on constate que, de- 



L'INDUSTRIE DES TULLES 

puis sa création, la Société d'exportation allemande, qui vise cette 
contrée, a envoyé 135000 circulâmes imprimées, 94000 lettres et 
quantité d'échantillons. Elle a reçu en retour 7000 commandes s'éle- 
vant à la somme de 5 millions de francs. 

Il y a là un enseignement de haute valeur pour les manu- 




Blonde espagnole. (W. et E. Stubbs, 1894.) 



facturiers français qui voudraient s'occuper d'exploiter eux-mêmes 
les contrées oii peuvent se vendre leurs produits. 

11 est question de former dans le Parlement français un groupe 
dit du Commerce extérieur, qui s'occuperait spécialement des grands 
intérêts du commerce d'exportation. 

La constitution de ce groupe est provoquée par vingt-sept 
groupes syndicaux de Paris et des départements, s'adressant à 
tous les députés et sénateurs des ports et des régions ou centres 
industriels ou commerciaux de France. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



473 



Mort de M. Guil- 
laume Fournier. 




Dontclle colon brevetée, dite Favoi-itc. 
(G. Delannpy, 189 i.) 



Brevets. 



M. Guillaume Fournier, fabricant de dentelles, associé de la 
maison Dognin Isaac et C'% ingénieur des Arts et Manufactures, 
membre fondateur et ancien Président de la Chambre syndicale 
et membre de la Chambre de commerce, vient de mourir à l'âge 
de quarante-quatre ans, vivement regretté de tous ses collègues 
et amis. 

M. A. Sagot prend un brevet et une addition de brevet pour 
la fabrication d'un nouveau fond de dentelle dédoublé, par 
l'emploi de quadruples chaînes permettant de travailler quatre fils 
par bobine. 

M. A. Sagot met son brevet à la disposition de la place, 
sous forme de licence. 

M. L. Canevet, négociant en matières premières, prend un 
brevet en collabora- 
tion avec MM. Mo- 
reau frères de Paris, 
pour l'emploi dans le 
métier Leavcrs actuel 
et sans apporter de 
changement audit mé- 
tier, de gros fils de 
soie ou autres ma- 
tières floss; c'est-à- 
dire ayant peu ou pas de torsion et permettant la création de 
dentelles d'un aspect nouveau. 

M. C. Delannoy prend un brevet d'invention pour la production 
mécanique d'une addition jusqu'alors faite à la main. Cet article, 
qui s'applique à différents genres, a été dénommé « le Favori ». 

Quelques fabricants de friquettes et de voilettes commencent v,,iietie cheniiice. 
à s'organiser de façon à produire largement et avec les divers 
effets qu'elle comporte, la voilette chenillée, telle qu'elle se fait à 
Lt/on. 



i 



474 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Tarif des salaires à 
comple'ter. 



Musée commercial 
de Santiago. 



Huit membres de la Chambre syndicale des fabricants de den- 
telles adressent au Comité une requête, aux termes de laquelle 
ils expriment le désir de voir compléter le tarif élaboré en oc 

tobre 1890 pour la durée 



' ^'*'"i,"i j/^i- ■ ■ - jâIi- -'^u- - 'Aî'i— -^_^'É'*^iiïi^'* 






-t 










'W: 









k<iAÉiCàM\\ 



"■Mh^:^ 



'ft:^ 



'■#r 



Laize coton brevetée, dite Favorite. 
(C. Delannoy, 189-i.) 



d'une année. Ce tarif, dé- 
noncé en 1891, n'a pas 
cessé d'être tacitement ap- 
pliqué depuis, par la grande 
majorité des fabricants. Il 
devient, selon eux, néces- 
saire et même urgent de 
le compléter, en tarifant 
les articles nouveaux parus 
depuis cette époque, no- 
tamment le Bourdon, pour 
le prix duquel des contes- 
tations regrettables surgissent chaque jour, nuisant aux bons rap- 
ports qui doivent exister entre patrons et ouvriers. 

A cet effet, ils demandent instamment que la Chambre pro- 
voque une réunion de délégués de la Chambre patronale et de 
la Chambre ouvrière, pour exécuter ce travail et compléter le 
susdit tarif à bref délai. 

L'assemblée générale se refuse, jusqu'à nouvel ordre, à entrer 
en rapport avec le syndicat ouvrier et charge la Cotnmission 
du tarif, à laquelle elle adjoint trois nouveaux membres, de l'é- 
tablissement d'une annexe au tarif de 1890. 

La Chambre de commerce française de Santiago organise aussi 
un Musée commercial des produits français. Elle demande, par 
l'intermédiaire du Ministère et de la Chambre de commerce de 
Calais, à recevoir un dépôt d'échantillons des articles qui se fa- 
briquent dans la région. Cette offre est transmise au Comité de 
la Chambre des fabricants, qui décide d'envoyer une collection 



ET DENTEE.LES MÉGANIQUES. 



475 



choisie de types pouvant convenir aux besoins de cet important 

marché de l'Amérique du Sud. 

Des avis sont donnés à la fabrique, en vue de la mettre en 

garde contre cer- 
tains exploiteurs, 
agents et repré- 
sentants qui ar- 
rivent, par des 
moyens plus ou 
moins licites, à 
se procurer les 
nouveautés de la 
place, pour les 
envoyer à des 
fabricants étran- 
gers. 



Piraterie. 




Blonde soie. {E. Daveniére, 189i.) 



le rapport de la 
Commission du 
tarif, il est éta- 
bli un tarif pro- 
visoire, pour le prix du rack de l'article Bourdon. 

Un modèle de prix de revient est aussi préparé pour servir 
de guide aux fabricants façonniers et leur permettre de se rendre 
un compte exact des frais qui leur incombent, pour les articles 
dont ils ont h. débattre les prix de fabrication. 

Ces deux documents doivent être imprimés et envoyés à tous 
les fabricants façonniers ainsi qu'aux fabricants de Bourdon. 

La corde est très tendue entre le syndicat patronal et le syn- 
dicat ouvrier. La question du tarif de Nottingham ou de celui de 
1890, à refondre et à compléter; la suppression du travail de 
nuit, les index, etc., etc., entretiennent comme une espèce de 



En attendant Tarif et prix de façon 
pour le Bourdon. 



Question ouvrière. 



/i7G 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



,/>,w>rtrtrtrtrtrtrtv>rnr>r>niï«y»rtfirtrtnitiTii'*'*'^ 



fermentation sur place. Le Comité de la Chambre des fabricants 
se tient presque en permanence, prêt à faire face à toute éven- 
tualité. 
Etat des aiTaipes. Lcs premiers et les derniers mois de 1894 ont été animés 

et marqués par une activité tout à 
fait satisfaisante. Par contre, les 
mois intermédiaires ont laissé beau- 
coup à désirer. 

La branche des dentelles de 
coton s'améliore et suit réguliè- 
rement son mouvement ascen- 
dant. 

L'exportation de ce genre, qui 
était, pour janvier 1892, de 
209625 francs et, en janvier 1893, 
de 633750 francs^ a été, ^onv jan- 
vier 1894, de 1752563 francs. 

L'exportation de ces mêmes 
dentelles, qui était, pour Vannée 
1892, de 6132230 francs, s'est 
élevée, pour Yannée 1893, à 14852858 francs. 

Comme le démontrent les chiffres qui précèdent, les genres 
coton, de Calais, sont de nouveau très recherchés. 

\jlrlatide coton en blanc, écru et deux tons, plus particuliè- 
rement en nuance beurre, les entre-deux en tous genres, le 
bourdon coton sur gros fond, les petits genres bretonne, les valen- 
cie7ines, surtout en petites hauteurs, et Y application de Bruxelles, 
se demandent partout et abondamment. 

La tendance est aussi à la dentelle épaisse. Plauen et Saint- 
Gall vendent des quantités de dentelles lourdes, genres Venise et 
point de Gênes en beurre, en écru et en beige. 

Ces deux marchés sont débordés et ne peuvent suffire à la 




Dentelle soie fine. (R. ^^'est, 1^ 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



Ml 



demande. Aussi la fabrique de Calais s'essaie-t-elle à faire des 
genres similaires, avec un certain succès. On arrive à produire 
sur le métier Leavers des imitations très réussies et large- 
ment employées par les 
grosses maisons de 
Paris; notamment la 
dentelle des mêmes 
styles avec écaille 
mousquetaire. 

On dit qu'il se pré- 
parc de fort belles col- 
lections en dentelles de 
coton et que la linge- 
rie revient à la modo, 
ce qui serait un excel- 
lent pronostic. 

L' application de 
Bruxelles, présentée 
avec dessins et as- 
pects nouveaux, est 
très appréciée par la 
grande confection. 

Les articles fins 
points en nuance beur- 
re donnent lieu à des 
achats suivis. 

Il s'emploie beaucoup à'entre-deiix de toutes sortes, surtout 
dans les largeurs de 2 à 4 centimètres, pour la généralité des 
costumes en Europe. 

Il s'est produit sur place un nouvel article dit « Madera », 
que la mode semble vouloir adopter. De fort belles commissions 
ont été remises, particulièrement sur les séries à fins points. 




DonlcUe ciilon, a|)|)licatioii. (Pinet frères, 1891.) 



478 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Le Bourdon a battu son plein pendant une bonne partie de la 
saison. Des commandes très importantes ont été placées sur ce 
genre en bandes et en entre-deux. La mode du velours entraîne 
naturellement l'emploi d'une garniture épaisse. Malheureusement, 
par suite d'une concurrence effrénée, les prix et par suite la qua- 

_ ^ lité ont été considérable- 

ment dépréciés ; il est à 
supposer que dans ces 
conditions les bénéfices 
des fabricants seront bien 
limités. 

La soie est calme. Le 
chantilly pour modes ou 
mélangé de fleurs en re- 
lief et l'application de 
Bruxelles sur fond noir 
ont cependant appelé l'at- 
tention des acheteurs. 

La voilette persiste dans 
un assez bon courant d'af- 
faires. Elle se place en 
nuances diverses, noir, 
crème et autres couleurs 
allant du beige au loutre, et en deux tons. 

Calais fabrique beaucoup de friquettes pour les maisons de 
Lyon, qui les finissent elles-mêmes comme apprêt, teinture et che- 
nillagc. 

La plupart des anciens métiers vendus pour le dehors sont 
allés à destination de Lyon, pour fabriquer des unis en soie et 
des voilettes friquettes. 

Les clients, principalement ceux de Paris, semblent vouloir 
se désintéresser de la dentelle mécanique, qui ne leur laisse pas 




Guipure S(iii\ (PiiH'l frères, 1891.) 



ET DENTELLES MIÎCANIQUES. 



479 



de bénéfices, à cause de la concurrence que se font entre eux 
leurs placiers et leurs voyageurs. Ils disent que la dentelle de 
Calais ne se prête pas assez facilement, comme les dentelles 

brodées, aux en- 




Dentelle cotun genre Iji-ddcrie Phnicn. E. Da vcnièi e, JSiil 



gagements et 
aux dessins ré- 
servés. Il en ré- 
sulte que l'arti- 
cle est dans trop 
de mains et qu'il 
arrive à être of- 
fert, à la vente, 
à des conditions 
trop peu rému- 
nératrices. 

On signale le 
mal, il s'agirait 
de trouver le re- 
mède?? 

Le petit Cen- Concurrence ctran- 

tre industriel qui "^ 

s'est créé à Var- 
sovie, pour fabri- 



quer particulièrement le chantilly bon marché et bénéficier des 
droits protecteurs énormes dont cette marchandise est frappée, 
prend, dit-on, un certain développement, dû aux ouvriers tullistes 
et aux dessinateurs calaisiens qui sont allés contribuer à la fon- 
dation de cette industrie dans la Pologne russe. [Lithuanie.) 



480 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



189S 



Musées commerciaux Des demandes de collections d'échantillons sont adressées à 
AHian^'cie Phuàde^ 1^ Chambre de commerce et à la Chambre des fabricants de Ca- 

phic et d-Alhène.. j^j^ p^^^. (JifCéfents Mu- 

sées commerciaux de l'é- 
tranger. 

Aucune de ces de- 
mandes n'est accueillie 
favorablement pour di- 
verses raisons : 

Celle de Hambourg, 
parce que le promoteur, 
M. Brandt, est insuffisam- 
ment connu de M. le 
Consul général français 
dans cette ville ; 

Celles de Milan et de 
Philadelphie, à cause des 
tendances de certaines 
maisons, à importer la fabrication des dentelles mécaniques dans 
ces deux pays, où les produits de Calais sont du reste suffisam- 
ment connus; enfin, celle d'Athènes, où le marché est des plus 
étroits pour le commerce des dentelles. 

M. Ed. Griset, au nom des deux délégués ouvriers tullistes à 
ifsTèfàrrxpo^ition y Exposition internationale de Lyon, envoie à la Chambre de com- 
merce et à la Chambre des fabricants copies du rapport adressé 
par eux à M. le Ministre du Commerce. 




Dentelle Chantilly. (H. Lemaîti-e, 1805.) 



Rapport des deux de 
légués 01 
listes à r 
de Lyon 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 481 

M. Ed. Griset reçoit une lettre de félicitations des deux 
Chambres et une médaille d'argent lui est décernée par le gou- 
vernement. 

La Chambre de commerce française de Charleroi, dont le pré- chambie de com- 
merce française cîe 
sident est toujours le sympathique M. Valère Mabu.le, continue avec chaiieioi . Echan- 

persévérance l'envoi de nombreux échantillons de produits étran- 
gers vendus en Belgique, pour renseigner la manufacture fran- 
çaise. Deux nouveaux envois sont parvenus à la Chambre syndi- 
cale des fabricants de dentelles de Calais par l'entremise de la 
Chambre de commerce. Ces documents ont été mis à la. dispo- 
sition des sociétaires pendant plusieurs semaines et ont ensuite, 
conformément aux instructions reçues, été réexpédiés, partie à 
Cambrai et partie à Tarare. 

Une nouvelle à sensation arrive d'Angleterre. La fabrication du uiiic 

en Amérique. 

On apprend qu'une puissante société anonyme américaine se 
serait constituée à New-York, en vue de l'exploitation d'une vaste 
fabrique de tulles. Elle aurait, dit-on, commandé 200 métiers 
neufs à Nottingham et ce ne serait qu'une première commande 
d'essai. On verrait alors, disent les pessimistes, l'Amérique fermée 
à la fabrication de Calais, dans un avenir prochain qu'il faut pré- 
voir et peut-être, par la suite, les marchés de l'Europe envahis 
par les produits américains. 

Le Comité socialiste du syndicat ouvrier en profite pour jeter, 
par la voie des journaux à sa dévotion, des reproches et des 
injures sur les patrons qu'ils rendent responsables de ce fait éco- 
nomique, qui pourrait être vrai, mais qui n'est vraisemblablement 
qu'un canard phénoménal. 

On n'improvise pas aussi facilement que cela un centre in- 
dustriel d'une seule pièce, pas plus qu'un personnel bien stylé 
avec les qualités professionnelles requises. Il existe bien déjà à 
New-York et aux environs quelques fabriques de tulles unis et 
même depuis assez longtemps un fabricant contrefacteur, dont 

31 



482 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Distinctions honori- 
lîques. 



Expositions de Bor- 
deaux, Atlanta, 
Montevideo, Amster- 
dam, Berlin et Paris, 
1900. 




nous avons déjà parlé, comme envoyant sur place, chaque année, 
un agent pour se procurer des renseignements et des échantillons 
de nouveautés; mais nous ne voyons pas, jusqu'ici, que ces 
manœuvres frauduleuses lui aient beaucoup profité, ni que le mar- 
ché de Calais en ait beaucoup souffert. 

Le bruit court qu'un procès doit être intenté à la maison 
Jemmnigs et C'% de New-York, par des fabricants de Calais. 
M. Robert West, ancien et grand industriel, petit-fils de l'un 

des introducteurs de l'industrie 
du tulle en France et lauréat 
de nos grandes Expositions in- 
ternationales et M. Auguste 
IsAAG, de l'importante maison 
Dognin, Isaac et C'°, fabricants 
de dentelles, à Calais et à 
Lyon, sont nommés Chevaliers de la Légion d'honneur. 

Des médailles d'honneur sont aussi accordées à MM. Louis Cugny, 
garçon de bureau de la maison Th. Lefebvre et C'°, et Louis 
Coquet, contremaître de la maison Boot et ses fils. 

La Chambre de commerce et la Chambre des fabricants de 
Calais sont informées officiellement que des Expositions interna- 
tionales et universelles vont s'ouvrir à Bordeaux en i89o; à 
Atlanta (Etats-Unis) en 1895; à Amsterdam en 1895; à Mon- 
tevideo en 1896; à Berlin en 1896 et à Paris en 1900. 

Pour des raisons diverses, la fabrique décide de ne pas ex- 
poser à Atlanta, Bordeaux, Berlin et Montevideo. 

La question est ajournée en ce qui concerne la grande Expo- 
sition de Paris en 1900; mais il est absolument certain que 
l'industrie de Calais y sera largement représentée. 

M. le Ministre du Commerce vient d'envoyer le recueil des 
principaux actes organiques relatifs à cette colossale manifesta- 
tion industrielle, avec des exemplaires de la circulaire adressée 



^'alcnciennes, (Ed. Basset, 1895.) 



■Kl 



ET DENTELLES MECANIQUES. 483 

aux Préfets pour la formation des listes de présentation, à l'effet 
de constituer les Cotnieés départementaux. 

M. le Ministre demande le concours de la Chambre de com- 
merce pour l'établissement de ces listes. 

Quant à V Exposition internationale d'Amsterdam, la fabrique de 
Calais y est représentée par les maisons Robert West, Fkances 

FRÈRES, FaRIGOULE FRÈRES Ct HeNRI HéNON. 

M. Alfred Angelot est commissaire-administrateur et Président 
attitré de la Section française. 

M. Henri Hénon, président de la Chambre syndicale des fabri- 
cants de tulles et dentelles de Calais, est nommé Président de la 
Classe 21, Président du groupe B3 et membre du jury supérieur. 

La Section française de cette Exposition est des plus remar- 
quables et fait l'admiration de tous les visiteurs. 

La Reine régente et la Reine Wilhelmlne l'ont, à diverses re- 
prises, honorée de leur visite. 

Les récompenses décernées à la classe 21 des dentelles sont 
les suivantes : 

Hors concours : 

MiM. A. Angelot et Henri Hénon; 
Rappel de grand prix et médaille de S. M. la Reine régente : 

M. Robert West; 

Grandes médailles d'honneur : 

MM. Franges frères, Farigoule frères {Calais, Le Puij), Georges 
Martin {Paris-Bruxelles); 

Médailles d'argent . 

MM. P. DE Clergq, Léon Leré; 

Médailles de bronze : 

MM. P. Maresgot, Bougard et Salnier. 



484 L'INDUSTRIE DES TULLES 



Exposition de Lês exposants ayant fait partie de la collectivité des fabricants 

Chicago. 1 n 1 • 1 

de Calais à \ Exposition colombienne de Chicago {World's fair) 
viennent de recevoir leurs médailles et leurs diplômes par le 
Commissariat général français. 

L'agent chargé de cette installation collective, malgré la dé- 
fense expresse qui lui en a été faite, transporte, pour son 
compte, à Y Exposition de San-Francisco , toute la collectivité des 
fabricants de Calais, au lieu d'en faire la réexpédition régu- 
lière. 
Douanes italiennes; Sur l'initiative et la demande spéciale de la Chambre de com- 
tions commerciales mercc française de Milan, la Chambre des fabricants est saisie de 



avec l'Italie et l'Es- 
pagne. 



la question de l'examen des modifications susceptibles d'être ap- 
portées, en ce qui concerne les dentelles, au tarif des douanes 
actuellement en discussion. 

Deux exemplaires du tarif italien, en traduction française, 
sont mis à la disposition du Comité qui décide de consulter les 
négociants commissionnaires de la place, lesquels, après en 
avoir référé à leurs clients et correspondants d'Italie, déclarent 
que ces derniers sont satisfaits de ce tarif, qui n'a jamais donné 
lieu à aucune difficulté. 

Une seule rectification est demandée sur le droit appliqué aux 
voilettes, mantilles ou volants, sur lesquels un picot à la main est 
ajouté; ce qui a donné lieu jusqu'ici à l'application d'une taxe 
beaucoup trop élevée, par suite d'une fausse interprétation. 

Le concours de la Chambre syndicale est aussi demandé pour 
formuler un avis favorable à la reprise des relations commer- 
ciales avec Yltalie, comme il a déjà été fait pour la Suisse. Des 
groupes parlementaires s'occupent très activement d'amener le 
gouvernement à contracter un accord avec ces deux pays. 

Une délibération est prise dans ce sens et envoyée par l'in- 
termédiaire de la Chambre de commerce de Calais au Ministère 
compétent. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



Les ouvriers syndiqués de 1' « Union des tullistes » sont tou- Syndicat ouvrier 

ce l'Union des tul- 

jours en effervescence. Les réunions succèdent aux réunions; les listes ... Tarif de 



organes de ce syndicat sont pleins de menaces et de récrimina- 
tions contre le syndicat patronal. C'est toujours l'application, à 
Calais, du tarif anglais, élaboré par les trade-unions de Nottin- 
gham, qui hante le cerveau des membres de 1' « Union ». On 
prétend aussi faire adopter irrévocablement le 1" mai comme jour 
de fête ouvrière, de chômage général et de manifestations, pour 
aller porter en corps, aux pouvoirs publics, les revendications 
reconnues nécessaires. 

On proteste amèrement contre le projet de la loi Trarieux 
sur le 1" mai et sur le droit de grève. 

Une agitation commence à se produire et un mouvement gré- 
viste tend à se dessiner. 

D'autre part, les patrons sont absolument d'accord pour ap- 
pliquer le tarif de 1890, récemment complété, et pour ne pas se 
rendre solidaires des fabricants qui entendraient ne pas en tenir 
compte. 

C'est pour le prix du rack des friquettes que les difficultés 
commencent. Le syndicat ouvrier envoie à toute la fabrique des 
lettres et des circulaires pour imposer un tarif établi à sa 
façon. 

Les fabricants adhérents à la Chambre syndicale, et même 
d'autres, n'en tiennent aucun compte et appliquent les prix adoptés 
par la Commission patronale. D'où la mise à l'index, par 
y Union des tullistes, de dix-huit fabricants, ce qui correspond à 
la grève d'une centaine d'ouvriers. 

Quelques fabricants timorés cèdent ; mais tous ceux qui sont 
membres de l'Association se contentent de remplacer purement 
et simplement, par des tullistes indépendants, les ouvriers qui 
les ont quittés et la reprise régulière du travail s'opère sans dif- 
ficulté ni secousse, avec le maintien des prix étudiés et adoptés 



Nottineham. 



486 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Visite à Calais de 
M. le Ministre du 
Commerce, de l'In- 
dustrie, des Postes 
et des Télégraphes. 



1 



par la Comtïlission du tarif nommée par le syndicat des fabri- 
cants, pour régler les prix des ouvriers et ceux des moyenneurs. 
Cette Commission a remis au point tous les prix de façon des 
articles de la place, sur la base de ceux inscrits au tarif de 1890. 
A la moindre réclamation, les adhérents n'ont qu'à s'adresser au 
secrétariat. 

En attendant, comme le Comité de l'Union des ouvriers est 
toujours en mouvement et en ébuUition, le Comité de la Chambre 
des fabricants se tient en éveil et en permanence, prêt à prendre 
sur-le-champ toutes les décisions que peuvent comporter les 
événements. 

M. le Ministre du Commerce, en tournée dans le Nord 

et conformément au programme 
officiel de son voyage, arrive à 
Calais, accompagné du chef ad- 
joint de son cabinet, de M. le 
Préfet du Pas-de-Calais et 
de M. le Sous-Préfet de Boulo- 
ffne-sur-Mer. 

Il est reçu par les autori- 
tés de la ville, les présidents des corps constitués, les fonction- 
naires, etc., etc. 

Il visite tout d'abord les importants services du port, l'usine 
de M. Henri Hénon et la fabrique de MM. Davenière et C'° (Li- 
mited), et se rend ensuite au siège de l'Association syndicale des 
fabricants de tulles et dentelles. 

A son entrée, M. le Ministre du Commerce est reçu par M. le 
Pi-ésident assisté des membres du bureau et du Comité. Après 
quelques paroles de cordiale bienvenue, M. le Ministre est in- 
troduit dans le hall de la Chambre, décoré et pavoisé pour la 
circonstance. Dans cette grande salle se trouvent déjà réunis un 
grand nombre de sociétaires, ainsi que des groupes d'employés, 




Valencicnnes. (Henri Ilcnon, 1895.) 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 487 

d'ouvriers et d'ouvrières faisant partie de leurs établissements. 

Plusieurs d'entre eux, ayant plus de trente années consécu- 
tives de services dans la même maison, ont droit à la médaille 
d'honneur du gouvernement et M. le Ministre du Commerce est 
venu pour la leur décerner. 

Après quelques discours et allocutions, M. le Ministre procède 
à la distribution des récompenses officielles et attache la mé- 
daille sur la poitrine de chacun des lauréats, en lui adressant avec 
la plus bienveillante aiïabihté quelques paroles de félicitation. 

Un bouquet est remis par le président de la Chambre à chaque 
médaillé, avec quelques mots flatteurs d'encouragement, et la ré- 
ception se trouve terminée par la présentation des membres du 
Comité et de la Chambre syndicale, à M. le Ministre, qui trouve 
pour chacun un mot aimable et qui quitte la Chambre en té- 
moignant de l'excellente impression que lui laisse la cérémonie 
touchante qu'il vient de présider. 

Ces récompenses ont été remises par M. le Ministre du Com- 
merce aux personnes dont les noms suivent : 

Auguste Dufeutrelle, employé dans la maison Philippi et C'", de- 
puis plus de 30 ans; 

Baptiste Bonvarlet, ouvrier dans la maison Darquer-Bacfjuet, de- 
puis plus de 30 ans; 

Rosalie Chatilliez, ouvrière dans la maison Topham aînés, depuis 
47 ans; 

Éléonore ïaufour, ouvrière dans la maison Topham ahie's, depuis 
32 ans; 

Antoinette Bigot, ouvrière dans la maison Robert West, depuis 
32 ans. 

Par l'intermédiaire de M. le Ministre du Commerce, la Chambre Relations commei-- 

. . ciales avec la Chine. 

des fabricants de dentelles est mise en rapport avec un Français, Proposition Ramasse. 
M. Ramasse, qui, après avoir longtemps résidé en Chine, est re- 



É 



488 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



venu en France, avec le projet de foncier, à Shang-Haï, où il a 
habité vingt-deux ans, un comptoir commercial pour la vente des 
produits manufacturés français. 

M. Ramasse est convaincu que, lorsque la guerre sino-japonaise 
sera terminée, l'empire chinois sera ouvert au commerce étranger. 




Dentelle fine, coton. (Frances frères, 1895.) 

L'intervention de l'Angleterre dans les négociations fait de 
celte clause l'une des conditions qui seront assurément intro- 
duites dans le traité de paix. 

M. Rainasse dit qu'il faut se préparer à prendre sa part dans 
les transactions, qui ne manqueront pas de s'établir avec ce 
grand pays, et qu'il est indispensable de se tenir prêt à tout 
événement. 

M. Ramasse est porteur d'une intéressante collection d'échan- 
tillons provenant des articles qui servent de garniture et sur- 
tout de bordure pour les étoffes et les tissus dont les dames 



BSôfiâMiSa 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 489 

chinoises font leurs costumes. Ce sont principalement des e7itre- 
deux avec dessins chinois de couleurs éclatantes, partie en rubans 
de soie légère, partie en petites dentelles et entre-deux soie ou 
soie et coton, de qualité très commune, provenant de Nottin- 
gham. Il se vend aussi en Chine beaucoup de tulle uni pour 
faire des moustiquaires. 

Il s'agit de tenter la fabrication de produits analogues en 
genres fins, avec des dessins originaux et baroques, en nuances 
très voyantes et répondant aux genres indiqués par les spécimens 
présentés par M. Ramasse. 

Les fabricants consultés paraissent disposés à faire tous les 
essais voulus, mais aucuo ne désire traiter directement avec 
cette contrée éloignée. Ils disent que les négociants commission- 
naires sont plus aptes à créer, à suivre et à diriger des comp- 
toirs de ce genre, en raison de leurs grandes relations et des 
moyens d'action dont ils disposent. 

En conséquence, le Comité provoque une réunion avec les 
Négociants exportateurs, leur fait part du projet de M. Ramasse, 
en leur soumettant tous les documents qui s'y rattachent, et les 
invite à utiliser le grand et nouveau débouché de V Empire chi- 
nois dans leur intérêt et dans celui de la place. Les droits de 
douane, pour les dentelles, ne sont que de 5 p. 100 et le fret 
insignifiant pour ces articles légers. 

La question va être examinée et déjà l'un des négociants, 
présents à la réunion, se propose de commencer des essais sé- 
rieux dans cette voie. 

Dans le même moment, la Chambre de commerce de Calais 
et la Chambre syndicale sont saisies d'une demande analogue 
de la part de M. Louis Thiollier, de Saint-Etienne, qui offre ses 
services pour ouvrir en Chine et en Indo-Chine des débouchés 
nouveaux pour la vente des dentelles. 

Il doit partir, sous peu, pour le compte de quelques indus- 



490 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



triels de la région stéphanoise et lyonnaise et sous les auspices 
de la Chambre do commerce de Saint-Etienne. Les affaires se 
traitent en Extrême Orient au moyen de traites documentaires 
dont l'escompte est facile et peu onéreux, donnant toute sécurité 
aux expéditeurs. 

En deux années, M. Louis Thiollier doit visiter Singapore, 
Smgon , le Tonkhi, 
Hong-Kong, Canton, 
Shang-Haï, les villes 
situées sur le Yang- 
Tsé-Kiang, jusqu'à 
Han - Keoit ; ensuite 
Tccn-Tsin, et de là, 
le Japon. 

Comme pour 
M. Ramasse, les fa- 
bricants de Calais ne 
paraissent pas dispo- 
sés à exploiter direc- 
tement aussi loin leurs 
produits, et les choses 
en restent là. 



Détournements de On signale depuis 

marchandises et de , , , , , 

matières premières, longtemps dcS VOls de 

marchandises et de 




Dentelle Chantilly. (II. Lemaitre. 1S95.) 



matières premières 

dont les fabricants de la place sont constamment victimes, du fait 
d'employés infidèles et de receleurs, qui écoulent, en solde, sur les 
marchés environnants et chez certains façonniers peu scrupuleux, 
de Calais et d'un autre centre, les produits de ces détournements. 
La Chambre des fabricants, mise en éveil, a déjà plusieurs fois 
indiqué le danger et engagé ses adhérents à exercer la plus grande 



i 



ET DENTELLES MECANIQUES. 491 

surveillance dans leurs magasins et ateliers. — Elle a commencé une 
campagne pour essayer de connaître les auteurs de ces coupables 
agissements, promettant une prime de 100 francs à tout dénonciateur 
d'un acte de ce genre, dûment prouvé et constaté. 

Déjà, les premières recherches ont amené la découverte d'une 
association entre un employé et un apprêteur, dans le but de détour- 
ner des pièces entières appartenant à l'une des principales maisons 
de la place. — On est sur la piste de plusieurs autres faits qui pour- 
raient bien amener plusieurs arrestations. Le parquet est informé et 
fait surveiller, de son côté, par les agents de la police. 

En attendant, les fabricants sont prévenus d'avoir à se méfier et à 
exercer chez eux le contrôle le plus sérieux. 

Un télégramme du ministère delà Guerre, transmis par M. le Tuiie uni pom- mous- 
Sous-Intendant militaire à M. le Maire de Calais, invite les fabricants 
à soumissionner pour la fourniture de 24000 mètres de tulle dit 
Moustiquaire. 

Le tulle uni ne se produisant plus à Calais, il n'a pu être donné 
suite à cette proposition dont va sans doute profiter la fabrique de 
Nottingham. 

La Chambre syndicale des fabricants de Calais, esclave de chambre syndicale 

, . , , M , , des l'alji-icants de 

sa mission, s occupe sans cesse et sans trêve des intérêts généraux u,iies ei dentelles de 

calais 

de l'industrie des tulles et dentelles qu'elle représente. Les questions 
de tarif, de matières premières, de droits de douanes, ^'arbitrages 
entre fabricants ou entre fabricants et apprêteurs-teinturiers, ou 
négociants en matières premières; les contrefaçons., {e?> re7iseigneme7its 
commerciaux, les rentrées de créances, conseils, grèves, démarches de 
toutes sortes, etc., etc., mettent constamment le Comité et le 
secrétariat en mouvement. 

La question ouvrière n'est pas une des moindres qui appellent sa 
sollicitude et son attention de tous les instants. — Que de procès 
coûteux évités, à la suite de l'intervention amiable des membres du 
Comité ! 



492 L'INDUSTRIE DES TULLES 

L'influence de la Chambre est également inappréciable pour faci- 
liter le règlement des affaires litigieuses. De nombreuses lettres de 
remerciments en font foi et viennent attester l'utilité et le rôle indis- 
pensable de l'Association et de sa bonne organisation. 

Il est à désirer que la fabrique tout entière comprenne combien 
Xunion donne de force à une grande corporation comme celle de 
l'industrie des dentelles mécaniques, et combien le groupement des 
efforts permet quelquefois de résoudre rapidement, et bien, les 
questions les plus difficiles. 

Un Bulletin meiisuel sert d'organe à l'Association pour renseigner 
les adhérents sur les travaux du Comité, sur la situation des affaires 
dans les centres industriels dentelliers et sur tout ce qui peut pré- 
senter une utilité quelconque pour la fabrique. 

M. Loriquet, architecte départemental, prie la Chambre syndi- 
cale de vouloir bien lui envoyer, pour la bibliothèque de la préfecture, 
la collection complète de ce Bulletin et de lui en continuer le service. 

Le Comité de la Chambre syndicale provoque de temps à autre des 
sortes de réunions-conférences avec les Négociants-commissionnaires 
de la place, pour discuter ensemble, à l'amiable, les questions d'inté- 
rêt commun. 

Ces réunions très courtoises, de part et d'autre, produisent le meil- 
leur effet, rompent la glace qui existait autrefois et permettent de s'en- 
tendre beaucoup plus facilement sur certains points à élucider dans 
les usages de la place. 

La Chambre intervient aussi quelquefois très heureusement entre 
ses adhérents et les maisons de banque pour facihter des ouvertures 
de crédit. 
Accidents du travail. L^ Chambre de commerce de Calais transforme, en délibération. 

Assurance obli^a- 

loire. un rapport qui lui est adressé par M. le Président de la Chambre des 

fabricants contre le projet de loi en discussion devant le Parlement, 
sur les accidents dont les ouvriers sont victimes dans leur travail et 
sur l'assurance obligatoire. 



V 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



493 



Ce projet, qui institue un principe nouveau, le risque profession- 
nel, est en absolue contradiction avec les dispositions du Code civil. 
En efîet, d'après la loi nouvelle, tout accident résultant de l'exer- 




Dcnlelle colon, application. (Frances frères, 189ô.) 



cice de l'industrie est, par cela seul, entièrement à la charge du patron, 
alors même qu'on ne peut lui reprocher aucune faute, négligence ou 
imprudence. Une indemnité forfaitaire est établie suivant un tarif 
ayant pour base le salaire de la victime. — De plus, l'assurance est 
presque forcée pour le chef d'industrie, sans qu'il lui soit possible de 
retenir les primes d'assurances, en tout ou en partie, sur le salaire 
de son personnel. 

C'est une charge nouvelle énorme imposée à l'industrie française 
sans aucune espèce de compensation. — La loi est bonne en principe, 
mais elle a besoin d'être considérablement amendée. 



494 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Rapport de M. le Con- 
sul des Etats-Unis 
à Calais. 



M. le Consul des Etats-Unis de l'Amérique à Calais, dans le rapport 
annuel adressé à son Gouvernement, constate que l'industrie des 
dentelles souffre et que son chiffre d'exportation est moindre pro- 
portionnellement et toutes comparaisons établies^ avec les années 
précédentes, que celui des autres industries ressortissant de son dis- 
trict consulaire, lequel se trouve être le seul en décroissance; les 
treize autres et particulièrement ceux de Paris, Lyon, Roxibaix, Bor- 
deaux et le Havre, étant en augmentation plus ou moins considérable. 

M. le Consul s'efforce de stimuler les efforts de la fabrique calai- 
sienne et croit utile de lui donner certains conseils, qui partent peut- 
être d'un bon sentiment. 







Dentelle Malines. (Gustave Noyon, 189ô.) 



mais qui démontrent que 
ce fonctionnaire est com- 
plètement étranger à ce 
que peut faire ou ne pas 
faire, transformer ou mo- 
difier, dans ses moyens de 
production, un marché in- 
dustriel comme celui de 
Calais. 

M. le Consul des Etats- 
Unis montre, en cette cir- 
constance, un zèle un peu 
intempestif, dont il faut 
quand même lui savoir 
gré, puisque son but est 
d'engager la fabrique à re- 
chercher les moyens de 
conserver et d'augmenter 



Apprêts et teintures. 



encore les relations déjà si étroites, qu'elle entretient depuis 
longtemps avec le commerce de l'Amérique du Nord. 

A propos de la fabrication des voilettes et des friquettes, qui devrait 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 495 

prendre beaucoup plus d'extension sur place, on craint que la ques- 
tion de l'apprêt et de la teinture ne soit pour quelque chose dans le 
temps d'arrêt qui s'est fait sentir la saison dernière. 

Les acheteurs n'hésitent pas à reconnaître que si les fabricants 
calaisiens sont parfois d'assez mauvais négociants, compromettant la 
vente de leur marchandise, ils sont des producteurs hors ligne par 
le goût et le fini qu'ils savent imprimer à leurs articles. 

On objecte cependant avec quelque raison que les tehUures et 
surtout les apprêts des voilettes de Calais sont inférieurs à ceux de 
Lyon. 

Cela est vrai dans une certaine mesure; mais les fabricants en 
sont un peu la cause. Ils n'ont pas secondé, comme c'était leur inté- 
rêt de le faire, les grands efforts tentés alors pour obtenir de meil- 
leurs résultats. 

Ils ont toujours opposé la question de temps et de prix et ont ainsi 
découragé la bonne volonté des maisons de teinture et d'apprêt qui, 
conséquemment, hésitaient à perfectionner et à compléter leur maté- 
riel pour ce genre spécial. 

On annonce cependant que deux maisons se disposent à s'organi- 
ser avec un personnel bien dressé et un outillage nouveau, pour 
répondre à tous les besoins et arriver à la même perfection d'apprêt 
et de teinture qu'à Lyon. 

Il faut, sans hésiter, aider à cette initiative qui peut avoir les meil- 
leurs résultats pour la plus-value du produit fabriqué ; — ne pas 
craindre de payer un prix un peu élevé pour que les meilleurs soins 
puissent être donnés aux opérations si délicates et si difficiles de 
la teinture et de l'apprêt et l'on ne tardera pas à ressaisir bientôt 
un genre de fabrication qui pourrait nous échapper et qui peut 
assurer à la place, comme appoint important, un chiffre considérable 
d'affaires. 

La Chambre syndicale des fabricants constate que les Consuls Consuls de France à 

l'éti-anger. 

étrangers résidant en France, dans les centres industriels, rensei- 



49G 



L'INDUSTRIE DES TULLES 




Entre-deux ^'alenciennes, pour corset. 
(Ed. Basset, 1895. ) 



gnent avec beaucoup de zèle et de précision leurs Gouvernements et 
leurs nationaux. — Elle s'adresse à M. le Ministre du Commerce pour 
savoir si les Consuls français à Saint-Gall, Plauen, Varsovie, Bar- 
celone et Nottingham font 
des rapports analogues et 
exprime le désir d'en avoir 
communication semestrielle- 
ment ou annuellement. 

Il paraît, en tout cas, 
démontré que la France 
pourrait être beaucoup plus 
utilement représentée à Not- 
tingham qu'elle ne l'est ac- 
tuellement par M. Mac-Craight, agent consulaire et sujet anglais. 
La Chambre des fabricants réclame énergiquement le remplace- 
ment du titulaire actuel par un autre de nationahté française et plus 
dévoué aux intérêts qu'il représente. Des démarches actives sont 
faites en vue d'arriver à cette solution nécessaire. 
Ingénieur-conseil Sur la préscntatioii d'un de ses membres honoraires, la Chambre 

'^°"' "l^enUon. ^ ' '" Syndicale des fabricants de tullcs et dentelles admet, comme ingé- 
nieur-conseil en matière de propriétés industrielles, c'est-à-dire pour 
tout ce qui regarde les questions de brevets d'invention, ou autres de 
ce genre, de nature à intéresser les adhérents, M, Henry Danzer, ingé- 
nieur des Arts et Manufactures. 

L'année 1895 a été une année de calme et de langueur, 
répondant mal aux efforts de la fabrique pour stimuler la de- 
mande, par les nombreuses nouveautés offertes aux besoins des 
acheteurs. 

Plusieurs causes ont contribué à paralyser ainsi les affaires et à 
retarder la reprise si impatiemment attendue. D'abord, au début de 
l'année, la rigueur prolongée de l'hiver; puis ensuite, à l'ouverture de 
la saison, la concurrence de Plauen et de Saint-Gall, dont les pro- 



Etat général des 
all'aires. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



497 






diiits sont on ne peut plus recherchés pour la robe et la confection ; 
les fantaisies de toutes sortes en perlé, en pailleté, en brodé, en garni 
de jais et, enfin, l'indécision de la mode qui, ne se fixant sur rien, en 
dehors des arti- . . 

clés épais^ genre 
Venise, prend un 
peu de tout, sans 
satisfaire complè- 
tement personne. 

11 faut dire 
aussi que l'Amé- 
rique sort à peine 
d'une crise moné- 
taire et financière 
qui a porté le 
trouble dans tout 
le pays et sus- 
pendu les trans- 
actions. 

Les ordres de 
saison pour cette 
contrée ont été 
beaucoup moin- 
dres et les renou- 
vellement s ont 
fait défaut. 11 n'en a pas fallu davantage pour rendre la campagne 
peu satisfaisante. 

Uinflnenza, qui a porté ses ravages dans toute l'Europe, n'a 
pas été sans influer aussi sur le commerce en général. 

Il s'est cependant fait des affaires dans certaines spéciahtés très 
demandées. 

Le point d'esprit notamment a été l'objet d'ordres importants et 

32 




Dcnlcllc application. iFranccs frères, 1895.) 



498 



LliNDUSTRIE DES TULLES 




suivis, pour Paris et pour le continent. On l'utilise surtout pour le 
ruchéplissé. 

Les fabricants qui ont commencé la fabrication de la dentelle bro- 
dée sur le métier suisse ont aussi obtenu toute satisfaction et ont pu 
écouler tous leurs produits. — L'article broderie paraît donc vouloir 

former une nouvelle bran- 
che à Calais et se vendre 
parallèlement avec la den- 
telle faite sur le Leavers. 

La voilette, très en pro- 
grès comme fabrication, a 
été très active , en fond 
soie, motifs coton, genre 
application de Bruxelles ou 
avec fond et rubans. 

Celle avec pois troués, 
dits bouclés, a fait vérita- 
blement fureur et s'est demandée par quantités. La friquette a suivi 
assez bien le mouvement. — On s'occupe d'améliorer les apprêts de 
ces articles et des ateliers se montent pour pouvoir cheniller sur 
place. 

La F«to«a(?/î?ie5 en toutes qualités s'est aussi beaucoup vendue, 
"primant toujours sur tous les autres genres, — malheureusement, 
les prix se déprécient par une concurrence absurde qui pourrait 
bien, si on n'y prend garde, perdre cette dentelle classique, qui a 
parcouru une si belle carrière et donné de si heureux résultats à la 
place. 

Beaucoup de fabricants ont monté leurs métiers à la Valencie7incs, 
sans se rendre compte qu'en modifiant trop sensiblement les cours 
étabhs on jetait le désarroi sur le marché et dans l'esprit des ache- 
teurs. 

Quelques fantaisies fines avec effets de perles, et particuhèrement 



Entre-deux Malines. (Gustave Xoyon, 1895.'! 



ET DENTELLIi'S MÉCANIQUES. 



499 




la dentelle Malines, sont en train de prendre une place sérieuse dans 
l'emploi pour les modèles nouveaux. 

Tous les autres genres n'ont reçu des ordres qu'en quantités modé- 
rées, notamment : X application de Bruxelles, les broderies anglaises, 
nuance beurre, les Chantillys pour modes et confections, le Chan- 
tillij mohair^ le bourdon et 
les entre- deux en tous 
genres. 

11 s'est fait aussi une 
laize en tissu de soie serré, 
alterné de Valenciennes. 

On dit que la dentelle 
de laine semble se rede- 
mander pour certains em- 
plois. 

On se plaint amèrement 
de la désinvolture avec 
laquelle certains acheteurs suppriment, du jour au lendemain, des 
ordres importants donnés ferme. Par exemple, on remet à un 
fabricant une grosse commission, pour laquelle on débat longuement 
les prix et les conditions. Le fabricant, alléché par la perspective 
d'un travail assuré, fait des sacrifices, réduit largement son béné- 
fice; il passe des marchés en matières premières afin de remplir 
en toute sécurité les engagements pris ; mais à peine ses métiers 
sont-ils en route et a-t-il effectué ses premières livraisons que, sous 
le premier prétexte venu, on lui fait savoir que le reste est annulé. 

Il n'est pas besoin d'entrer dans de longs détails pour faire entre- 
voir les conséquences de ces agissements. 

Cette façon commode d'opérer crée au fabricant une situation 
intolérable dont il est seul à supporter le poids et la perte qui en 
résulte. 

La Chambre syndicale s'est émue de cette manière de faire, tout à 



DcnLcUc Mulines. (Gustaxc Noyon, 1895.) 



500 L'INDUSTRIE DES TULLES 

fait irrégulière et son Comité, en agitant cette question, s'est occupé 
de donner à tous ses adhérents les conseils qui conviennent pour 
éviter autant que possible le retour de pareils abus. 
Syndicat des Lcs Usmio's, loucurs de force motrice, viennent de se constituer 

usiniers. 

en sij7iaicat. 



1896 



Caisse de retraite, de La Chambre dcs fabricants est invitée par l'intermédiaire de la 
voyance*' des ^ôu- Chambre de commerce de Calais à donner son avis sur l'exécution de 
vriers et employés, j^ ^^j ^^ g,^ décembre 1895 sur les caisses de retraite, de secours 
et de prévoyance, en vue de la rédaction du projet de règlement d'ad- 
ministration publique. 

Le Comité de la Chambre déclare approuver pleinement cette loi, 
dans son ensemble, telle qu'elle a été adoptée par le Sénat et la 
Chambre des députés. Il estime qu'en ce qui concerne les caisses de 
secours organisées avec retenues, pour assurer leur retraite, les ou- 
vriers, en tant que créanciers ordinaires, doivent rester à l'abri de 
tout aléa, sous la protection des pouvoirs publics. 

Le Comité n'a aucun autre amendement ou observation à présenter ; 
les caisses de retraite, de secours et de prévoyance n'existant pas à 
Calais dans la forme visée par la loi et la généralité des fabriques 
n'ayant que des caisses volantes, alimentées et gérées par les ouvriers 
eux-mêmes, avec le concours pécuniaire des patrons. 
Musée commercial de M. le Ministre du commercc fait savoir à la Chambre des fabricants 
qu'il vient d'envoyer au Musée commercial de Lille une collection im- 
portante de dentelles importées des Etats-Ujiis. 




diverses. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 501 

Communication en est faite à tous les sociétaires pour qu'ils puis- 
sent à l'occasion, ou au besoin, aller consulter ces documents. 

M. le Ministre du commerce confirme dans leurs fonctions d'ex- Experts en douane. 

perts en douane, pour les dentelles, 
MM. H. Herbelot, Henri Hénon, E. 
Davenière, Ed. Franges, Delebart- 

MaLLET et J. FOURGAUT. 

Valenciennes fine. ^^^ Chambre de COmmerCC et la Expositions interna- 

(Henri Hénon, 1896.) _ tionales et univer- 

Chambre des fabricants de Calais selles de Paris en 

1900, Bruxelles en 

sont informées officiellement que les ExposHiona suivantes s ouvri- 1897 et expositions 
ront en 1896, 1897 et 1900 : 

A Rouen, nationale et coloniale, en 1896; 

A Calais, industrielle, en 1896; 

A Paris, de la mode et de la coiffure, en 1896; 

A Paris, Salon national de la mode, en 1896 ; 

A Paris, internationale du théâtre et de la musique, en 1896; 

A Gî//5rfewrt/a, internationale, en 1897; 

A Mashville, — en 1897 ; 

A Bruxelles, — en 1897; 

A Paris, universelle en 1900. 

L'exposition industrielle et locale de Calais n'a pas grande impor- 
tance ; mais elle intéresse néanmoins les amateurs, les touristes et les 
excursionnistes. Quelques dentelles y figurent. 

M. Darghicourt y expose des pièces détachées de métiers à 
tulles ; 

MM. Rondeau et Chevalier fils, des boîtes d'emballage pour tulles, 
dentelles ; 

La maison Jules Quillet, beaucoup de spécimens des organes qui 
composent l'intérieur des machines à tulles, etc., etc. 

A Rouen, les fabricants de dentelles de Calais n'ont pas exposé, 
mais quelques dessinateurs de la place y ont pris part et ont obtenu 
les récompenses suivantes : 



50-: L'INDUSTRIE DES TULLES 

Diplômes d'honneur. 

Paul Louis, pour dessins industriels de rideaux et de dentelles; 
Vanderdood, pour ses compositions de dessins industriels. 

Médaille de vermeil. 

M. Decousser, pour ses modèles de dessins industriels. 

Médaille d'argent. 

M. Ch. Caron, pour ses esquisses de dentelles mécaniques. 

Médaille de bronze. 

M. EuCxÈNE PoTEz, pour ses dessins de broderies et d'application. 

Mention honorable. 

M. EufiiîNE Vasseur, pour dessins de dentelles et compositions 
diverses. 

Le grand et vaste projet de l'Exposition universelle de 1900, 
à Paris, est l'objet de protestations inattendues, que rien ne jus- 
tifie, de la part de plusieurs groupes d'artistes et d'archéologues. 

Cette agitation, manifestement tardive, reste sans écho devant la 
très grande majorité du pubUc français. 

Le Journal officiel publie la liste des personnes de Calais et des 
communes avoisinantes désignées pour faire partie du Comilé dépar- 
temental du Pas-de-Calais, pour l'Exposition universelle de 1900. 

Par décret, en date du 20 octobre, M. A. Darquer, président de la 
Chambre de commerce de Calais, est nommé membre de la Commis- 
sion supérieure chargée d'organiser la participation de la France à 
Y Exposition de Bruxelles, en 1897. 

Le Président de la Chambre syndicale des fabricants est informé 
que la grande Exposition collective de Calais, transportée de Chicago 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



503 



à San-Fraucisco, malgré les instructions et les ordres formels du 
Comité, par M. J. Pierson fils, vient d'être transportée de nouveau 

dans les mêmes 
conditions à Gua- 
temala, où doit 
s'ouvrir une Ex- 
position interna- 
tionale. 

La Chambre 
syndicale reste 
sans pouvoir sur 
son ex-entrepre- 
neur de Chicago, 
qui ne semble 
pas disposé à re- 
venir de sitôt en 
France. 

Plusieurs né- 
gociants et fabri- 
cants de Calais 
qui avaient dû, 



^^' 




Dentelle fine, coton. (Durqucr-Bue([ucl, 1.S9G. 



Réhabilitations. 



par suite de difficultés d'affaires, suspendre leurs paiements et être 
déclarés en faillite, obtiennent leur réhabilitation devant la cour 
d'appel de Douai, après avoir désintéressé leurs créanciers; 
notamment MM. Celle frères et Benaux, fabricants de tulles. 

M. R. CuiLLEN LoPEZ, industriel à Alicante (Espagne), offre à la Machine espag^noie à 

fabriquer la dentelle. 

Chambre des fabricants, par l'intermédiaire de la Chambre de com- 
merce, de lui céder le monopole d'une machine à fabriquer la dentelle, 
inventée et construite par M. Julio de Vargas Machuca. 

Quelques échantillons des dentelles produites par cette machine 
sont envoyés en communication ; mais, après examen, et tout en 
reconnaissant que l'invention est intéressante, il est établi que son 



504 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Syndicats de fabri- 
cants pour l'expor- 
ta tion. 



Projet de loi concer- 
nant l'impôt sur le 
revenu. 



Musée social. 



exploitation industrielle ne présente pas d'avantages et qu'il n'y a pas 
là non plus une concurrence bien à craindre pour le métier Leavers. 

Il n'est pas donné suite à cette proposition. 

M. le Ministre du commerce signale le rapport de M. Regnaith 
sur l'organisation de syndicats de 
fabricants, en vue de créer et d'or- 
ganiser, à frais communs, des tour- 
nées de commis-voyageurs à l'étran- 
ger. 

L'attention des fabricants de den- 
telles de Calais est attirée par la voie 
de la presse sur ce rapport, qui se 
trouve reproduit au Moniteur officiel 
du Commerce du 7 mai 1896. 

La Chambre syndicale des fabri- 
cants de tulles et dentelles de Ca 
lais, invitée à donner son avis sur le 
projet de loi concernant Vimpût sur 
le revenu, se déclare tout à fait hostile 

à ce projet et joint sa protestation à celle déjà envoyée par la 
Chambre de commerce à M. le Président de la Commission du 
budget. 

Elle expose et développe, dans un rapport spécial, les raisons qui 
ont déterminé sa conviction. 

La Chambre des fabricants entre en rapport avec le Musée so- 
cial, créé par M. le Comte de Chambrun, reconnu d'utilité publique 
par décret, en date du 31 aoiU 1894, et dont le siège est à Paris, rue 
Las-Cases. 

M. le Comte de Seillag, délégué de cette institution, vient à Calais 
conférer avec le Président de la Chambre syndicale sur la question 
ouvi'ière, au sujet des grèves, des tarifs et des autres points qui 
divisent le syndicat patronal et le syndicat ouvrier. 




NdincUe machine à dentelle, 1S9G. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 505 

La question du remplacement de l'Agent consulaire de France, Consulat français à 

Nottinyham. 

sujet anglais, à Nottingham, par un vice-consul de nationalité fran- 
çaise est reprise avec vigueur. 

Des démarches sont faites par M. le Président de la Chambre des 
fabricants, d'accord avec M. le Président delà Chambre de commerce, 
d'abord à Londres, au Consulat général; à Paris, à la Direction des 
consulats, et, ensuite, auprès de M. H. Boucher, député, rapporteur 
général du budget. 

Il est démontré que la nomination d'un vice-consul de carrière 
dans le puissant district de Nottmyham s'impose; que V Allemagne et 
les Elals-Unis y sont sérieusement représentés et que la France doit 
faire comme ces deux grands pays, qui attachent la plus grande im- 
portance à la question de leurs agences officielles à l'étranger, surtout 
dans les centres manufacturiers, ne marchandant aucun crédit, à cet 
effet. 

Le Disù'ict de Nottingham comprend plus de 300000 habitants; c'est 
le centre principal de production, en Angleterre, pour la fabrication 
de la dentelle mécanique, de même que Calais se trouve l'être pour 
la France. Il est du devoir étroit d'un gouvernement de protéger le 
commerce et l'industrie et d'aider à leur développement, au fur et à 
mesure que les industries rivales, à l'étranger, progressent et se 
transforment. 

Il est donc nécessaire que la France ait dans cette région un 
représentant officiel ayant qualité pour défendre efficacement 
nos nationaux et pour la renseigner utilement au point de vue 
industriel. 

Avec beaucoup d'autres arguments, un rapport dans ce sens est 
présenté de nouveau à M. Henry Bouchkr, devenu depuis ministre 
du commerce. 

La requête des fabricants de Calais est accueillie partout avec la 
meilleure volonté et la plus grande bienveillance; mais il paraît que 
les crédits manquent au Département des affaires étrangères et que 



506 



L'INDUSTRIE DES TQLLES 



Chambre de com- 
merce française de 
Cliarleroi. 



Société d'exportation 
des produits fran- 
çais. 



Trafic des échantil- 
lons de nouveautés. 



c'est au Parlement qu'il y a lieu de s'adresser, pour obtenir satisfac- 
tion. 

Des efforts vont être faits pour intéresser les députés de la 
région à cette question. 

La Chambre de commerce française de Charleroi renouvelle encore 
cette année, mais à 
titre de don, pour la 
Chambre des fabricants 
et par l'intermédiaire 
du Musée industriel de 
Lille et de la Chambre 
de commerce de Calais, 
l'envoi d'une collection 
de dentelles de fabrica- 
tion allemande et an- 
glaise. 

La Société d'exporta- 
tion des produits fran- 
çais s'est enfin décidée à attraire en justice, devant le tribunal de 
commerce de la Seine, l'un des fabricants à qui elle avait fait sous- 
crire des engagements pour trois années et qui, sur le conseil de 
la Chambre syndicale, ont refusé le paiement de la première prime. 

La Société a été déboutée de sa demande et de ses droits. Ce pro- 
cès était le point de départ de beaucoup d'autres, et son heureuse 
issue offre d'autant plus d'importance qu'elle met à l'abri tous 
les autres souscripteurs qui s'étaient laissé entraîner dans cette 
malheureuse affaire. 

Des plaintes parviennent de divers côtés à la Chambre des fabri- 
cants de Calais, pour lui signaler le commerce illicite qui se fait sur 
cette place avec les échantillons de nouveautés de la fabrique de 
Calais et l'indélicatesse de certains employés infidèles qui, moyen- 
nant rétribution, se livrent au trafic honteux d'envoyer ces échantil- 




Dentelle imitation Valenciennes. (Henri Hénon, 1896. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



507 




Tulle voilette perlé. 
(Desprcs frères, 189H.) 



Ions à nos concurrents étrangers, au fur et à mesure qu'ils pa- 
raissent. 

D'autres vendent des collections qu'ils ne rougissent pas de sous- 
traire dans les maisons de commission qui les occupent à des mar- 
chands de matériaux de Paris, et ceux-ci les font parvenir régulière- 
ment à une clientèle qu'ils possèdent à Nottingham. 

Le premier moyen d'empêcher, ou tout au moins d'enrayer, cette 
vile spéculation, est d'abord de faire dé- 
poser et enregistrer, en Angleterre, les 
dessins nouveaux. Le coût de ces dépôts 
n'est pas très élevé et c'est une garantie 
certaine contre les copies serviles et les 
contrefaçons. 

Toutes les mesures possibles vont en 
outre être employées pour tâcher d'em- 
pêcher ce trafic de prendre de l'extension ou, tout au moins, pour 
en atténuer le plus possible la honteuse pratique. 

Il vient de se constituer tout nouvellement à Calais, à côté de syndicat des dessi- 
Y Union commerciale des employés et dessijiatcws, qui n'est autre 
qu'une société de secours mutuels, un autre syndicat composé uni- 
quement de dessinateurs, metteurs en carte, qui se sont entendus 
pour ne plus faire d'élèves, afin de ne pas augmenter le nombre des 
membres de la corporation et, par suite, essayer de ramener aux 
anciens cours élevés les prix des appointements, ou ceux à la barre, 
qui leur sont actuellement accordés. 

Dans le même but, ils se proposent de faire une campagne contre 
le Cours rminicipal de mise en carte qui a donné, jusqu'ici, des résul- 
tats satisfaisants. En tout cas, il est acquis que cette école met le 
pied dans l'étrier aux jeunes gens intelligents qui montrent des dispo- 
sitions et leur donne les moyens de se parfaire eux-mêmes et de 
rendre beaucoup plus de services dans les cabinets de dessin des 
fabriques qui les emploient déjà comme pointeurs. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Remboursement des 
droits de douanes 
sur les dentelles co- 
ton exportées. 



Plauen et son indus- 
trie. 



La Chambre des fabricants proteste contre ces tendances fâ- 
cheuses et combat cette prétention qu'elle trouve imprévoyante et 
dangereuse au premier chef, pour l'avenir. 

Le Comité consultatif des arts et manufactures a enfin pris une 

décision au sujet du 
remboursement des droits 
de douanes sur les den- 
telles Valenciennes ex- 
portées. 

Afin de rendre plus 
faciles et plus expédi- 
tives les opérations de 
la ristourne, l'adminis- 
tration, se basant sur 
l'ensemble de la compo- 
sition des types fournis 
par la Chambre syn- 
dicale, a pris comme 
moyenne des cotons retors employés dans la composition de cet 
article, le n° 151 et fixé le remboursement au prix de 403 francs 
les 100 kilog. 

Mais comme, depuis quelque temps, il s'exporte des valenciennes 
de qualité beaucoup plus commune pour lesquelles des filés plus gros 
sont employés, les bureaux de douanes opposent, pour ces dernières, 
certaines difficultés qui nécessitent souvent l'intervention des experts. 
Il faut que cette question soit élucidée et c'est ce que le Comité de 
la Chambre des fabricants s'occupe de résoudre en ce moment. 

Il est quelquefois bon de bien connaître ses adversaires, et c'est 
pourquoi il n'est peut-être pas inutile de dire quelques mots de 
Plauen et de son industrie. 

Plauen est l'un des centres industriels les plus importants de la 
Saxe et même de toute l'Allemagne. La région ne comprend pas moins 




Imitation Valenciennes. (Léon Bélart, 1896.) 




ET DENTELLES MÉCANIQUES. 509 

Aq ^^^ fabriques de broderies à la navette, desservies par 6280 ou- 
vriers. 

On ne s'y borne pas à faire de la broderie ou de la dentelle à la 
machine; on y fait aussi de la dentelle à la main, au fuseau et au 
tambour. 

La situation de cette industrie est en ce moment très prospère et 
les Etats-Unis lui envoient des commandes considérables. 

Elle produit des entre-deux en mousseline, des imitations de den- 
telles ^Alencon, de Malines et de 
Bretonne, se rapprochant beaucoup 
des types originaux. 

Paris et toutes les grandes villes ,,. ,. ,■ n .v.oK^ 
de l'Europe sont ses tributaii'es. 

Plauen cherche encore à développer et à étendre ses moyens de 
production pour pouvoir résister à sa puissante rivale : l'industrie de 
Saint-Gall. 

Déjà en France à Calais, et dans quelques autres villes, a-t-on in- 
troduit le métier à broder avec un commencement de succès. 

La Pologne russe, qui possède déjà un certain nombre de métiers 
Leavers, à Varsovie et dans les environs, cherche à introduire aussi 
des métiers à broder et embauche des ouvriers pour les faire mar- 
cher; ce qui inquiète beaucoup le monde industriel de Plauen. 

Ce dernier marché a exporté, en 1894, pour 7 494000 kilog. de 
dentelles diverses, d'une valeur de 18580000 francs, et en 1895 
pour 7960000 kilog , d'une valeur de 19155000 francs. 

Calais se monte petit à petit d'un bon matériel et vend toute sa 
production; ce qui est d'un bon augure pour le développement de 
cette nouvelle branche de fabrication. 

M. ^cAerman??, ingénieur civil et chimiste breveté, propose à la Teintures et apprêts. 
Chambre des fabricants de Calais de faire gratuitement, dans le local 
de l'Association, un cours de chimie appliquée à la teinture et particu- 
lièrement aux apprêts. Le Comité agrée volontiers cette proposition. 



510 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Question des ncgo- 
ciants-com mission- 
naires qui font l'a- 
briquer. 




Mignardise, (Léon Bomy, 1896.) 



étant donnée l'importance qu'il convient d'attacher à ce genre d'in- 
dustrie pour le fini et la perfection des articles de la place. 

Plusieurs conférences auxquelles ont été convoqués tous les adhé- 
rents fabricants, teinturiers et apprèteurs, ont lieu dans le hall de la 
Chaaibre, en présence de plusieurs professionnels qui tirent profit des 
opérations et expériences qui sont faites devant leurs yeux. 

Le compte rendu de ces réunions est publié dans le Bulletin de la 
Chambre syndicale. 

On parle beaucoup sur la place de la façon d'opérer de certains 

acheteurs, en ce qui concerne les 
engagements de séries, et du pré- 
judice que causent à la place les 
négociants-commissionnaires qui 
se livrent à la fabrication et qui 
deviennent ainsi les concurrents directs de ceux dont ils reçoivent 
les échantillons et les collections de nouveautés. 

Cette question passionne tout le monde et l'on n'entend parler par- 
tout que de réformes urgentes et de dispositions indispensables à 
prendre, en vue des intérêts delà fabrique. 

La Chambre syjidicale, assaillie de demandes en ce sens, est mise 
en demeure d'avoir à réunir ses sociétaires pour leur permettre de 
prendre des résolutions viriles à cet égard. Un mouvement de résis- 
tance paraît vouloir s'imposer. 

Le Comité étudie, discute et examine sous toutes ses faces cette 
question irritante, bien difficile à résoudre. 

Plusieurs fabricants, créateurs de nouveautés et qui remettent 
naturellement chaque saison leurs collections aux maisons de com- 
mission, apprennent bientôt que des séries, très similaires aux leurs, 
sont fabriquées et offertes aux acheteurs, en concurrence avec les 
séries originales. 

D'autre part, les négociants-commissionnaires déclarent simple- 
ment qu'ils ont été amenés à modifier leur genre d'affaires et obligés 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



511 




d'en arriver à avoir en propriété des séries engagées ; d'abord, à 
cause de la concurrence désastreuse que se font entre elles les mai- 
sons de commission et aussi, par ce fait, qu'un assez grand nombre de 
fabricants ont des agents partout, dans les petites villes, comme dans 
les grandes, vendant à la clientèle de 3'= et de i' ordre en France et à 
l'étranger, à leurs prix 
et à leurs escomptes. 

Quelques assem- 
blées générales ont 
lieu ; — divers projets 
sont présentés et dis- 
cutés, et, pour en ter- 
miner, un Groupe de 
défense est constitué 
avec mission de s'en- 
tendre et de conclure 
une convention avec 
les négociants-commissionnaires ; — un Comité exécutif est 
chargé d'élaborer les termes de cette convention. 

Une très ancienne maison de commission, qui exploitait jusqu'à 
l'abus le système faisant l'objet du différend, est mise en interdit par 
la grande majorité de la fabrique. Elle se trouve ainsi dans l'obligation 
de cesser son genre d'affaires ; ses diverses contremarques s'étant 
aussitôt dispersées, pour confier leur représentation à d'autres mai- 
sons. Cette situation l'amène à ne plus faire que de la fabrication à 
façon exclusivement ; mais alors dans des conditions normales, contre 
lesquelles il n'y a plus à récriminer. La mise en interdit prononcée 
contre elle est levée quelques semaines plus tard. 

Comme il vient d'être dit, un Groupe de défense composé d'un Groupe de défcns 
nombre important de fabricants s'est constitué pour la sauvegarde des 
intérêts de la fabrique de Calais. 

Ce groupe a adopté, et chacun de ses membres a signé indivi- 



Entre-deux Malines. (Gustave Xoyon. 1896.] 



512 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



duellement, les termes d'une convention votée eu assemblée géné- 
rale. 

Un Comité provisoire a été nommé et, plus tard, à la suite d'une 
nouvelle réunion, remplacé par une commission définitive prise 
parmi 36 membres qui doivent se succéder par tiers, à tour de 
rôle. 

Cette 1" Commission executive s'est réunie et, après discus- 
sion, a décidé la mise 
iiï«i"<ï»îiS 1 SK:555«ftWftK«ï*-.B en vigueur de la con- 
vention , à partir du 
1" septembre 1896. 
Elle s'est déclarée en 
permanence, pour étu- 
dier toutes les questions 
pouvant se rattacher aux 
intérêts généraux de la 
place, ainsi que les pro- 
positions qui pourront 
lui être soumises pour 
des cas particuliers. 
La Commission 
executive réunit les signataires de la ligue de défense, tous les 
lundis de chaque semaine, dans le hall de la Chambre syndicale, 
pour avoir leur avis sur les points les plus urgents dont elle s'oc- 
cupe. 

Elle a mission, en dehors de tout esprit de provocation ou d'into- 
lérance systématique, de ne plus laisser se pratiquer les nombreux 
abus qui excèdent et ruinent la fabrique. 

Dès son entrée en fonctions et après plusieurs tentatives de négo- 
ciation restées sans effet, elle met en interdit, en tant que négo- 
ciant-commissionnaire, l'une des plus importantes et des plus 
anciennes maisons de la place. 




Dentelle Malines. (Gustave Noyon, 1896.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 513 

Cette maison se trouve, de ce fait, dans l'obligation de liquider 
immédiatement ses affaires de commission. 

De fréquentes réunions du Comité de la Chambre syndicale ont 
lieu parallèlement avec celles de la Commission executive du Groupe 
de défense. Ces séances sont consacrées à l'étude des mêmes ques- 
tions, toutes les décisions devant être arrêtées d'un commun 
accord. 

Une résolution très ferme est donc prise par la Commission 
executive du Groupe de défense au sujet des séries engagées, des 
soldes opérés entre saisons et de la concurrence faite à la fabrique, 




Eiili'c-deux \'aloiu'iL'iiiK's, iniiillc ronde. 
(Henri Ilcnon, 1.S93.) 

sur les grands marchés, par plusieurs négociants-commission- 
naires. 

Avant de mettre ses décisions à exécution, elle décide de tenter 
un accord avec toutes les maisons de commission de la place dans 
une réunion provoquée à cet effet. 

Cette réunion a lieu, un peu froide et réservée tout d'abord; — 
cordiale et très ouverte ensuite. Après plusieurs séances, une con- 
vention pour deux années est signée entre les négociants-com- 
missionnaires d'une part et les délégués du Groupe de défense 
d'autre part. — L'Assemblée générale du groupe sanctionne ensuite 
par un vote l'adoption de cette convention ; en voici les termes 
exacts : 



33 



514 L'INDUSTRIE DES TULLES 



GROUPE DE DEFENSE 

des fabricants tic tulles et dentelles de Calais. 



COIVVEI^TIOIÏf 

Entre les soussignés : 

MM. les négociants-commissionnaires, d'une part, et MM. les fabricants 
de tulles et dentelles, d'autre part. 
Il a été convenu ce qui suit : 

Article premier. — MM. les négociants-commissionnaires prennent l'en- 
gagement de ne plus faire d'affaires qu'à la commission et s'interdisent for- 
mellement, d'accord avec le Groupe de défense des fabricants de Calais, soit 
d'engager des séries, soit de faire fabriquer pour leur propre compte, c'est- 
à-dire de présenter à la vente des collections en concurrence avec la fabrique. 

Il reste néanmoins entendu que leurs clients ou acheteurs pourront 
engager des séries pour les besoins de leur propre vente. 

Art. 2. — Ainsi qu'il a été dit jDour les maisons de commission, toute 
maison d'achat, faisant fabriquer pour son compte, en concurrence avec la 
fabrique, sera mise en interdit. Elle pourra, cependant, comme les acheteurs 
des maisons de commission, engager des séries pour sa propre vente. 

Par compensation, et pour donner satisfaction, dans la mesure du pos- 
sible, au désir exprimé par MM. les négociants-commissionnaires soussignés, 
plus de 80 membres du Groupe de défense s'engagent, par déclaration signée, 
à ne jjas avoir d'agents sur les marchés de l'Allemagne et de l'Autriche. 

Art. 3. — MM. les fabricants, après la remise de leur relevé, seront auto- 
risés à pouvoir faire traite sur les maisons de commission de la place avec 
lesquelles ils auront traité. 

Pour celles de ces maisons qui préféreraient payer comptant, la retenue 
pour avance ne pourra être supérieure à 1 pour 100; même pour les règle- 
ments opérés aussitôt après la livraison des marchandises. 

Art. 4. — • MM. les négociants-commissionnaires s'engagent à ne traiter 
aucune alTaire avec les maisons mises en interdit, tant que cet interdit n'aura 
pas été levé. 

Art. 5. — La présente convention aura la même durée que celle qui lie 
entre eux les membres du Groupe de défense. 

Calais, le 5 mai 1897. 

Ont signé : MM. les négociants-commissionnaires : 

Hevmann et Alexander ; Stevenson et Stavenhagen ; Simon May et C''" ; 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 515 

NoETHER et Bonne ; Thomas Adams et G'", Limited ; Strauss et C"^ ; Ch. Ser- 
GEANT ; Boucher et Belz; Salmon-Lumlev ; Orner Denquin ; Léon Deguines ; 
H. Lange; J. Brenner ; Henri Laporte ; A. Lemaitre; Ebersbacii. 

Ont signé : MM. les membres de la Commission executive. 

Une deuxième maison de commission est encore mise en interdit 
par la Commission executive du Groupe de défense. Comme la pre- 
mière, contre laquelle les mesures ont été prises, elle se trouve devoir 
liquider ses affaires de représentation et devient exclusivement mai- 
son de fabrication, sans matériel, avec métiers engagés. 

Le Syndicat ouvrier « l'Union », apprenant ces mises en interdit 
de négociants faisant fabriquer, 
offre à la Chambre syndicale de HS^S^^SS 



^fgSfrn» iSisiii* VeeSL snMS , 



l'aider et de la seconder dans 
cette voie, en empêchant ses 
adhérents de travailler pour les 
façonniers qu'ils occupent et, en 
tout cas, propose son concours 
sans lequel, dit-il, modestement, ,r , • ,. n, „,,„ 

i ' ' ' Valcncicnncs line, maille ronde. 

il est à peu près certain qu'on ne (Henri iiénon, isoe.) 

réussira pas complètement. 

La Chambre renvoie « l'Union » à la Coimnission executive du 
Groupe de défense, seule compétente pour répondre aux propositions 
qui lui sont faites. 

La Commission répond qu'elle a pu opérer seule, au nom du 
Groupe de défense pour l'exécution des décisions prises et qu'elle 
refuse la collaboration inutile qui lui est offerte. 

A propos de quelques difficultés d'ordre intérieur et du renvoi Grève douviièics. 
d'une contremaîtresse de raccommodage, une grève d'une tren- 
taine de raccommodeuses se déclare dans les ateliers d'une des plus 
honorables et des plus importantes maisons delà place ; une de celles 
qui paient et qui ont toujours payé les plus hauts prix. Cette grève, 
soutenue et encouragée par le Syndicat ouvrier « l'Union », dont le 



51G L'INDUSTRIE DES TULLES 

principe est d'entretenir l'agitation, prend des proportions telles que 
des milliers de personnes, excitées et poussées à manifester, 
envahissent pendant plusieurs jours les abords des ateliers en 
grève. 

Les conséquences de ces troubles inutiles sont, [que toutes les 
ouvrières de la maison en question perdent leur place sans rémission, 
malgré tous les efforts que beaucoup d'entre elles font ensuite pour 
essayer de rentrer, sans conditions. 




Imitation Bruges. (Franccs frères, 1S9G.) 

Contrefaçons. Copies De uombreux cas dc cop'ies de dessins ou de contrefaçons d'ar- 

ciG dessins 

ticles sont fréquemment soumis à l'arbitrage du Comité de la 
Chambre syndicale qui règle ces différends, évitant ainsi aux inté- 
ressés des frais élevés de procédure et de grandes pertes de 
temps. 

La Chambre reçoit à l'occasion de ces circonstances et de beau- 
coup d'autres, où elle intervient, dc nombreuses lettres de remer- 
ciements et de témoignages de gratitude et de reconnaissance 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



517 



qui constituent pour elle des archives précieuses, dont elle est 
justement fière. 

La visite en France de l'Empereur et de l'Impératrice de Souvenir offcit à ll. 

MÏVI. 1g czcir et 

Russie étant officiellement annoncée, les présidents des groupes rimpératrice de 

,. 1 Tx • 1 ' • I 4 ' 1 Russie par le coni- 

syndicaux de Pans se sont reunis et ont pense que le commerce merceeti'industrie 
et l'industrie du pays devaient en cette circonstance affirmer leur 
patriotique sympathie à \ami de la France qui aide si puissam- 
ment au maintien de la paix européenne. 

Un appel est fait à tous les commerçants et industriels français 
pour les inviter à prendre part à une souscription destinée à offrir 
à Leurs Majestés un souvenir de leur passage en France. 

L'Association syndicale des fabricants de Calais donne immé- 
diatement son adhésion et délègue plusieurs de ses membres 
pour la représenter à la cérémonie de l'inauguration du pont 
Alexandre III, où doit se faire la remise du grand vase artis- 
tique de Froment Meurice offert à LL. MM. le Gzar et 
l'Impératrice. 

Le Comité de la Chambre des fabricants de dentelles de Calais 
prévient ses sociétaires d'avoir à se défier du système peu hon- 
nête d'opérer de certains esquisseurs publics qui trouvent le 
moyen de vendre plusieurs fois la même esquisse, en y appor- 
tant quelques petits changements insignifiants. De là, des contre- 
façons involontaires qui ne sont pas toujours de la faute entière 
du fabricant. 

La Commission executive du Groupe de défense a le devoir 
tout tracé de mettre en interdit, après les avoir prévenus, les es- 
quisseurs connus pour se livrer à ce genre de trafic. On affirme 
qu'un esquisseur parisien a vendu ainsi sept ou huit fois une 
même esquisse importante de volant. 

Les fabricants sont de nouveau invités à exiger, sur toute es- 
quisse achetée par eux, l'inscription de la date de livraison et la 
signature du vendeur. 



Esquisseurs et 
fabricants. 



518 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Syndicat des teintu- 
riers et apprêteiirs. 



Remonteurs et 
movenneurs. 




Entre-deux Valenciennes. (Henri Hénon, 1S96. 



La Chambre des fabricants est avisée que les teinturiers et 
apprèteitrs, tous membres honoraires de l'Association, viennent 
de se constituer en syndicat. 

Le hall de la Chambre est mis à leur disposition pour la tenue 
de leurs séances. 

Une question capitale, qui appelle depuis longtemps l'attention 
du Comité de la Chambre syndicale des fabricants, est celle des 

« remonteurs » dont l'é- 
tat moral est véritable- 
ment déplorable à tous 
égards. De nombreux 
faits, connus de tous, 
démontrent combien il 
serait urgent de re- 
chercher les moyens 
d'arriver à réformer et 
à améliorer les mœurs, l'état d'esprit et les sentiments généraux 
de cette jeune et intéressante partie de la classe ouvrière. Il y a 
là une œuvre saine et utile à accomplir. Le Comité engage ses 
adhérents à réfléchir aux moyens d'apporter remède à un état 
de choses qui touche les familles autant que la fabrique elle- 
même. 

Les premières dispositions à prendre seraient certainement d'in- 
téresser davantage ces jeunes gens aux détails de la fabrication 
pour arriver à faire, dans un temps donné, des ouvriers moyan- 
neurs, avec les plus courageux et les plus intelligents d'entre eux. 
C'est une question d'entente avec les ouvriers, dont il est es- 
sentiel d'obtenir le concours. 

Peut-être serait-il bon de leur adjoindre un remonteur chef 
qui aurait pour mission de les surveiller, de les moraliser et de 
les empêcher de se corrompre les uns les autres. 

On arriverait ainsi à former des ouvriers pratiques, graduel- 



ET DENTELLES M EGA NIQUES. 



519 



Chevaliers d'in- 
dustrie. 



lement familiarisés avec la machine sur laquelle ils doivent tra- 
vailler un jour, lorsqu'ils seront arrivés à l'âge d'homme. 

Il est donné connaissance à tous les fabricants adhérents de 
l'opinion émise par le Comité, sur cette question des plus inté- 
ressantes. 

La Chambre des fabricants met en garde ses sociétaires contre 
les agissements d'un certain nombre de chevaliers d'industrie qui 
cherchent à exploiter la place. C'est une espèce de bcmde noire 
disséminée dans plusieurs grandes villes de l'Europe. 

Ces faiseurs transmettent des demandes d'échantillons, sur du 
papier de commerce à en-têtes, avec des raisons sociales imagi- 
naires, essayant d'obtenir des marchandises de ceux qui sont 
assez légers pour ne pas se renseigner suffisamment sur la va- 
leur commerciale de ces correspondants interlopes. 

h' Association générale des tissus et des matières textiles, qui Médailles et dipiô 
comprend la Chambre syn- 
dicale des tulles et dentelles, 
organise une nouvelle distri- 
bution de récompenses, aux 
employés et ouvriers des 
deux sexes travaillant chez 
ses adhérents. 

Pour être admis à con- 
courir, il faut justifier de 
vingt à trente années con- 
sécutives de services dans 

le même établissement. '""''"°" Valenciennes. (Henri Hénon, 1896.) 

Plusieurs fabricants de Calais présentent des Hstes de propo- 
sitions et obtiennent pour leurs employés, ouvriers et ouvrières, 
des médailles et des diplômes. Ceux qui ont plus de trente an- 
nées de services reçoivent la médaille du Gouvernement. 

Le Crédit lyonnais et le Comptoir national d'escompte de Paris Nouvelles banques. 




mes 
aux employés et 
ouvriers des deux 
sexes. 



520 L'INDUSTItlE DES TULLES 

notifient à la Chambre des fabricants qu'ils viennent de créer une 
succursale de leurs établissements à Calais. 
Association des in- M. le Directeur de l'Association des industriels de France 

dustriels de France 

contre les accidents coutrc Ics accideiits (lu travail, accompagné de l'ingénieur repré- 

du travail. i tvt i ... 

sentant dans le Nord cette institution, vient aussi sur place pour 
faire connaître et expliquer de nouveau le fonctionnement de cette 
Société, dont le but est de prévenir les accidents du travail dans 
les ateliers, usines et manufactures. 

Cette Association ne s'occupe en aucune façon d'assurances. 
Elle a pour unique objet de réduire, au minimum, le nombre des 
accidents du travail et elle a pu jusqu'ici atteindre ce résultat 
dans la proportion de 45 à 50 p. 100. 

Au point de vue humanitaire et au point de vue de leur res- 
ponsabilité personnelle, les patrons ont le plus grand intérêt à 
faire partie de cette association. 

La prime annuelle d'assurances est souvent d'autant plus ré- 
duite, par les compagnies, que 
les mesures de sécurité et de 
précaution sont plus sérieusement 
, ,^ , „ , prises. Le rôle de l'Association 

Lacet. (Léon Boniy, 1896.) ' 

est de guider les chefs d'établis- 
sement pour que les risques d'accident soient diminués dans toute 
la mesure du possible. 

Les visites des ingénieurs, leurs conseils et leurs indications 
restent maintenues dans les limites de la bonne pratique, en 
s'inspirant de l'obligation de ne pas gêner le travail et de ne 
pas occasionner de trop grosses dépenses. 

Les industriels trouveront donc utile de faire partie de ce vé- 
ritable syndicat de jorévoyance au milieu duquel leur devoir et leur 
intérêt les appellent. 
Question ouvrière à II cst toujours qucstion de la revision générale du tarif; 

Calais. Groupe de i i • i i- 

défense. c est la marolle du moment, surtout dans le sein du syndicat 




ET DENTELLES MECANIQUES. 5=21 

r « Union » qui élabore, à jet continu, le fameux tarif dit : de 
Nottingham. 

- Là revision du tarif de 1890, toujours appliqué, se fera peut- 
être un jour; mais le moment n'est pas encore venu. On se con- 
tente pour l'instant de réglementer le mieux possible, sur les 
bases anciennes, les prix des articles qui se produisent actuel- 
lement sur place. 

Pourquoi le syndicat des tullistes 1' « Union » s'occupe-t-il 
de vouloir faire accepter un tarif nouveau, alors qu'il paraît, ou 
indifférent, ou impuissant, quant à faire respecter, par ses mem- 
bres ouvriers, l'ancien tarif de 1890 généralement admis et ac- 
cepté en fabrique? 

Malheureusement certaines maisons, et principalement les façon- 
niers, profitent de cette espèce d'abandon pour payer des prix 
du rack très réduits et tout à fait insuffisants; faisant par ce 
moyen, pour certains articles, une concurrence désastreuse à ceux 
qui fabriquent les mêmes genres. 

On fait appel à la Chambre des fabricants et on lui demande 
si elle pense laisser s'éterniser une pareille situation. Va-t-elle 
rester désarmée contre ceux qui 
ruinent la place et qui semblent se 
jouer d'elle? Et puisqu'on est bien ^^^j^^^gi 
arrivé à traiter avec les Négociants- , , ,, . „ , 

^ Lacet. (Lcon Boniy, 1890.) 

commissionnaires, ne pourrait- on 

pas, de même, mettant tout amour-propre de côté, s'aboucher 
aussi avec les syndicats ouvriers et s'entendre avec eux pour 
adopter une règle et des prix uniformes pour tous? Ne serait-ce 
pas ainsi faire preuve de bonne politique? 

Il s'agit de conjurer un danger et si l'on pouvait arriver à 
imposer un tarif de p'ix de façon, unique et général pour la place, 
il se produirait sans doute, tout d'abord, une grande gêne pour 
ceux qui se laissent bêtement exploiter et qui n'arrivent à mar- 




)22 L'INDUSTRIE DES TULLES 

cher qu'en raison des prix infimes qu'ils paient aux ouvriers; 
mais le mal serait d'une seule fois. coupé dans sa racine. 

Le Groupe de défense se réunit; un vif débat se produit à 
ce sujet et la Commission executive est autorisée à entrer en 
pourparlers avec les syndicats ouvriers. Des délégués sont nommés 
de part et d'autre et, après une première réunion, la convention 
ci-après est adoptée et signée : 

Commue conséquence de la décision prise dans la réunion du Co- 
mité, le 31 octobre 1896, l'accord suivant est intervenu entre les 
délégués du Groupe de défense et ceux des syndicats ouvriers. 

Ze 12 décembre 1896 se sont réunis : 

1° D^Mie part : les délégués soussignés du Groupe patronal de 
défe)ise agissant au nom de ce groupe; 

Après discussion sur la question d'un tarif unique (tarif de 
1890) à imposer à la fabrique calaisicnne; 

2° D'autre part : les délégués du syndicat f « Union » des 
tîillistes agissant an nom de ce srjndicat, il a été décidé ce qui 
suit : 

i" Le Coinité de V « Union » s engage d'abord à exiger de ses 
adhére?its qu'ils ne travaillent que chez les fabricants payant ledit 
tarif. Ce tarif sera complété d'un commun accord pour les articles 
parus depuis 1890. 

// s'engage ensuite à mettre à /'index, dans des conditions qui 
seront ultériem^ement fixées, le% fabricants qui se refuseraient à ap- 
pliquer le susdit tarif; 

2° Les délégués du Groupe de défense s'engagent par contre, 
au nom de leurs adhérents, à appliquer ledit tarif dans leurs 
ateliers. 

Ces engagements réciproques sont pris aux conditions suivantes : 

L « Union » sévira contre les membres de son syndicat qui 
refuseraient de se conformer aux conditions de cet arrangement. 

Le Groupe de défense appliquera V article 5 de la Convention 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



523 



du 1" septembre aux fabricants qui manqueraient aux engagements 
souscrits. 

Cette Convention ne sera définitive et ne commencera à recevoir 
son exécution qu'après la remise réciproque : 

1° D'une part : par le Comité de l'Union au Comité de dé- 
fense;, d'une délibération de l'assemblée générale du syndicat ou- 
vrier approuvant les actes de son Comité; 

2° D'autre part : par le Comité de défense au Comité de 
l'Union, de la liste 
des fabricants adhé- 
rents à la présente 
convention. 

La même conven- 
tion a été signée 
par les délégués des 
deux autres syndi- 
cats ouvriers : 

La « Chambre syn- 
dicale des ouvrie7's 
tullistes » et le « Syn- 
dicat des indépen - 
dants » . 

Quelques jours 
plus tard, la Conven- 
tion patronale -ou- 
vrière était ratifiée par les assemblées générales des deux syn- 
dicats et prenait force de loi. 

Il n'est bruit que d'un nouveau progrès réalisé dans l'indus- Nouvelle Vaiencien 
trie dentellière. 

Un brevet vient d'être pris par un fabricant de premier ordre, 
pour une nouvelle Valenciennes à maille ronde qui est une imita- 
tion parfaite de la vraie dentelle. 




Application de Bruxelles. (Henri Lcmaitre, 1896.) 



nés à mailles rondes. 
Brevet. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 

Cette invention avait, parait-il, des antériorités. Un autre fa- 
bricant les signale dans une lettre publiée dans les journaux de 
Calais et revendique pour lui-même le droit de fabriquer cet ar- 
ticle qu'il a produit et vendu il y a plusieurs années déjà. 
Des négociations ont lieu à ce sujet. 
Situation des affaires. La reprise des affaires a été à peu près générale pendant le 
premier trimestre de 1896. 

Ces mois d'entrée de saison ont donné lieu à une activité qui 
s'est portée aussi bien sur les genres courants que sur les fantai- 
sies de toutes sortes qu'on paraît même rechercher de préférence. 
Le reste de la période a été calme et sans animation, si ce 

n'est en novembre, au premier 
passage des acheteurs améri- 
cains. 

En résumé, année plutôt mé- 
diocre que bonne ; les deman- 
des pour les Etats-Unis ayant 
-.r , ■ p ,TT TT. leofi^ été fort modérées. Le conti- 

Valenciennes fine (Henri Henon, 1896.) 

nent, tout au contraire, a sem- 
blé vouloir se réveiller pour l'article de Calais. On a beaucoup 
échantillonné et des ordres petits, mais nombreux et renouve- 
lés, sont venus entretenir la fabrication de la place. Le temps est 
passé où le marché de Londres était pour l'industrie calaisienne 
un si beau et si grand débouché. Avec quelle faciUté et quelle 
rapidité se traitaient les affaires, jusqu'au moment où les soldes 
trop souvent répétés et de plus en plus importants, jetés incon- 
sidérément à la tête de la clientèle, sont venus modifier les trans- 
actions, ruiner les cours et faire perdre toute confiance aux 
acheteurs. 

Que de maisons de premier ordre disparues depuis et qui n'ont 
pas été remplacées ! 

La place de Paris elle-même était, à la même époque, bien 




ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



plus sérieuse et plus active qu'aujourd'hui pour les dentelles. 
On pouvait, deux fois par an, aller prendre ses ordres de saison 
sur les nouveautés parues, ou sur les genres courants qui se 
vendaient toujours, avec facilité et certitude. 

On revenait avec une moisson plus ou moins riche ; mais 
presque toujours suffisante pour le large entretien de la pro- 
duction. Aujourd'hui on se contente de vous demander des échan- 
tillons, mais presque jamais de marchandise, à moins qu'elle ne 
soit sûrement vendue à l'avance. 

Les nouveautés n'ont même pas le don d'émouvoir les chefs 
de maison ou de rayon. Des échantillons, beaucoup d'échantillons, 
rien que des échantillons; et surtout qu'on ne s'avise pas de 
vouloir en facturer la moi- _ ^ 

tié. On vous demandera ''' "" '"*""' "" ' ' ' ' ' "^ 

de la marchandise, à con- 
dition, si les clients se 
décident à en essayer. 
Et l'on s'étonne que cer- 
tains fabricants peu fa- 
vorisés essaient d'aller 
chercher des affaires dans 
la clientèle secondaire et 
qu'ils prennent des agents 
un peu partout. 

Les articles qui ont 
été les plus demandés au 
cours de l'exercice sont : 
en première ligne, la 
valenciennes, qui, malgré 
quelques moments d'ar- 
rêt, soutient sa vogue persistante et s'emploie de toute façon en 
blanc, en nuance vraie, en Isujny et beaucoup en petites bandes 




Dentelle soie l'anluisie. (IL Ravisse cl C'% 1806 



526 L'INDUSTRIE DES TULLES 

communes pour ruches, petites bordures et entre-deux pour 
corsets. 

Yiennent ensuite la dentelle coton fond mousseline, le bourdon 
coton, en beurre, à très bas prix, et Y application de Bruxelles, 
en beurre, Champagne et deux tons. 

La Malines sur fins points, en différentes largeurs, surtout les 
basses, employées pour plissés, ruches et bordures. 

Il s'est fait aussi une espèce de dentelle alternée de nuances 
beurre et crème, sur fond noir, ainsi qu'un autre genre nouveau, 
à fond soie mélangé de valenciennes. 

Le Clumj a une tendance à reparaître ; on le demande pour 
certains emplois spéciaux. 

Beaucoup d'essais se font sur ce genre; mais, jusqu'ici, on 
n'a réussi qu'à obtenir un torchon bien fait, qui n'a cependant 
pas été sans succès. 

Les métiers à broder continuent de vendre à peu près toute 
leur production et marchent en plein, avec des ordres abondants, 
donnés par avance. 

Le chantilly mohair, ou tout soie et quelques autres articles 
courants n'ont pas été beaucoup demandés. La cause en est due 
à l'emploi très marqué de la gaze, du tulle Malines, dit Tosca, 
de la mousseline et du crêpe de Chine. 

La mode est très favorable à ces tissus légers. 

Parmi les articles nouveaux, il faut citer quelques imitations 
en crin de cheval, pour chapeaux de dames. Elles n'ont pour 
ainsi dire servi que de matière première destinée à être brodée, 
pailletée ou ornée d'une façon quelconque. 

Le Boléro tout fait, en dentelle brodée, s'est beaucoup vendu 
à Lyon et à Plauen. On commence à essayer de le combiner, 
en article de Calais. 

La Mignardise^ petite bande servant d'entre-deux, a aussi fait 
son apparition. On cite un fabricant qui la traite d'une façon 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 527 

parfaite et à l'entière satisfaction de ceux qui l'emploient; aussi 
ses produits ont-ils une grande faveur dans la consommation et 
les lui copie-t-on de tous côtés. 

Il s'en est vendu toute l'année des quantités considérables 
en crème, en noir, en ciel, en rose et même en fil d'or. 

On s'est emparé de cette jolie petite garniture pour en faire 
toutes sortes de jolies nouveautés qui en ont entretenu le 
succès. 

La voilette marche doucement et n'a pas repris sa vigueur 
habituelle; bien qu'un mouvement très accentué se soit produit 
sur. les friquettes et sur les genres dits Bains de mer. 

Les achats ont commencé à se produire un peu sur le noir, 
sur le chantilly légèrement flosché, sur le chantilly mat chaîne 
et mat bobine et sur les laizes chantilhj à petits motifs. 

La mode parait s'attacher de préférence à tout ce qui est 
fantaisie, sortant du classique. 

On réclame en général de véritables nouveautés et non la ré- 
pétition perpétuelle de tout ce qui se fait depuis longtemps en 
y apportant quelques changements insignifiants. 

On s'étonne que personne ne prenne l'initiative de monter à 
Calais une grande affaire pour la fabrication du tulle uni, 
alors que Nottingham en produit une quantité très considérable, 
vendue à bon cours dans toutes les parties du monde et pour 
toutes sortes d'emplois. 



5 2§ 



I/INDUSTUIE DES TULLES 



1897 



Questionnaires. 



Certificats d'origine 
pour l'Espagne. 



La Chambre des fabricants de Calais, par l'iatermédiaire de 
la Chambre de commerce, de la Préfecture et quelquefois niêuie 
directement du ministère, reçoit chaque trimestre des question- 
naires à remplir pour renseigner l'Administration supérieure sur 

la situation de l'in- 
dustrie et sur beau- 
coup de points qui 
s'y rattachent. C'est 
un travail qu'il n'est 
pas toujours facile 
d'accomplir très exac- 
tement; certains des 
renseignements de- 
mandés ne pouvant 
pas être obtenus 
d'une façon très pré- 
cise chez les fabri- 
cants et les négo- 
ciants. Le secrétariat de la Chambre syndicale s'efforce cepen- 
dant de donner satisfaction dans toute la mesure du possible à 
ces demandes, en répondant pour le mieux, après enquête, à 
chacun des articles de ces questionnaires. 

La Chambre des fabricants est aussi avisée des nouvelles 
formalités exigées pour l'étabhssement des certificats d'origine qui 
doivent accompagner les marchandises exportées en Espagne pour 
lesquelles le bénéfice du tarif réduit est réclamé. 




Application soie. (U. West, 1897.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 529 

Des modèles de ces certificats accompagnent cette notification 
et l'insertion en est faite dans le bulletin mensuel pour servir 
aux intéressés et principalement aux négociants-commissionnaires 
membres honoraires de la Chambre. 

On essaie à Calais l'application sur le métier à broder d'un Métier à broder 

jacquardé. 

brevet pris en 1894 dans le but d adapter une mécanique Jac- 
quard, avec cartons perforés, à l'opération automatique du cadre 
supportant le tulle et, par ce fait, supprimant le travail de 
l'homme spécialement chargé de guider les mouvements du pan- 
tographe. 

Ce système permettrait, paraît-il, d'augmenter la production, 
tout en la rendant plus économique, ce dont il est permis de 
douter. Le métier, en elfet, ne peut pas fonctionner sans un ou- 
vrier qui s'en occupe et qui le suive dans sa marche. On ne 
supprime donc pas complètement l'ouvrier et il est acquis que 
le fait pour le métier à broder de ne pas comporter de frais de 
mise en carte, de barèmes, de perçage de cartons et de carton- 
nages, constitue justement l'un des principaux avantages qu'il 
présente sur le métier Leavers au point de vue économique. 

L'utilité de cette invention reste donc encore à démontrer. 

M. le Ministre du Commerce, saisi, par voie de pétition, d'une Admissions tempo- 
demande tendant à modifier le décret du 25 mars 1892 sur les 
admissions temporaires des tissus de soie pure destinés à être 
teints, imprimés, apprêtés, etc., et ce, afin de rendre plus facile 
la réexportation des tulles de soie écrus de Nottingham, venant 
subir en France un travail de finissage spécial, demande l'avis 
de la Chambre de commerce de Calais. 

Cette demande est transmise au Comité de la Chambre des 
fabricants, qui proteste contre le système des admissions tem- 
poraires en général et celle des tulles, voilettes et friquettes en 
particulier. Il en demande la suppression pour des raisons qu'il- 
développe. 

34 



530 



L'IiNDUSTRlE DES TULLES 



Nouveau régime 
douanier des Etats- 
Unis. 



Le tulle et Li dentelle 
en Chine. 



11 insiste en outre pour que les facilités nouvelles réclamées ne 
soient pas accordées et fait un rapport dans ce sens à la 
Chambre de commerce, avec prière d'appuyer les revendications 
qui y sont exposées. 

A la suite d'une lettre adressée par M. le Ministre du Com- 
merce, avec un document confidentiel qui s'y trouvait joint, le 
Comité de la Chambre des fabricants fait des démarches auprès 
des négociants-commissionnaires de la place et de M. le Consul 
des Etats-Unis pour essayer, dans l'intérêt de l'induslrie des 
dentelles, de prolonger si possible, d'une quinzaine et môme d'un 
mois, la date de l'apphcation du nouveau tarif douanier amé- 
ricain. 

La Chambre de commerce de Nottingham se préoccupe à son 

tour de développer l'exporta- 
tion du tulle et de la dentelle 
mécanique en Chine. Dans les 
rapports adressés par les con- 
suls anglais, à la suite de la 
requête transmise par cette 
Chambre à lord Salisbury, 
on trouve les observations sui- 
vantes : 

A Amon, à Cheefoo, à Chi- 
nkinçj et dans beaucoup d'au- 
tres contrées, il n'y a aucun 
débouché pour la dentelle, qui n'est portée que par les résidents 
étrangers. 

A Canton et dans tout le Macao il s'écoule une certaine quan- 
tité de soldes en tulles, de qualité tout à fait commune. Ces ar- 
ticles sont utilisés pour la plus grande partie par les résidents 
portugais et macaonais qui, étant généralement assez pauvres, 
n'achètent que des marchandises à très bon marché. 




Dentelle coton, point de Paris. 
(Henri Hénon, 1897.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



531 



A Ichang, la dentelle est beaucoup portée par les dames 
chinoises riches. La mode en est toute nouvelle et ne date que 
de deux ou trois ans. Les genres préférés sont une dentelle 
noire de 2 cent. 1/2 à 5 centimètres et les dentelles de cou- 
leur. La question de couleur est très importante en Chine. Le 
blanc et le bleu étant les couleurs de deuil national et une sé- 
vère simplicité de toilette étant de rigueur pour les deuils, la 
dentelle dans ces 
deux nuances ne 
trouverait aucun 
écoulement sen- 
sible. 

Après le noir, 
qui se demande 
beaucoup plus, 
le violet et cer- 
taines nuances 
de gris sont 
d'assez bonne 
vente. Le plus 
souvent l'article 
est tout en co- 
ton, la soie dé- 
passant, comme prix, les moyens de tous, quelques riches indi- 
gènes exceptés. 

A Shang-Haï, la mode de garnir les costumes de femmes chi- 
noises avec de la dentelle est très man^uée et il y a des tendances 
à ce qu'un changement en ce sens se produise dans beaucoup 
d'autres villes du Céleste Empire. 

V Exposition universelle de Bruxelles devant s'ouvrir au mois de 
mai de cette année. M, Ad. Darquer, membre de la Commission 
supérieure, M. Alf. Aincelot, président, et M. Henri Hénon, mem- 




Application soie. (R. West, 1897. 



Exposition univer- 
selle de Bruxelles. 



532 L'INDUSTRIE DES TULLES 

bre des Comités d'admission et d'installation du Comité 23 de 
la section française de cette Exposition, font appel à la fabrique 
de Calais pour l'engager à participer dans la plus large mesure 
à ce concours international et pour affirmer, de nouveau, la supé- 
riorité de ses produits. Un certain nombre de fabricants se font 
inscrire et figurent très honorablement dans les classes 153 et 154 
de la section française qui a eu un très grand succès. 

S. M. le Roi Léopold II est venu plusieurs fois la par- 
courir, exprimant toute sa satisfaction et complimentant plusieurs 
exposants français. 

Au cours de l'une de ces visites, accompagné de M. Heni-i 
Hénon, président de l'Association syndicale des fabricants de 
tulles et dentelles de Calais, S. M. le Roi a dit très gracieu- 
sement qu'il faisait des vœux pour la prospérité de la fabrique 
calaisienne. 

Les récompenses obtenues par les fabricants de dentelles mé- 
caniques sont les suivantes : 

M. Henri Hénon, membre rapporteur du Jury international, 
hors concours. 

Diplôme de grand prix : 

MM. Robert West, E. Davenière et C"; 

Diplôme d'honneur : 

MM. Darquer-Bacqueï, Franges FRÈRES ; 

Médaille d'argent : 
MM. E. CRÈVEcœuR et Cathelain. 

Collaborateurs. 
Diplôme de médaille d'or : 

MM. J. FouRGAUT, maison Darquer-Bacquet ; 



il ! 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



533 



Georges Boot, maison Darquer-Bacquet; 
Ch. Dugez, maison Robert West; 
E. Lancel, » » 

J. RiNGOT, » » 

Prudhomme, maison E. Davenière et G'*' (Limited); 
Alf. Tréfelle, maison Henri Ilénon; 
E. Garpot, • » » 

M"" Maria Deroo, » » 

Diplôme de médaille d'argent : 

. Henri Leroy, maison E. Davenière et G" (Limited). 
Georges Lockwood, maison Frances frères; 
Routier, » » 

Henri Garpentier, maison Henri Hénon. 



Diplôme de médaille de bronze ; 

M. Georges Delpierre, maison Henri Hénon. 

Le remboursement des droits sur les filés de dentelles de coton 
exportées, tel qu'il a été 
octroyé aux fabricants 
de tissus, lors de l'a- 
doption du nouveau ta- 
rif douanier, en com- 
pensation des droits 
protecteurs dont on a 
voulu , assez injuste- 
ment, faire bénéficier 
la filature française , 
commence à produire 
son effet, en ce qui concerne les dentelles de coton. 

Voici l'état des sommes payées, à Galais, par le service de la 




Dentelle Malines coton. (Fi-ances frères, 1897.) 



Remboursement à 
forfait des droits sur 
les iilés des dentelles 

de coton exportées. 



534 L'INDUSTRIE DES TULLES 

douane, pour le remboursement, à forfait, à la sortie, des droits 
sur les filés de coton entrant dans la fabrication des dentelles 
mécaniques. 

A?mée 1892 000f'',00. 

» 4893 6453f%97. 

.) 1894 63271%90. 

» 189o 129906^53. 

» 1896 184413f^93. 

Encore, dans ce dernier chiffre, le solde restant à payer, solde 
sur lequel 23 108 fr. 06 ont été versés en janvier 1897, n'est-il 
pas compris. 

L'étrangeté de cette combinaison, dont le Parlement entendait 
très bien faire bénéficier seulement le prodnclew% consiste d'abord, 
en ce qu'elle ne profite presque exclusivement qu'aux maisons 
d'achat et aux jiégociants-commissionnahes ; 

Ensuite et de plus, en ce que le susdit remboursement se 
fait sur des matières premières filées en France et que le gou- 
vernement se trouve ainsi rembourser 60 p. 100 de droits, qu'il 
n'a jamais, en aucun temps, touchés en réalité. 

C'est en somme payer bien cher et inutilement la protection 
accordée à la filature française qui n'en avait réellement pas 
besoin. 
Application stricte Aussitôt la Convention signée entre le syndicat patronal et le 

Dispositions prisés Syndicat ouvricr, XUnion des tullistes met immédiatement à 
pour le compléter. Y\n^Qx 30 fabricants, la plupart façonniers ne payant pas le prix 
du tarif, et cette décision entraîne la cessation de travail de 
120 ouvriers que 1' « Union » prend à sa charge. Mais des pour- 
parlers sont aussitôt entamés avec les fabricants récalcitrants 
qui ne tardent pas à céder, et la reprise du travail devient gé- 
nérale au bout de quelques jours. 

Entre temps, la Commissioii mixte du tarif se réunit et se met 



ik^ 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



535 



d'accord pour fixer les prix de façon des articles nouveaux parus 
depuis 1890. 

11 reste à régler quelques petites questions concernant le 
rendement étalon de la valenciennes, l'échelle des hauteurs pour le 
chantilly, les règlements d'ateliers et l'exécution de la promesse 




Dentelk- de soie. (MaxLon, Watncy et C'% 18:»".) 

faite, par le Comité de l'Union, de faire adopter, par les ouvriers 
de Caudry, le tarif de 1890 complété. 

Ces derniers points n'ont malheureusement jamais pu être dé- 
finitivement résolus, les délégués ouvriers s'étant montrés opi- 
niâtres au sujet d'un prix de friquettes d'abord adopté, qu'ils 
prétendaient modifier, et sur la fixation des prix intermédiaires, 
pour les différentes hauteurs de l'article Chantilly. 



;36 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Exposition de 1900. 



L'application du tarif à Caudry est également restée une pierre 
d'achoppement pour une solution définitive et les choses en sont 
toujours là, chacun s'en tenant à ce qui a été convenu et res- 
pectant les points sur lesquels on est déjà tombé d'accord en 
attendant une solution définitive. 

Le Comité départemental, pour le Pas-de-Calais, est installé 

par M. le Préfet, dans une réu- 
nion qui s'est tenue à Arras, 
sous la présidence de M. le Dé- 
puté A. RmoT. 

M. Henri Hénon, président de 
l'Association syndicale des fabri- 
cants de Calais, est élu secré- 
taire du Comité. 

Ce Comité se subdivise en 
sous -comités d'arrondissement. 
M. Ad. Darquer, président de la 
Chambre de commerce de Calais, 
est nommé vice-président du 
sous-comité de l'arrondissement 
de Boulogne. 

Dans la liste des noms pu- 
bliés par le Journal officiel^ des 
membres appelés à faire partie 
des Comités d'admission de l'Ex- 
position universelle de 1900, fi- 
gurent, comme appartenant à 
la classe 84 des dentelles, broderies et passementeries : 

M. Ad. Darquer, président de la Chambre de commerce de 
Calais ; 

M. Henri Hénon, président de la Chambre syndicale des fa- 
bricants ; 




Dentelle de soie. 
(Maxton, Watney et C'^ 1S97 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



537 



M. Ed. Franges, vice-président de la Chambre syndicale des 
fabricants ; 

M. E. Davenière, membre de la Chambre de commerce de 
Calais. 

Et maintenant que la fabrique de Calais a en perspective 
cette Exposition grandiose de 1900, chacun doit se faire un de- 
voir d'y songer sérieusement. 

Toutes les puissances industrielles y seront largement repré- 
sentées, surtout l'Angleterre et l'Allemagne ; il faut que la fabrique 

calaisienne occupe dans ces 
grandes assises internationales un 
rang digne d'elle, de son impor- 
tance et de son renom universel. 

L'Association syndicale des Syndicat des fabri- 
„ , . , , • /. / 1 cants façonniers. 

labricants est informée que les 
fabricants façonniers se cons- 
tituent en syndicat spécial, pour 
la défense de leurs intérêts et 
la réglementation des prix de 
façon basés sur l'application du 
tarif de 1890. 
La Chambre des fabricants de Calais fait parvenir au gouver- Loi sur les Conseils de 

t -, ,. Prud'hommes. 

nement un rapport contenant ses remarques et ses observations 
au sujet du projet de loi, concernant les Conseils de Pnidlwmmes 
et dont la Chambre des députés vient d'être saisie. Il importe 
de ne pas laisser les exagérations et les idées fausses se pro- 
duire pour transformer ce tribunal arbitral, auquel il est préfé- 
rable de laisser son véritable caractère. 

Par une lettre insérée dans le Bulletin mensuel de la Chambre Vaienciennes-piatt. 
des fabricants, un membre du Comité expose avec beaucoup de 
clarté et d'évidence tous les avantages que la fabrique de Calais 
pourrait tirer, en affectant une partie de son matériel à la fabri- 




Valenciennes. (Gustave Noyon, 1897.) 



JL 



538 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Contrefaçons. Copies 
de dessin. 



cation de la valencierines-platt, dont l'emploi est universel et par 
conséquent considérable. Les fabricants de Nottingham ont pour 
ainsi dire le monopole de cet article, qu'ils traitent, il est vrai, 
supérieurement; mais, il n'y a pas de raison pour que ceux de 
Calais ne prennent pas aussi leur part de cette production spé- 
ciale qui ne donne quelquefois qu'un bénéfice limité, mais qui 
peut être une ressource sérieuse dans les moments de chômage 
et de morte-saison. 

Des plaintes sans cesse renouvelées parviennent à la Chambre 
des fabricants au sujet des copies de dessins et des contrefaçons 

d'articles dont sont trop souvent 
victimes les producteurs de nou- 
veautés. 

Il est acquis que sur la place 
de Calais, aussi bien que dans 
les centres étrangers, des fabri- 
cants sans scrupule trouvent 
bon de s'approprier ce qui ap- 
partient aux autres, plutôt que 
de se livrer à des recherches 
par eux-mêmes. 

On demande au Groupe de défense de se préoccuper de cet 
état de choses et de prendre des mesures pour la protection de 
la propriété industrielle de ses adhérents. 
M. Marius Vachon. M. Mârkjs Vachon, cuvoyé OU missiou par le ministère des 

Ecole professionnelle ^ , . , . 

et d'art décoratif. Bcaux-Arts, pour faire une enquête sur les industries d art en 
France, vient à Calais prendre des renseignements et étudier la 
question de l'organisation possible d'une grande école profession- 
nelle et d'une réglementation meilleure de l'Ecole d'art décoratif, 
dans un sens plus conforme aux besoins de l'industrie locale. 
M. M. Vachon se rend plusieurs fois à la Chambre des fa- 
bricants pour faire connaître ses idées et entretenir les membres 




Application, (li. West, 1897.) 



I 




Entre-deux Valenciennes fine. 
(Henri Hénon, 1897.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 539 

du Comité des institutions du même genre qui existent à Saint- 
Gall, à Plauen, à Nottingham, Roubaix, Tourcoing, Créfeld, etc. 

Un petit centre de fabrication de dentelles mécaniques se Fabrique de dentelles 

^ mécaniques à 

maintient à Barcelone et trouve à entretenir péniblement 20 a Barcelone. 

25 métiers sur lesquels on en compte à peine une dizaine ayant 
une certaine valeur. La main-d'œuvre est mal payée et le ma- 
tériel assez mal entretenu; ce 
qui rend assez difficile le recru- 
tement des ouvriers. Aussi la 
production est-elle d'autant plus 
limitée. C'est là une concur- 
rence dont il n'y a pas encore 
lieu de s'alarmer. 

Des médailles d'honneur du Gouvernement sont accordées à Distinctions honori- 
fiques. 
M"" Juliette Laugier, employée depuis trente-sept ans dans la 

maison Maxton frères et Watney, et à M. Desrumeâux, employé 
depuis plus de trente années consécutives dans la maison Gail- 
lard et G% fabricants de dentelles. 

M. Henri Hénon, président de la Chambre syndicale des fabri- 
cants, est nommé officier de l'ordre du Cambodge. 

M. Cordier-Levray, fabricant, membre de l'Association syndi- Découpeusc méca- 
nique. 
cale, invente et fait breveter une machine à découper la den- 
telle, dite « décoiipeuse mécanique ». 

Cette machine simple et pratique permet d'enlever rapidement 
et très nettement les découpages que l'ouvrière détache ordinai- 
rement à la main, en se servant de ciseaux, au prix de 4 cen- 
times les mille coups. 

On espère que cette invention pourra rendre de très grands 
services à la place. 

La Chambre des fabricants entre en rapports réguliers avec Association des 

industriels de France. 

r « Association des industriels de France », qui a son siège à 
Paris, 3, rue de Lutèce. 



J! 



540 L'INDUSTRIE DES TULI,ES 

Cette Société présente les meilleures garanties; elle offre des 
conditions très douces aux membres du syndicat, qui peuvent 
retirer les plus grands avantages de leur participation à une 
association de ce genre. Le seul fait d'y être affilié rend beau- 
coup plus faciles et plus courtoises les visites des inspecteurs 
du travail. D'autre part, en cas d'accidents, l'industriel qui s'est 
imposé volontairement un contrôle, pour essayer de les éviter, 
se trouve en bien .meilleure posture devant les tribunaux, par 
cette raison qu'il est admis, comme ayant pris toutes les mesures 
préventives possibles, s'il s'est conformé aux prescriptions de l'Ins- 
pecteur chargé de la surveillance de ses ateliers. 
Chambre syndicale La Chambre Syndicale des fabricants intervient toujours heu- 

des fabricants. < j /. -ii <• i' u 

reusement, en bonne mère de lamiUe, pour tirer d embarras ses 
sociétaires, dans les différends qui se produisent, soit dans les 
questions de contrefaçon, de teintures et d'apprêt, soit pour les 
rentrées de créances difficiles, pour les réclamations à transmettre 
aux administrations, etc., etc. 

De nombreuses lettres de remerciements lui sont de nou- 
veau adressées, pour les affaires qu'elle concilie et qu'elle fait 
aboutir; pour les arbitrages qui terminent rapidement et sans 
frais les difficultés qui lui sont soumises et pour beaucoup 
d'autres cas, où son influence est souvent des plus salutaires. 

Dans ses rapports avec le Ministre du Commerce elle a sou- 
vent à répondre à des questionnaires concernant Yindustrie des 
dentelles mécaniqxies . Elle envoie ses délibérations sur les réformes 
qu'elle voudrait voir apporter au service des postes, sur les projets 
de loi concernant les caisses de retraites, l'impôt sur le revenu, 
les admissions temporaires et sur toutes les questions intéressant 
l'industrie qu'elle représente. 

La loi sur les accidents du travail, déjà votée par la Chambre 
des députés et encore en discussion devant le Sénat, appelle 
toute l'attention de son Comité. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



541 



Un rapport est adressé à M. Béranger, vice-président du Sénat, 
pour protester contre certains articles de cette loi et demander 
des modifications sur certains autres. La Chambre joint ses ef- 
forts à ceux des trois grands groupes syndicaux de Paris : le 
Comité central, V Alliance syndicale et ï Association générale des 
tissus et des matières textiles, pour démontrer combien les in- 
demnités accordées et les garanties exigées sont excessives et 
combien elles seraient ruineuses pour l'industrie française. 



- Vim —-rof^^ 







Dentelle colon, application. (Henri Lcmaitrc, 1897.) 

La Chambre des fabricants envoie également un rapport pour 
protester contre le maintien des primes accordées à la filature 
de soie et à la sériciculture, se déclarant opposée, en principe, 
aussi bien à cette prime anormale qu'à tout ce qui peut en- 
traver la liberté commerciale. 

Vannée 1897 comme celle de 1896 se manifeste à son début situation des aiiaircs. 



,JL 



J42 L'INDUSTRIE DES TULLES 

par un sérieux courant de demandes et, par conséquent, par une 
heureuse perspective pour la fabrique calaisienne. 

Des ordres se placent en articles fins points, en dentelles de soie, 
à mats chaîne et à mats de bobine, en Valenclennes et en point 
d'esprit noir, crème et deux tons. 

La voilette, d'abord assez calme, reprend bientôt avec extension. 
Les demandes se succèdent et se renouvellent en deux tons, dans 
le genre des « Bains de mer » et beaucoup en friquettes fantaisie, 
de nuances diverses : mauve, vert, lilas, coquelicot, bleu marine. 
Il s'est fait cette saison de fort jolies friquettes en boule et autres, 
dans leurs diverses combinaisons. 

Des renouvellements arrivent en Application de Bruxelles, soie 
et coton, de 10 à 12 et même 15 centimètres de hauteur. 

Les entre-deux et les petites bandes chantilly pour plissés; cer- 
tains avec entourage, en fil d'or, en couleurs unies et couleur sur 
couleur, ont montré une grande animation. 

Le chantilly mode qualité riche et le même article pour con- 
fection, avec énormes motifs très jolis : le Chardon, l'Œillet, le 
Coquelicot, la Rose, etc., ont été très employés, donnant lieu à 
des ventes importantes. 

On constate que le chiffre habituel des achats s'est augmenté, 
aussi bien pour l'Amérique que pour l'Allemagne. Les commandes 
se portent de préférence sur les dentelles fines de qualité supérieure. 
L'activité est grande et dépasse même les prévisions. La vente se 
porte plus ou moins sur tous les articles et cependant, dans le pre- 
mier trimestre, les nouveautés sensationnelles font encore défaut. 

Les affaires se suivent activement, et il faut remonter bien haut 
pour trouver, à l'époque habituelle de la morte-saison, la fabrique 
en si bonne marche. Seuls les deux derniers mois de l'année ont 
laissé un peu à désirer. 

Le torchon et le clumj continuent d'être bien accueillis et font 
l'objet d'ordres suivis et réguliers. 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



543 



La valenciennes tient le premier rang et donne lieu à des tran- 
sactions importantes. 

De gros ordres sont placés, surtout dans les petites bandes pour 
les fabricants de ruches qui en emploient des quantités considé- 
rables. C'est à peine si on peut les fournir en temps voulu et, chose 
extraordinaire, cet ar- 
ticle, au lieu de pren- 
dre de la valeur, par 
l'abondance de la de- 
mande et l'insuffisance 
de la production, voit 
ses prix diminuer de 
plus en plus, par la stu- 
pide concurrence que 
les fabricants se font 
entre eux et par leur 
manque d'énergie pour 
résister aux proposi- 
tions de rabais qui leur 
sont faites par les ache- 
teurs. 

Dans la valenciennes 
fine, les cours se soutiennent et les commissions sont surtout 
remises en vue de l'augmentation de droits, dont la dentelle est 
de nouveau menacée, pour son entrée aux Etats-Unis, par le tarif 
de Douanes actuellement en discussion devant le Sénat américain. 

La valenciennes à mailles rondes trouve aussi sa part dans l'en- 
semble de ce mouvement d'affaires. 

La grande couture recommence à employer des chandllys soie 
noire, en entre-deux et en volants de 30, 70 et même 115 centi- 
mètres de hauteur. 

Certains de ces volants sont faits avec des motifs énormes 




Application dentelle soie. (R. XA'cst, 1S97. 



544 L'INDUSTRIE DES TULLES 

destinés à être découpés. Ils s'emploient pour des costumes fort 
élégants. 

Les bandes et les laizes dites « craquelées », qui sont la nou- 
veauté du moment, constituent une fantaisie très goûtée, pour 
chapeaux de dames. Les demandes affluent et se renouvellent. 

Les métiers à broder ont aussi été très occupés. 

La nuance beurre, après avoir fourni une longue et brillante 
carrière, semble un peu délaissée par la mode. 

La mignardise s'est aussi vendue toute l'année avec un certain 
succès. 

L'ensemble de tous ces articles a été pour la place un élément 
de reprise générale, dont il faut se féliciter hautement, sans hési- 
tation ni réserve. 
Nouveau métier II a été qucstiou en 1881 du métier Malhère qui était une mer- 

à dentelle. 

veille de mécanisme, mettant en mouvement 1800 à 2000 fuseaux, 
ou objets en tenant lieu, en même temps qu'il plaçait et dépla- 
çait 250 à 300 épingles ou pointes, dont le rôle était d'aller cueillir 
les torsions produites entre les fils et de les ramener, pour les fixer, 
sur un coussin central. 

Mais l'inévitable complication des organes qui constituaient 
ce métier, juste objet d'admiration pour les amateurs profanes, 
était pour le praticien une cause bien légitime d'appréhension 
au point de vue du fonctionnement rapide et régulier de l'ap- 
pareil. 

Il fallut, en effet, après mille essais, abandonner cette invention 
qui, sous le rapport de la mécanique expérimentale, était un chef- 
d'œuvre d'habileté et de conception ingénieuse, mais qui, au point 
de vue pratique, ne répondait pas à ce qu'exige une fabrication 
véritablement économique et industrielle. 

Plus tard, en 1894, les fils de l'ingénieur Malhère, qui avaient été 
les collaborateurs de leur père, imaginèrent de transformer un métier 
à tresses, en métier à fabriquer la vraie dentelle et firent breveter 



ET DENTELLES MECANIQUES. 

leur invention en France^ en Amérique^ en Angleterre^ en Allemagne 
et en Italie. 




Nou\c;ui niolicr ;'i deiitullc. (Malhùre lîl.s, 1S97.) 



Maliière fri>res ont fondé à Beaumont-le-Roger (Eure) une 
fabrique de dentelles et les produits de leurs machines, ainsi qu'on 

35 



546 L'INDUSTRIE DES TULLES 

peut en juger par les gravures ci-contre, sont aussi parfaits, dans 
la catégorie et la qualité qu'ils ont adoptées pour leur production, 
que le même article fait à la main. 
Valeur de l'échantii- Bien souvcut, lorsquo était soulevée la question des réformes à 
° ' apporter aux abus de V échantilloimage , on cherchait à apprécier pour 

quelle somme il y avait Ueu de comprendre, dans les frais généraux 
de la fabrique, la valeur des échantillons exigés par la clientèle pour 
les besoins du placement et de la vente. 

Il résulte de l'enquête faite à ce sujet, que l'importance de cet 
échantillonnage peut être évaluée, pour certains articles, entre 3 et 
5 p. 100 de la production; et pour la nouveauté, à bien près de 
9 p. 100 ; soit une moyenne d'environ 6 1/2 à 7 p. 100, sans compter 
les frais de carnets et autres de toutes sortes. 

On peut donc estimer que le sacrifice demandé chaque année à 
la fabrique, pour l'échantillonnage de ses produits, n'est pas infé- 
rieur à 4 millions de francs, ce qui est réellement excessif. 



in98 



Ecole professionnelle. La Chambre des fabricants reprend la question de la création 
à Calais d'une École professionnelle ayant pour but de former 
des ouvriers, des contremaîtres, des esquisseurs et des metteurs 
en carte. Des démarches sont faites au ministère des Beaux-Arts, 
pour essayer de reprendre ou d'obtenir de nouveau la subven- 
tion de 6 000 /"ra/zcs regrettablement abandonnée par la municipa- 
lité socialiste calaisienne présidée par le citoyen Salembier, afin 



•j^ 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



547 



de soustraire le fonctionnement de l'école d'art décoratif au con- 
trôle de l'Etat. 

A l'aide de ce concours et de celui que pourraient apporter 
la Chambre de commerce, l'Asso- 
ciation des fabricants et quelques 
subventions particulières, on es- 
père pouvoir arriver à réorganiser 
cette école qui, bien dirigée, peut 
donner les meilleurs résultats pour 
l'avenir de la fabrique calaisienne. 

L'Association syndicale des fabricants de dentelles de Calais pro- chambre syndicale 

, . -Il o • ' '^'^^ fabricants de 

cède a une élection pour le renouvellement partiel de son Comité, tuiics et dentelles. 




Entrc-deu.v j;uipure fil du nouveau 
métier Malhère fils, 1898. 




Entre-deux guipure du nouveau 
métier Malhère fils, 1898. 



Guipure fil du nouveau métier 
Malhère fils, 1898. 



Le Comité vote à son tour, pour la constitution de son bu- 



reau 



M. Henri Héivon est réélu président; 



M. 


Ed. Franges 


» 


vice-président ; 


M. 


G. NOYON 


» ' 


vice-président ; 


M. 


A. Piquet 


» 


secrétaire ; 


M. 


Ch. Jublain 


» 


trésorier. 



La Chambre de commerce et la Chambre des fabricants de Ca- Nouvelle loi sur les 

/• i ■ I i ' i.11 1-1, -1 accidents du tra- 

lats se sont justement émues, comme tout le monde industriel vaii. 
en France, du vote de la loi du 9 avril 1898, sur la responsabilité 
des accidents du travail. 



^ 



548 L'INDUSTRIE DES TULLES 

Au nom des intérêts qu'elles représentent, ces compagnies, 
après avoir fait une étude approfondie des différents articles de 
cette loi, ont adressé à M. le Ministre du Commerce, en même 
temps qu'à la Commission sénatoriale, des délibérations protes- 
tant avec énergie contre certaines des dispositions qu'elle con- 
tient. 

De leur côté, les chefs d'établissement ont fortement senti, 
eux-mêmes, la nécessité d'agir auprès des pouvoirs publics pour 
demander la revision de la loi et pour attirer l'attention des 
législateurs sur les difficultés que doit soulever son application. 

Des démarches ont aussi été faites auprès de la Commission 
du Sénat et de la Commission d'assistance et de prévoyance 
sociales de la Chambre des députés. 

Le Comité régional calaisicn de l'Association des industriels de 
France, présidé par M. Ed. Franges, s'est également occupé de 
recueillir les observations de toute nature, que pouvaient avoir 
à formuler les industriels sur cette même loi, et s'est empressé 
d'exposer dans un rapport détaillé, adressé au président de 
l'Association, les observations motivées qu'il lui a semblé utile 
de consigner en regard de chacun des articles qu'elle comprend. 

Enfin, la loi a été votée par le Sénat; mais avec certaines 
atténuations qui se sont trouvées encore accentuées par les rè- 
glements d'administration publique. 

Ces avantages relatifs, et l'intervention annoncée de la Caisse 

nationale d'assurances de l'Etat contre les accidents, ont permis 

d'obtenir des Compagnies d'assurances des conditions beaucoup 

moins lourdes qu'on ne l'avait craint tout d'abord. 

Distinctions et nomi- M. Ad. Darquer, président de la Chambre de commerce, est 

na ions. nommé conseiller de l'Office national du commerce extérieur. 

M. HeiNri Hénon, rapporteur, membre du Jury à l'Exposition 
de Bruxelles, est nommé chevalier de l'Ordre royal de Léopold 
de Belgique. 



■Bl 



ET DENTELLES MECANIQUES. 



549 



M. Henri Caffier, comptable de la maison Th. Lefebvre et C'^ 
depuis plus de trente années, reçoit la médaille d'honneur du 
Gouvernement. 

A la suite de réunions tenues, à Botilogne-siir-Mer , par le Exposition de i900. 
sous-comité d'arrondissement de Y Exposition universelle de 1900, 
la Commission cantonale de Calais s'est réunie au siège de la 
Chambre de commerce de Calais, sous la présidence de M. Ad. Dar- 
QUER, vice-président du sous-comité d'arrondissement, et s'est di- 
visée en quatre sous-commissions chargées du recrutement des 
exposants de la région : 

La pretnière pour l'Industrie tullière, président : M. Henri 
Hénon ; 

La deuxième \)onY l'Agriculture, président : M. Brunet-Roche; 

La troisième pour l'Instruction publique, les Beaux-Arts, 
les Sciences et l'Economie sociale, président : M, A. Mage; 

La quatrième pour la Pêche et les Industries diverses, 
président : M. Jean Mulard. 

L'industrie des dentelles de Calais est invitée à participer 
aussi, en dehors de la classe 84, à la- 
quelle elle appartient, à la classe 115 pour 
les produits destinés à l'exportation dans 
les colonies. C'est le cas de regretter que 
la place de Calais ait délaissé la fabrica- 
tion des tulles unis fins, du tulle mousti- 
quaire et de l'article Bobinot. 

M. Henri Hénon, président de la Cliam- 
bre des fabricants de Calais, est nommé 

membre du bureau et rapporteur des Comités d'admission et 
d'installation de la classe 84 pour l'Exposition universelle 
de 1900. 

Sur les plaintes réitérées des fabricants et des négociants 
exportateurs, la Chambre des fabricants de Calais, de concert 



>^X)7<^ 


y Vfc/ \vy 




3v^'v^ 


wW-O'Vv 


/W^i^ 


^r\^ ,/*v ^ './y^ 


Î^S 


MwS 


^^2^ 


/ VW-/^>J,^-/^ 


g^^ 



Tulle voilette. 
(Desprcs frères, 1898.) 



Douanes russes. 
Estampille. 



JU 



550 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Echantillonnage. 



avec la Chambre syndicale des dentelles et broderies de Paris, 
adresse à M. le Ministre du Commerce une protestation sur la 
détérioration, on ne peut plus préjudiciable, que fait subir aux 
dentelles la douane russe en faisant déplier la marchandise pour 
s'assurer que les pièces sont d'une seule longueur et en appo- 
sant à chaque bout une estampille en plomb, qui ne saurait 
s'accorder avec la légèreté de l'article. 

Le Ministre est instamment prié de s'entendre avec son col- 
lègue des affaires étran-, 
gères pour tenter d'ob- 
tenir de l'administration 
supérieure russe, que la 
dentelle, produit spécial 
et délicat, soit traitée de 
façon à ce qu-'elle n'ar- 
rive pas dans un état 
presque invendable, lors- 
qu'elle parvient à sa des- 
tination. 

Des réclamations sans 
cesse réitérées sont a- 
dressées à la Chambre 
des fabricants au sujet 
des abus criants qui per- 
sistent à se pratiquer dans la clientèle, comme demandes exces- 
sives à' échantillons. 

On n'hésite pas, par exemple, à exiger pour des commandes, 
par une coupe de chaque hauteur d'une série, des longueurs 
d'échantillons représentant 25 et 30 p. 100 de l'ordre remis. Heu- 
reux encore, lorsqu'on n'exige pas, pour les nouveautés, la re- 
mise de cette même quantité d'échantillons sans commissionner 
de marchandise. 




Dentelle Malines. (Gustave Noj'on, 1898.) 



ss 



iiiiiliiiiiiiiii^^ 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 551 

D'autres clients renouvellent ces demandes exagérées d'échan- 
tillons, à chaque commission, sur des dessins déjà largement 
échantillonnés une ou plusieurs fois. 

Avec le grand nombre de clients et de négociants-commis- 
sionnaires à satisfaire, il suffit qu'un dessin ait un peu de succès 
à la vente, pour que toute la première production, dans les larges 
bandes surtout, passe presque entièrement en échantillons. 

Et alors quelle perte sèche et réelle ! La Chambre des fabri- 
cants a bien essayé de réglementer l'échantillonnement à la 
suite de plusieurs discussions sur 
la matière, en séances de Comité 
et en assemblées générales ; mais 
les circulaires envoyées sont res- L^.^t, (l, Bomy, isos.) 

tées lettre morte ; les fabricants 

manquant de l'énergie nécessaire pour faire adopter les décisions 
prises et en exiger l'application rigoureuse. 

Un membre adhérent de Caiidnj, dans une longue lettre mo- 
tivée, remet la question sur le tapis, présentant diverses propo- 
sitions. 

D'autres émettent l'avis de toujours facturer la moitié et même 
la totalité des échantillons. Certains demandent la suppression ab- 
solue de l'échantillonnage, ce qui parait impraticable. 

Cette question intéressante est renvoyée à l'examen de la 
Commission executive du Groupe de défense, pour être de nou- 
veau remise en discussion et résolue au mieux des intérêts de 
tous. 

Les Comités d'admission, les sous-comités d'arrondissement Exposition univer- 
selle de 1900. 
et les Commissions cantonales commencent à fonctionner. Vingt- 
deux fabricants de dentelles de Calais ont déjà signé leurs 
demandes d'admission pour la classe 84. 

Comme en 1889 et ainsi qu'ont décidé de le faire les Chambres 
de commerce de Ltjon, Roubaix, Saint-Etienne, Lille, etc., la 



552 L'INDUSTRIE DES TULLES 

Chambre de commerce de Calais donne également son concours 
pécuniaire à la Chambre des fabricants pour aider à donner le 
plus d'éclat possible à Y Exposition cdlaisienne de 1900. Une pre- 
mière subvention est votée à cette intention. 
Grèves et index. Un vent de grèvG Semble souffler avec persistance et viser 

spécialement Yindustrie des dentelles mécaniques. 

A Calais, la Commission executive du Groupe de défense se 
réunit fréquemment pour délibérer sur la situation de la place. 
Après la saison prospère de 1897, la fabrique traverse une 
pénible crise d'affaires, due à diverses causes plus ou moins dé- 
favorables à sa production spéciale : 

Le mauvais temps persistant; la saison froide et pluvieuse du 
printemps; la guerre hispano-américaine; les injustes représailles 
contre la France, accusée d'être plus sympathique à l'Espagne ; 
le procès Zola-Dreyfus; les élections législatives et peut-être 
aussi une cause plus sérieuse, celle de l'abandon partiel et mo- 
mentané, par la mode, de la dentelle de soie, pour lui préférer 
le tulle perlé, pailleté, brodé de jais et autres fantaisies. 

L'ensemble de toutes ces données explique suffisamment l'ac- 
calmie des aff'aires en 1898 et les difficultés qui se présentent 
sans cesse avec le syndicat ouvrier pour l'application du tarif. 
Des abus se constatent et le Groupe de défense est ainsi 
amené à se préoccuper des agissements de certains fabricants et 
négociants, qui ne respectent pas les engagements pris; de la 
suppression du travail de nuit; des longs rendements; des nou- 
velles conditions introduites dans les baux des usiniers et des 
fréquentes grèves partielles qui se produisent de temps à autre. 
Grève des perceurs Lcs perceurs de cartons de plusieurs maisons importantes 
se mettent en grève, à propos d'un nouveau tarif de prix que 
leur syndicat prétend imposer h la fabrique sans aucune entente 
préalable avec les patrons. 

Ce mouvement était provoqué par les ?na/tres perceurs publics 



■■ 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



553 



¥ 
H 




v*-^ 


'^ 


—A 


vV^ '* ^ 




"S 


% 


^ 


5 














s 




^ 








•4 






& 






)Qc 








^ 












^ 




^ 










\ 




)Ç 








K 


D"ÔC 




c 




»c 














5 




c 










X 


s^ 


'^J' 


^ 








/CxS^^ 


^ 










^ 






^>/%. 




-y^. 









qui, à force de se faire concurrence et de réduire leurs prix, 
pour s'enlever les affaires, avaient tellement restreint le salaire 
de leurs ouvriers, que ces derniers durent réagir et se syndiquer 
pour améliorer leur situation. 

Grâce à l'intervention et à la prudence du Comité de la 
Chambre des fabricants, qui s'est immédiatement occupé d'ar- 
ranger et de concilier les choses, une réunion a lieu tout d'abord, 
avec les maîtres perceurs, pour les enten- 
dre et les consulter. 

Une Commission est ensuite nommée 
pour élaborer au plus vite, sur des bases 
raisonnables, un tarif nouveau, susceptible 
de donner satisfaction à tous. 

Les ouvriers, après examen, acceptent 
aussitôt ce tarif et reprennent le travail; 
ce qui met fin au conflit, sans laisser la 
moindre trace d'irritation. 

Bien autrement graves et moins justifiées ont été les mises à 
l'index simultanées, décrétées par le syndicat ouvrier 1' « Union 
des tullistes » contre les maisons Frances frères, F. Bruitte, 
F. Deras, Lepeltier frères, Henninot, Gareau et quelques 
autres. 

Le but de 1' « Union » devait être surtout de produire un 
mouvement de réveil dans le groupe des tullistes, en même 
temps qu'une certaine agitation dans la population ouvrière. 

L'époque des élections étant proche, la politique ne devait pas 
être étrangère à ces démonstrations subversives. Ce qui est 
certain, c'est que rien de sérieux n'obligeait à apporter un pareil 
trouble dans des ateliers où les ouvriers gagnaient très largement 
leur bonne semaine. 

On frappait le Président du Groupe de défense et le Vice-Prési- 
dent de la Chambre des fabricants^ après avoir fait vainement 



Tulle Friquctte. 
(R. West, 1898.) 



Mises à l'index. 



M 



'h: 



■!! I 



554 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



toutes les tentatives possibles pour comprendre aussi le Prési- 
dent et quelques membres du Comité dans cette manifestation 
antipatronalc. 

11 s'ensuivit une campagne de récriminations irritantes, par cor- 
respondance, par voies d'affiches et par articles de journaux. 

Le Conseil des Prud'hommes, saisi des différends par les fa- 
bricants mis en interdit et par conséquent abandonnés par leurs 
ouvriers, condamna ces derniers à payer des indemnités à leurs 




Entre-deux coton ondulé. (H. Lemaître, 1898. 



patrons, et 1' « Union des tuUistes », qui croyait pouvoir imposer 
la rentrée en masse de tous les grévistes, les eut presque tous 
sur les bras, avec l'obligation de leur servir une paye par semaine, 
jusqu'à ce qu'ils aient pu retrouver de nouvelles places. Aucun 
ouvrier ne fut repris, alors que certains étaient depuis dix, douze 
et quinze ans dans l'établissement qu'ils avaient imprudemment 
quitté, sur l'incitation d'un Comité de syndicat mal avisé et 
imprévoyant. 

C'est encore là un mouvement avorté, dont les tullistes en 
grève ont en somme été les principales victimes. 

Peu après et à propos d'une question de tarif de prix de 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



535 



façon, une crise beaucoup plus sérieuse éclate à Caudry. A la 
suite de réunions tumultueuses, des manifestes et des placards 
sont affichés dans les rues ; des mises à Vindex sont décidées 
par les ouvriers contre certains fabricants ; des protestations se 
produisent de part et d'autre et, la situation devenant de plus 
en plus aiguë, une grève générale, soutenue par le syndicat 
ouvrier de Calais, éclate et dure près de trois mois, les pa- 
trons ayant, de leur côté, fermé les ateliers. 

L' « Union des tidlistes » de Calais réunis en assemblée 
générale vote l'envoi d'un secours de 3000 francs par semaine, 
aux ouvriers de Caudry, pendant toute la durée de la grève. 

Enfin, après plusieurs tentatives de conciliation et des conces- 
sions faites de part et d'autre, cette longue crise se termine par 
un arrangement et les ouvriers acceptent de se remettre au tra- 
vail, aussitôt après les fêtes de la Noël. On craint que la saison 
ne soit compromise par ce long et ruineux chômage, pendant 
lequel les échantillons de nouveautés, n'ayant pu être préparés, 
seront maintenant difficilement prêts en temps voulu. 

Une certaine effervescence se produit dans le monde des Douanes 
affaires en France et principalement parmi les négociants expor- 
tateurs, au sujet des conditions qui règlent actuellement l'entrée 
des marchandises en Amérique. 

Le gouvernement de Washington, en augmentant récemment 
les droits et les difficultés pour l'entrée, aux Etats-Unis, des mar- 
chandises étrangères, visait sans doute plus loin que la préoc- 
cupation des recettes douanières à effectuer. 

En dehors de son intention manifeste d'encourager, par une 
protection élevée, les industriels à venir fonder des établisse- 
ments en Amérique, il voulait encore se mettre en très bonne 
position pour amener les puissances européennes à accorder, par 
des concessions réciproques, des droits d'entrée plus favorables 
aux produits américains. 



:iiïi 



amoi'icaincs. 






)56 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Affichace nominatif. 



Aujourd'hui ce résultat semble devoir se réaliser, car des pour- 
parlers sérieux sont engagés entre la France et les Etats-Unis 
pour arriver à un arrangement qui permettrait un échange plus 
libre des produits des deux pays. Dans ce projet, le droit sur 
les dentelles n'est réduit que de 5 p. 100. 

La Chambre de commerce et la Chambre des fabricants de 
Calais sont fortement incitées à prendre part au mouvement et 
à envoyer des délégués se joindre à ceux qui doivent faire des 

démarches collecti- 
ves au ministère du 
Commerce, pour faire 
connaître au Ministre 
les desiderata de l'in- 
dustrie française. 

Mais la fabrique 
de Calais s'en tient 
à rester neutre dans 
la question, afin de 
ne pas désobhger les importers américains intéressés et par con- 
séquent bons juges en la matière, qui demandent que cette atti- 
tude soit conservée, dans l'intérêt même de l'exportation des 
produits de Calais, aux Etats-Unis. 

Ils se réservent, disent-ils, toute initiative dans le cas où il 
deviendrait nécessaire de réclamer des modifications au régime 
existant pour les dentelles. 

Au cours de ces pourparlers, la fabrique de Calais a été 
avisée que le montant du drawback remboursé cà la sortie pour 
les dentelles de coton ne doit, en aucun cas, être déduit du 
chitTre ad valorem, au cours du marché intérieur, sous peine de 
saisie pour fausse déclaration, par les douanes américaines. 

MM. MussEL FRÈRES, fabricants de dentelles, ont assigné 
chacun des membres du Comité du syndicat 1' « Union des tul- 




Entre-dcux application. (R. West, 1898.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



557 



listes », en première instance, devant le Tribunal civil de Bou- 
logne-sur-Mer, en leur nom et au nom de vingt de leurs ouvriers, 
non syndiqués, pour le fait d'avoir affiché nominativement leur 
mise à l'index. Par jugement rendu le 10 novembre, MM. Mussel 
ont été déboutés de leur demande, comme n'ayant subi aucun 
préjudice; mais les membres du Comité de V Union ont été con- 
damnés à payer, solidairement, à chacun des ouvriers de la 
maison Mussel frères, la somme de 300 francs. 

L'affaire est en appel. Déjà, dans un cas analogue, le Petit 
Calaisien, assigné par M. Eiig. Gest, pour avoir publié, dans plu- 
sieurs de ses numéros, sa tnise à [index, se trouvait condamné, 
dans la personne de M. Bodereau, gérant, civilement responsable 
de ce journal, à 1000 francs de dommages-intérêts, à l'inser- 
tion du jugement en première page du journal et, à défaut de 
l'exécution de cette dernière clause, à 300 francs supplémen- 
taires de dommages-intérêts. 

On croit qu'il va être fait appel de ce jugement. 

Le costume national hollandais comprend depuis longtemps Denieiics pour les 

,, , . 11 1 , 11 1 1 1 coilVurcs hollandaises. 

1 emploi d une dentelle blanche 
à bord droit faite primitivement 
à la main, et les tableaux de 
Rembrandt, de Van der Helst 
et autres prouvent qu'à l'épo- 
que des Stathouders et des 
frères de Witt cet ornement 
était déjà connu. 

Vers 1850, des imitations 
de cette dentelle véritable s'essayaient timidement sur les métiers 
d'alors, à faibles Jacquards et l'on n'obtenait qu'une sorte d'ar- 
ticle à réseau, avec effets de mats, de jours, de mouches, etc., 
qu'on brodait ensuite à la main, avec du fil de lin. 

Ce genre était très beau; mais il revenait trop cher, les 




! NI 



Neuville bord droil, (Cli. Caron, ISOS.) 



558 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



dessins hollandais étant presque tous fort chargés. Plus tard et 
progressivement, de 1855 à 1868, les Jacquards devenant plus 
puissants, quelques fabricants de Calais parvinrent à imiter ad- 
mirablement cette dentelle à la main et à produire des genres 
Neuville, brodés au métier avec des fils de coton ou de lin. 

11 se fit alors sur cette sorte de dentelle mécanique des af- 
faires importantes et rémunératrices. 




Neuville 'bord droit. (Ch. Caron, 1S98.) 



Depuis, une seule maison, la maison Ch. Câron, s'est à peu 
près conservé le monopole de cette vente spéciale, s'imposant 
à la clientèle des Pays-Bas par un assortiment de dessins des 
plus complets, un finissage tout à fait approprié aux besoins 
de l'emploi et des dispositions bien comprises, suivant les di- 
vers modèles des coiffures de la Fi^ise, du Drcnthe, an Beijerland, 
de Zaandam, du Watcrland et de Wlaardingen. Suivant les pro- 
vinces, il faut absolument que les dessins, selon leur hauteur, 
aient 5, 7, 9 ou il fleurs, dans une aune de Brabant. 

Nous pouvons dire avec une certaine fierté, qu'en ce mo- 
ment chaque coiffure nationale hollandaise, à de bien rares ex- 



ET DENTELLES MECANIQUES. 559 

ceptioiis près, est ornée d'un produit français de fabrication 
calaisienne. 

La Chambre des fabricants de Calais, toujours sur la 
brèche, ne néglige aucune des questions qui se présentent, s'ef- 
forçant de les résoudre au mieux des intérêts de la place. 

Elle surveille la stricte exécution des conventions intervenues 
avec les négociants-commissionnaires, les syndicats ouvriers et 
ses adhérents, d'accord avec le Groupe de défense. 

Elle insiste pour l'exécution de la promesse formelle qui lui 
a été faite par les délégués de 1' « Union des tullistes », de faire 
appliquer à Caudry le tarif de 1891. 

Elle délibère sur les diverses questions qui lui sont soumises; 
notamment : celles des échantillons, des longs rendements, de 
la suppression du travail de nuit, de minuit à quatre heures du 
matin, de la loi sur les accidents du travail et de celle sur le 
travail des enfants, des femmes et des filles mineures, dans les 
manufactures, principalement en ce qui regarde les remonteurs 
de seize à dix-huit ans ; 

Des conditions nouvelles introduites dans les baux des loueurs 
de force motrice, au sujet des explosions des tuyaux de vapeur, 
des grilles de garantie pour les galopins, des passe-courroies 
et des prix de location pour les emplacements et la lumière 
électrique ; 

Du développement des affaires de la place avec l'empire 
russe, par l'établissement d'agences et de musées commerciaux. 

Des annulations de commissions placées fermes et en cours 
d'exécution, système on ne peut plus préjudiciable pour le 
fabricant, et qui a déjà fait l'objet de nombreuses réclama- 
tions ; 

De l'étabhssement sérieux des prix de revient, question si 
importante au point de vue économique et social ; 

Des colis postaux à destination de la Belgique, en vue de 



Chambre des fabri 
cants. 



560 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Situation des affaires. 



diminuer l'inexplicable délai de /row jours, usité pour le parcours 
d'une aussi petite distance ; 

De la protection des marques de fabrique et de la propriété 
industrielle ; 

Du remboursement des droits sur les valenciennes de qualité 
commune, non visées dans les règlements d'administration pu- 
blique ; 

De l'irrégularité des dépôts au Conseil des Prud'hommes, des 
dessins notoirement tombés dans le domaine public; 

De l'établissement d'un tarif de prix de façon, pour l'article à 
fond craquelé, etc., etc.. 

Au dire de tous et s'il faut en croire les plaintes qu'on entend 

de tous côtés, Vannée 1898 aura été 
une année des plus médiocres. 

Les affaires se sont faites par 
à-coups, avec des moments d'acti- 
vité succédant à des périodes de 
calme, de là façon la plus irrégulière. 
Et cependant, à l'entrée de la 
saison, la fabrique avait fait des ef- 
forts considérables et produit, à grands frais, surtout en dentelles 
de soie, de nombreuses variétés de séries. 

Un travail aussi ardu et aussi méritant aurait dû trouver, par 
plus de faveur dans la mode, les justes compensations qui lui 
étaient dues. 

Après un début relativement froid, un mouvement assez 
marqué commence à se produire et c'est le craquelé avec fleurs, 
en bandes et en laizes qui semble vouloir s'imposer, dans l'em- 
ploi de la consommation. 

On le complète ou on le transfigure au moyen de paillettes, 
de jais, de chenilles, de perles, etc., etc. 

Le continent cotnmence à donner signe de vie, achetant un 



yJ^^rTSf 


^J^y^jS^ 




^M. 


L>$^ 


é^ 



Tulle voilette. (Dcsprcs frères, 189S.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



561 



peu de tout, en chantilly, en laizes fantaisie, en entre-deux on- 
dulés, en Alençon, en torchons fins, en Malhies, en application 
de Bruxelles et en )nat chaîne, noir chargé. 

Les renouvellements en dentelles de soie se font attendre et 
la reprise de cet article est loin de se faire, comme tout per- 
mettait de l'espérer. Il s'est cependant créé beaucoup de mo- 




Dentelle soie. (U. West, 1898.) 



dèles avec cette jolie garniture. Les acheteurs américains et 
autres, qui s'étaient emballés inconsidérément sur la dentelle 
noire, voyant leur stock s'écouler trop lentement, en arrivent à 
annuler tout ce qui reste à livrer sur leurs anciens ordres. 

Il est juste de dire que la guerre hispano-américaine n'est 
pas sans contribuer beaucoup aux moments d'arrêt qui se cons- 
tatent de temps à autre. 

La voilette et la friquette, calmes d'abord, ont repris une cer- 
taine activité. 

La voilette se fait en deux tons avec mouches de toutes cou- 
leurs et certaines, avec bordures, en diverses nuances courantes. 

36 



t 



562 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



La friquetle est très recherchée en uni et avec boules en relief. 
La valenciennes continue sa vogue. Les ordres viennent et se 
succèdent suffisamment pour entretenir les nouveaux métiers 
montés à cet article. 

11 s'emploie beaucoup de petites bandes en chantilly noir, 
pour border la mousseline de soie, ainsi que des dentelles dé- 
coupées et des entre- 
deux qui s'appliquent 
aussi sur de la mous- 
seline pour faire des 
écharpes, des fichus, 
des andalouses, etc. 
Cette mousseline 
se fait eu toutes qua- 
lités et en toutes nuan- 
ces en soie et en co- 
ton. Elle semble vou- 
loir primer cette année 
dans la mode. 

On commence à 
fabriquer des articles 
avec des cotons aux- 
quels on arrive à donner le toucher et le brillant de la soie au 
moyen d'un procédé dit mercerisage. 

Il se fait notamment des articles blancs brodés noir, mercerisés. 
La fabrique a produit, en 1898, beaucoup plus de genres 
fantaisie que les années précédentes. Il faut citer de très joHes 
robes entières en dentelle, des bandes et des entre-deux, avec 
très gros motifs se découpant pour être appliqués sur des robes 
et des manteaux, beaucoup d'entre-deux ondulés, des petites 
bandes soie, soie et coton et de très remarquables laizes fan- 
taisie. 




Dentelle FœcJora. (H. Lemaîtrc, 1898. 



ET DKNTELLES MECANIQUES. 



563 



Une dernière création qui fait beaucoup de bruit, c'est le 
godet et le noir sur blanc. Il s'est fait de très jolies choses dans 
ces genres. 

Vers le milieu de l'année les affaires sont tombées au calme 
plat, obligeant les 
fabricants à rester 
dans l'inaction. Cette 
situation était bien 
fâcheuse pour une 
industrie qui néces- 
site tant de capitaux, 
tant d'efforts et tant 
de qualités profes- 
sionnelles. 

On engage les fa- 
bricants à se porter 
davantage sur les ar- 
ticles cotons, tels 
que les platls, les 
points de Paris, les 
bretonnes, etc.. 

Quelques-uns 
font de sérieux ef- 
forts dans ce sens. Application soie. (H. West, 1S98.) 

Dans les derniers mois de l'année, la situation s'améhore 
par la remise d'ordres assez importants, à livrer en janvier, fé- 
vrier et mars de l'année suivante. 

Paris achète aussi plus que d'habitude, ce qui fait supposer que 
la dentelle a pu trouver son emploi sur de nombreux modèles. 

Cependant comment s'expliquer les plaintes qui s'entendent 
de tous côtés au sujet de la stagnation des affaires en tulles et 
en dentelles de soie, lorsque nous relevons des statistiques offi- 




564 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



cielles les chiffres suivants pour les onze premiers mois de 
l'année. 

Exportation des tulles et des dentelles de soie : 



1896 

34155000 francs. 



1897 

40434790 francs. 



1898 

41372000 francs. 



Comment ce marasme peut-il se traduire, rien que pour les 
affaires d'exportation, par une augmentation de 937210 francs 
sur l'année prospère de 4897 et de 7 217000 francs sur l'exer- 
cice 1896? A quel sphinx faudrait-il demander le mot de cette 
énigme? 

Quant aux métiers à broder de la place, on assure qu'ils ont 
été très occupés cette année, produisant de fort beaux articles. 

Une spécialité : la mignardise, s'est très largement vendue sans 
bruit. Un autre petit article, genre galon, dit lacet, commence à 
se fabriquer sur place, par quantités, pour les fabricants de den- 
telles et de rideaux de Paris et de la région de Luxeuil. 




Application soie. (R. West, 1898.) 
■ — . -TriiSfc^-- . — . 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



5G5 



1899 





IPiM 


HPHI 




ililiilli 


m 


**W '." 


* * * ■"• • JvV* •'•• • 1 


• •'••*•"••»'•'•'• • • • 


v»v»%v 


"•"•**V**»VV»V»*»V»*^»'« 


%'•"•*•*• 


•v.vîv 


'*"-'y*'»*»t5'^^^^^ 


vlvlv^^^ 


»v«v#v/ 


' • vI*rC***VA*\v»v»v.* 


'•*•*•*•*•*■ 


V»** .'■ 


•« V' - . •,■ " 


•***•*•*•••••. >• 


:vvï*- 


'•• ■"■-*'■' ■ - ?/. ""••■■ 


vlvl*' 




•V**-- * 


■•••••♦*•%•< 




p'Si^<.;: 




W-** 


"'-;.,"-"-X/.'' 


vlvlv • •^' 


'W!Ï'* 


";-;:w'<^"'--" 


•A" 


*•■: 


#*■ ■ " " t'' -•• 


»":. x- 


W^-/ 


■'{*■ .' ■ t^' ,... 


■ "tV* ■ 








;i'iv »' '.'•'•*'' 




/ v»V« 






è'^^^^fcttâ^ 


V. • 


#■ ' ■•• 


•'•*•*•*•■, ■ *■*•"•*•*•*- 


. '^V»V !.' V .' 


■#'■' ■•« 


»•#*••«■ ■ ♦••••. 


• * . . •' 














'•V.V.V 


•*•*•*•*•'■ - . . «w^** 


►V,_-^.>V«*AV^^^ 


y^'^y^^^^^;*}^/^*^^ 


•v/Cv'" 


























îîîg 


j^ygj^^^ 


^^^^^g 


g^^ 


^^^^^^^^ 


v^ 




^^^^^^H 


^^^^^H 




^^^^^^^^H 


^^^^1 



L'application rigoureuse de la loi de 1892, faite en vue de 
protéger les mineurs, souvent surmenés, dans quelques indus- 
tries spéciales, apporte une certaine perturbation dans les fa- 
briques de dentelles, par la suppression du travail de nuit, par 
doubles équipes, des 
jeunes gens de seize 
à dix-huit ans, dits re- 
monteitrs. 

Beaucoup de rai- 
sons, exposées dans 
une requête à M. le 
Ministre du Commerce, 
plaident en faveur du 
maintien de la tolé- 
rance accordée jusqu'alors, notamment celle de ne pas laisser 
sur la rue, inoccupés et livrés à eux-mêmes, de jeunes garçons 
qui, au cours de cette période de deux années, peuvent faire 
leur apprentissage, pendant les longs et fréquents temps d'arrêt 
d'un travail peu fatigant et non continu, tout en venant en aide 
à leur famille. 

L'intransigeance inexplicable du syndicat ouvrier 1' « Union » 
empêche cette requête d'aboutir. 

On s'apercevra bientôt que cette résistance non justifiée va 
à rencontre des intérêts de tous et plus particulièrement de 
ceux des familles ouvrières elles-mêmes. 



Loi de 1892. 
Remontcurs. 



Entre-deux Valencicnncs, maille ronde. 
(Henri Hcnon, 1S99.) 



566 L'INDUSTRIR DES TULLES 

Office national du Afin de profiter de tous les renseignements pouvant être utiles 

commerce extérieur. 

au développement du commerce d'exportation de la place, la 
Chambre des fabricants se met en rapport avec V Office national 
du commerce extérieur. 

Elle en reçoit deux fois par semaine des feuilles d'informa- 
tions et d'indications commerciales, qu'elle affiche dans le hall 
de la Chambre, où les sociétaires peuvent venir les consulter. 
Grève d'ouvrières. Lcs ouvrières de la maison Maxton, Watney et C" quittent 

subitement leurs atehers et se mettent en grève, soutenues, 
dans leurs revendications plus ou moins fondées, par le syn- 
dicat ouvrier F « Uniou des tuUistcs ». 

Assignées par leurs patrons devant le Conseil des Prud'hommes 
et après une enquête très approfondie, elles sont toutes con- 
damnées à des dommages-intérêts variant, pour chacune d'elles, 
de 12 à 20 francs. 
Unification du titrage Sur l'initiative ct à la demande de M. Chedville, président de 

des fils. 

la Chambre syndicale des filateurs de laine de la Seine-Infé- 
rieure, de l'Eure et du Calvados, M. le Ministre du Commerce 
autorise l'organisation, pendant l'Exposition de 1900, d'un Con- 
grès international, en vue d'arriver définitivement, si possible, à 
Xunification du numérotage des fils employés par l'industrie 
textile. 

Une Commission nommée par le Ministre est chargée de pré- 
parer et de présenter un projet. 

On espère faire enfin aboutir cette question déjà discutée à 
diverses reprises : à la Société industrielle d'Elbeuf, en 18G2; à 
la Société industrielle d'Amiens, en 1866; au Congrès de Vienne, 
en 1873; <à celui de Bruxelles, en 1874; à Turin, en 1875, et à 
Paris, en 1878. 

M. le Président de l'Association syndicale des fabricants de 
Calais, membre de ce Comité préparatoire du Congrès de 1900, 
fait sur place une enquête pour connaître l'opinion de ses so- 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



567 



ciétaires et celle des négociants en matières premières. Toutes 
les réponses sont favorables au numérotage des fils, sur la base 
du système métrique. 

Une hausse très marquée se manifeste sur les prix des soies Hausse des prix sur 

les matières pre- 
et des cotons IlleS. mières. 

La Chambre des fabricants s'en émeut et incite tous ses 
membres à ne pas man- 
quer d'en tenir largement 
compte, dans l'établisse- 
ment des prix à appli- 
quer aux nouveautés de 
la saison. 

Le cours des char- 
bons employés dans les 
usines augmente aussi 
d'une façon croissante et 
même suffisamment pour 
faire craindre que les 
loueurs de force motrice 
ne soient entraînés à augmenter proportionnellement le prix de 
leurs emplacements de métiers. 

Au milieu de cette hausse générale, la dentelle mécanique, 
moins recherchée, a plutôt des tendances à réduire ses prix, 
pour stimuler la demande. 11 en est malheureusement toujours 
ainsi, lorsqu'il y a abondance de l'offre sur un article et modé- 
ration dans la demande. On s'efforce de réagir. 

La nouvelle loi sur les accidents du travail a continué de Nouvelle loi sur les 

. , , , 1 . 1 , • 1 T-i m - n 1 1 accidents du travail. 

mettre en cpioi tout le monde industriel en trance. lout d abord 
des protestations énergiques se sont produites de toutes parts; 
chacun s'efforçant de démontrer aux Pouvoirs publics ce que 
cette loi avait d'injuste et d'excessif. Certaines atténuations ont 
été obtenues et, la loi étant votée, le Conseil d'Etat s'est 




Valcnciennes, maille ronde. (Henri Hcnon, 1898. J 



568 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



trouvé chargé d'en préparer les règlements d'administration pu- 
blique. 

Ces règlements promulgués, il s'agissait dès lors de recher- 
cher les moyens les plus pratiques pour arriver à sauvegarder, 
le mieux possible, les responsabilités. 

Question touffue et difficile par sa complexité. Pour avoir le 
temps de la résoudre, des demandes sont adressées au gouver- 
nement pour obte- 
nir un sursis dans 
TappUcation de la 
loi. 

A Calais , la 
Chambre des fabri- 
cants s'en préoc- 
cupe et en saisit 
le Comité local de 
r « Association des 
industriels de France 
contre les accidents 
du travail ». 

Trois systèmes 
s'offrent aux indus- 
triels fort indécis. Le syndicat de garantie, la mutualité et \assu- 
rance par les Compagnies à primes fixes. 

Le premier de ces systèmes a l'inconvénient de lier tous les 
adhérents et de les engager pour un temps indéfini : celui de la 
durée extrême du syndicat. 

La mutualité, excellente et économique, serait à adopter, s'il 
ne se présentait tant de difficultés pour son organisation, sa 
direction et son fonctionnement absolument parfait. 

L'assurance par les Compagnies à primes fixes semble plutôt 
prévaloir, en ce sens qu'elle dégage l'industriel de toute respon- 




Application soie. (R. West, 1899.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



569 



sabilité éventuelle lui laissant toute quiétude et toute tranquillité. 

La question est d'arriver à obtenir un taux de prime raison- 
nable et de veiller à ce que les polices ne contiennent ni ré- 
serves, ni sous-entendus de déchéance. 

Une décision ministérielle vient à point autoriser la Caisse 
nationale des accidents du travail à étendre ses effets aux acci- 
dents de la grande industrie. 

Par conséquence, l'application de la loi s'est trouvée prorogée 
jusqu'au 1" juillet 1899 pour la préparation des barèmes; et plus 
tard, dans les tarifs parus à YOfficiel, on constate que l'indus- 
trie des tulles est l'une de celles qui se trouvent cotées à des 
taux relativement bas et avantageux. 

Cette Caisse nationale offre en effet de grands avantages et 
atténue considérablement, dans ses conséquences désastreuses, 
la situation, devenue ainsi moins critique, des chefs d'entreprise 
à l'égard des sinistrés. 

L'intervention heureuse de la « Caisse nationale crassarances 
en cas de décès et d'accidents » a encore eu pour excellent effet 
d'obliger les Compagnies d'assurances à ramener leurs tarifs à 
des primes beaucoup plus douces. 

Les industriels sont désormais libres de faire un choix au 
mieux de leurs intérêts. Il est évident qu'avec les Compagnies 
d'assurances on peut éviter, en cas de sinistre, les procédés un 
peu inquisitoriaux des inspecteurs des finances; mais il y a 
lieu de bien étudier le texte des polices. Il est aussi prudent, 
jusqu'à nouvel ordre, de faire établir ses contrats seulement 
pour une année. 

L'essentiel maintenant est plutôt encore d'éviter tous accidents, 
en prenant toutes les précautions préventives possibles, d'accord 
avec les inspecteurs de l'Association des industriels de France. 

La Chambre des fabricants de Calais est avisée qu'à l'exemple Fabriques de den- 

- . ^ . , . telles à l'étranger. 

de Varsovie, ou fonctionnent une cinquantaine de métiers Lea- 



't 11' 



570 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



vers, de Barcelone, qui en compte une vingtaine, et de quelques 
autres petits centres peu importants, il vient de se fonder à 
New-York, à l'instigation de M. Shepard, ex-consul américain à 
Calais, une Société dite : Compagnie textile américaine pour la fa- 
brication de la dentelle mécanique. 

Déjà des ouvriers et ouvrières de Calais ont été embauchés 
par un sieur Louis Farrands, Calaisien lui-même, mais ayant été 

employé autrefois à Brooklyn 
(Etats-Unis), pour aller travail- 
ler sur les premiers métiers 
mis en marche et dont le 
nombre sera progressivement 
augmenté, si les premiers ré- 
sultats de cette tentative sont 
trouvés satisfaisants. 

Ces établissements sont évi- 
demment créés à l'étranger, en 
vue de profiter des droits de 
douanes élevés qui frappent les 
dentelles à leur entrée en Espagne, en Russie et en Ainérique; 
mais ils restent tributaires de Calais ou de Nottingham pour 
leurs ouvriers, leurs contremaîtres, leurs dessinateurs, leurs met- 
teurs en œuvre et pour les moindres changements ou réparations 
que nécessite le matériel. 

Aux Etats-Unis surtout, les fabricants ont à lutter non seu- 
lement contre des frais excessifs, mais aussi contre des obstacles 
de toutes sortes, dans le recrutement du personnel et pour se 
procurer les matières premières et les accessoires nécessaires à 
la fabrication de la dentelle. On assure que des ouvriers et ou- 
vrières partis pour New-York songeraient déjà à se faire rapa- 
trier, les conditions d'existence et de climat rendant leur situa- 
tion très pénible en Amérique. 




Valencicnncs. (Gustave Noyon, 1899.) 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



)71 



Les nouveaux fabricants de ce pays éprouvent donc , d'assez 
grandes difficultés à exercer leur industrie, ce qui fait que, de 
l'avis de personnes compétentes, il n'y a pas lieu de se préoc- 
cuper outre mesure de ces essais de décentralisation. 

Le Comité de la Chambre des fabricants de Calais, estimant Brevets d'invention, 
que pour éviter des procès coûteux, causés par l'ignorance dans 
laquelle se trouve 



quelquefois la fabri- 
que, des brevets inté- 
ressant l'industrie des 
dentelles mécaniques, 
décide de faire relever 
la liste de tous les 
brevets pris depuis 
les dix dernières an- 
nées et ayant trait h. 
cette même industrie. 

Il sera ensuite fait 
un choix de ceux dont 
il sera reconnu utile 
et nécessaire de pren- 
dre copie, et la Chambre pourra ainsi mettre à la disposition de 
SCS sociétaires une bibliothèque précieuse, qui leur permettra 
d'abord de connaître ce qui est breveté et ce qui ne l'est pas, 
et ensuite de pouvoir étudier ces brevets au point de vue de 
leur validité, de leur valeur sérieuse et des antéviorités . 

Mais, au moment de mettre ce projet à exécution, trois moyens 
différents se trouvent mis à la disposition des industriels pour 
connaître de tous les brevets. 

En premier lieu^ MM. Faugé frères, ingénieurs, font savoir 
qu'ils peuvent fournir aux intéressés des copies complètes de 
brevets, à prix très réduits. 




Dentelle Chantilly. (Henri Leniaitre, 1S99.) 



572 L'INDUSTRIE DES TULLES 

D'autre part, F « Association française pou7' la protection de la 
proprie'le' industrielle » annonce qu'elle va publier un recueil, 
qui contiendra la copie et l'analyse de tous les brevets, au fur 
et à mesure de leur inscription; ce qui sera profitable à tout le 
monde, aussi bien au breveté qu'aux industriels eux-mêmes. 

Enfin, M. le Ministre du Commerce et de l'Industrie vient de 
prendre un nouvel arrêté donnant des instructions à M. le Con- 
seiller d'Etat, directeur de l'industrie, et disant que « les descrip- 
tions et dessins des brevets d'invention dont la publication aura été 
jugée utile, par application de V article 24 de la loi du 5 juillet 1844, 
seront imprimés in extenso et par fascicules séparés pour chaque 
brevet. 

y> Les fascicules isolés seront vendus à raison de 10 centimes 
jjar feuille d'impression complète ou commencée et de 10 centimes 
par planche de dessin, sans que le prix d'un fascicule puisse être 
inférieur à 50 ceiitimes. » 

MM. DusAUTom et Farigoule frères prennent chacun un brevet : 
le premier, relatif à un passe-courroies, pour métiers à tulles, et 
les seconds, pour un « nouveau système de commande de cha- 
riots, dans les métiers destinés à la fabrication des tulles et den- 
telles ». 
Remboursement des Cette questiou qui était depuis longtemps l'objet de diffi- 

droits de douanes ,, , , , . ^1 ^ • • , ,• ^ -, . ^ 

suriesvaienciennes cultcs constautcs entre 1 admniistralion des douanes et les ex- 
communcs c.xpoi- pop^Qf^g^j^g^ donnant lieu à des saisies de marchandises et à des 
expertises fréquentes et ennuyeuses, vient enfin d'être résolue. 
Après beaucoup de pourparlers et de notes exphcatives, avec 
échantillons à l'appui, envoyées au Comité consultatif des Arts 
et Manufactures, une décision ministérielle vient enfin de déter- 
miner le taux des remboursements forfaitaires à accorder, en 
vertu de l'article 10 de la loi du 10 janvier 1892, aux tulles grecs 
ou moustiquaires, formés de fils de coton d'un numéro inférieur 
au n° 40^ ainsi qu'aux dentelles valenciennes de qualité commune. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



573 



constituées par des fils atteignant au minimum, comme moyenne, 
le n" 10 P. 

Aux termes de cette décision, le remboursement, pour ces 
qualités ordinaires de valenciennes, aura lieu d'après le droit 
d'entrée du fil n" 126^ retors et les déclarations relatives aux 
dentelles de cette catégorie devront être libellées comme s'ap- 
pliquant au type spécial portant le n° 2 bis. 




Kntro-cleux colon. (R. A\'cst, 1S99.) 



A l'occasion de l'inauguration du monument des Sauveteurs, Remises de médailles 

„-. 1,1 i,T-iT 1 ' d'honneur à d'an- 

a Lalais, oeuvre remarquable du sculpteur Ji. Lormier, des me- cicns ouvriers. 
dailles d'honneur du Gouvernement sont décernées aux ouvriers 
et ouvrières dont les noms suivent, comme ayant travaillé plus 
de trente années consécutives dans le même établissement : 



Mathilde Herpin, de la maison Ch. Caroii; 
Ed. Blondel, » » 

Antoine Renault, de la maison Crespin; 

Antoine Dufossé, de la maison Boulart. 



Nouvelle banque. 



Mise à l'index. 



L'INDUSTRIE DES TULLES 

Une même médaille avait déjà été attribuée au commen- 
cement de l'année à M""" Laidez, contremaîtresse de la maison 
Théophile Léfebvre et C'% fabricants à Calais. 

La Société générale de Paris ainsi qu'une Agence financière 
franco-ùelgeJondent une succursale de leurs maisons de banque 
à Calais. > : 

Le procès Ch. Gest, gagné en première instance contre le 




Dentelle de soie. (Houette et Butler, 1899.) 



Chambre des fabri- 
cants. 



« Petit Calaisien » pour affichage nominatif, vient d'être perdu 
en appel, par suite d'habiletés juridiques que rien ne permet- 
tait de prévoir. 

Le Comité de l'Association syndicale des fabricants de 
tulles et dentelles de Calais poursuit sa tâche, au milieu 
des difficultés que suscitent souvent les moments de crise, s'ef- 
forçant de réagir contre les découragements et de stimuler les 
initiatives. 

11 continue d'intervenir fréquemment pour arranger les diffé- 
rends, régler des litiges, arbitrer dans les nombreux cas de 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



575 



copies de dessin qui lui sont soumis, et donner son avis dans 
beaucoup de questions techniques et autres. 

Il renseigne la fabrique sur les genres recherchés par la mode 
et actuellement invite ses adhérents à se porter sur les dentelles 
de coton et les fantaisies, en attendant que la dentelle de soie 
revienne en faveur. 

La question du travail de nuit, du traité de commerce avec 
le Brésil, des passe-courroies et autres mesures préventives à 
prendre contre les accidents du travail, font l'objet de ses préoc- 
cupations. 

Il donne son avis, d'accord avec la Chambre de commerce, 
sur l'extension des attributions des Conseils des Prud'hommes 
et prête son concours à ceux de ses sociétaires qui font appel 
à sa bonne volonté, pour les aider à sortir des embarras et des 
difficultés que les circonstances, assez dures du moment, peu- 
vent susciter. 

A fin d'exercice, il adopte en principe la proposition qui lui 
est faite de reprendre, en janvier 1900, les réunions mensuelles 
et de réunir dans un banquet corporatif les membres de l'As- 
sociation. 

Enfin, le Bulletin continue de paraître régulièrement, donnant 
le compte rendu des séances du Comité et traitant de toutes 
les questions qui intéressent de près la fabrique et l'industrie 
des dentelles mécaniques. 

Le Groupe de défense, toujours sur le « qui-vive », se tient 
prêt à agir, dans le cas où des circonstances graves l'obligeraient 
à intervenir. C'est en restant ainsi fortement unie, que la fa- 
brique, représentant une force réelle, peut au besoin imposer 
ses volontés dans tout ce qui doit être justement profitable à 
ses intérêts vitaux. 

La Chambre des fabricants est invitée par la Chambre de com- 
merce de Paris à prendre part au Congrès international du 



576 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Exposition univer- 
selle de 1900. 




Valencienncs. (Gustave Noyon, 1809. 



commerce et de l'industrie, qui doit se tenir à Paris dans 
un des Palais de l'Exposition, du 23 au 29 juillet 1900. 

Le Comité délègue le pré- 
sident de l'Association syndi- 
cale pour la représenter à ce 
Congrès. 

Les listes pour les de- 
mandes d'admission étant sur 
le point d'être closes, un 
pressant appel est adressé à 
toute la fabrique calaisienne, 
pour provoquer les dernières 
adhésions. 

Les travaux du Comité 
d'admission terminés, la clas- 
se 84, comprenant les den- 
telles à la main, les dentelles mécaniques, les rideaux, les brode- 
ries et les passementeries, réunit 200 exposants admis, se 
décomposant comme il suit : 

65 pour les dentelles mécaniques; 
15 pour les dentelles véritables ; 
22 pour les dentelles tulles et broderies de Lyon ; 
39 pour la broderie ; 
27 pour la passementerie ; 
26 pour les rideaux; 
6 pour dessinateurs et divers. 

Total : 200 exposants admis. 

La fabrique de Calais est représentée dans ce chiffre par 
62 demandes. 

Le Comité d'installation, constitué ainsi que l'exigent les 
règlements, entre alors en fonctions. Sa mission est de répartir 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



677 



les espaces entre les exposants; de faire dresser les plans d'ins- 
tallation et de décoration; d'en assurer l'exécution; de pourvoir 
à l'entretien ainsi qu'au gardiennage de la classe; de répartir 




Application soie. (R. \^'est, 1!S90. 



les dépenses entre les intéressés et de recevoir les prix des em- 
placements, sans aucune intervention de l'administration. 
Le Comité est ainsi composé : 

Président : M. Alf. Ancciot; 

Vice-Président : M. fJcnri flé/ion, en remplacement de M. A. Warée, 

décédé ; 
Rapporteur : M. Georges Martin, en remplacement de M. Henri 

Ilénon, rapporteur; 
Secrétaire : M. E. Goulelle; 
Trésorier : M. H. Noirot-B:ais; 
Membres : MM. Ad. Darquer; Léopold Dellan ; C/i. Croiivezier fils; 

II. Giiye; G. Ileuzey ; Aug. haac; E. Lefébure; Alf. Lorcau; 

E. Neveu; Aie. Roussel; G. Sébastien; Marius Vaehon; Aimé 

Baboin. 

La mort de M. Adrien Warée., vice-président du Comité, a 
été une grande perte, vivement ressentie par ses collègues de 
la classe 84 et par l'industrie des dentelles véritables, à la pros- 
périté de laquelle il a largement contribué. 

37 



578 



L'INDUSTUIE DES. TULLES 



Question du jury 
des l'cconipenscs. 



M. Warée occupait dans le commerce parisien une haute si- 
tuation qu'il devait à son travail éminemment artistique et in- 
telligent. Il avait acquis une réputation méritée par les articles 
merveilleux qu'il savait faire produire et exécuter, surtout en 
dentelles pour ameublement. 

C'est M. de Montarnal que le Comité d'installation a choisi 

comme architecte de 




la classe. Ses projets 
pour les vitrines et 
la décoration sont 
d'un joli style, inspi- 
ré de Y art nouveau. 
Des raisons d'or- 
dres divers n'ont pas 
permis à tous les fa- 
bricants qui avaient 
primitivement signé 
une adhésion provi- 
soire, de la mainte- 
nir à titre définitif. 
Néanmoins, le nom- 
bre des inscriptions 
fermes est suffisant et laisse toute assurance que l'industrie des 
dentelles de Calais sera brillamment représentée à l'Exposition 
de 1900 et qu'elle y occupera une place digne de son impor- 
tance et de sa réputation. 

Au cours de la discussion du budget, la Chambre des députés 
ayant invité le Gouvernement à examiner s'il n'y aurait pas lieu 
de faire élire, par les exposants, la moitié des membres du Jury 
des récompenses, les Chambres de commerce, les Chambres con- 
sultatives et syndicales et les industriels protestent, en grande 
majorité, contre cette proposition qui est en contradiction for- 



Application de Bruxelles. (A. Darquer-Bacquct, 1S99. 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



579 



melle avec les lois organiques ayant servi de base au vote qui 
a décidé de l'Exposition universelle de 1900. 

Les premiers règlements arrêtés sont devenus internationaux 
et la France se doit au respect des engagements pris avec le 
monde entier. 

D'autre part, l'éleclion, pour être équitable et régulière, pré- 
senterait des difficultés insurmontables et pourrait donner lieu à 
des malentendus et 
à de véritables sur- 
prises. 

Il deviendrait 
aussi indispensable 
de prendre des dis- 
positions sur les 
conditions et garan- 
ties à exiger des 
éligibles, afiti d'as- 
surer à tous les ju- 
rés l'autorité qui 
leur est nécessaire. 

Au point de vue 

international, il convient que les jurés aient tous une origiue com- 
mune, c'est-à-dire qu'ils soient désignés dans les mômes formes 
par leurs États respectifs; chaque pays ayant à constituer ses 
jurys de telle sorte, qu'ils offrent, en toute certitude, les meilleures 
conditions d'impartialité. 

Enfin lu nomination des jurés, telle qu'elle est prévue au rè- 
glement de 1894, se recommande du passé. Le temps l'a con- 
sacrée et sanctionnée, et c'est dans le sens des observations ci- 
dessus signalées que la Chambre de commerce et la Chambre 
des fabricants de Calais ont répondu à l'enquête faite par M. le 
Ministre du Commerce sur cette question. 




Dentelle soie. (Henri Lemaître, 1899.'! 



■ 1 



580 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Travail de nuit. Lc syiîdicaL 1' « Uiilou clcs tullisles » poui'suit le pi'ojet de ré- 

duire la journée de travail des ouvriers tullistes à dix heures, par 
l'arrêt des machines de minuit à 4 heures du matin. 

Cette question avait déjà été agitée en 1890 et une expé- 
rience sérieuse de ces nouvelles conditions de travail était faite, 
pendant plusieurs mois, dans l'une des principales fabriques de 
la place. Les résultats constatés furent trouvés fort peu satis- 
faisants, aussi bien pour les ouvriers que pour le patron. 

En fait, on poursuit un objectif déjà réalisé, puisque les ou- 
vriers, avec les con- 
ditions actuelles, ne 
travaillent jamais plus 
de 52 à 53 heures 
par semaine, soit une 
moyenne de 9 heures 
par jour et encore lors- 
que l'ouvrage donne 
en plein. Rien ne se- 
rait plus facile à dé- 

EnLi'c-dcu.Y culon. (A. Darqucr-BacqucL, 1S99.) 

montrer. 

A l'initiative de 1' « Association de rindustrie el de l'agricul- 
ture françaises », société protectionniste par essence, présidée par 
M. Méline, et sur la proposition des filateurs du Nord, on vou- 
drait profiter du projet de loi soumis en ce moment à la Chambre 
des députés (en vue de faire modifier l'article 3 de la loi du 2 no- 
vembre 1892, relative au travail des enfants, des femmes et des 
filles mineures), pour faire adopter en même temps la suppres- 
sion complète du travail de nuit, même pour les adultes. 

Il en résulterait pour la fabrique l'obligation, ou de supprimer 
la moitié de son personnel, ce qui serait une ruine pour tous, 
ou de doubler le nombre des usines et des métiers, ce qui se- 
rait une impossibilité absolue. 




ET DENTELLES MKGÂNIQUES. 



581 



Où irait-on prendre les capitaux pour doubler ce qu'il a fallu 
plus de quatre-vingts ans pour édifier et constituer et que devien- 
draient alors les conditions économiques, avec un capital consi- 
dérablement augmenté, sans plus de 
production et sans augmentation du 
chiffre des affaires? 

Une pareille réglementation ne 
pourrait se faire, en tout cas, que 
par voie d'entente internationale. 

La Chambre de commerce -et la 
Chambre des fabricants de Calais, 
d'accord avec la Société industrielle 
de Saint-Quentin, ont aussitôt adressé 
des protestations à M. le Ministre 
du Commerce et à la Commission du 
travail de la Chambre des députés. 

La Cliambre syndicale des fabri- Projet crérection 

, . d'une statue au grand 

cants reprend le projet, deja emis jacquard, 

en 1883 par la municipalité calai- 
sienne, d'ériger sur la place de l'E- 
galité une statue monumentale à 
Jacquard, dont la célèbre invention 
a rendu de si immenses services à 
l'industrie des tissus et en particu- 
lier à l'industrie des dentelles méca- 
niques. 

Le Comité estime qu'il appartient 
à l'Association qu'il représente de prendre à son tour cette ini- 
tiative, en témoignage de la part de reconnaissance que la fa- 
brique de Calais doit au génie de cet inventeur. 

Il décide de constituer dans son sein une Commission qui 
sera chargée de provoquer et de recueillir les souscriptions vo- 




Application. (R. West, 1899 



582 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Situation clcsafTaircs. 



lontaires, de solliciter des subvenlions et de trouver toutes les 
ressources possibles, par les moyens qu'il jugera les plus effi- 
caces, pour arriver à réunir la somme nécessaire afin que le 
monument soit digne du grand homme dont il doit perpétuer la 
mémoire. 

V avant-dernière année dn siècle, puisque la science a démontré, 

malgré les opinions intran- 
sigeantes et autoritaires de 
Léon XIII et du Grand chef 
de la Germanie, que l'an- 
née 1899 n'était pas la der- 
nière du dix-neuvième siè- 
cle, n'aura encore été 
qu'une année moyenne et 
cependant, dès le mois de 
janvier, on assurait que les 
grands modèles dont on at- 
tendait l'apparition étaient 
pour la plupart garnis de 
dentelles. 

Les débuts de la saison ont été assez satisfaisants et c'est le 
continent qui ouvre la campagne avec des ordres en chantilly, 
mats chaîne et mats de bobine; en limande soie, en laizes à 
petits et à grands motifs, en petits volants, en torchons, en 
Alençon et en Luxeuil. 

Le godet est toujours en faveur, mais les voilettes et les fri- 
quettes sont d'abord en demande modérée. 

L'Amérique suit, mais ses ordres, beaucoup plus restreints 
que d'ordinaire, portent sur les valenciennes, l'application de 
Bruxelles, le noir sur blanc et les fantaisies diverses. 

A partir de Pâques, les affaires deviennent languissantes et 
bien au-dessous des prévisions. 




Dentelle fantaisie soie. (R. West, 1S99. 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



583 



L'article lourd de Plaiiea est très en. faveur; aussi les métiers 
à broder de Calais et de Caudry battent-ils en plein. On con- 
fond souvent, dans le public, l'article dentelle mécanique avec la 
dentelle faite sur le métier à broder. Cependant ces articles 



^^ 




Iniilalion vieille dentelle ^nie. (H. ^^'cst, 1899.) 



marchent rarement ensemble, et quand l'un est très demandé, 
l'autre l'est beaucoup moins et réciproquement. 

A Calais et jusqu'à nouvel ordre, il faut donc vivoter avec le 
petit courant journalier et même restreindre la fabrication sur 
beaucoup de genres. 

Le chiffre moyen des affaires se soutient néanmoins avec la 
valenciennes, la matines, un peu de Luxeuil et de laizes Irlande 
fantaisie soie et coton ; avec la voilette plus recherchée et le 



584 L'INDUSTRIE DES TULLES 

petit lacet qui se vend par quantités considérables. En atten- 
dant, les fabricants de nouveautés en soie couvrent difficilement 
leurs frais de dessins et d'échantillonnage. 

On parle beaucoup du Chiny qui se vend énormément en 
vraie dentelle à la main; — le Puy est surchargé de commandes. 

En juillet, une assez grande activité se manifeste sur la place 
avec les laizes soie mélangées, les valenciennes, les entre-deux 
nouveautés, les articles à franges, le Luxeuil avec et sans bou- 
tons, les petites bandes, etc., etc.. 

Puis le calme reprend le dessus pour les derniers mois de 
l'exercice. Les achats pour le printemps sont très en retard et 
l'Amérique, qui place généralement ses ordres de saison en oc- 
tobre, novembre et décembre, n'a encore que très peu com- 
missionné. 

Les plaintes sont générales et cependant les chiffres d'expor- 
tation vont toujours en progressant, aussi bien pour les tulles 
et les dentelles de soie que pour les dentelles de coton; com- 
ment faire accorder ces deux guitares. 

Tels sont les événements petits et grands qui ont marqué, 
dans sa marche ascendante, l'industrie des dentelles méca- 
niques dans la région du Calaisis, à travers le dix-neu- 
vième siècle. 

Nous avons cru plus utile et plus simple pour le lecteur de 
relever ainsi, étape par étape, les chiffres et les renseignements 
qui indiquent et établissent les progrès réalisés par l'industrie 
tullière calaisienne. 

On a pu suivre ainsi graduellement les diverses fluctuations 
qui se sont produites dans ce milieu actif et travailleur qui n'a 
pas souvent, comme dans certains autres centres de production, 
apporté la grosse fortune, même à ceux que les circonstances 
ont le plus favorisés. 

Les frais généraux élevés, l'entretien et le renouvellement 



ET DENTE[.LES Ml^lCANIQUES. 



585 



d'un matériel cher, les recherches constantes de nouveautés, les 
pertes de temps, les dépenses multiples de toutes sortes et le 
prix élevé des salaires ont par trop réduit et restreint les béné- 
fices réalisés. 

11 faut aussi faire entrer en ligne de compte les caprices 
de la mode et les 
convulsions politiques 
qui, de temps à au- 
tre, amènent des cri- 
ses d'affaires, suspen- 
dant pour un temps 
plus ou moins long 
la marche et la pros- 
périté d'une industrie 
délicate, coûteuse et 
difficile. 

Nous pouvons le 
déclarer hautement, 
peu d'industries de- 
mandent à ceux qui 
l'exercent, plus de 
connaissances profes- 
sionnelles, plus de 
difficultés pour la 
création des nouveau- 
tés, plus de capitaux 

par rapport au chiffre d'affaires et plus d'attention soutenue, 
depuis l'achat de la matière première jusqu'au finissage complet 
du produit, que celle des dentelles mécaniques. 

Aussi, comme la sirène perfide, est-elle parfois fatale à ses 
adorateurs et nous nous faisons un devoir de le signaler en 
l'honneur de ceux qui, intelligents, chercheurs, lutteurs, inven- 




Applioalion soie. (R. V^'est, 1S'.)3.) 



586 L'INDUSTRIE DES TULLES ET DENTELLES MECANIQUES. 

teurs et laborieux, ont apporté leur pierre à l'édifice et qui tout 
en donnant leur large part, dans la lutte éternelle pour le pro- 
grès, sont restés, faute d'heur et de chance, d'intéressants vain- 
cus sur le champ de bataille pacifique du travail. 




Moiiclioir faljriqué sur le métier fonctionnant à l'Exposition, classe 77. 
(Maison Henri Hénon.) 



TECHNIQUE 



Les systèmes de fabrication sont à peu près les mêmes, Métiers Leavers. 
dans les différents centres où se produit la dentelle mécanique. 




Métier circulaire. 



aussi bien en France, à Calais, Lyon ou la région de Caudry , 
qu'en Angleterre, à Nottingham, les districts environnants et 
quelques autres centrers de moindre importance. 

Aux mêmes classes de dentelles correspondent les mêmes 
méthodes de travail. 



L'INDUSTRIE DES TULLES ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



Depuis les premiers systèmes de métiers dont l'emploi pra- 
tique en France remonte à 18 J 6, il a été apporté à ces machines 
des modifications importantes de détails, qui ont étendu leurs 
applications, simplifié leur fonctionnement et augmenté leur puis- 
sance de production. 

Aujourd'hui, c'est le métier Leavers, plus ou moins long, com- 
plété d'un Jacquard plus ou 
moins puissant, qui s'em- 
ploie partout pour cette fa- 
brication spéciale. 

Le montage intérieur des 
fils de chaîne s'établit et se 
modifie suivant le genre de 
l'article qu'on désire obte- 
nir. La perfection du pro- 
duit tient au parfait aplomb 
du métier, à ses actions 
douces et bien combinées, 
au travail plus ou moins bien traité du dessinateur metteur en 
carte et aux soins donnés par l'ouvrier au réglage de ses rou- 
leaux et de ses bobines. 

Une fabrique bien montée doit comprendre un certain nombre 
de métiers Leavers, avec leurs accessoires et tout le matériel 
nécessaire à la préparation de la matière première, de son dé- 
vidage, de son ourdissage, de son wheelage et tout ce qu'il faut 
pour la coupe, le perçage. et le laçage des cartons Jacquard. 

Un métier Leavers moderne coûte, tout monté et en train 
de marche, de 16000 à 25000 francs, et quelquefois même 28000 
à 30000 francs, suivant sa puissance, son montage et sa finesse 
de point. 

Avant de devenir cette énorme et robuste machine à actions 
si précises et à éléments de travail intérieur si délicats, avec 




Rouet, à dévider. 



59) 



L'INDUSTUIE DliS TULLES 



son Jacquard perfectionné qui en est devenu l'àme et le com- 
plément indispensable, le métier primitif a subi de nombreuses 
métamorphoses. 

Après des essais répétés, les premières applications du sys- 
tème de Leavev se firent à Calais sur des métiers circulaires 
dits inulets, disposés pour la plupart avec l'arbre commandant 
les mouvements, dans la partie basse de la machine. 

La deuxième transformation fut de porter cet arbre dans la 
partie haute, et, comme on était encore dans la période des 
recherches, peu de métiers neufs furent construits de cette 
façon. 

Les combinaisons nouvelles s'essayaient le plus souvent sur 
ces métiers mulets dont on transformait sans cesse le méca- 
nisme. 

On fit ensuite à Sahd-Picrrc des métiers neufs sur des mo- 
dèles nouveaux, d'abord avec l'arbre en bas, des fossés (l) très 
étroits et une vitesse moyenne de 80 à 90 tours (ou motions) par 
minute, notamment chez les constructeurs mécaniciens, Noijoii 
et Lavoiiie, Etienne Gcst et Cosle. 

C'est vers J860 que les constructeurs adoptèrent définiti- 
vement l'arbre en haut et qu'ils étabUrent leurs métiers sur des 
plans beaucoup mieux compris et étudiés, avec des actions plus 
raccourcies et plus rapides. 

Les mouvements étaient moins longs et mieux condensés, 
de sorte que le métier pouvait facilement marcher à près de 
120 tours à la minute. 

Successivement le système put s'améliorer et, plus tard en- 
core, les dispositions furent combinées pour pouvoir introduire 
une centaine de bai'res dans le fossé. Petit à petit on arriva même 



(1) Emplacement central clans lequel se Lrouxent placées les Ijarres niétalli<iues 
actionnées par le Jacquard. 



i;t dentelles mécaniques. 



501 



à pouvoir y faire manœuvrer 120, loO, 200 et jusqu'à 240 barres. 
Enfin vinrent les deux types actuellement adoptés et qui sont ; 
l'un, le rjrand Leavers ordinaire de forte et solide construction, 
avec des actions bien équilibrées, des axes en acier, en un 
mot, une machine tout à fait perfectionnée dans ses mouvements, 
de façon à assurer la vitesse et la régularité de sa marche 
[Irmrjueur de travail^ 146 à 452 pouces). 




Métier Lcavcrs, INOO. 



L'autre est le grand métier du système go tlirough sans 
lean-barres, dont le premier modèle a été fait à Nottingham, 
vers 1875, en 166 pouces. 

Le type pratique actuel de ce système s'établit en 172 pouces 
de travail, avec des actions très douces et simplifiées. Ses bâtis 
sont énormes et portent le poids total de la machine, de 10000 
à 12000 kilogrammes environ. 

C'est la maison Jules Quillet qui construit spécialement, à 



592 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



Calais, cette sorte de métier, entièrement au complet, avec tout 
son mécanisme intérieur. 

Un modèle de ce dernier métier doit figurer et fonctionner 
à \ Exposition universelle de 1900, classe 77. 

Les intérieurs du métier à dentelle se montent le plus gé- 
néralement en 9, 9 '/,, 10, 40 '/,, 11, 12, 14 et 16 points. 

Deux métiers 18 points, 146 pouces, fonctionnent cependant 

assez bien dans l'une des 



\^f^i 







Coupe du lrd\'ail intérieur niéticr moderne 
iio throuK'h. 



fabriques de Calais, mal- 
gré l'extrême délicatesse 
de leurs combs, pointes, 
chariots et bobines. 

Il s'est construit et 
transformé en ces der- 
niers temps beaucoup de 
métiers à fins gauges, 
en 12, 14 et 15 points. 
Le point du métier est 
déterminé par le nombre 
de pointes espacées, suivant la grandeur de la maille. 

Ainsi pour un 12 points, il se place 12 pointes dans un demi- 
pouce anglais de 127 dix-millièmes. 

Des fabricants de Lyon ont commandé récemment à Calais 
des métiers spéciaux avec des mouvements de pointes, toutes 
les trois motions, afin de pouvoir employer de très fines ma- 
tières et marcher à 180 tours environ par minute. 

Le jacquard courant est remplacé, pour ces métiers, par un 
petit mouhn, dans le genre de ceux qui s'employaient aux temps 
primitifs de la fabrication. 

Beaucoup de métiers faisant sur place de la petite valen- 
ciennes basse et commune sont montés de façon à pouvoir 
marcher à 140 tours environ à la minute. 



Eï DENTELLES MÉCANIQUES. 



593 



Un métier fait agir dans son mécanisme intérieur de 3500 
à 4500 chariots et autant de bobines, plusieurs cliaînes et plus 
ou moins de petits rouleaux, suivant les montages, le genre et 
l'importance de l'article. 

Les barres métalliques en acier qui partent du ou des jac- 
quards, traversant le 
métier dans toute sa 
longueur et au delà, ont 
généralement de 8 à 
9 mètres. Leur finesse 
(à part quelques-unes 
un peu plus fortes) est 
de 8 à 12 épaisseurs de 
barres au millimètre. 
Elles sont percées de 
trous et servent de 
guides aux fils qui par- 
tent perpendiculaire- 
ment de la chaîne ou 
des rouleaux, pour aller 
se tordre et se com- 
biner avec les fils de 
bobines qui les croi- 
sent à chaque motion 
du métier. 

On garnit le plus 
souvent ces barres de petites épaisseurs de cuivre selon les hau- 
teurs de bandes, afin de rendre plus libre le passage des fils. 

Quant aux premiers Jacquards qui furent appliqués au mé- 
tier à tulle, il faut d'abord citer le Jacquard à buttes, qui per- 
mettait d'employer quelques barres brodeuses pour entourer les 
motifs. 

38 




Jac([uard à ficelles dit Manelu's 



Jacquards. 



394 



L'INDUSTRIE DES TUF-LES 



On imagina ensuite le Jacquard à ficelles, à balancier, qui, 
modifié, devint le Jacquard dit Manchester, comportant des ai- 
guilles horizontales, commandant d'autres aiguilles verticales, sur 
lesquelles se trouvent attachées et suspendues les droppers au 
moyen de ficelles. 

Puis vinrent les premiers Jacquards sprincjs simples, notam- 
ment le Jacquard Martyn qui apporta une véritable révolution 
dans tout le matériel existant. Ce système permettait, d'une façon 
limitée il est vrai, de faire travailler les fines barres et les barres 
de gros fils, sur le même Jacquard et sur les mêmes cartons. 




Petit Jacquard spring. 

Le travail des fines barres sert à la constitution du réseau 
et, pour certains genres, à produire des armures diverses, des 
effets de mats, de grillés, de jours, de fonds, etc.. 

Un mécanicien nommé Storme imagina un autre système qui 
fut peu pratiqué, mais qui eut le mérite particulier de donner 
justement l'idée de combiner et de construire le Jacquard spring 
double perfectionné, généralement adopté aujourd'hui. 



■I 



■■ 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



59J 



Ce dernier modèle, à doubles motions, avec ses deux pompes 
et ses mouvements simplifiés très adoucis, permit de faire mar- 
cher le métier beaucoup plus vite : par exemple, à 120, 130 et 
jusqu'à 140 tours à la minute. 

Le Jacquard pour les gros fils devenant ainsi plus puissant, 
le Jacquard pour les 
fines barres dut rede- 
venir indépendant et 
fonctionner séparé- 
ment. Bientôt une cer- 
taine innovation per- 
mit d'arriver à faire 
de plus grands reports 
et de fabriquer des 
larges bandes. 

Ainsi, les premiers 
Jacquards à fines bar- 
res ne comportaient 
pas plus de 300 bar- 
res. Depuis, on est ar- 
rivé de nos jours à 
construire de ces Jac- 
quards pouvant recevoir et actionner 000, 900 et jusqu'à 
1200 fines barres, disposées sur plusieurs étages. 

L'emploi du Jacquard Manchester à ficelles ne s'est pas con- 
tinué, à cause de la sensibilité du système, de l'usure des ai- 
guilles, des difficultés que présente pour leur vérification la posi- 
tion élevée du cylindre et de la tête de l'appareil. On use les 
anciens Jacquards à ficelles; on en remplace beaucoup, mais on 
n'en construit plus depuis longtemps. ' 

Le Jacquard le plus en usage est donc actuellement le Jac- 
quard spring double perfectionné, à deux pompes, avec cy- 




.hicquartl s[)rinj;' doublL'. 



i (■ 



l\l 



59G 



L'INDUSTRIE DES TULLES 



lindres hexagonaux, en petit modèle, lorsqu'on n'a que peu de 
barres à faire travailler, et le grand modèle, lorsqu'on prévoit 
avoir de 150 à 200 barres à employer. Il arrive quelquefois 
qu'on place deux Jacquards de 100 ou 420 barres l'un derrière 
l'autre et qu'on leur fasse travailler simultanément de 200 à 
240 barres, avec un éventail peu élargi. 




Ourdissage des matières premières. 

Ces Jacquards contiennent et actionnent, selon leur puissance, 
autant de séries de 7 ou 8 droppers, qu'ils peuvent faire mou- 
voir de barres, c'est-à-dire généralement de 30 à 220 séries de 
leviers. 

L'exécution d'une dentelle quelconque, soit en dessin unique, 
soit en série, exige toute une suite d'opérations qui peuvent se 
diviser en deux parties. 

La première consiste dans le choix du genre et de la hau- 
teur à monter, de l'esquisse à adopter et à faire mettre au point, 
avec tous les effets qu'on désire obtenir. 



ai 



ET DENTELLES MÉGANIQUES. 



597 



Cette esquisse est ensuite confiée à un spécialiste appelé met- 
teur en carte, qui la traduit aussi exactement que possible, sur 
une carte à divisions, suivant les moyens que la puissance et 
le point du métier mettent à sa disposition. Ce dernier s'efforce 
de combiner son travail, de façon à imiter le plus possible tous 
les détails de la vraie dentelle, et fournit aux ouvriers tous les 
renseignements nécessaires au montage de leur métier. 




Laçiiyr ili's iiirlmi- .la<i[iiiiiil. 



Sa mise en carte terminée, le dessinateur fait procéder au 
pointage de son travail, c'est-à-dire à la traduction de ses passes 
et combinaisons, sur un papier barème, qui sert de guide au 
perceur, pour reproduire, point pour point, sur les cartons des- 
tinés au Jacquard, le dessin tel qu'il a été conçu. 

La seconde partie comprend le dévidage des matières pre- 
mières décidées ; leur transport sur des rouleaux constituant la 
chaîne, sur des tambours et, de là, sur des bobines en cuivre 
faisant fonctions de navettes. 

Après quoi, les fils d'ensemble du métier sont passés dans le 



J98 



L'INDUSÏIUE DES TULLES 



mécanisme; les chapelets de cartonnages sont placés sur les 
cylindres du Jacquard et le métier peut alors être mis en mou- 
vement pour le démarrage et la sortie du dessin, sa correction, 




Alise sur tambour des matières premières dévidées. 



son réglage et enfin sa mise en marche, pour la production de la 
marchandise. 

Il n'est pas rare qu'un dessin ainsi préparé ne soit pas 
réussi aussi bien qu'on le voudrait et qu'il ne faille procéder 
à de nombreuses et longues corrections, quand il ne faut pas 
le refaire complètement. 

Le travail de la mise en carte, si difficile et si compliqué, 
donne souvent lieu à des surprises inattendues. 

Il se produit alors une perte de temps et un supplément de 
frais qui viennent augmenter sensiblement le prix de revient de 
l'article. 

Telles sont, à peu près dans leur ensemble, les diverses opé- 
rations par lesquelles doit passer une dentelle mécanique, pour 
son exécution complète, sans préjudi(îe de celles qui l'attendent, 
avant qu'elle soit livrée à la consommation; c'est-à-dire, le rac- 
commodage, le blanchiment, la teinture, Yapprêt^ Yefftlage, le décou- 
page, le visitage, le pliage ou encartage, Y échantillonnage et enfin 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



599 



la livraison, lorsque l'acheteur, séduit, se décide à lui faire les 
honneurs d'une commande. 

C'est là une longue suite d'épreuves, qui n'est pas sans pré- 
senter beaucoup de difficultés qu'il faut vaincre et qui donnent, 
à la production parfaite d'une dentelle, un mérite qui n'est pas 
toujours apprécié à sa juste valeur. 




^^'lleelaKe des bobines 



CONCLUSION 



1816-1900 



Avant de terminer cette étude un peu longue, sur une indus- 
trie importante et artistique, dont le Département du Pas-de- 
Calais et la France elle-même ont le droit d'être fiers, à plus 
d'un titre, — il nous a paru utile et intéressant de soumettre 
au lecteur, dans un résumé rapide, quelques dernières réflexions 
sur certains points qui ont pu lui échapper et sur les déductions 
que nous croyons devoir en tirer, en ce qui regarde la situation 
actuelle de la grande fabrique calai sienne. 

Nous avons dit que la dentelle mécanique procédait de la den- 
telle à la main, dont elle a constamment cherché à être l'imita- 
tion plus ou moins parfaite, sous toutes ses formes et dans tous 
ses genres. 

Il y avait là une lacune à remplir, un vaste champ à ex- 
ploiter. 

Le problème était de faire intervenir la machine dans le tis- 
sage le plus fm et le plus ténu qui existe, et de suppléer par les 
organes d'une mécanique ingénieuse, la délicatesse du toucher et 
la dextérité de mains très habiles. Ce problème compliqué put 
être résolu; mais comme l'a dit M. E. Mallet : ce fut l'œuvre d'un 
siècle tout entier. 

On a pu voir à quelles études successives et multipliées il a 



000 



L'INDUSTRIE DES TULLES ET DENTELLES MÉCANIQUES. 



GOl 



fallu se livrer pour arriver à trouver et à combiner Fingénieux et 
délicat mécanisme du métier à dentelle; quelles difficultés on a du 
vaincre et quels obstacles il a fallu franchir, par des essais sans 
cesse renouvelés, dans cette marche lente et pénible, à travers 
des inventions de détails qui exigeaient d'éternelles retouches et 
des recommencements sans fin. 




P.irlif il atelier d'aiic l'aljriiiuc de denlclles, as[)ect iutei-ieui-. 

Aussi quels efforts et quel travail opiniâtres, depuis les pre- 
mières années du siècle, pour arriver, de transformation en trans- 
formation, à rendre l'œuvre définitive aussi complète et aussi per- 
fectionnée qu'elle l'est aujourd'hui, au point de vue de la rapidité 
et de l'économie du travail. 

Des sommes considérables ont été englouties dans ces re- 
cherches et dans ces améliorations constamment apportées à la 
machine. 

Rappelons quelques points connus et déjà signalés dans divers 
rapports. 



G02 L'INDUSTRIE DES TULLES 

A son origine, la dentelle mécanique n'élait encore qu'un simple 
tulle uni, composé d'un réseau formé de mailles ou treilles, toutes 
uniformes entre elles. 

On se bornait à fabriquer ce tulle en plein, c'est-à-dire sans 
solution de continuité, dans toute la largeur du métier. 

La lingère et la confectionneuse découpaient, dans ces pièces, 
des morceaux de formes et de dimensions appropriées à l'usage 
auquel elles voulaient les appliquer. Elles taillaient ainsi des robes, 
des volants, des voiles ou des garnitures de bonnets, qu'on em- 
ployait tels quels; — ou qu'on brodait plus ou moins richement; 
— mais ce n'était encore là que le produit dans son enfance. 

Un peu plus tard, on fit ce même tulle uni, en bandes de 
différentes largeurs. 

Tout d'abord, le tulle était tissé en fil de lin, comme la den- 
telle blanche faite à la main. Il devint bientôt plus facile et plus 
économique d'employer des fils de coton. On en fit aussi avec des 
fids de soie. 

La fabrication du (ulle de soie, à Lyon, remonte à 1791. On bro- 
dait ces tulles à Condrieu, pour en faire des voiles et des man- 
tilles pour l'Espagne, en imitation des blondes de la Catalogne. 

A la fin du dix-huitième siècle et au commencement du dix- 
neuvième, la fabrication du tulle était plus répandue en France 
qu'en Angleterre. Déjà, en 1802, on comptait, dit-on, à Nîmes et 
à Lyon, près de 2000 métiers, alors qu'il y en avait à peine 
1200 en Angleterre. C'est en 1809 que l'industrie du tulle prit le 
plus grand développement dans les deux pays, avec les anciennes 
machines primitives. 

Les fabricants de tulle uni s'efforçaient d'imiter les divers points 
et réseaux de la dentelle véritable. C'est là que se portaient tous 
leurs efforts et ce n'est que petit à petit, et après mille essais et 
combinaisons suivis de succès et de mécomptes, que la dentelle 
mécanique fut créée. 



ET DENTELLES MECANIQUES. G03 

On obtint d'abord le tulle broché, c'est-à-dire un réseau dans 
le fond clair duquel on pouvait interposer des tissus mats formant 
dessin avec des effets de grillés, de mouches, de jours et d'ar- 
mures. C'était déjà un progrès; mais ce n'était encore là qu'un 
article incomplet, car il fallait encore le broder à la main. 

Enfin l'application du Jacquard, de ce merveilleux et ingénieux 
système sans lequel rien ne serait, en tant que progrès réalisés 
dans le fonctionnement du métier à tulle, donna les moyens 
d'entourer mécaniquement d'un gros fil les divers motifs du tulle 
broché. 

On put encore trouver des combinaisons et des passes de 
fils permettant de se rapprocher étonnamment du travail de la 
vraie dentelle, dont il devint alors possible d'imiter, dans une 
certaine mesure, les types si nombreux et si variés. 

Dans les premiers temps, les métiers étaient étroits et fonc- 
tionnaient lentement. Plus tard on put doubler leur vitesse par le 
système rotatif et enfin, avec la machine à vapeur, comme force 
motrice, on obtint une production plus régulière et plus rapide. 

Les affaires prirent alors une très grande extension et les 
fabricants réalisèrent des bénéfices importants, le cours de la 
marchandise étant encore à un taux relativement élevé. 

Jusqu'en 1834, l'importation en France des tulles anglais par 
la fraude mettait continuellement en question l'existence de la 
fabrique de Calais. 

A cette époque, la filature française ne produisait pas encore 
les numéros de coton filé employés par l'industrie des tulles; de 
sorte qu'il fallait aussi faire venir en fraude, d'Angleterre, les 
matières premières nécessaires à son alimentation. 

Malgré ces difficultés, la fabrique de Calais-Saint-Pierre se main- 
tenait toujours aussi avancée, comme progrès dans la fabrication, 
que sa rivale et devancière, la fabrique de Notthigham. Et cepen- 
dant cette dernière avait toujours sur elle, avec beaucoup d'autres 



GOl L'INDUSTRIE DES TULLES 

avantages, celui d'avoir à discrétion des cotons filés excellents, 
abondants et à bas prix. 

Des réclamations énergiques furent adressées au Gouverne- 
ment, qui leva enfin la prohibition et admit les cotons retors à 
l'entrée en France, moyennant un droit de 8 fr. 80 par kilo- 
gramme. 

Le tulle et la dentelle mécanique étaient dans les premiers 
temps vendus par les fabricants en pièces écrites, c'est-à-dire tels 
que le tissu descend du métier, aux négociants et aux commis- 
sionnaires qui se chargeaient eux-mêmes du blanchiment, de l'ap- 
prêt, du finissage et. dé la vente à leurs risques et périls. 

C'est vers 1863 que le fabricant, par trop exploité et dont les 
bénéfices se trouvaient de plus en plus réduits, se mit à vendre 
sa marchandise toute finie, à la coupe, aux maisons de gros. 

Ce fut là une véritable révolution qui profita au producteur 
et à toute la place en général. 

Ce qui, à certaines époques, fit le plus grand tort à l'industrie 
des dentelles, c'est la quantité énorme de marchandises qui se 
produisait pendant l'arrêt des affaires et qu'on jetait en bloc sur 
le marché, quelquefois même, juste au moment où la demande se 
faisait le moins sentir. 

Ainsi, après la période florissante de 1879 à 1883 et plus tard 
en 1886 après le krack des banques, l'excès de production était 
parfois pratiqué de la façon la plus déplorable. 

Ces accumulations de stock obligeaient à des réalisations on 
ne peut plus préjudiciables, apportant la perturbation sur les places 
de Paris, de Londres et de New-York. 

Néanmoins, malgré les crises qui ont pu arrêter, par périodes 
plus ou moins longues, son essor et son développement, et la 
concurrence étrangère, contre laquelle elle a dû se débattre sur 
les marchés de l'Amérique et du Continent européen, l'industrie 
des tulles et des dentelles mécaniques en France a incon- 



mgmm 



ET DENTELI.es MECANIQUES. 



GOû 



testablemeiit prospéré et son chiffre d'affaires s'est accru sensi- 
blement depuis 1889. 




Aspect extérieur tlune fubriquc de ileiiLellcs. 



Les chiffres des exportations que nous trouvons dans les sta- 
tistiques officielles le démontrent d'une façon indiscutable. 

Et, chose digne de remarque, cette augmentation considérable 
a pu se produire malgré la concurrence des dentelles chimiques 
dites brûlées, fabriquées sur des métiers de Plauen et de Saint- 
Gall; ce qui démontre, quoi qu'on en ait dit et écrit à ce sujet, 
que la broderie mécanique, malgré la place importante qu'elle a 



GOG L'INDUSTRIE DES TULLES 

prise dans le costume de la femme, en se substituant en partie à 
la dentelle, n'a pas fait tout le tort que l'on suppose à l'industrie 
des dentelles mécaniques. 

Il suffit de consulter en détail ces documents statistiques, 
pour reconnaître que YAnyleteire et Y Amérique sont les deux prin- 
cipaux débouchés pour ces exportations. 

Viennent ensuite X Allemagne, V Autriche et ÏEspagne, en tète 
des autres centres de consommation. 

Le marché de Paris, grand consommateur et grand exportateur 
par ses importantes maisons de négoce, de nouveautés, de cou- 
ture, de confection et de lingerie, constitue à lui seul un centre 
principal d'écoulement. 

Le fabricant français a maintenant beaucoup à faire pour tenir 
tête à la concurrence anglaise, à celle des métiers à broder et 
aux fantaisies désordonnées de la mode. 

Le coutume tailleur qui masculinise la femme et qui lui enlève 
presque tout le charme, que prêtent si bien à sa beauté et à sa 
grâce naturelles les garnitures légères et floues de la dentelle, est 
encore l'un de ses plus terribles adversaires avec son vulgaire 
aller ergo le costume cycliste et automobiliste. 

Dans la bataille économique livrée à l'industrie des dentelles, 
celle-ci s'efforce de lutter par tous les moyens possibles contre 
les fantaisies de tous genres qui surgissent ^n -passementerie, bro- 
derie en perlé., )nousseli7ie, etc., etc., et c'est pourquoi son 
mouvement ascendant se trouve quelquefois momentanément sus- 
pendu par les efîorts combinés de toutes ces concurrence?. 

Eh bien, malgré tous ces obstacles, ces entraves et ces diffi- 
cultés, Yhidustrie dentellière de Calais est encore pleine de vigueur 
et de vitalité, grâce à l'énergie, à l'esprit d'initiative et à la valeur 
professionnelle de ses fabricants et de leurs collaborateurs. 

Elle soutient la lutte avec ardeur; elle s'ingénie à améliorer 
les genres classiques; à trouver de nouvelles combinaisons d'ar- 



ET DENTELLES MÉCANIQUES. 007 

ticles et à satisfaire les demandes de la clientèle, pour lui olTrir 
des garnitures s'assimilant et s'accordant bien avec toutes les 
modes qui paraissent; elle crée à jet continu des dessins et des 
genres nouveaux; enfin c'est Calais qui a fait de la fabrication 
des dentelles mécaniques une véritable Industrie nationale 
pouvant rivaliser avec avantage contre Nottingbam, par la beauté 
et la perfection de ses produits. 

Tout fait donc espérer qu'avec les éléments dont elle dispose, 
l'Industrie calaisienne continuera sa marche en avant avec 
la même résistance, la même robustesse et la même initiative 
que celles dont elle a de tout temps donné des preuves indé- 
niables. 

Nous le souhaitons de grand cœur avec tout l'intérêt et l'af- 
fection sincère que nous lui avons voués, et nous exprimons le 
vœu que le vent souffle en poupe dans ses voiles et conduise 
sa caravelle à la prospérité et à la fortune. C'est la moindre récom- 
pense que méritent les durs efforts, la persévérance et le labeur 
de tous les instants, du vaillant équipage qui la guide. 

Nous voilà donc en 1899, presque au terme du siècle et si nous 
remontons par la pensée le chemin parcouru, il nous faut heureu- 
sement reconnaître que, malgré des péripéties de toutes sortes; 
les obstacles et les difficultés rencontrés en cours de route, les 
crises et les convulsions inévitables auxquelles les industries, en 
général, sont toujours plus ou moins sujettes, et les épreuves 
qu'elle a dû subir, à certaines époques de son histoire, ïhidus- 
trie des dentelles mécaniques a été un bienfait pour la région du 
Calaisis. 

L'ancien petit port de guerre de Calais, enserré dans ses mu- 
railles, est aujourd'hui un grand port modèle, appelé au plus grand 
avenir, surtout lorsque sa population sera assez sage pour se 
donner des représentants influents, capables, intelligents et dé- 
voués, sachant défendre efficacement ses intérêts. 



608 L'INDUSTRIE DES TULLES ET DENTELLES MÉGANIQUES. 

Le vieux Calais qui a pu s'annexer et comprendre dans son 
enceinte, en vertu d'une loi spéciale, la grande ville manufac- 
turière de Saint-Pierre-les-Calais, avec ses 46000 ha- 
bitants, est aujourd'hui la ville la plus peuplée du département et 
celle qui donne le plus gros contingent d'impôts. 

Elle est aussi la plus importante du réseau de la Compagnie 
du Chemin de fer du Nord, pour le trafic de la grande vitesse. 

Nous terminerons en exprimant le vœu le plus ardent pour 
que le Destin la protège et fasse qu'elle devienne de plus en 
plus ilorissantc et heureuse dans l'avenir! 




TABLE DES MATIÈRES 



AVAM-PliÛl'OS VU 

Dentelles d'Arras 13 

Période de 1586 à 1815. 

(Jrigino de l'industrie, 10. — Dentelle à la main, 20. — Systèmes divers de métiers, îl. 

— Inventions diverses, 23. — Inventeurs français, 24. — Nouveaux réseaux, 
(maille ou fond), 25. — Emploi de la bobine, 26. — Coton filé, 26 —-Tulle 
bobin, 27. — Inventions nouvelles, 28. — Système Leavers, 29. 

Période de 18 H» à 1900. 

I8IG-I8I7. — Importation de l'iniluslrie tullière diins le Pas-de-Calais, .3.3. — Premières 

fabriques établies à Calais, 35. 
I8I8-I8I9. — Premières mécaniques (métiers) constiiiiles à Calais, 37. — Exposition 

générale et publique à Paris, 37. 
1820-1821. — Suite des premiers établissements fondés à Calai?, 39. — Marques de 

fabriijue, -'10. 
1822-1823. — Certillcats d'origine, 'i2. — Nouveaux fiiliricanls, 42. — Nouveaux 

constructeurs, 43. — Brevet, 43. — ^létier système Pusiiei', 43. — Conseil des 

Prud'lir)mmes, 44. — Exposition de 1823 à Paris, 44. — Crise tuUière, 44. 

1824. — Nouveaux métiers, 45. — Renseignements statistiques, 4G. 

1825. — Mécaniques diverses (méliers à tulles), 47. — Conseil des l'iud'hommes, 47. 

— La duchesse de Berry à Saint-Pierre, 48. — Nouveaux perfectionnements, 48 — 
La journée de huit heures, 50. — - Introduction des tulles de fabrication étran- 
gèi'e, 50. — Nouveaux fabricants, 51. — Population de Saint-Pieri-e-les-Calais, 52. 

I82G. — Améliorations apportées aux métiers à tulle, 52. — Exportation du tulle 
français en Angleterre, 53. 

1827. — Nouveaux fabricants, 54. — L'industrie des dentelles gênée dans son 
action, 54. — Exposition nationale, 54. — Essais de décentralisation, 55. 

1828. — Perfectionnemenls apportés à la fabrication et aux métiers, 55. — Limitation 
des heures de travail à Nottingham, 50. — La prohibition des cotons, 56. — Statis- 
tique, 56. 

1829-1830. — Conseil des Prud'hommes, 58. — Journées de Juillet, 58. — Brevet, 58. 

— Métier circulaire Boit, 59. — Société de consignation, 59. 

1831. — Prix des cotons fdés, 60. — Le Circular-Bdlt modifié, 60. — Tulle fantaisie, GO. 

— Blanchisserie. Nouveaux fabricants. Cl. — Crise tullière, 61. — Société de consi- 
gnation, 61. 

1832-1833. — Le bruit des métiers, 62. — Droits de douane sur les cotons filés, 62. 

1834. — Nouvelle crise tullière, 6i. — Exposition nationale de 1834,64. — Cotons 
filés, 66. — Levée de la prohibition des cotons, 66. — La fabrication du tulle à 
Guînes, 67. — Nouveaux genres, 69. — Brevets d'invention, 70. — Statistique, 70. 

— Enquête commerciale, 71. 

39 



CIO TABLE DES MATIERES. 



1835. — Exportalion des tulles, 71. — La production du tulle eu Europe, 72. — Nou- 
velle blancliisserie, 72. — Importation des cotons filés pour métiers à tulle, 73. — 
Brevet, 73. — Projet de constitution d'une Chambre syndicale de faljricanls, 73. ^ 
Drawback, 73. — Estampillage, 73. 

1836. — Estampillage des tulles réglementé, 74. — Commission d'expertise, 74. — 
Brevets, 74. — Chambre syndicale, 75. — Comité des tissus, 75. 

1837. — La situation industrielle, 75. — Le tulle Bruxelles, 78. — Abandon des an- 
ciens systèmes de métiers, 78. — Application du Jacquard au métier à tulle, 79. — 
Brevets, 79. — Importation des cotons filés, 80. 

(838. — Brevets, 80. — Importation des cotons filés, 80. 

1839. — Exposition nationale de 1839 à Paris, SI. — Nouveaux perfectionnements, 81. 
Système métrique, 81. 

1840. — Première machioe à vapeur, 82. — Brevets, 8?. — Importation des cotons 
filés, 82. 

1841. — Conseil des Prud'hommes, 83. — Le Platt, 83. — Le prix des métiers, 83. — 
Statistique, 84. — La fraude sur les cotons, 85. — Brevets, 85. — Métiers jac- 
quardés à Calais, 86. — Inspecteurs du travail, 86. 

1842-1843. — Brevets, 87. — Les tulles anglais en France, 87. — Le travail de nuit, 87. 

— Statistique, 88. — Naturalisation, 88. — Métiers à tulles. Levée de prohibition, 88. 

1844. — Exposition nationale à Paris, 89. — Les droits d'importation, 90. — Statis- 
tique industrielle, 91. — Décroissance de l'importation des cotons filés, 91. 

1845. — Les droits de douanes, 92. — Nouvelle usine, 93. — Livrets d'ouvriers, 93. 
I84G. — Nouveau genre, 93. — Pesage et mesurage, 93. — Création d'une Chambre 

consultative, 93. — Brevets d'invention, 94. 

1847. — Projet de loi de douanes, 95. — Imitation de Chantilly, 95. — Conseil des 
Prud'hommes, 96. — Brevets, 90. 

1848. — Dentelle de laine, 96. — Crise tullière, 96. — Brevet, 97. 

1849. — Poids et mesures, 97. — Les droits d'entrée sur les cotons filés, 97. — Fa- 
brique de tulles, à Barcelone, 98. — Dentelle Pusher, 98. — Brevets, 98. — Expo- 
sition nationale à Paris, 98. — Caisse des retraites, 99. 

1850. — Transformation continue du matériel, 99. — Cliambre consultative, 99. 

1851. — Charbons, 100. — Dentelle de Paris, 101. — Exposition universelle de 
Londres, 101. — Récompenses, 102. — Cotons filés, 103. — Statistique, 103. 

1852. — Projet de suppression du travail de nuit, 105. — Dentelle Lama, 100. — Blan- 
chisserie, 106. — Pétition concernant les tulles de soie étrangers et les cotons filés, 106. 

1853. — Brevet, 109. — Nomination d'un délégué, M. Henri Leblond, 109. — Conseil 
des Prud'hommes, 109. — Cotons filés, 110. — Machines à vapeur, 110. — Visite 
de l'Empereur et de l'Impératrice, à Calais, 110. — Exposition universelle à 
Dublin, 111. 

1854. — Statistique, 111. — Brevets, 113. — Constructeurs mécaniciens. 113. — Expo- 
sition universelle de 1855, à Paris, 113. — Etal des affaires, 114. 

1855. — Usages locaux, 115. — Filature, 115. — Intérieurs de métiers, 115. — Expo- 
sition universelle de Paris, 1855, 116. — Statistique, 118. — Mise en carte, 119. 

— Décoration, 119. 

1856. — Dentelle Lama, 120. — Brevets, 121. — Bandes en travers, 121. — Blanchis- 
serie, 121. — Loterie, 122. — Population, 122. — Récompenses, 122. — Banque de 
France, 122. — Caisse d'escompte, 122. — Apprêt, 122. — Cotons filés, 123. — 
Nouvelle usine, 123. — Maison de vente, 123. 

1857. — Vente de métiers, 123. — Grise commerciale, 123. — Tulles de soie, 124. — 
Usines à vajieur, 124. — Fabrication à bon marché, 124. 

1858. — Comptoir de vente, 125. — Brevet, 125. — Valeurs de douanes, 125. — Usine 
à vapeur, 120. — Reprise des affaires, 120. 

1859. — Drawback, 126. — Brevets, 126. — Situation des affaires, 127. —Chariots et 



jBm 



TABLE DES MATIERES. OU 



bobines, 128. — Cotons en balles, 128. — Exposition rouennaise, 128. — Usine à 
vapeur, 129. 

1860. — Traité de commerce, 130. — M. II. Leblond, délégué de la Ciiambre consulla- 
tive, 130. — Caudry, 131. — Dentelle do France, 131. — M. Edouard Mallet, dé- 
légué de la Chambre de commerce, 131. — Chambre cousultative, 132. — Contribu- 
tions, 132. — Cours du tulle en écru, 132. — Etat des alTaires, 133. — Copies de 
dessins, 134. — Nouvelle usine, 134. — Brevets, 134. 

I8GI. — E-Kposition universelle de Londres, 135. — Conseil des Prud'hommes, 13G. — 
Situation delà place, 136. — Nouveaux négociants, 136. — Comptables, 136. — 
Population de Saint-Pierre, 13G. — Exposition universelle de Londres, 137. — 
Brevets, 137. 

1882. — Usines à vapeur, 139. — Teintures et apprêts, 139. — Procès en conire- 
façon, 140. — Encouragement à l'industrie, 140. — Inspection du travail, 141. — 
Jacquard Storme, 141. — Brevets, 141. — Exjiosition universelle de Londres, 142. 

1863. — Distinctions honorifiques, 148. — Crise de l'industrie cotonnière, 149. — Met- 
teurs en oeuvre, 150. — Conseil des Prud'hommes, 150. — Chevaliers d'indus- 
ti'ie, 150. — Brevets, 151. 

1864. — Conseil des Prud'hommes, 154. — Nouvelles usines à vapeur, 154. — Situa- 
tion des alTairrs, 154. — Vente de métiers, 155. — Nouvelles maisons, 156. — 
Vente de fabrique, 150. — Emprunt de 500000 francs, 156. 

1865. — Sociétés commerciales, 157. — Contrefaçon, 157. — Exposition universelle de 
Paiis (1867), 158. — Vente de matériel, 158. — Usine à vapeur, 159. 

1866. — Contrefaçon, 159. — Tulles et tissus, 159. — Crise dentellière, 160. — Société 
de secours mutuels, 161. — Concours de la Société agricole et commerciale, 161. — 
M. Dubout aîné, 161. — Tribunal de commerce, 163. — Actes do société, 164. — 
Incendie d'usine, 164. 

1867. — Exposition universelle de Paris, 164. — Admission temporaire, 165. — Impor- 
tations frauduleuses, 165. — Exposition universelle de Paris. Récompenses, 166. — 
Voyage de l'Empereur à .\rras, 173. — Récompenses accordées aux collabo- 
rateurs, 173. 

1868. — Etat des alfairos, 175. — Fabrication, 175. — Exposition du Havre, 175. — 
Conservatoire des dessins de fabrique, 176. — Conseil des Prud'hommes. 176. — Im- 
pôts, 176. — Statistique, 177. 

1869. — Situation des affaires à Saint-Pierre-los-Calais, 179. — Conservatoire des dessins 
de fabrique, 180. — Conseil des Pi-ud'hommes, 180. — Nouvelle usine à tulle, 180. 
Enquête sur les fdés de coton, 181. ^ Industrie tullièi'e, 181. — Incendie, 184. — 
Brevets, 184. 

1870. — Guerre de 1870, 185. — Calais et Saint-Pierre, 186. — Ecole profession- 
nelle, 186, — Reconnaissance de brevet, 186. — Nouvelles maisons, 187. — Tulle 
et libre échange, 187. — Enquête parlementaire sur le régime économique, 188. — 
Questionnaire sur l'industrie du coton en ce qui concerne les tulles, 11)0. — Dessins 
et modèles de fabrique, 192. — Caudry, 192. — Réponses à un questionnaire, 192. 
— Tableau récapitulatif. Statistique, 195. 

1871. — Projet de taxes sur les matières premièi-es soie, 200. — Comité su]iérieur des 
Arts et manufactures, 201. — Délégué calaisien. M. Léon Houette, 201. —Soies 
filées, 201. — Population, 202. — Ouvriers tullistes, 202. — Tuiles unis, 202. — 
Conseil des Prud'hommes, 203. 

1 872. — Projetd'impot sur les matières premières, 203. — Conseil des Prud'hommes, 205. 
Exposition locale, 205. — Etat des affaires, 206. — Brevets, 206. 

1873. — Assistance mutuelle, 206. — Conseil des Prud'hommes à Saint-Pierre, 207. — 
Population, 207. — Impôts sur les matières premières, 207. — Grève de Nottin- 
2;ham, 208. — 'Exposition internationale de Vienne (Autriche), 209. 

1874. — Loi sur le travail des enfants dans les manufactures, 210. — Experts en 



G 12 TABLE DES MATIERES. 



douane, 210. — Parasols garnis de dentelles, 210. — Exposition artistique et indus- 
trielle, 211. — Etat des affaires en dentelles, 212. — Brevets, 21,3. — Jacquards 
puissants, 213. 
1875. — Exposition universelle de Pliiladelpliie, 213. — Unilication du titrage des 
lils, 213. — Chambre syndicale des fabricants, 214, — Droits de douanes, 215. — 
Traités de commerce, 215. — • Savons employés à la teinture, 215. ■ — Ecole indus- 
trielle et commerciale, 216. — Nantissement des métiers à tulle, 216. — Numérotage 
des lilés, 21G. —Récolte du coton, 217. — Etat des alTaires, 218. — Brevets, 218. 

— Articles Pusher, 218. 

1878. — Mouvement d'affaires, 219. — Brevets d'invention, 219. — Surveillance du 
travail des enfants dans les manufactures, 220. — Incendie ds la vieille cité Du- 
brœucq, 220. — Chambre de commerce de Calais, 220. — Traité do commerce avec 
l'Italie, 221. — Exjiosiliûn universelle de Paris (1878), 221. — Contrefaçon de marques 
de fabrique, 221. — Nouveautés, 222. — Exposition locale, à Calais, 222. — Société 
des fabricants réunis, 223. — Association mutuelle des employés et dessinateurs, 
223. — Situation des affaires, 224. — Faillites, 227. — Métiers fins points à Jac- 
quards puissants, 227. — Nantissemenis des métiers, 227. — Exposition univer- 
selle de Philadelphie, 228. — Projet de création d'une Chambre syndicale de fabri- 
cants, 230. — Etat des affaires, 231. 

1877. — Exposition universelle de Paris (1878), 232. — Dessins et modèles de fa- 
brique, 232. — Admissions temporaires, 232. — Fils trois bouts retors coton, 233. 
Marques de fabrique, 233. — Etablissement de blanchiment et d'apprêt, 234. — Dis- 
tinctions honoriliques, 234. — Crise ouvrière de Lyon, 234. — Cavalcade, 235. — 
Etat des affaires, 235, — Incendie de la nouvelle cité Dubrœucq, 238. — Moi-t 
d'Adolphe Thiers, 238. — Statistique, 238. 

1878. — Association des dessinateurs et des employés, 240. — Ti-avail des enfants et 
des fdlos mineures dans les manufactures, 241. — Souscription, 241. — Contre- 
façon, 241. — Tarif général des douanes. Nouveau projet, 242. — Visite à la fa- 
brique par le prince de Danemark, 243. — Concours de la Société agiicole et indus- 
trielle, 243. — Exposition universelle de 1878. Récompenses, 244. 

1879. — Etat des affaires, 245. — Incendie volontaire. Autres incendies, 24G. — Fa- 
biique de dentelles à Barcelone, 24G. — - Brevets d'invention, 217. — Marchandises 
en retour, 247. — Musée industriel à Boulogne-sur-Mer, 248. — Travail dos enfants 
et des lilles mineuies dans l'industrie, 248. 

1880. — Los tarifs douaniers et l'industrie des tulles, 249. — Conservatoire des dessins 
de fabrique, 250. — Vols de soie et de coton, 250. — Travail des enfants et des 
filles mineures dans l'industrie, 250. — Colis pour l'Angleterre, 251. — Frein 
Masson, 251. — Mort de James Wragg, 251. — Loi sur les patentes, 251. — Tarif 
des douanes. Filés de coton, 254. — Dépôts de dessins et de modèles industriels, 254. 

— Pianos à percer les cartons mus par la vapeur, 255. 

1881. — Société industrielle et commerciale, 25U. — Patentes, 25G. — Pi'ojet de loi sur 
les heures de travail des adultes, 257. — Déplacement de fabrique, 257. — Expédi- 
tions pour l'Angleterre, 258. — Assurances, 258. — Chemin de fer de Guînes-.Anvin, 

258. — Cours de dessin a]ipliqué à l'industrie du tulle, 259. — Situation de la place, 

259. — Question des patentes, 2G0. — Métier à dentelle système Malhère, 261. 

1882. — Condition des soies, 2G7. — Exposition internationale d'Amsterdam, 2G7. — 
Ecole d'art décoratif, 267. — Statistique, 268. — Admission temporaire des cotons 
lilés lins, 269. — Exposition des Arts industiiels, à Lille, au Palais Rameau, 269. 

1883. — Chambre consultative, 271. — Création de la Chambre syndicale des fabri- 
cants, 273. — Condition des soies, 274. — Fabrique Duboul et C''=, 275. — Incen- 
dies, accidents et vols, 275. — Statue de Jacquard, 275. — Exposition internationale 
d'Amsterdam, 276. — Exposition de Rouen, 276. — Admissions temporaires, 277. 

— Brevets, 278. 



■ 



SB 



TABLE DES MATIERES. G13 



1884. — Métiers cannelés brevetés, '279. — Conférence de Francisque Sarcey, 280. — 
Perçage des cartons au piano. Simplilicalion, 281. — Situalion de la ])lace, 281. — 
Brevets, 283. — Exjiosition à Londres, 283. — Gi'andes usines de Turgan, 284. — 
Ecole professionnelle, 28 i. — Musées commerciaux, 285. — Statistique, 285. — 
Réglementation du travail dans les établissements industriels, 285. — Avis commer- 
ciaux, 285. — Pétition ouvrière, 28G. — Société des sciences industrielles, 288. — 
Bulletin de la Chambre syndicale des fabricants, 289. — Exposition internationale 
d'Anvers, 290. — Cliambre syndicale ouvrière, 290. — Magasins généraux. Wai- 
rants, 290. — Condition des soies, 290. — Situation des allaires, 291. — Service 
téléphonique, 291. — Syndicats professionnels, 291. 

1885. — Réunion des deux villes de Calais et de Saint-Pierre, 292. — Impôts, 292. — 
Mort de Victor Hugo, 292. — Actes de vandalisme, 293. — Mémoire historique sur 
l'industrie du tulle, 293. — Exposition universelle d'Anvers, 294. — Règlement des 
ateliers, 294. — Travail de nuit, 295. — Suppression de la Chambre consulta- 
tive, 295. — Conseil des Prud'hommes, 207. — Exposition de Liverpool, 297. — 
Condition des soies, 297. — Les salaires à Nottingham, 298. — Métiers à broder, 
299. — Métiers Lcavers, 299. — Etat des aiïairos, 299. — Syndicat ouvrier « l'Al- 
liance », 300. — Brevets, 300. 

1886. — Exposition agricole et industi'ielle de Boulogne-sur-Mer, 302. — Eclairage des 
fabriiiues jiar l'électricité, 302. — Krack financier, à Calais, 302. — Nécrologie, 307. 
Annuaire de la fabi'ique, 309. — Question des salaires, 309. — Magasins généraux. 
Wai'rants, 310. — Faillites, 311. — Le mouchoir dentelle, 311. — Introduction de 
l'industrie tullière en France, 312. — Chambre syndicale des fabi'icants de tuiles v.l 
dentelles, 314. — Exposition universelle de 1889, 314. — Métiers à broder de la 
Saxe et de la Suisse, 315. — Dessins déposés au Conseil des Prud'hommes, 317. — 
Perçage des cartons Jacquard, 317. — Etat des atfaire.^ à Calais, 317. — Vente des 
métiers, 319. — Création d'un com|)toir de vente, 319. — Conseil des Piud'hommes, 
319. — Matières premières soie, 319. 

1887. — Condition des soies, 320. — Informations industrielles, 320. — Métier à 
broder, 321. — Exposition universelle de Barcelone, 321. — Exposition universelle 
de Paris (1889), 322. — Expositions internationales à Melbourne et à Bruxelles, 
323. — Conseil des Prud'hommes. Dessins. Esquisses, 323. — Contributions, 324. 
— •Renouvellement du traité de commerce franco-italien, 324. — Prix de revient, 
325. — Situation de la |jlace. Crise industrielle, 325. — Dentelles nouvelles, 330. — 
(Contrefaçons, 331. — Faillites, 331. — Question des échantillons, 331. 

1888. — Etat des alfaires, 333. — Syndicat des ouvriers tullistes, 334. — Exporta- 
tion, 335. — Comploir de ventes, 335. — Exposition universelle de Paris (1889), 
335. — Exijosilion universelle de Barcelone, 335. — Conservatoire des dessins de 
fabri(iue, 335. — Téléphone Calais-Paris, 33G. — Invention Roi; et Kent, 33G. — 
Chambre des fabricants, 337. — Etat des alfaires, 337. 

1889. — Commission du travail, 338. — Machines à coudre les cartons Jacquard, 339. 

— Concurrence des tulles brodés allemands et suisses, 339. — Création d'un musée 
industriel, 339. — Renseignements industriels, 342. — Etat des alfaires, 342. — 
Jury des récompenses (1889), 343. — Voyage du Président Carnot à Calais, 343. — 
Exposition universelle de 1889, 347. — Traités de commerce, 351. 

(890. — Année mouvementée, 352. — Rnjjport de M. 0. Denquin sur la législation 
douanièi'e pour les tulles et dentelles, 353. — Réj;ime douanier. Questionnaire, 353. 

— Appel à l'industrie tullière, 354. — Réponses au questionnaii'e du Conseil supé- 
lieur, du commerce et de l'industrie, 35G. — Commission permanente des valeurs 
(le douaiies, 358. — Livrets d'ouvriers, 358. — Fête ouvi'ière du !'■'■' mai, 358. — 
Bill Mac-Kinley, 359. — Rapjjorts des délégations ouvrièi'es sur l'Exiiosition uni- 
verselle de 1889, 359. — Distinctions honoi-iliques, 359. — Comité pour la défense 
du marché des soies, 359. — Question douanière, 3G1. — Expositions de Mada- 



G14 



TABLE DES MATIÈRES. 



gascar. Edimbourg (Ecosse). Paris (Palais de l'Industrie) et Moscou, 362. — Travail 
de nuit, 3G3. — Brevet, 30i. — Tulle uni ancien, 364. — Fédération nationale ou- 
vrière, 364. — Exportation des métiers à tulles, 364. — Situation des affaires, 365. 

— Projet de tarif, 366. — Avis commercial, 371. — Ouvroir municipal, 371. — 
Questionnaire sur la durée de la journée de travail, 372. — Réglementalion du tra- 
vail. Enquête parlementaire, 372. — Création d'un bureau d'échantillons, 374. — 
Dépôt de dessins, 374. — Ligne téléphonique Calais-Paris, 374. 

1891. — Comité de défense, 375. — Proteslalion, 376. — Les droits sur les soies filées, 
377. — Les droits sur les colons filés, 377. — Comité de défense de Calais, 378. — 
Délégation calaisienne à Paris, 380. — Délégation caudrésienne à Paris, 381. — 
Visite de plusieurs députés à Calais, 382. — Passe-courroie J. Eorest, 386. — Visite 
de l'amiral Gervais, 387. — Mises à l'index, 387. — E.Kposilion française de Moscou, 
387. — Régime douanier, 388. — Contestation de brevet, 389. — Question douanière, 
391. Dénonciation du tarif de 1890,393. —Exposition internationale de Chicago et des 
Arts de la femme à Paris, 394. — Condition des soies, 395. — Association des in- 
dustriels de France contre les accidents du travail, 396. — Régime douanier, 396. — 
Projet de loi sur les patentes, 397. — Etat des affaires, 399. — Encore une question 
douanière, 40 't. — Association syndicale des fabricants de dentelles, 405. 

1892. — Brevet W.-H. Smith-Goard, 406. — Brevet d'invention, 409. — Tarif 
(le 1890, 408. — Question douanière, 408. — Banque locale, 410. — Nouveau bre- 
vet, 410. — Loi sur le travail des femmes et des filles mineures, 411. — Expo- 
sition des Arts de la femme, 411. — Visite d'usines, 413. — Coui'S de mise en 
carte, 413. — Traité de commerce avec l'Espagne, 414. — Conservatoire des des- 
sins de fabrique, 414. — Chambre syndicale des fabricants, 414. — Récompenses 
honorifiques, 415. — Bill Mac-Kinley, 415. — Fabrication : dentelles île coton, 
415. — Droits de douanes, 417. — Nouveau syndicat ouvrier, 417. — Marchés 
d'exportation, 418. — Nouveauté en article de Plauen, 419. — Métiers à broder do 
Plauen et de Sainl-Gall, 419. — Remboursement des droits à la soitie sur les 
tissus de coton, 420. — Passe-courroie automatique, 421. — Exposition universelle 
de Chicago, 421. — Règlements d'atelier, 425. — Société générale pour favoriser 
le développement de l'exportation des produits français, 426. — Convention franco- 
suisse, 426. — Loi sur le travail des enfants, des femmes et des filles mineures dans 
l'industrie, 427. — Situation des affaires, 427. — Assemblées générales men- 
suelles, 429. — Questions de tarif, 43G. — Questions des échantillons, 437. — 
Journal spécial de réclame, 438. — Rachat des métiers, 438. — Négociants en ma- 
tières premières, 439. — Statistique, 439. 

1893. — Inspection du travail dans l'industrie, 441. — Dépôts de dessins. Coutre- 
façous, 442. — Vente de déchets de matières premières, 443. — Séries réclame, 443. 

— Albiuii (le Bruges, 444. — Expositions de Madrid, Anvers et Lyon, 444. — Ra])- 
port de "SI. le Consul anglais, 444. — Exjjosition de Chicago, 446. — Médailles 
d'honneur, 449. — Musée industriel, 449. — Experts en douane, 452. — Etat des 
affaires, 452. — Traité de commerce fi'anco-américain, 455. — Institution de pré- 
voyance, 456. — Expositions de Lyon et d'Anvers, 456. 

1894. — Chambre des fabricants, 456. — Filature de schappe et de bourre de soie, 457. 

— Expositions de Lyon et de Bruxelles, 457. — Exposition industrielle et artistiipie 
à Calais, 458. — Congrès des Arts décoratifs, 459. — Concours de dessin, 459. — 
Questions de salaires et autres. Propositions du syndicat ouvrier, 460. — Métiers à 
broder, 461. — Loi du 24 novembre 1892 sur la réglementalion du travail, 461. — 
Valeurs de douanes, 462. — Assassinat du Pi-ésident Carnot, 462. — Reprise des 
négociations commerciales avec la Suisse, 464. — Chambre syndicale dos fabricants 
de tulles et dentelles, 466. — Mutualité contre les accidents du travail. Projet D.^le- 
croix, 466. — Agent de fabrique étrangère, 468. — Musée commercial de Montréal, 
4GS. — Chambre de commerce de Charleroi, 469. — Sociétés d'exportation. 469. — 



m 



TABLE DES MATIÈRES. 615 



Moi-tiJo M. Guillaume Fournier, 473. — Brevets, -i73. — Voilelte clieaillée, 473. — 
Tarif des salaires à compléter, 474. — Musée commercial de Santiago, 474. — Pira- 
terie, 475. — Tarif et prix de façon pour le bourdon, 475. — Question ouvrière, 
475. — Etat des affaires, 47G. — Concurrence étrangère, 479. 
1895. — Musées commerciaux de Hambourg, de j\Iilan, de Pliiladelpliie et d'Athènes, 
480. — Rapport des deux délégués tullistes àl'E.^position de Lyon, 480. — Chambre 
de commerce française de Gharleroi. Echantillons, 481. — La fabrication du tulle en 
Amérique, 481. — Distinctions honoriliques, 482. — Expositions de Bordeaux, 
Atlanta, Montevideo, Amsterdam, Berlin et Paris (1900), 482. — Exposition de Chi- 
cago, 484. — Douanes italiennes, reprise des relations commerciales avec l'Italie et 
l'Espagne, 484. — Syndicat ouvrier 1' «Union des tullistes ». Tarif de Nottiagham, 
485. — Visite à Calais de M. le Ministre du Commerce, de l'Industrie, dos Postes et 
des Télégraphes, 486. — Relations commerciales avec la Chine. Proposition Ra- 
masse, 487. — Détournemenis de marchandises et de matières premières, 490. — 
Tulle uni pour moustiquaire, 491. — Chambre syndicale des fabricants de tulles et 
dentelles de Calai?, 491. — Accidents du travail. Assurance obligatoire, 492, — 
Rapport de M. le Consul des Etats-Unis à Calais, 494. — Apprêts et teintures. 494. 

— Consuls de France à l'étranger, 495. — Ingénieur-conseil pour les brevets d'in- 
vention, 496. — Etat général des alfauvs, 496. — Syndicat des usiniers, 500. 

1898. — Caisse de retraite, de secours et de prévoyance dos ouvriers et employés, 500. 

— Musée commercial de Lille, 500. — Experts en douane, 501. — Expositions in- 
ternationales et universelles de Paris en 1900, Bruxelles en 1897 et Expositions 
diverses, 501. — Réhabilitations, 503. — Machine espagnole à fabriquer la dentelle, 
503. — Syndicat de fabricants jiour l'exportation, 504. — Projet de loi concernant 
l'impôt sur le revenu, 504. —Musée social, 504. — Consulat français à Nottingham, 
505. — Chambre de commerce française de Charleroi, 506. — Société d'exportation 
des produits français, 50G. — Tralic di^s échantillons de nouveautés, 506. — Syn- 
dicat des dessinateurs, 507. — Remboursement des droits de douanes sur les den- 
telles coton exportées, 508. — Plauen et son industrie, 508. — Teintures et apprêts, 

509. — Question des négociants-commissionnaii-es qui font fabriquer, 510. — Grouiie 
de iléfensc, 511. — Grèves d'ou\rières, 515. — Contrefaçons. Cojiies de dessins, 
516. — Souvenir offert à LL. MM. le Czar et l'Impératrice de Russie par le com- 
merce et l'industrie, 517. — lOsquisseurs et fabricants, 517. — Syndicat des teintu- 
riers et apprèteurs, 518. — Remonteurs et moyenneurs, 518. — Chevaliers d'in- 
iluslrie, 519. — Médailles et diplômes aux employés et ouvriers des deux sexes, 519. 

— Nouvelles banques. 519. — Association des industriels de France contre les acci- 
dents du travail, 520. — Question ouvrière à Calais. Groupe de défense, 520. — 
Nouvelle valeociennes à mailles rondes. Brevet, 523. — Situation des alfaires, 524. 

1897. — Questionnaires, 528. — Certificats d'origine pour l'Espagne, 528. — Métier à 
broder jacquardé, 529. — Admissions temporaires, 529. — Nouveau régime doua- 
nier des Etats-Unis, 530. — Le tulle et la dentelle en Chine, 530. — Exposition 
universelle de Bruxelles, 53). — Remboursement à forfait des droits sur les filés 
des dentelles de coton exportées, 533. — Application stricte du tarif de 1890. Dispo- 
sitions prises pour le compléter, 534. — Exposition de 1900, 530. — Syndicats des 
fabricants façonniers, 537. — Loi sur les Conseils de Prud'hommes. 537. — Valeu- 
ciennes-Platt, 537. — Contrefaçons. Copies de dessin, 538. — M. Maiius Vachon. 
Ecole professionnelle et d'art décoratif, 538. — Fabrique de dentelles mécaniques à 
Barcelone, 539. — Distinctions honorifiques, 539. — Découpeuse mécanique, 539. 

— Association des industriels de France, 539. — Chambre syndicale des fabricants, 

510. — Situation des allaires, 541. — Nouveau métier à dentelle Malhère, 544. — 
Valeui' de l'échantillonnage, 546. 

1898. —Ecole professionnelle, 546. — Chambre syndicale des fabricants de tulles et 
dentelles, 547. — Nouvelle loi sur les accidents du travail, 517. — Distinctions et 



GiG 



TABLE DES MATIERES. 



nominations. 5-i8. — Exposition île 1900, ôiO. — Douanes russes. Estampille, 549. 

— Echantillonnage, 5J0. — Exposition universelle de 1900, 551. — Grèves et 
index, 55Î. — Grève de perceurs de cartons, 552. — Mises à l'index, 5o3. — 
IJjuanes américaines, 555. — Affichage nominatif, 556. — Dentelles pour les coilfures 
hollandaises, 556. — Chambre îles fabricants, 559. — Situation des alfaires, 560. 

1899. — Loi de 1892 (renionteurs), 565. — Office national du commerce extérieur, 566. 

— Grèves d'ouvrières, 566. — Unification du titrage des lils, 566. — Hausse des 
prix sur les matières premières, 567. — Nouvelle loi sur les accidents du travail, 
567. — Fabriques de dentelles à l'étranger, 569. — Brevets d'invention, 571. — 
Remboursement des droits de douanes sur les valenciennes communes exportées, 
572. — Remise de médailles d'honneur à d'anciens ouvriers, 573. — Nouvelles 
banques, 574. — Mise à l'index, 574. — Chambre des fabricants, 574. — Exposi- 
tion universelle de 1900, 576. — Question du Jury des l'écompenses, 578. — Tra- 
vail de nuit, 580. — Projet d'érection d'une statue au grand Jacquard, 581. — Si- 
tuation des affaires, 582. — Technique, 587. — Conclusion, 600. 




SAIM-CLOLI). 



IMI'ltlMKKIE UKI.l.N l'IlKHKS. 



ï^ 



'*v^ 



1" b»l